Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà

Bradley P. Beaulieu · Chapitre 53 sur 72

Pages du PDF

Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà

Chapitre 51

 

La Reine Meryam était assise au milieu de la table dans la grande salle du conseil du palais du soleil. La place qu’avait occupée Kiral, le Roi des Rois. Une terrible tempête de sable s’était abattue sur la ville et la poussière minérale s’infiltrait partout, y compris dans le palais. Elle piquait les yeux de Meryam et craquelait ses lèvres en les faisant saigner.

Les petits Rois et les petites Reines bavardaient en attendant l’arrivée de Nayyan. Meryam ne leur prêtait aucune attention. Elle tenait un verre contenant une décoction personnelle, un mélange de kahve, de ginseng et du meilleur schisandra miréen que son médecin avait pu se procurer. Il ne restait plus d’élixir miraculeux. Elle avait bu la dernière fiole avant d’arriver à Mazandir. Elle n’avait pas eu le choix, mais elle avait désormais le plus grand mal à garder les yeux ouverts. Ils la piquaient, et pas seulement à cause de la poussière et de l’air trop sec. Elle avait mal partout. Chaque fois qu’elle s’asseyait, un gouffre s’ouvrait et l’attirait vers le néant du sommeil. Elle devait rassembler toute sa volonté pour ne pas y céder. Elle ne pouvait tout de même pas poser la tête sur la table et s’endormir pendant que les autres discutaient.

Le Roi Alaşan – qui était parvenu à acquérir une certaine influence sur les petits Rois – était assis à sa gauche. Il expliquait que les lignes d’approvisionnement étaient perturbées et que cela avait entraîné des retards dans les chantiers navals du port royal. Meryam vit Amaryllis entrer. Amaryllis était son maître espion et assassin. Elle avait de longs cheveux bouclés et sa beauté suscitait la jalousie de bien des femmes. Elle lança un regard entendu à la Reine avant d’aller s’asseoir à côté de Basilio.

Meryam mourait d’envie de lui parler, mais le conseil avait la priorité. Il fallait maintenir les apparences. Pour le moment, du moins.

— Voilà qu’ils s’en prennent aux caravanes maintenant, disait un des Rois.

Alu tout-puissant ! elle ne savait même plus qui parlait.

— Non, déclara Alaşan. Ce ne sont pas les Miréens et les Malasaniens qui attaquent les caravanes. Ce sont les seigneurs de guerre kundhanais. Ceux-là mêmes qui sont censés les protéger. Ils les attaquent, puis racontent que ce sont les Miréens qui sont responsables. Ils volent notre bois et le revendent à nos ennemis. Et leur audace ne s’arrête pas là ! Dans la mesure où de plus en plus de vaisseaux disparaissent avec leur chargement, ils exigent désormais de toucher une prime plus importante quand l’un d’entre eux arrive à destination. Tout cela fait partie d’une escroquerie élaborée qui dure depuis des mois. Elle a commencé à une petite échelle, mais aujourd’hui, tous les seigneurs de guerre s’y adonnent.

Meryam but une gorgée de sa décoction et perdit le fil des conversations pendant un moment. Elle fut rappelée à la réalité de manière fort peu agréable quand elle s’aperçut que tout le monde la regardait.

— Je vous demande pardon ? dit-elle en tournant la tête vers le Roi Alaşan, le dernier à lui avoir parlé.

Alaşan était un beau jeune homme qui arborait généralement un sourire aimable, mais à cet instant son visage était aussi sombre et glacé que celui d’un bourreau aiguisant sa hache. Il reprit la parole d’une voix forte et lente, comme s’il s’adressait à un enfant.

— Quand avez-vous appris que les seigneurs de guerre kundhanais acceptaient des pots-de-vin des Miréens ?

Meryam regarda les gens assis autour de la longue table. Les maîtres de Sharakhaï attendaient sa réponse, mais elle ne savait pas quoi dire. Elle avait été prise au dépourvu. Basilio lui avait demandé ce qu’il fallait faire avec les Kundhanais, mais par tous les dieux ! elle était incapable de se rappeler ce qu’elle lui avait répondu. Et ce qu’elle avait décidé. Et ce n’était pas le moment de raconter n’importe quoi à ce sujet.

— La Reine n’est pas au courant. (Basilio hocha la tête d’un air coupable, puis se leva.) La Reine est tellement occupée que j’ai décidé de résoudre le problème sans lui en référer.

— Ainsi donc, dit Alaşan, vous les avez de nouveau soudoyés sans prendre la peine de nous en informer ?

Basilio jeta un coup d’œil à Meryam, puis à Amaryllis, comme s’il espérait leur aide.

— C’était une mesure temporaire. En attendant d’avoir assez de navires.

— Eh bien ! on peut dire que c’est une vraie réussite ! s’exclama Alaşan d’une voix de plus en plus furieuse. Votre mesure temporaire a ralenti la production des navires qui nous auraient permis de résoudre ce problème. La situation a même empiré. Ce n’est plus seulement le bois de glisse qui fait défaut, mais l’huile, les médicaments, les matériaux dont nous avons besoin pour fabriquer des pots incendiaires et de la poudre antifeu. Nous commençons même à manquer de cire pour les skis de nos bâtiments de guerre ! Pouvez-vous m’expliquer comment remporter la victoire si nos navires sont immobilisés et que l’ennemi tourne autour comme un vol de vautours ?

— Ce sera difficile.

— Ce sera difficile, en effet ! Maintenant, il nous faut trouver un moyen d’éradiquer la menace que nos alliés kundhanais représentent.

— Des bâtiments qaimiriens vont bientôt arriver.

— C’est ce que vous répétez depuis des mois. Les combats vont bientôt reprendre. De nombreux signes l’indiquent clairement. Si vos vaisseaux arrivent dans deux mois, ce sera trop tard. C’est maintenant qu’il faut protéger le royaume. Et pourquoi est-ce vous qui répondez à mes questions ? (Le regard d’Alaşan glissa vers Meryam.) Pourquoi la voix de la Reine ne se fait-elle pas entendre ?

— À ce sujet, la voix de Basilio est la mienne, déclara Meryam. Je veux bien qu’on me juge responsable de cette situation, mais j’ai confiance en lui. Compte tenu des informations dont nous disposions, je suis convaincue qu’il a fait le meilleur choix.

— Et pouvons-nous savoir ce que vous faisiez au lieu de vous occuper vous-même du problème ?

— Vous savez très bien ce que je faisais. (Meryam toisa les Rois et les Reines.) Vous le savez tous. Je m’occupais de vos anciens ennemis. Des Hôtes sans Lune. De l’alliance des tribus du désert.

Alaşan ne réagit pas tout de suite. Ses narines se dilatèrent tandis qu’il expirait lentement l’air de ses poumons.

— Je vous ai dit que ce n’était pas une priorité.

— Je ne suis pas d’accord. Le mois dernier, le seigneur commandant des Lances d’argent est venu en personne pour nous avertir que les Hôtes sans Lune étaient de nouveau actifs dans la cité.

— D’autres rapports ont conclu que ses craintes étaient exagérées. Et, que vous soyez d’accord avec moi ou pas, il n’en demeure pas moins que vous ne régnez pas toute seule sur la ville, Reine Meryam.

— Moi, j’ai l’impression qu’elle ne règne pas du tout, déclara la Reine Sunay.

C’était une femme d’une soixantaine d’années, une fille du Roi Sukru. Alu tout-puissant ! c’était le portrait craché de son père. Jusque dans les cheveux gras et la posture voûtée. Elle pointa un doigt crochu vers Meryam.

— Jamais présente lors des conseils ! Tapie dans l’ombre comme une saleté de rat ! Laissant son vizir s’exprimer à sa place ! Un vizir n’est pas censé régler les affaires royales ! Elle n’a même pas daigné nous expliquer dans quelles circonstances le Roi Yavuz avait trouvé la mort.

Meryam fit de son mieux pour ravaler la colère qui montait en elle.

— Je vous ai dit que c’était un malheureux accident.

Le visage de la Reine Sunay se déforma sous le coup de la colère.

— Pour commencer, il n’aurait jamais dû prendre part à ce rituel.

— Il s’est proposé. J’ai accepté. Nous avons bien failli vous apporter la tête du Roi Emir sur un plateau.

— Mais vous ne l’avez pas fait, il me semble.

— Une guerre ne se déroule jamais comme prévu, répliqua Meryam avec assurance. (Elle commençait à retrouver ses marques.) On ne bat pas en retraite après un petit accrochage. On se regroupe et on continue.

Sunay se leva brusquement.

— Nous ne continuons pas quand un des nôtres est tué. Et ne croyez pas que nous ayons oublié comment vous avez attaqué Cahil.

— Il me semble que c’est un des vôtres qui a attaqué Cahil. C’est la Reine Nayyan qui tenait l’arbalète, pas moi.

La Reine Sunay regarda les autres Rois.

— Vous entendez ? lança-t-elle d’une voix pleine de morgue. Un des nôtres ! Nous sommes chez nous. C’est vous qui êtes une étrangère, Reine Meryam. Ne l’oubliez jamais.

Le Roi Alaşan se redressa et leva les mains dans un geste d’apaisement.

— La Reine Meryam est des nôtres désormais.

Sunay le regarda d’un air incrédule, puis son visage blême se marbra de plaques rouges. Elle semblait sur le point de se lancer dans une diatribe incendiaire, mais elle ravala sa colère et s’assit. Elle savait – tout le monde savait – que si Meryam quittait Sharakhaï avec sa flotte la cité tomberait.

— Écoutez-la, cracha-t-elle enfin. Elle tue un Roi et compare cela à un accrochage.

— C’est pour nous qu’elle fait tant d’efforts, rétorqua Alaşan comme s’il s’agissait là d’un argument imparable. (Il tendit la main vers Meryam avec une courtoisie à laquelle celle-ci ne s’attendait pas compte tenu des circonstances.) Vous venez de dire que vous avez consacré beaucoup de temps aux Hôtes sans Lune, alors dites-nous donc où vous en êtes avec eux.

C’était un sujet que Meryam n’avait aucune envie d’aborder avec les Rois. Elle avait passé des semaines à essayer de compléter le maître sigil qui lui permettrait enfin de se débarrasser de ces maudits assassins. La veille, Rümayesh était revenue d’une de ses pérégrinations dans les champs en fleur et lui avait rapporté le dernier sigil dont elle avait besoin. Elle disposait désormais de tous les éléments, mais elle n’avait pas encore essayé de les assembler. Elle ne voulait pas activer un sortilège d’une telle puissance avant de se sentir prête. La moindre erreur pouvait réduire des années d’effort à néant. Elle voulait – elle avait besoin – que Macide sache précisément ce qui se passerait le moment venu. Il fallait qu’il comprenne qu’il était l’unique responsable de la destruction totale de sa tribu.

— Je vous demanderai d’attendre un jour ou deux. Trois peut-être. Il faut encore que je fasse quelques vérifications.

— Quel mal pourrait-il y avoir à faire le compte-rendu de vos progrès ?

Meryam sentit l’affolement la gagner.

— Je ne voudrais pas que vous vous fassiez de fausses idées, dit-elle sur un ton hésitant. Le projet n’est pas encore achevé.

La salle du conseil ressemblait de plus en plus à un essaim de frelons dans lequel on viendrait de donner un coup de bâton. Meryam crut qu’Alaşan – qui était le moins hostile des petits Rois et des petites Reines – allait insister, mais il se tourna en entendant les portes s’ouvrir. La Reine Nayyan entra à grands pas et les talons de ses bottes claquèrent sur les dalles de marbre. Elle se dirigea vers son siège et s’assit avec grâce et autorité. C’était une femme d’une beauté saisissante, mais à cet instant elle semblait aussi hagarde qu’une prostituée des quartiers ouest.

— Nos éclaireurs sont rentrés, déclara-t-elle. Les Miréens et les Malasaniens sont de retour.

— Nous savions que cela arriverait tôt ou tard, remarqua Alaşan avec calme. Nous sommes prêts à les recevoir, non ?

— Vous ne comprenez pas, enchaîna Nayyan. (Elle regarda les autres Rois.) Les Malasaniens arrivent par l’est. Mais le gros des brises-dunes de la reine Alansal a réussi à se glisser derrière nos lignes. Ils approchent par l’ouest avec une avant-garde de navires de guerre kundhanais.

Meryam sentit le sang se retirer de son visage. Alansal était la reine plusieurs fois centenaire de Miréa. C’était une femme rusée et intrépide. Il ne fallait pas être professeur au collegium pour comprendre que les Kundhanais avaient manœuvré de manière à cacher les mouvements de la flotte miréenne. Ils avaient envoyé des rapports qui sous-estimaient largement le nombre de bâtiments repérés au cours de leurs patrouilles. Pendant des mois. Plusieurs Rois se tournèrent vers Meryam et la regardèrent d’un air accusateur. D’autres se lancèrent dans des discussions enflammées.

Alaşan se leva et racla son gobelet contre la table. Il continua jusqu’à ce que le bruit emplisse la salle et que le silence revienne.

— À quelle distance sont-ils ? demanda-t-il à Nayyan.

— Compte tenu de la tempête, c’est difficile à dire avec précision. À moins d’un jour de voile. Il est possible qu’ils arrivent en vue de la cité ce soir, ce qui leur permettrait de lancer une attaque dès demain.

Ils ne se gêneront sûrement pas pour le faire, songea Meryam.

Le brouhaha des conversations reprit, et, cette fois-ci, il s’éternisa. Des conseillers allaient et venaient. Des officiers des Lances d’argent et des Vierges du Sabre étaient appelés. Des Rois, des Reines et des ministres se rassemblaient en petits groupes qui conversaient à voix basse, puis se séparaient pour en former d’autres.

Comme des poissons inconscients du danger qui les menace, songea Meryam. Des poissons convaincus qu’il n’existe rien de plus important qu’eux.

Amaryllis et Basilio approchèrent.

— Ma reine, souffla Amaryllis. Prayna est de retour. Elle vous fait savoir qu’elle n’est pas parvenue à étouffer la révolte au sein de l’Enclave.

Basilio semblait beaucoup plus inquiet que les deux femmes. On ne lui avait révélé qu’une partie des relations entre Meryam et l’Enclave et il commençait à comprendre que c’en était une toute petite partie.

— Elle peut toujours nous aider ? demanda Meryam.

Amaryllis hocha la tête.

— Oui, mais il faut faire vite. (Elle s’interrompit le temps de jeter un coup d’œil autour d’elle.) Hier soir, ils ont presque réussi à capturer Meiying, Undosu et Davud. Ramahd est intervenu et les a sauvés. Avec l’aide de Hamzakiir et de trois Rois. Husamettín, Cahil et Ihsan.

Meryam eut l’impression qu’un nœud coulant se serrait autour de sa gorge.

— S’ils sont de retour à Sharakhaï, dit-elle avec lenteur, cela signifie qu’ils ont l’intention de récupérer leurs trônes. Husamettín compte sûrement s’emparer de celui d’Alaşan.

Amaryllis hocha la tête.

— Je partage votre avis.

Les événements s’enchaînaient un peu trop vite à son goût, mais elle avait toujours su que cela finirait par arriver.

Ce n’est plus le moment de prendre des demi-mesures, Meryam. C’est le moment de t’emparer de ce que tu cherches depuis si longtemps.

Le Roi Alaşan appela au calme.

— Nous allons faire une pause afin de réfléchir à tout ce que cela implique. Rassemblons-nous en conseil de guerre ici même, dans une heure.

Meryam leva une main.

— Avec tout le respect qui vous est dû, je me vois dans l’obligation de décliner votre convocation. Vous délibérerez sans moi.

La Reine Sunay ricana. Le Roi Alaşan écarquilla les yeux.

— Vous déclinez ? dit-il.

— Basilio me représentera. Pendant ce temps, je préparerai le cristal pour faire une démonstration.

— Vous avez dit que vous n’étiez pas prête.

Meryam fit un geste en direction de la Reine Nayyan.

— Au vu des dernières nouvelles, je pense qu’il est préférable d’agir dès ce soir.

— Nous n’avons pas de temps à consacrer à ces bêtises ! aboya la Reine Sunay.

— Oh ? Je suis cependant prête à parier que tout le monde sera là.

Sunay ricana de nouveau.

— Tiens donc ? Et qu’est-ce qui vous fait croire cela ?

— J’ai capturé Macide et Çedamihn Ahyanesh’ala. C’est eux qui seront la cible de mon sortilège. C’est eux qui conduiront les Hôtes sans Lune à la destruction.

Un nouveau brouhaha envahit la salle. Des grimaces de surprise – et quelques-unes de colère – fleurirent sur les visages. Même l’imperturbable Alaşan semblait offensé.

— Vous ne nous avez jamais parlé de cette capture.

— Je voulais vous faire la surprise, dit Meryam. Pendant la démonstration du pouvoir du cristal.

Alaşan se tourna et interrogea ses pairs du regard. Tout le monde hocha la tête. Y compris la Reine Sunay.

— Très bien, dit-il. Nous viendrons dès que le conseil de guerre sera terminé.

Alors que les Rois et les Reines quittaient la salle, Basilio rattrapa Meryam qui se dirigeait vers ses appartements d’un pas pressé. Amaryllis était juste derrière lui.

— Ma reine, dit-il. Je vous en supplie. Ne faites rien aux Rois et aux Reines lorsque nous serons dans la caverne.

— Et pourquoi ?

Basilio monta le couloir derrière eux.

— Vous avez vu comment ils sont. Ils sont tendus comme des cordes d’arbalète. Il est bien possible qu’ils aient des soupçons. Il est bien possible qu’ils prennent des précautions avant de venir. Il suffirait qu’un seul d’entre eux s’échappe pour que notre navire sombre.

Meryam l’ignora. Basilio la dépassa et s’arrêta devant elle.

— Notre royaume risque de sombrer ! (Il baissa la voix et poursuivit dans un sifflement aigu.) Nous serions chassés de la cité. À supposer qu’on nous laisse la vie sauve. Sharakhaï pourrait alors déclarer la guerre à Qaimir, et, même si elle ne le faisait pas, il faudrait des générations pour effacer un tel affront.

Le regard de Meryam se perdit dans le vague. Elle crut se rappeler que Ramahd lui avait dit quelque chose de semblable un jour.

Encore un homme qui me dit ce que je dois et ce que je ne dois pas faire, songea-t-elle.

— Nous avons décidé d’accomplir le rituel, poursuivit Basilio. Très bien. Faites venir les Rois et les Reines dans la caverne. Savourez la mort de Macide et de ses rebelles. Cela ne fera que renforcer la crainte et le respect qu’ils éprouvent envers vous. Mais je vous en supplie, ne cherchez pas à les dominer.

Amaryllis se tenait à côté de Meryam, silencieuse et dévouée.

— Et vous ? Qu’est-ce que vous en pensez ? demanda la Reine.

Amaryllis sourit et esquissa un petit geste désinvolte.

— Il y a toujours des risques. Quel que soit le chemin que l’on prend.

Meryam fit mine de réfléchir.

— Vous avez peut-être raison, dit-elle à Basilio. J’ai déjà bien assez à faire avec Macide.

Basilio en resta sans voix. Il n’aurait jamais imaginé qu’elle céderait si facilement.

— Très bien, dit-il enfin. (Il lissa sa veste.) Très bien.

— Retournez assister au conseil de guerre, ordonna Meryam. Amaryllis et moi allons nous occuper des préparatifs dans la caverne.

— Bien sûr, dit Basilio avec un soulagement évident. Je serai votre voix et je vous représenterai du mieux possible, Votre Majesté.

Il s’éloigna dans le claquement de ses talons et disparut à une intersection. Le bruit de ses pas s’évanouit et Meryam se tourna vers Amaryllis.

— Assurez-vous qu’une fois le conseil terminé Basilio n’atteigne jamais la caverne.

Amaryllis esquissa un petit sourire qui souligna la beauté de ses traits.

— Bien, ma reine.

Meryam se remit en marche.

— Et veillez à ce que personne ne retrouve son corps.

OceanofPDF.com