Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà

Bradley P. Beaulieu · Chapitre 66 sur 72

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Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà

Chapitre 64

 

L’aube se levait sur le désert. Quatre dieux se tenaient à la périphérie des champs en fleur. La svelte Tulathan, la ravissante Rhia, le rusé Bakhi et le puissant Thaash. Les corps maculés de sable des deux familiers de Goezhen gisaient à leurs pieds, Tashaak et Rühn, les énormes briseurs d’os qu’il avait créés aux premiers jours du désert. Nalamae avait si bien caché leurs dépouilles qu’il leur avait fallu trois jours pour les trouver.

Rhia longea un bosquet d’adicharas, s’arrêta soudain et scruta les arbres.

— Là, dit-elle dans l’ancienne langue du désert. Il y en a un là.

Les quatre dieux se dirigèrent vers une zone sableuse et découvrirent un fragment desséché du cœur de leur frère enterré à l’endroit indiqué par Rhia. Ils travaillèrent de concert pour trouver les sept autres qui étaient cachés dans le grand anneau des champs en fleur comme les orientations principales sur une rose des vents. Ils comprirent alors qu’après l’avoir tué Nalamae lui avait arraché le cœur et l’avait coupé en huit afin de tisser un sortilège qui les empêchait de pénétrer dans les champs en fleur.

Il y avait bien longtemps que Bakhi n’avait pas eu peur. Vraiment peur. Depuis que les anciens dieux avaient fui en les abandonnant dans ce monde. Il ressentait ce qu’il avait ressenti la nuit où ils n’avaient pas pu pénétrer dans le grand cercle des adicharas.

Après tout ce que nous avons fait, pensa-t-il pendant que Thaash se jetait en vain contre la barrière qui leur barrait le chemin. Nous allons échouer à cause de notre jeune sœur.

Nalamae était redevenue elle-même. La Nalamae des anciens temps. Jeune, mais fière. Et puissante. Non seulement elle avait tué Goezhen, mais elle avait utilisé son corps pour arriver à ses fins.

D’abord Yerinde, et maintenant, Goezhen, songea le dieu.

Ce n’était que justice, reconnut-il. Compte tenu du nombre de fois où ils avaient tué Nalamae. Mais qu’allaient-ils faire maintenant ?

Les quatre dieux avaient éprouvé une peur abjecte la nuit où le cristal s’était brisé. Ils ne l’avaient pas vu, mais ils l’avaient senti – un éveil, un passage. Mais, par un étrange coup du sort, les effets avaient été limités. Le portail vers les champs lointains s’était révélé beaucoup plus étroit que prévu. Quelque chose l’avait empêché d’atteindre sa taille normale, mais quoi ? Aucun d’entre eux ne le savait, mais Bakhi était convaincu qu’en l’état il ne pouvait pas leur permettre de gagner le monde prochain. Il était assez large pour des mortels – il avait d’ailleurs senti bon nombre de leurs âmes l’emprunter dans des bruissements d’ailes de papillon –, mais pas pour des dieux.

Entre deux bosquets, les dieux observèrent le grand dôme de lumière qui se dressait au loin. Lorsqu’il était apparu au-dessus de la cité, aucun d’entre eux n’avait pu dire s’il allait rester en place ou rapetisser et disparaître avec leurs derniers espoirs de gagner les champs lointains. Par chance, il avait continué à s’étendre et avait englobé Tauriyat avant de s’arrêter en atteignant un mystérieux point d’équilibre.

C’était probablement à cause de Nalamae. Elle était parvenue à empêcher la destruction totale du cristal, mais tout n’était pas perdu. Ils disposaient encore d’un certain temps pour déjouer le plan de leur sœur.

Restait à savoir comment. Que pouvaient-ils faire ?

— Nous pourrions commencer par détramer son sort, proposa Tulathan.

Son ton indiquait que cela aurait des conséquences.

— Cela nous affaiblirait sans doute, déclara Rhia pour que les choses soient claires.

Aucun d’entre eux ne savait ce qui se passerait s’ils essayaient. Nalamae avait peut-être trouvé le moyen de les lier étroitement à ce monde s’ils s’attaquaient à son sort. Et la destruction de la barrière qu’elle avait créée en se servant du cœur de Goezhen ne pressait pas outre mesure.

— Nous devons réactiver le phénomène, dit Thaash dont la peau de bronze luisait au soleil.

— Bien sûr, lâcha Bakhi. Mais comment ?

Il avait parlé en regardant Tulathan. Après la mort de Yerinde, c’était elle qui avait fait le plus d’efforts pour s’assurer que les rouages de leur grand plan étaient en place et bien huilés. Elle ne réagit pas. Peut-être évaluait-elle les risques comme ils le faisaient tous avant de prendre une décision. Un mauvais choix pouvait retenir l’un d’eux dans ce monde quand les autres partiraient pour les champs lointains, mais l’absence de choix les exposait à un échec collectif.

— Tu le sais très bien, répondit Tulathan.

— Oui, mais je ne peux pas faire grand-chose. Mon intervention susciterait des questions. Des doutes pourraient s’installer. Le chemin menant à la tombe de l’ancien est dangereux.

Tulathan savait qu’il avait raison, mais elle hésitait encore. Il crut qu’elle allait rejeter sa proposition, qu’elle allait solliciter l’aide des autres.

— Il suffit d’un petit coup de vent, insista Bakhi. Change la direction dans laquelle il souffle, et elle fera ce que tu voudras.

Tulathan regarda ses frères et sa sœur les uns après les autres, puis hocha la tête.

— Très bien. Je m’en occupe.

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