Dangerous Games Intégrale
12. Atterrissage brutal
39. Atterrissage brutal
Nous mettons de longues minutes à reprendre notre souffle, allongés l’un à côté de l’autre sur le tapis de cette pièce secrète. Mon corps est aussi apaisé que mon esprit, et encore tout émerveillé de ce lien incroyable que j’ai ressenti. Comme si la magie du Fairy Flag nous avait touchés, avait béni notre union, comme si faire l’amour ici avait scellé quelque chose entre nous.
Même si je ne sais pas si cette relique possède réellement un pouvoir…
À vrai dire, je m’en fiche, du quelconque pouvoir de ce drapeau. Parce que je l’ai senti, ce « truc » entre nous. Comme une explosion, une implosion, une sensation indescriptible mais tellement réelle. Puis Alistair rompt le silence.
– Il faudrait peut-être aller dormir, BlueBird, suggère-t-il de sa voix chaude.
Je soupire. Je n’en ai aucune envie. Je veux encore faire l’amour avec lui. Sentir son odeur, sa chaleur, entendre ses râles se mêler à mes gémissements. Mais je me relève, regarde autour de moi, ressens l’ambiance inédite qui a abrité notre corps-à-corps incroyable pendant quelques heures. Ou quelques minutes. Aucune idée. En réalité, j’ai perdu la notion du temps.
Nous nous habillons rapidement, en silence, puis Alistair actionne la poignée intérieure de la porte et elle coulisse dans un grincement discret. Je jette un dernier regard sur la pièce, vérifie que nous n’avons rien oublié, rien déplacé. Puis Alistair fait de même avec l’autre porte. Elle s’ouvre discrètement, mettant un terme à cette parenthèse sensuelle. Et nous nous retrouvons derrière le rideau, le cœur un peu agité, l’adrénaline de l’interdit encore en nous.
– Je vais vérifier si la voie est libre, m’informe Alistair en chuchotant.
La voie est libre…
Personne dans le couloir, silence le plus total. J’ai une pensée pour l’équipe qui a dû nous chercher sacrément longtemps… sans nous trouver. J’arguerai que j’ai eu peur de l’orage. Ou peut-être même qu’ils ne poseront pas de questions…
D’ailleurs, j’avais oublié l’orage. Et maintenant tout a l’air calme au-dehors… juste la pluie qui tombe encore un peu…
Nous marchons quelques secondes en silence, puis j’ose formuler la question qui me brûle les lèvres depuis que j’ai découvert l’existence de Catriona.
– Alistair, je peux te poser une question personnelle ? demandé-je très vite, de peur de ne plus avoir le courage.
Il me fixe avec intensité, cherchant probablement à deviner mon intention. Puis hausse les épaules.
– Demande toujours, je ne suis pas forcé de répondre.
Super ! Ça commence bien…
– C’est à propos de la mère de Catriona, expliqué-je. J’aimerais savoir…
– Oui ? me coupe-t-il. Tu veux savoir quoi ?
– Euh… Comment tu l’as rencontrée, ce genre de choses, quoi…
Est-ce que tu la vois souvent ? Est-elle jolie ? Es-tu encore amoureux d’elle ?
Ce genre de choses, plutôt…
– C’était une relation d’un soir, c’est tout, répond-il d’une voix sèche. Autre chose ? Nous sommes arrivés devant ta chambre, je crois.
En effet. Dommage. Parce que oui, autre chose. Mais je vais me taire. Encore.
– Non. Ça ira, merci, dis-je d’une voix dépitée.
– Amy, commence-t-il à voix basse pendant que je pose ma main sur la poignée de la porte. Les moments que nous passons ensemble sont extrêmement agréables. Vraiment. Et oui, j’ai été jaloux de te voir avec Calum l’autre jour, je te l’avoue.
Yeah ! Victoire ! Je le savais, je le savais, je le savais !
– Mais je n’ai pas changé de point de vue, continue-t-il. Ni d’idéal. Pas de relation suivie, de couple, ou appelle ça comme tu voudras. Je ne suis pas pour le mariage ou ce genre de conneries. Toi et moi, d’accord, ça s’est reproduit plusieurs fois, mais ça ne veut rien dire. C’est juste comme ça. Alors ne te fais pas de film, d’accord ?
Je viens de me prendre une gifle phénoménale. Encore. Et à chaque fois avec lui. L’ambiance sensuelle et magique dans laquelle nous baignons vole en éclats d’un coup. Brutalement. Violemment. Je le fixe un instant, ses traits indifférents, une once de tendresse dans les yeux, tout de même, comme s’il savait que ses paroles étaient blessantes. Mais ça ne l’empêche pas de me les balancer comme ça, de but en blanc. Je ne lui ai rien demandé de tel ! Une sourde colère monte en moi. J’inspire un grand coup, redresse les épaules, le menton.
– Je n’avais pas imaginé autre chose, figure-toi, parviens-je à répondre d’une voix que j’espère aussi indifférente que la sienne, alors que je lutte contre le sanglot qui s’est formé dans ma gorge. Bonne nuit !
Et j’ouvre la porte de ma chambre. Me hâte de la refermer. Sans le regarder. M’effondre sur mon lit, mords ma main pour ne pas hurler. Cet homme vient de me briser le cœur. Une nouvelle fois. Je jure qu’on ne m’y reprendra plus. Lui et moi, c’est fini dorénavant. Je ne me laisserai plus attirer.
Alistair, l’homme le plus indélicat du monde. Non, les mots justes seraient plutôt « connard de service ». Je le hais !
***
En me réveillant ce matin, je me demande comment j’ai pu trouver le sommeil aussi facilement hier soir. Parce que je me suis endormie tout habillée sur mon lit.
Je me suis écroulée, pour être honnête.
La colère est toujours aussi présente dans mon esprit. C’est avec elle que j’émerge. Et la déception, aussi. N’a-t-il pas senti ce truc entre nous ? Comment un homme peut-il être aussi démonstratif au lit (OK, sur un tapis) et aussi froid ensuite ?
Dans tous les cas, je reste sur mes positions. Je l’évite. L’ignore. L’oublie. Oui, voilà. Je barricade mon cœur. Le barricade de glace, de fils barbelés, de lignes haute tension.
Et ne laisse plus rien entrer ni sortir. Au revoir, déceptions et autres tourments.
Je me mêle aux discussions de l’équipe avec une facilité déconcertante pendant le petit déjeuner. Je suis fatiguée, triste, mais je ne montre rien. Je souris, ris même aux éclats, écoute les anecdotes de ceux qui ont joué à cache-cache. Je balance l’air de rien que j’ai eu peur de l’orage et que je suis vite allée me coucher. Ça passe comme une lettre à la poste. On me traite gentiment de trouillarde, je tire la langue.
S’ils savaient…
Je ne cherche pas la présence d’Alistair mais je remarque son absence. Je n’y peux rien. C’est plus fort que moi. Ce vide qu’il crée est comme un trou béant dans mon ventre. Dans mon cœur. Mais je choisis de l’ignorer. Je ne serais pas la seule à devoir dépasser un chagrin d’amour…
Nous tournons une dernière scène avant de partir. Juste entre Bonnie et Calum. Alan l’avait validée hier mais trouve finalement qu’elle a manqué d’intensité. Je ne sais pas s’il a mal dormi, s’est fait jeter par un soupirant lui aussi, mais il est d’humeur massacrante aujourd’hui. C’est à ce moment-là que j’apprends qu’Alistair est déjà reparti avec ses chevaux, quand nous répétons cette scène pour la dixième fois au moins et qu’Alan crie que ça aurait été mieux avec un cheval d’Alistair en arrière-plan, mais qu’évidemment il a pris la route de bonne heure.
Mais je m’en fiche, j’ai déjà dit !
Et puis nous partons juste après avoir avalé un sandwich. Je reprends ma place dans le mini-van près de Carolyn, qui ne semble pas remarquer mon tourment. Tant mieux, c’est que je suis bonne comédienne. Nous ne sommes plus très loin d’Elgol, et alors que nous débattons sur le cinéma avec mon amie, j’aperçois une silhouette au loin. Plus exactement une robe et un foulard colorés, des valises, et un animal à côté. Un gros animal. Poilu. Je pense me tromper, mais plus nous nous rapprochons, plus le doute s’estompe.
Sahelle. Et Mirage, son maine coon. En train de… faire du stop ?!
– Putain, mais j’hallucine ou quoi ? m’exclamé-je sans me rendre compte que toutes les têtes se tournent vers moi.
– Qu’est-ce qu’il y a ? me demande Carolyn.
Je ne lui réponds pas. Pas le temps. Je me lève, me rue vers le chauffeur.
– Arrêtez-vous ! m’écrié-je. S’il vous plaît, arrêtez-vous !
Le chauffeur tourne rapidement la tête vers moi sans accéder à ma demande.
– S’il vous plaît, arrêtez-vous ! Je connais la femme sur le bord de la route, elle a été portée disparue ! On la cherche partout depuis des jours !
Faux. Les détectives de Lukas la cherchent partout. Mais on ne va pas chipoter pour si peu…
Le chauffeur s’exécute enfin. Il freine. Je manque de chuter en avant, entends des protestations à l’arrière. Dès qu’il ouvre la porte, je saute et cours vers Sahelle, qui me regarde arriver avec un grand sourire.
– Sahelle ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? On te cherche partout ! m’exclamé-je, surprise, mais tellement soulagée de la savoir saine et sauve.
– Bonjour ma petite Amy, dit-elle comme si c’était tout naturel que je sois ici, sur cette route. Mais c’est moi qui te cherche partout. Tu ne m’as pas dit que tu étais à Elgin ?
– Non, réponds-je en fronçant les sourcils. Je t’ai dit que j’étais à Elgol, sur l’île de Skye !
– Ah, répond-elle, pensive. C’est donc ça… Il me semblait bien que ce n’était pas ce nom-là. Heureusement que j’ai cherché sur Internet pour savoir où se déroulait un tournage actuellement. Je suis vraiment ravie de te voir. Tu vas bien ?
Je n’y crois pas. Nous sommes sur le bord d’une nationale, il recommence à pleuvoir, l’équipe m’attend dans le mini-van, Mirage miaule à s’en décrocher la mâchoire, et Sahelle me demande comment ça va…
– Sahelle, dis-je avec prudence pour ne pas la vexer, tu ne peux pas rester là. C’est dangereux.
– Oh mais je le sais bien ! Surtout que personne ne me prend en stop. Les gens n’ont aucune compassion, ici ! Mais je t’ai enfin trouvée, alors tout va bien !
Pas si sûr…
– Tu as fait du stop depuis Édimbourg ?
– Non. Bien sûr que non, me rassure-t-elle. J’avais pris un taxi depuis Elgin, mais le chauffeur a trouvé que mon Mirage était un peu… imposant. Imposant ? Non mais tu te rends compte ?! Il a osé dire ça à propos de mon chat ! Alors je lui ai demandé de me déposer sur le bord de la route, mon chat obèse et moi ! Et je peux t’assurer que je ne l’ai pas payé ! Non mais ! Pour qui se prend-il, cet ignoble Écossais ?!
Je suis rassurée. Sahelle va merveilleusement bien…
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