Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà
Chapitre 5
Husamettín se résigna à accepter Ihsan au sein de leur alliance – pour le bien de Sharakhaï. Il lui raconta alors que plusieurs membres de la famille de Zeheb avaient craint pour sa vie avant l’invasion malasanienne ; que, pendant la bataille pour le Mont, ils s’étaient frayé un chemin jusqu’à Marégale et avaient libéré le Roi des Murmures ; qu’ils avaient profité des affrontements pour gagner discrètement les cavernes où de nombreuses familles royales gardaient des bateaux prêts à lever l’ancre à tout moment. Ils avaient fait monter Zeheb à bord d’un de ces navires et avaient mis le cap à l’ouest dans l’intention de le guérir et d’échapper à la tempête de l’occupation malasanienne.
Ils n’imaginaient pas que la horde des envahisseurs et de leurs golems serait repoussée, mais la bataille leur avait permis de sauver Zeheb qui, ils en étaient convaincus, avait été injustement accusé de trahison – peut-être à la suite d’un coup monté. Ils avaient raison, bien sûr. C’était Ihsan qui avait tout manigancé et qui avait manipulé ses pairs pour éviter que la faute retombe sur ses épaules.
La guerre avait offert à certains enfants de Zeheb l’occasion de libérer leur patriarche et de le soigner. Ils espéraient sans doute regagner Sharakhaï et récupérer autant de pouvoir que possible une fois la paix revenue, mais malheureusement pour eux la bataille avait pris un tour inattendu : les golems avaient sombré dans la folie et leurs plans avaient volé en éclats. Les autres Rois avaient remporté la victoire, les condamnant au rôle de spectateurs. Les rênes du pouvoir étaient désormais entre les mains de Meryam et des petits Rois. Temel – un des nombreux fils de Zeheb – était monté sur le trône et une bonne partie de la famille le soutenait.
Quelques jours après son arrivée au caravansérail, Ihsan rampa à plat ventre vers le sommet d’une pente rocheuse. Caché par une poignée de buissons maigres et secs, il tira sa lunette et la pointa en direction d’une étendue sableuse sur laquelle six ketchs et un boutre délabré étaient ancrés. Tapis dans l’ombre d’une colline, ils faisaient songer à une meute de loups à crinière faisant la sieste. Zeheb se trouvait à bord d’un de ces navires. Ihsan ne l’avait pas vu, mais il avait reconnu plusieurs membres de sa famille parmi les gens qui se déplaçaient autour des bâtiments. Deux femmes qui devaient être ses filles aînées et un petit-fils, un homme d’une quarantaine d’années qui ressemblait à ce que Zeheb avait été : un lézard des sables obèse sur le point d’entamer une longue hibernation.
— Qu’est-ce que vos précieux carnets racontent à propos de ces vaisseaux ?
Ihsan tourna la tête. Yndris, la fille de Cahil, se tenait près de lui, debout, exposée à la vue de tous. Le Roi lui fit signe de se baisser, mais elle resta immobile, enveloppée dans son arrogance. Il n’eut pas d’autre choix que de se redresser et de tirer sur une de ses manches.
La jeune femme leva les yeux au ciel et s’accroupit avant de s’allonger près de lui.
Par pitié, supplia Ihsan en s’adressant aux Fileuses du Destin. Si vous devez écouter une seule de mes requêtes, écoutez celle-ci : faites que ma fille ne devienne pas comme Yndris.
Nayyan avait dû accoucher quelques semaines plus tôt. En son absence, elle allait devoir élever leur enfant sans lui et cette idée lui pesait chaque jour un peu plus sur le cœur.
Il se tourna vers Yndris et signa.
Je te l’ai répété à maintes reprises : mes précieux carnets ne racontent pas en détail ce que nous devons faire.
La jeune femme esquissa une grimace amère, lui arracha la lunette des mains et observa les navires disposés en arc de cercle.
— Eh bien ! ils doivent quand même bien raconter quelque chose.
Il dut attendre qu’elle tourne la tête vers lui pour répondre.
Les visions de Yusam sont obscures. Les interpréter, c’est comme suivre un chemin en n’ayant que la description des cailloux qui le bordent comme indices.
— Par tous les dieux qui respirent ! Ihsan… (Elle fit un signe en direction de l’endroit où Husamettín et son père étaient cachés et parlaient à voix basse.) Pourquoi devrions-nous croire à ce que disent ces carnets alors que vous y croyez à peine vous-même ?
Je n’ai pas dit que j’y croyais à peine. (Il regarda en direction des deux autres Rois d’un air insistant.) Vois jusqu’où ils m’ont conduit. Et imagine jusqu’où ils pourraient nous conduire.
Une grimace insolente lui apprit qu’Yndris n’était pas convaincue.
— Eh bien ! qu’est-ce que raconte le prochain caillou, alors ?
Ihsan jeta un coup d’œil en direction des vaisseaux kundhanais.
Il nous montre en compagnie de Zeheb.
— Zeheb. (La jeune femme cracha par terre.) Le Roi qui ne dit que des âneries sans queue ni tête.
Non, signa Ihsan avec véhémence. La vision de Yusam était très claire sur ce point. C’est Zeheb qui nous montrera le caillou suivant. C’est pour cette raison que nous avons besoin de lui.
Yndris reprit son observation de la flottille kundhanaise. Ihsan fut déçu qu’elle ne songe pas à lui poser la question qui coulait de source. Il lui aurait menti, bien sûr, mais une partie de lui aurait voulu l’entendre demander ce qu’il comptait faire de Zeheb. Husamettín et Cahil avaient l’intention de se servir de lui pour écouter les conversations qui se murmuraient à Sharakhaï et reprendre l’avantage sur Meryam. Apparemment, la jeune femme était assez idiote pour croire que c’était également son cas.
Elle se trompait. Quelque chose de bien plus important était en jeu, quelque chose qui faisait frissonner les doigts d’Ihsan chaque fois qu’il y pensait. Quatre siècles plus tôt, les dieux avaient entamé une grande partie d’aban. Tout le monde – Ihsan y compris – avait cru connaître l’identité des joueurs : les Rois de Sharakhaï d’un côté, les tribus du désert – la treizième, en particulier – de l’autre. Mais ce n’était pas le cas. Cela n’avait jamais été le cas. Depuis toujours, la partie opposait les dieux à l’homme. C’était ça, l’intérêt majeur des carnets de Yusam. Les visions étourdissantes avaient permis à Ihsan de monter assez haut pour entrevoir le plateau de jeu – enfin, suffisamment pour avoir un aperçu et pouvoir déplacer ses propres pièces. Il était temps, car la partie touchait à sa fin. Les joueurs peaufinaient leurs derniers coups et Ihsan espérait que les siens feraient trembler les fondations mêmes du désert.
Yndris se raidit à côté de lui. Il attendit qu’elle dise quelque chose, mais elle resta silencieuse. Elle semblait fascinée. Il tira sur sa manche comme une alouette des rues égarée, mais elle ne réagit pas. Et puis quelque chose le frappa avec une violence inouïe : l’idée qu’il n’était pas un joueur, mais une stupide marionnette emportée par le fleuve du destin. Comme tous les autres.
Yndris lui rendit enfin la lunette.
— Là, dit-elle en pointant le doigt vers le quatrième bâtiment. Sur le château arrière.
Ihsan orienta la lunette vers le ketch qu’Yndris lui montrait. Enfin ! Zeheb était là. Une de ses filles l’aidait à s’asseoir sur une chaise pendant que l’autre inclinait un parasol pour le protéger du soleil. La preuve qu’ils attendaient depuis si longtemps. La preuve que Zeheb était toujours vivant. La preuve qu’ils ne pourchassaient pas un fantôme. Et ils savaient désormais à bord de quel navire il se cachait.
Ihsan baissa la lunette… et la reporta aussitôt à son œil. Un vol de moineaux prit son essor dans sa poitrine lorsqu’il la repéra de nouveau. Une forme sombre et anguleuse qui se dessinait sur l’horizon et laissait une traînée de poussière dans son sillage.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Yndris.
Ihsan lui tendit la lunette et pointa le doigt. La jeune femme leva l’instrument optique et regarda pendant un long moment.
— C’est un galion royal.
En effet, songea Ihsan. Et il n’y avait que deux raisons susceptibles d’expliquer sa présence dans ce coin du désert. Soit Meryam ou Temel, le nouveau Roi de la maison Zeheb, avaient envoyé un émissaire proposer que Zeheb regagne Sharakhaï sans crainte d’être puni pour sa désertion. Soit – et c’était plus probable – ils avaient envoyé des assassins pour se débarrasser de lui.
Il nous faut agir, signa Ihsan. Maintenant.
Yndris resta immobile, pensive, pendant un moment, puis elle haussa le menton en direction des bâtiments kundhanais.
— Vous avez dit que Yusam voyait différentes possibilités dans son bassin. (Ihsan opina, curieux de découvrir ce que la jeune femme avait derrière la tête.) Cela implique que vous avez privilégié l’une d’elles. Je me demande bien quelle était votre place dans toutes ces visions.
Tiens, tiens. Yndris n’était pas si stupide que cela en fin de compte.
Je me trouvais à Sharakhaï, qui était intacte.
— Je m’en doutais. Où étiez-vous exactement ? Et où était mon père ? Où était Husamettín ?
Les visions n’étaient pas très claires à leur sujet.
— Cela ne vous dérangerait pas que je lise certaines d’entre elles, n’est-ce pas ? J’y trouverais peut-être quelque chose qui vous a échappé.
J’ai laissé les carnets dans un endroit sûr. (Il fit un geste en direction des navires.) Loin d’ici. N’oublions pas que la situation est dangereuse.
Yndris le regarda comme si elle trouvait cela tout à fait normal.
— Dans ce cas, vous ne verrez aucun inconvénient à me les confier lorsque le danger sera passé ?
Ihsan sourit avec naturel.
Il en sera fait ainsi.
Yndris laissa échapper un vague grognement, puis ils reculèrent et s’éloignèrent du sommet rocheux en rampant.
Cette nuit-là, quand les lumières du crépuscule prirent l’éclat de braises moribondes dans les cieux orientaux, Ihsan s’accroupit près d’Yndris à moins d’une centaine de pas du feu de camp qui éclairait les navires kundhanais. Une poignée de lanternes baignaient les ponts d’une lumière dorée. Le reste n’était qu’ombres et lueurs d’étoiles.
Soudain, un hurlement monta à l’autre extrémité du camp. Plusieurs gardes assis près du feu se levèrent aussitôt et s’éloignèrent en courant. Des claquements métalliques retentirent quelques instants plus tard, suivis de cris de guerre. Des ordres fusèrent en kundhanais.
Deux hommes s’attardèrent près du navire de Zeheb, hésitant sans doute à abandonner leur poste. Ihsan cherchait un moyen de se débarrasser d’eux quand un hurlement à vous glacer le sang fit vibrer l’air. Les deux gardes s’élancèrent vers l’endroit d’où il provenait.
Yndris et Ihsan coururent vers la poupe en restant aussi bas que possible et s’arrêtèrent devant l’écoutille arrière qui permettait d’embarquer et de débarquer du matériel. Autour d’eux, les échos de la bataille résonnaient dans la nuit – claquements faisant songer à ceux d’un marteau sur une enclume et grognements de soldats luttant pour survivre. Pendant qu’Yndris tirait son sabre et s’assurait que personne ne les avait repérés, Ihsan glissa l’extrémité d’une barre en fer entre la rampe et la coque. Le Roi Éloquent n’avait pas la carrure de Husamettín, mais les dieux avaient accordé une force surhumaine à tous les rois et il ne lui fallut pas longtemps pour arracher les loquets de fixation.
La rampe s’abaissa et Yndris bondit dans la cale. Ihsan lui emboîta le pas et ils gravirent un escalier pour accéder au pont intermédiaire, là où devaient se trouver les quartiers de l’équipage. Un peu plus tôt, Ihsan avait vu quelqu’un fermer les volets d’une cabine de poupe de l’intérieur. Ils se dirigèrent vers cette cabine d’un pas rapide et Yndris enfonça la porte d’un solide coup de pied. Zeheb était là, assis sur l’unique couchette, les yeux écarquillés et ses cheveux poivre et sel en bataille.
La lumière d’une petite lanterne accrochée à une poutre soulignait son profil spectral. Ses lèvres articulaient des paroles silencieuses. Il écoutait les murmures autour de lui. Puis une lueur de lucidité passa dans ses yeux et il siffla comme une Vierge du Sabre. Un ordre. Halte !
— Regardez, souffla-t-il. Ils sont attaqués. (Sa voix se fit plus grave.) Est-ce qu’on essaie quand même de s’emparer du ketch ? (Sa voix se radoucit.) Oui, mais faites attention. Ils feront de leur mieux pour l’évacuer s’ils pensent que les sables s’agitent sous leurs pieds.
Yndris écarquilla les yeux en se demandant ce qui se passait, mais Ihsan avait déjà vu Zeheb se conduire ainsi. Il répétait les murmures qu’il entendait autour de lui. Les murmures de personnes qui se trouvaient à bord du galion royal sans doute. Pour accomplir ce genre de mission, on avait probablement envoyé une main de Vierges du Sabre, de redoutables guerrières. Au moins.
Ihsan n’eut pas le temps de réfléchir à la question. Il entendit un cliquetis sur sa droite et se tourna aussitôt. La porte de l’armoire s’ouvrit à toute volée et quelqu’un jaillit du meuble. Une femme. Elle brandissait un couteau et une masse de cheveux châtains flottait derrière elle comme une bannière dans le vent.
Ihsan resta figé par la surprise, mais Yndris réagit. Sa lame d’ébène dessina un arc funeste et coupa presque la femme en deux. La blessure était mortelle – il n’y avait aucun doute sur ce point –, et l’inconnue ne poussa qu’un cri perçant avant de s’effondrer sur le plancher de la cabine. Sa respiration était courte et hachée. Une mare de sang s’étendait autour du corsage de sa modeste robe en lin.
Zeheb la regarda d’un air stupéfait. Ses yeux rougirent et se remplirent de larmes, mais ses lèvres, esclaves des murmures qu’il entendait, continuèrent à bouger.
Ihsan s’aperçut que la femme était une fille de Zeheb et, pour la première fois, il regretta ce qu’il avait fait au Roi des Murmures, un homme qu’il avait jadis considéré comme un ami. Il n’avait pas eu le choix. Et Zeheb l’avait bien cherché. Il n’aurait pas dû menacer l’enfant à naître de Nayyan et Ihsan. Mais quand même, être incapable de marmonner la moindre prière alors que votre fille agonisait devant vous…
Yndris claqua des doigts devant les yeux d’Ihsan.
— Et alors ? Vous pensiez qu’on réussirait sans faire couler le sang ?
Le Roi Éloquent l’ignora. Il se dirigea vers Zeheb et l’aida à se lever. Il crut qu’il allait résister, mais le Roi des Murmures l’accompagna sans rechigner, docile comme un agneau. Des larmes coulaient sur ses joues tandis qu’il marmonnait sans relâche.
Ils quittèrent le navire, chassés par des bruits de pas qui résonnèrent dans l’escalier derrière eux.
— Anann ? (Alors qu’Ihsan, Zeheb et Yndris atteignaient la cale, un cri de surprise retentit au-dessus d’eux, aussitôt suivi d’un gémissement déchirant.) Ils l’ont enlevé ! (C’était une voix de femme.) Ils ont tué Anann et ont enlevé père !
Ihsan, Zeheb et Yndris franchirent l’écoutille et s’élancèrent sur le sable.
— Halte ! lança une voix dans un kundhanais tranchant.
Ils l’ignorèrent. Yndris et Ihsan restaient tout près de Zeheb qui était sans doute la seule raison pour laquelle ils n’avaient pas encore été criblés de flèches.
— Qu’est-ce que vous attendez ? aboya le capitaine kundhanais depuis le pont du navire. Tirez !
La plupart des traits frappèrent le sable à bonne distance des fuyards et Yndris bloqua les autres avec son petit bouclier. Les ténèbres les enveloppaient, mais Ihsan aperçut des silhouettes en train de s’élancer à la lueur des lanternes des navires. Une dizaine de guerriers armés de lances, de boucliers et de khépesh reconnaissables à leurs lames en croissant très particulière.
Zeheb n’avançait pas vite et ils ne parviendraient jamais à semer leurs poursuivants. Ihsan se préparait à se tourner pour les affronter quand la silhouette d’un homme élancé se précipita vers les guerriers. À la lumière du feu de camp, le Roi Éloquent vit Cahil attaquer les Kundhanais avec son marteau d’armes et son bouclier. Il ressemblait à un derviche tourneur, à un démon brandissant une arme surnaturelle. Et sa fille était presque aussi rapide que lui. Ensemble, ils repoussèrent les soldats, n’en laissant qu’un seul à Ihsan qui enfonça son sabre dans sa poitrine. Zeheb contempla l’affrontement en marmonnant au vent.
Soudain, une femme en armure noire jaillit de nulle part et porta un terrible coup à Cahil. La cotte de mailles du Roi amortit le choc, mais la violence de l’impact le fit chanceler. Trois Vierges du Sabre entourèrent le Roi Confesseur et sa fille.
Ihsan se tourna et une autre guerrière surgit des ténèbres devant lui. Il recula aussitôt, sachant fort bien que son seul espoir consistait à gagner du temps. Il aurait été incapable d’affronter la plus faible des Vierges du Sabre et celles-ci avaient sûrement absorbé un pétale d’adichara qui décuplait leur force et leur rapidité.
La guerrière ne perdit pas de temps. Elle passa à l’attaque et son shamshir sembla se fondre dans l’obscurité. Ihsan portait une solide cotte de mailles, mais elle ne résisterait pas longtemps aux coups d’une lame d’ébène. Surtout s’ils étaient assenés par une Vierge du Sabre bien entraînée. La guerrière le blessa à la jambe, puis porta un terrible coup à l’épaule droite. Ihsan réussit à lui entailler le bras, mais elle contre-attaqua et le frappa au flanc. Il eut l’impression que ses côtes explosaient.
Il jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de la Vierge et vit Cahil tituber. Le Roi Confesseur posa un genou à terre et porta une main à sa poitrine comme il l’avait fait au caravansérail. En voyant cela, Yndris poussa un cri de désespoir et se déchaîna contre ses adversaires.
Est-ce que tout va se terminer ici ? se demanda Ihsan. La vision de Yusam était-elle erronée ?
Son adversaire lança une attaque dévastatrice contre sa pathétique garde et enchaîna avec un puissant coup de pied retourné qui lui coupa le souffle et le projeta plusieurs mètres en arrière. Il s’effondra sur le sable et vit qu’Yndris avait fauché une Vierge qui l’empêchait d’approcher de Cahil. La jeune femme se battait comme un chat acculé, espérant sans doute que cela laisserait le temps à son père de récupérer. Le Roi Confesseur était allongé sur le sable, parfaitement immobile. Il clignait des yeux avec énergie, attendant que la crise passe tandis qu’Yndris affrontait seule les trois Vierges du Sabre.
Pendant que Zeheb observait la scène avec une expression vaguement satisfaite, Ihsan jeta une poignée de sable au visage de son adversaire qui approchait. La guerrière recula en titubant, mais le répit serait de courte durée. De son côté, Yndris reçut un coup au dos de la cuisse et chancela. Elle se baissa juste à temps pour éviter l’attaque d’une autre Vierge qui voulait finir le travail.
Les guerrières en armure noire entourèrent la fille de Cahil et se rapprochèrent. La jeune femme bloquait les attaques avec rage, consacrant toute son énergie à se protéger. Alors qu’Ihsan ne lui donnait plus que quelques instants à vivre, un homme de grande taille apparut. C’était Husamettín. Aussi fluide, puissant et implacable que les eaux d’un fleuve en colère, il fendit les ténèbres et lança une série d’attaques contre ses adversaires. Çedamihn lui avait volé Baiser de la Nuit et il combattait désormais avec un shamshir à deux mains ordinaire, mais il était toujours aussi redoutable. Son turban avait disparu et ses longs cheveux ondulaient à chacun de ses mouvements, révélant le signe du traître gravé sur son front. Avec ses yeux flamboyants tels ceux d’un démon, il l’arborait comme une marque de noblesse.
L’adversaire d’Ihsan se précipita au secours de ses camarades, mais cela ne servit pas à grand-chose. Husamettín les massacra avec l’aide d’Yndris.
Les fuyards se rassemblèrent et s’enfoncèrent dans la nuit, poursuivis par les cris des marins kundhanais et de la dernière fille de Zeheb.
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