Dangerous Games Intégrale
3. Conspiration !
30. Conspiration !
Pour ce dimanche encore ensoleillé, Lukas et Eva m’ont proposé d’aller assister à des jeux écossais dans la ville voisine de Broadford. Les jeux écossais sont une tradition, et chaque année, de mai à septembre, les villes et les villages ainsi que certains châteaux rassemblent les locaux, des sportifs et des touristes pour participer ou assister aux jeux. Google m’a appris hier soir, après que je l’ai consulté, que les clans s’affrontaient également. À l’époque, les chefs de clan recrutaient ainsi leurs hommes en choisissant les meilleurs. Lukas étant aussi féru que moi d’histoire médiévale – un trait de famille, manifestement –, c’est avec un grand plaisir que j’ai accepté d’y aller.
À neuf heures tapantes, Lukas et Eva arrivent avec un gros 4x4 loué pour l’occasion. Eva me semble toujours aussi fatiguée et, lorsque je lui demande si elle se sent bien, elle m’assure que ce n’est qu’un surplus de travail et que le voyage ne l’a pas reposée. Je n’en demande pas plus, mais je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour elle. N’étant pas du genre à se plaindre, j’espère tout de même qu’elle me dirait si quelque chose n’allait pas.
– Vous avez du nouveau pour Sahelle ? demandé-je pendant le trajet.
– Rien de rien, soupire Eva. C’est vraiment une histoire de fou !
– Elle a bien calculé son coup, m’assure Lukas d’un ton amusé. Elle n’a laissé aucun indice. Mon détective m’a dit que dès qu’on la retrouvera, il lui proposera un contrat. Très peu de gens arrivent à brouiller les pistes de cette façon, elle ferait un très bon détective, selon lui.
Je souris. Heureusement qu’elle a dit avant de disparaître qu’elle comptait « vivre sa vie », sinon nous serions tous morts d’inquiétude.
Enfin, ça n’empêche que nous le sommes quand même…
– Et s’il lui était arrivé quelque chose de grave ? demandé-je.
– Il a des contacts partout. Si elle se fait arrêter par la police, emmener par les pompiers ou une ambulance, il sera aussitôt prévenu.
– Et les frontières ? Elle a peut-être pris l’avion ?
– Il a réussi à s’infiltrer dans les ordinateurs des aéroports, mais c’est long pour tout vérifier.
– Il n’y a pas un avis de recherche ?
– Une recherche vague du côté de New York, mais l’inspecteur que j’ai vu prétend qu’elle a bien le droit de partir en vacances, explique Lukas. Il assure qu’il n’y a pas de quoi s’alarmer.
– Ça se voit qu’il ne connaît pas Sahelle, murmure Eva.
La discussion dévie ensuite sur Melody et son futur mariage. Eva est aussi enchantée que moi à l’évocation de cet événement à venir, et j’apprends que Lukas sera le témoin de Mark Wallington, le futur marié. Nous nous extasions d’avance sur la journée de rêve que va passer Melody, spéculons sur les robes, imaginons également comment nous allons fêter son enterrement de vie de jeune fille. J’ai hâte de vivre cette journée magnifique ! Puis nous arrivons enfin à Broadford, notre destination.
Le rassemblement se fait dans un pré, au creux d’une colline, où Lukas gare le 4x4. Vu d’en haut, on se croirait réellement revenu à l’époque médiévale. Des tentes et des chapiteaux installés en cercle, délimitant l’espace des jeux, des centaines de gens, de la cornemuse qui s’élève dans les airs, des bruits de conversation, des cris et des rires. Le soleil joue un peu à cache-cache avec les nuages, mais il fait doux et la pluie ne semble pas menacer. Je suis ravie d’être ici, curieuse d’en apprendre plus sur cette tradition dont j’ignorais l’existence.
Nous descendons le petit chemin qui mène jusqu’en bas. Lukas et Eva, main dans la main, échangent des regards complices et des petits sourires. Mon cœur se remplit de joie pour eux. L’amour, c’est tellement beau à voir. Ils semblent si proches, si amoureux que je ne peux m’empêcher de me demander si je connaîtrai un tel bonheur un jour.
Jusqu’ici, je ne m’étais jamais posé la question. Plus exactement… jusqu’à Alistair. Je ne croyais pas spécialement à l’amour, n’ayant pas eu de modèle représentatif de la part de mes parents. Ma mère ne s’est pas remariée. Elle a eu quelques aventures, mais personne n’a jamais pu faire battre son cœur comme l’avait fait mon père. Elle me l’a confié un jour où je lui avais demandé si c’était par rapport à moi et à notre relation fusionnelle. J’en avais conclu que l’amour n’était pas primordial pour être heureux et épanoui. Qu’une carrière passionnante pouvait nous apporter plus qu’un mariage ou une relation sentimentale. Mais depuis que j’ai rencontré Alistair, ces idées ne me semblent plus aussi claires dans mon esprit…
Je n’ai pas dit que j’étais amoureuse.
Juste que… je revoyais ma façon de penser.
C’est tout !
Nous sommes accueillis par une fanfare traditionnelle écossaise qui défile au centre du pré. Une vingtaine d’hommes en kilt jouent de la cornemuse. Eva tape dans ses mains, tout excitée de voir un spectacle pareil, pendant que je souris, amusée. Lukas nous entraîne vers un chapiteau où il commande un café pour lui et moi, et un thé pour sa femme.
Nous prenons le temps de savourer nos boissons tout en observant d’un œil alerte la parade devant nos yeux… et autour de nous. Presque tout le monde est vêtu d’un kilt ou d’une jupe écossaise, et nous faisons presque tache avec nos vêtements conventionnels. Puis un présentateur, au micro, annonce le lancement des jeux. Lukas m’explique que des sportifs vont s’affronter. Ensuite, il y aura une démonstration de danse, un repas pour ceux qui le souhaitent, et l’après-midi est réservé aux clans. Pour eux, ce sera également affrontements sportifs et concours de danse. La fin d’après-midi consistera à une initiation aux arts traditionnels d’Écosse.
– Pour le repas, si c’est du haggis, ce sera sans moi, dis-je à Eva, qui éclate de rire, se souvenant de l’anecdote que je lui ai racontée hier soir à propos de Chouchou.
Nous prenons ensuite place sur des chaises libres pour admirer les prouesses des sportifs. Lancer de pierres de tailles variables, de troncs d’arbres (oui, oui, véridique !), courses en montée… Tous se battent dans l’espoir d’être finalistes. Les participants sont en tenue traditionnelle, tous sans exception, et baraqués comme des armoires à glace. Épaules larges, mollets musclés, abdominaux sûrement en tablettes de chocolat. Les spectateurs sont survoltés, leur bonne humeur, contagieuse. Je me prends au jeu et aux cris d’Eva qui les encourage tous. À chaque nouvel adversaire, elle décide que c’est son préféré. Lukas sourit et pose un regard tendre sur sa femme dès qu’elle lui adresse la parole ou réagit à un score.
Et moi, je souris de voir mon frère si amoureux…
Le grand gagnant est écossais, connu, visiblement, car les cris qui résonnent me forcent à me boucher les oreilles. Une nouvelle fanfare, mêlant cornemuses et tambours, vient marquer la fin de ce premier tournoi.
– Purée, il faut aimer la cornemuse pour assister à ça, me glisse Eva. Il existe tant de fanfares que ça, ici ?
– On ne plaisante pas avec les traditions en Écosse, l’informé-je.
Puis c’est au tour des individuels de s’affronter en musique. Des hommes, essentiellement, jouent un morceau à la cornemuse chacun leur tour pour séduire le jury. Et le public. Parce que, pour ma part, je suis déjà conquise. Et ma curiosité me chuchote qu’il faudrait absolument que je trouve un moment pour m’essayer à cet instrument au son fort et puissant. Même si je ne sais pas si je possède assez de souffle pour en jouer. Les musiciens m’impressionnent ! La musique semble sortir des tréfonds de la terre avec un arrière-goût mélancolique. Je suis subjuguée.
Et presque déçue lorsque le concours prend fin.
Ensuite, vient le moment de la danse. Sur de la cornemuse, bien sûr. Les filles présentes arborent des jupes écossaises, des gilets sombres au-dessus et de grandes chaussettes assorties à leurs bas. Je ne connaissais pas du tout cette danse traditionnelle, composée de mouvements gracieux des bras et des jambes, qu’on pratique en restant sur place. C’est énergique et joyeux. Les filles sourient, ne semblent même pas fatiguées. Alors que moi je suis presque essoufflée rien qu’en les regardant ! L’ambiance est toujours aussi électrique, les cris fusent, les encouragements et les applaudissements ne cessent de retentir.
À la fin de la matinée, je suis contente de me lever pour aller déjeuner. Lukas a réservé une place sous un grand chapiteau, où nous dévorons de la viande rôtie et des légumes grillés. Avant le début des affrontements des clans, Eva propose que nous nous dégourdissions les jambes en marchant un peu pendant que Lukas discute avec je ne sais qui. J’accepte avec plaisir, j’ai bien envie de m’éloigner un peu du brouhaha ambiant.
À peine éloignées du cercle des jeux, une petite voix m’interpelle.
– Amy ! Coucou !
Je me retourne. Catriona, en tenue traditionnelle, me fait de grands gestes. À côté d’elle, son père. Alistair, en kilt vert foncé avec des bandes bleues et noires. Chaussettes assorties. Chemise blanche lâche à lacets. Je reste un instant figée de surprise. Puis j’éclate de rire. Pas lui. Lui, il me regarde avec une lueur indéfinissable dans les yeux.
Je me venge un peu de sa froideur de l’autre soir, j’avoue. Et je ne veux surtout pas qu’il pense que je suis vexée, peinée, tout ça, tout ça… Même si je le suis encore…
En réalité, mon rire est nerveux. Je ne m’attendais absolument pas à le trouver là. Et encore moins à le découvrir en kilt. Parce que s’il est sexy au naturel, là, je ne parviens pas à décrire ce que je ressens en le voyant en tenue traditionnelle. Le mot « sexy » n’est pas assez fort. C’est juste un fantasme incarné. Ni plus ni moins.
Et je prie pour que mon trouble ne se voie pas…
Catriona se jette sur moi. J’ai juste le temps de me baisser pour la prendre dans mes bras.
– Tu es venue pour jouer, toi aussi ? Ah non, ajoute-t-elle après un instant de réflexion, tu n’as pas de jupe.
En effet, non. Je porte un short sur des collants imprimés et un petit pull blanc. Je me relève, observe de nouveau Alistair. Son regard rivé sur moi. Ses boucles légères qui lui tombent sur les épaules. Ses jambes musclées, dont on aperçoit les genoux.
Et je ne peux m’empêcher de me demander s’il porte quelque chose sous son kilt. La tradition, c’est… rien, non ?!
– Bonjour Amy, dit-il en hochant la tête dès qu’il est près de moi.
– Alistair, réponds-je, la gorge nouée à présent. Quelle surprise.
Un demi-sourire étire ses lèvres. Je n’arrête pas de le dévisager, de parcourir son corps de haut en bas. Même en kilt, il est sexy. Peut-être encore plus sexy que d’habitude. Un raclement de gorge me rappelle la présence d’Eva, que je m’empresse de présenter.
Catriona, après m’avoir parlé de la pouliche et de sa cabane, harcèle Eva de questions. D’où elle vient, ce qu’elle fait, si elle travaille sur la série, etc. Elles partent devant pour retourner voir les jeux, pendant qu’Alistair et moi sommes un peu à la traîne. Sa présence me rend fébrile. J’ai chaud, froid, et mon cœur est embarqué dans un tourbillon sans fin. Le voir ici, alors que je n’y étais pas préparée, est étrange, et j’ai du mal à gérer.
– Tu participes, j’imagine ? demandé-je.
– Avec mon clan, oui, confirme-t-il dans une grimace amusée. Tradition oblige.
– Tu as un clan ! m’étonné-je.
– Tous les Écossais ont un clan, affirme-t-il. Mais certains ne perpétuent pas les traditions. Ma grand-mère aime ça, alors nous participons tous les ans.
– Tu vas lancer des troncs d’arbres ? m’écrié-je, curieuse de le voir à l’œuvre.
– Bien sûr, rit-il. Nous lançons des troncs, tirons à la corde, faisons… Hum, une démonstration de danse, ou de musique, ce genre de choses.
– Tu vas danser ?
– Ah non ! s’esclaffe-t-il. Les filles se chargent de la démonstration et moi je montre les muscles.
– Dommage, dis-je, joueuse. Ça aurait été tellement sympa à côté de la vidéo où tu sautes d’une falaise…
Étonnamment, il ne rit plus du tout, là… Aurais-je appuyé sur un point sensible sans le savoir ?
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