Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 1 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

1. Choc collatéral

 

– Coupez ! résonne la voix grave du célèbre Alan Middle, le dieu du cinéma, le top du top des réalisateurs. On enchaîne !

À ses ordres, tout le monde s’affaire et s’éparpille telle une volée de papillons. Les caméras roulent sur leurs rails, le décor est déplacé et changé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les figurants rejoignent leur place, derrière des barrières, en attendant les acteurs principaux qui ne vont pas tarder à arriver. Je les presse en souriant, malgré les « j’ai faim, j’ai soif, je suis fatigué » qui parviennent à mes oreilles. Je meurs de chaud, pourtant les températures ne doivent pas dépasser les quinze degrés aujourd’hui, dans ce village perdu au fin fond de l’Écosse. À Elgol, plus exactement, sur l’île de Skye, dans les Highlands. Un petit hameau qui surplombe l’océan, entouré de hautes montagnes majestueuses qui doit faire le bonheur de tous les photographes du monde. Aujourd’hui, nous tournons devant une ferme réhabilitée pour la série, sur un pré qui s’étend à perte de vue. Une nature sauvage et incroyablement belle. Mais si l’endroit est magnifique, le temps ne l’est pas toujours…

Et ce n’est pas près de changer, le ciel est chargé de gros nuages noirs menaçants.

– C’est quoi ce bordel ? entends-je soudainement dans mon oreillette.

Le réalisateur est près de moi, et cet écho de sa voix forte et furieuse dans mes tympans est impressionnant !

– La tenue de Calum a craqué, explique Stuart Berkley, l’assistant-réalisateur, une grande perche aux cheveux gris qui ne sourit jamais.

– Mais je m’en contrefiche, de ce genre de détail ! hurle Alan, hyper élégant dans son costume trois-pièces beige.

– Bien sûr, acquiesce Stuart avec un air gêné. La couturière est sur le coup, tout va rentrer dans l’ordre dans les plus brefs délais.

– Mais j’espère bien ! vocifère Alan. C’est inadmissible !

Je vois le regard d’Alan parcourir Stuart – emmitouflé dans une longue doudoune kaki et une écharpe jaune – de haut en bas puis chercher quelqu’un dans le pré où nous nous tenons. Pour finir par se poser sur moi.

Garde-à-vous !

– Amyyyyy ! hurle-t-il à nouveau. Va chercher le cascadeur et son cheval ! On change la chronologie des scènes !

Je sursaute, mon cœur fait un triple salto dans ma poitrine et, sans prendre le temps de respirer correctement, je me rapproche de lui.

– Tout de suite, dis-je, toujours avec le sourire.

Mais il ne me regarde déjà plus, trop concentré à – crier – expliquer quelle scène va être tournée.

Je me dirige au pas de course vers l’enclos situé derrière le gros bâtiment de pierre et de bois qui nous sert de décor, une vieille ferme réaménagée pour le tournage. Je décroche mon oreillette, Alan continue à exprimer son mécontentement, ça me vrille les tympans…

Et ce n’est pas très joli à entendre…

Alan Middle, le plus talentueux des réalisateurs mais l’homme le plus râleur du monde…

L’enclos, donc… Là où se tiennent des grosses bêtes, aussi impressionnantes que mon boss. Pas que j’ai peur des chevaux, non. Juste que… Bon OK, j’en ai peur. Horriblement peur. Depuis toute petite.

Je fourre l’oreillette dans la poche de mon sweat rose à capuche. Alan crie si fort que même en la mettant là, je l’entends encore – en plus étouffé. Puis, j’enlève mon pull dans un mouvement rapide. Je tente de le faire tenir autour de ma taille – en attendant de pouvoir le déposer quelque part – tout en continuant à trottiner, à moitié emmêlée dans les fils qui relient l’oreillette à mon petit micro, quand un bruit me fait lever les yeux.

Un cheval.

Non. Un énorme cheval. Plus exactement, une espèce de monstre au pelage noir luisant, lustré, qui se tient juste devant moi. Et qui se cabre. Deux sabots dressés, un ventre de deux mètres de largeur – au bas mot –, un hennissement qui me glace le sang, les pattes de ce cheval qui retombent juste devant moi, dans un bruit sourd. Et ensuite, je vois un homme voltiger par-dessus ma tête. Et atterrir derrière moi. Enfin, je crois. Je présume. Je n’ose pas me retourner.

OK, c’est une blague, le tournage a recommencé et – sans me concerter – le réalisateur a prévu que je serais l’obstacle que le cascadeur devrait franchir…

Sauf que là, ce n’est pas drôle du tout…

Je reste paralysée quelques secondes, sans savoir quoi faire, pendant que le monstre noir pousse encore un hennissement à faire dresser mes cheveux sur ma tête et me contourne ensuite en relevant son museau d’un air fier, comme s’il me toisait, me montrait sa supériorité, me réduisait à un petit objet insignifiant – ce que je suis, sans aucun doute, comparée à lui. Au ralenti, priant pour que le cavalier qui a volé par-dessus ma tête ne soit pas blessé, je me retourne.

Parce que le cheval s’est cabré à cause moi…

Et l’homme… est tombé à cause de moi.

Bravo, vraiment…

La personne en question est allongée sur le sol et se tient le tibia en grimaçant. Je pousse un hoquet de surprise.

– Oh pardon ! m’écrié-je d’une voix suraiguë. Je suis désolée, je ne vous avais pas vu ! Je ne voulais pas effrayer votre cheval !

Tout en surveillant du coin de l’œil le cheval pour qu’il ne m’écrabouille pas, je m’accroupis près de son cavalier.

– Pardon, pardon, pardon ! répété-je. Vous allez bien ? Vous n’êtes pas blessé ? Laissez-moi regarder, j’ai mon diplôme de premier secours. Enfin, non, je ne l’ai pas eu mais j’ai regardé des vidéos sur Internet, c’est presque pareil !

Je ne vois pas le visage de l’homme, juste son corps moulé dans un costume d’équitation des années mille huit cent, et des beaux cheveux bruns bouclés jusqu’aux épaules. Je me rapproche de lui et m’apprête à poser ma main sur son bras pour lui demander s’il souhaite que j’appelle quelqu’un, le réalisateur, un médecin, les pompiers, quand un éclat de rire retentit et qu’il tourne son visage vers moi. Un regard amusé, des yeux marron foncé pétillants, un sourire à se damner sur un visage d’environ vingt-cinq ans à la beauté stupéfiante.

Sauf que ça ne me fait pas rire, moi...

Ma gêne se transforme en trouble à la vue du cavalier qui se fout visiblement de moi, aussitôt remplacé par de l’agacement.

L’homme se relève, toujours avec ce sourire craquant qui étire ses lèvres pleines, et son corps se déroule sous mes yeux. Je ne peux détacher mon visage des muscles qui roulent sous ses vêtements, des cuisses musclées dans un pantalon seyant couleur terre, de son torse enveloppé dans une chemise blanche – légèrement tachée, maintenant – et surtout, surtout, de son visage aussi masculin que juvénile, voire angélique. Un démon au visage d’ange, voilà tout ce que mon cerveau parvient à penser…

Lorsque son sourire diminue enfin – probablement à cause de l’air (légèrement énervé) que j’affiche – j’ai l’impression d’avoir un acteur, un mannequin, une gravure de mode (au choix) en face de moi. Mais surtout, j’ai cette tenace impression de le connaître. Bien sûr que je ne le connais pas, je m’en souviendrais ! Mais il y a un petit truc, difficile à expliquer, qui me hurle que cet homme ne m’est pas inconnu. Je plonge un peu plus dans son regard, dans les mille étoiles que je vois dans ses yeux, dans cette couleur marron soutenue, puis je me reprends rapidement, le grésillement de mon oreillette me rappelant pourquoi je suis ici.

Le tournage…

Et les hurlements du réalisateur qui me parviennent malgré l’épaisseur de mon sweat.

Et ma place dans cette série, bien sûr…

Malgré tout – la beauté de cet homme, le speed de la journée, l’organe dont je ne me souviens plus le nom qui tape comme un dingue dans ma poitrine – je ne peux laisser cet inconnu garder ce petit sourire arrogant.

– C’était une blague, c’est ça ? Vous ne vous êtes pas fait mal ? demandé-je, dans le doute.

Son rire s’intensifie, répondant à ma question. Il l’a fait exprès !

– Vous trouvez ça drôle, peut-être ? insisté-je d’un ton sec, – un peu – vexée.

– Mais tellement ! s’amuse-t-il, toujours cet éclat incroyable dans les yeux. Je comptais faire durer le plaisir, mais je n’ai aucune envie que vous ne me blessiez, m’apprend-il en se relevant. Vous avez regardé des cours sur Internet ? Et vous pensez que ça suffit si jamais je m’étais vraiment fait mal ? C’est tellement drôle !

– Euh non, ça ne l’est pas ! rétorqué-je, telle une vieille femme faisant la morale à un adolescent indiscipliné.

– Oh si, ça l’était, je vous assure, affirme-t-il avec un air canaille. Vous m’avez fait ma journée.

– Pardon ?

– Et vous croyez vraiment que vous auriez pu effrayer mon cheval ? Vous avez vu sa taille ? Et… la vôtre. Vous êtes un petit oiseau, comparé à lui ! Un tout petit moineau aux plumes bleues. Un Bluebird, plus exactement…

Un moineau ?

Il est sérieux ?!

Il me compare avec un petit moineau ?!

Je vais lui en donner moi, du moineau !

Je pince les lèvres, serre les poings dans mes poches, en sors l’oreillette, l’agite sous son nez.

– Vous êtes le cascadeur, j’imagine ?

– Alistair McKay, se présente-t-il en me tendant une main bronzée. Enchanté.

Je regarde sa main – une belle main large – son visage, de nouveau sa main. Puis, me décide à la saisir. Une chaleur, contrastant avec la température et mon agacement, se répand dans mon corps. Sous ma peau. Sur ma peau. Partout. Et un frisson remonte le long de ma colonne vertébrale pour se loger dans le creux de ma nuque. Je lâche subitement sa main comme si ce contact venait de me brûler.

Ce qui n’est pas tout à fait faux.

Enfin, j’ai du mal à définir ce qu’il vient de se passer exactement

Excepté sa blague super nulle…

– Pas moi, maugréé-je, en tentant de cacher mon trouble – et la rougeur qui a envahi mes joues.

– Pardon ?

– Je ne suis pas enchantée, moi ! répété-je un ton plus fort.

– Vraiment ? s’étonne-t-il en élargissant son sourire. Vous n’avez pas d’humour ?

Non, mais il est sérieux ?!

– Mais bien sûr que si ! m’offusqué-je. Votre blague n’était franchement pas drôle, c’est tout ! Vous vous croyez malin peut-être ?! J’ai eu peur pour vous !

Ses traits affichent de la surprise et reviennent à l’amusement prononcé.

Et moi, ils passent de l’agacement à l’énervement. Et j’omets volontairement l’attirance, parce qu’il est hors de question que je sois attirée – contre ma volonté – par un homme aussi arrogant !

– Peur pour moi ? C’est intéressant…

Et voilà, il recommence…

– Bon, Monsieur McKay, vous êtes attendu. Prenez votre… canasson et allez sur le tournage, s’il vous plaît ! ordonné-je d’un ton qui signifie que son humour douteux a assez duré. L’ordre des scènes a changé, vous devez faire la doublure de Calum Fraser maintenant.

Toujours l’oreillette dans une main, je m’apprête à tourner les talons quand une poigne ferme me retient. Le souffle d’Alistair, l’homme-le-moins-drôle-du-monde, effleure ma joue, des frissons me parcourent à nouveau et une espèce d’électricité se répand dans mes veines.

– J’ai bien entendu « canasson » ? chuchote-t-il près de mon oreille, en épelant chaque syllabe, la chaleur de sa paume inondant la moindre parcelle de ma peau.

Je soupire, ferme les yeux une microseconde afin de reprendre mes esprits et de virer le trouble auquel ce prétentieux me soumet.

– C’est exactement ce que j’ai dit, oui, affirmé-je, fière de ma repartie.

– Retirez !

– Non, dis-je calmement.

– Si, répond-il sur le même ton, sûr de lui.

Je me dégage de son emprise, affiche à mon tour un sourire arrogant.

– Monsieur McKay, vous êtes attendu sur le tournage. Immédiatement.

– Avec le Clydesdale que j’ai dressé et qui s’impatiente à côté de vous.

Oh, ça, je le sais bien, oui. Il n’arrête pas de souffler bruyamment depuis tout à l’heure ! Comme si on pouvait oublier sa présence…

– Avec le gros truc tout noir qui a failli me provoquer une crise cardiaque à cause de votre humour débile !

Alistair plisse les yeux, prend le temps de me détailler, de mes Dr Martens bordeaux à mes cheveux teints en bleu lagon (tirant sur l’argenté, qui a un rendu magnifique) en passant par mon top liberty.

– Vous ne regardiez pas vraiment où vous alliez, lâche-t-il en plantant son regard ébène dans le mien, comme s’il voulait s’immiscer dans mes pensées.

– Vous auriez pu aisément m’éviter. Vous l’avez fait exprès, rétorqué-je sans me démonter.

C’est vrai, je ne regardais pas où j’allais.

Mais quand même…

– Pas faux, avoue-t-il en haussant les épaules. Mais c’était tellement drôle. Ça et… repart-il dans un éclat de rire.

– Vous vous répétez.

– Parfaitement. Et je le répéterai jusqu’à ce que vous l’admettiez.

– Vous pouvez toujours rêver ! m’écrié-je tout en faisant un pas pour retourner auprès de l’équipe de tournage et en remettant mon oreillette à sa place.

– Amyyyy ! entends-je à nouveau. Les moutons ont envahi le tournage !

Et merde…

Sans jeter un regard à l’horripilant cascadeur, lui adressant seulement un signe de la main pour lui signifier que son stupide jeu s’arrête là, je repars au pas de course.

Je fais fi des pas du cheval que j’entends juste derrière moi, ainsi que de l’insupportable ricanement qui résonne. Je ne me retournerai pas. J’ai eu le dernier mot, je compte bien savourer cette piètre victoire !

Sur le tournage, en effet, c’est le chaos. Une dizaine de moutons se balade tranquillement entre les caméras, l’éclairage, le matériel son, les chaises, la table et le banc en bois qui attendent que l’actrice principale prenne place. Stuart a reculé jusqu’à la barrière, tout près des figurants, tandis qu’Alan fait de grands gestes – inutiles – pour chasser les indésirables. Le reste de l’équipe tente, tant bien que mal, de faire fuir les bestioles, certains crient, d’autres les poussent avec ce qu’ils ont sous la main. Si ce tournage ne représentait pas la chance de ma vie, j’en rirais. Mais je suis bien trop stressée pour ça…

J’ai terminé mes études de cinéma il y a peu de temps. J’ai étudié à la NYU Tisch School of the Arts de New York. C’était génial ! Intensif, mais très épanouissant. J’ai appris toutes les ficelles du métier, écrit et réalisé des courts-métrages, côtoyé des cinéastes influents. Enfin, juste quelques jours, jamais très longtemps, leur temps est précieux mais je me suis gavée de leur enseignement. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde entre les cours, les stages et le travail personnel.

Et là, j’ai la chance de travailler avec Alan Middle, le plus talentueux des réalisateurs. Intégrer son équipe est très difficile. Il n’accepte généralement aucun nouveau. Quelquefois, mais très rarement, il prend un stagiaire. Mais ce n’est pas arrivé depuis au moins cinq ans, à ce que j’ai entendu dire. J’ai donc bien conscience d’avoir eu une chance incroyable avec ce désistement de dernière minute. Et s’il aime mon travail, je sais que les portes du cinéma me seront grandes ouvertes. Parce qu’une recommandation de sa part vaut tous les diplômes du monde. Ou mieux, il pourrait me proposer d’intégrer son équipe. Mais je ne fais pas de plans sur la comète, je me donne à fond et je verrai bien ce que l’avenir me réserve.

En espérant que ça n’inclut pas trop de troupeaux de moutons !

Je me hâte de me joindre au groupe pour faire sortir les moutons, sans plus de succès que les autres. Si j’en force un à s’éloigner, un autre vient me narguer en cabriolant comme un enfant. Et ainsi de suite. Si bien qu’au bout d’un moment, je ne sais plus vers lequel aller pour que ma méthode soit efficace.

OK, je n’ai pas de méthode.

Mais j’essaie.

Désespérément.

Au bout de longues minutes, une voix chaude – et familière – s’élève derrière moi. Je ne me retourne pas, le petit frisson qui s’est emparé de ma nuque m’indique très clairement qui se trouve à quelques centimètres de mon corps, si près que je sens encore son souffle caresser ma joue. Je me fige, contracte tous mes muscles, prête à trouver une repartie à lui balancer dès qu’il aura – encore – fait étalage de son humour horripilant au possible.

– Hé, BlueBird, il faut en attraper un, dit-il lentement, sa voix grave résonnant contre mes cheveux. Un seul et tous les autres suivront. Vous connaissez l’expression « mouton de panurge », non ?

Mais oui !

Il a raison !

Cependant, il peut toujours courir pour que je le lui dise !

Je me retourne lentement, pose un regard indifférent sur lui, comme s’il ne venait pas de me donner la solution pour mettre fin à cette situation totalement hallucinante. C’est vrai, ne pas réussir à mettre des moutons hors d’un endroit est vraiment risible. Alistair me fixe d’un petit air narquois, amusé, et ses lèvres s’étirent en un large sourire.

– Laissez faire le pro, se vante-t-il en me gratifiant d’un clin d’œil.

Je lève les yeux au ciel et croise les bras, puis regarde sa haute silhouette se diriger vers le mouton le plus agité du troupeau. Sa démarche est fluide et assurée, un peu sauvage, un peu animale, de celle qui appartient à ceux à qui tout réussit. Sans hésiter une seule seconde, il attrape sa cible par le cou d’une main ferme. Avec un peu d’imagination, je pourrais entendre toutes les femmes se pâmer autour de moi. Parce que ce mec est LE mâle incarné. Ouais, le mal, aussi, probablement. Trop beau. Trop viril. Trop attirant. La prestance qui se dégage de lui est brute, masculine, et me coupe le souffle.

Il faut que je me ressaisisse. Vraiment. Je ne suis pas ici pour fantasmer sur cet homme. En plus, il s’est moqué de moi. Je ne suis pas spécialement susceptible, mais quand même, je trouve ça moyen. Je détourne les yeux – d’accord, presque à contrecœur – et ordonne aux figurants de reprendre leur place derrière la barrière. Il ne manquerait plus qu’eux aussi s’éparpillent dans le décor… Sans pouvoir m’en empêcher, j’observe Alistair emmener tout le troupeau de moutons hors de la scène, avec cette assurance qui force l’admiration, sans lutter, comme s’il avait fait ça toute sa vie. Je réprime un grognement tout en me dirigeant vers le réalisateur et son assistant.

– Alors, la mini rebelle, on a eu besoin d’aide ? me balance Stuart d’une voix acide.

Je lui fais un sourire hypocrite et me retiens de lui dire que, lui aussi, aurait pu se bouger plutôt que de se cacher !

Je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais il ne m’apprécie pas. Je ne suis ici que depuis deux jours – comme le reste de l’équipe – et il ne m’a pas une seule fois adressé la parole correctement. Je sais que certaines personnes dans le monde du cinéma sont… spéciales, mais lui détient la palme du plus désagréable. Avec ses cheveux gris toujours attachés en une queue-de-cheval basse, ses fringues dépassées, toujours collé à Alan – bon OK, c’est son assistant – il me donne l’impression que je suis une pièce rapportée par erreur. Et je déteste ce sentiment ! Ma place sur ce tournage est légitime, même si j’ai eu cette opportunité au dernier moment, le responsable des figurants ayant fait faux bond à l’équipe, et je ne vois pas pourquoi il se croit en droit de me traiter aussi mal. Ce qui me rassure, c’est qu’il n’est pas non plus très sympa avec les autres.

Et le surnom mini rebelle, on en parle ?

Parce que s’il veut jouer à ça, je connais plein de termes qui lui iraient à merveille…

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