Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 72 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

7. Bizarre, bizarre…

72. Bizarre, bizarre…

 

L’ambiance sur le tournage n’est pas ce que j’appellerais joyeuse. Il plane un air difficile à expliquer, tout le monde se regarde en biais, comme si chaque personne se méfiait de l’autre.

– Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je à Bonnie, une fois que je lui ai résumé quinze fois ma soirée à l’hôpital avec Alistair (qui n’était pas une soirée, puisque je me suis endormie).

Et je me suis bien gardée de lui dire le lapin qu’il m’a posé ensuite…

– L’expert de l’assurance a trouvé un truc louche, m’explique-t-elle d’une voix désolée. C’est à propos de la selle. Je n’ai pas tout compris, mais je crois que ce n’est pas un accident.

– Comment ça ?

– La selle aurait été sectionnée. Net, grimace-t-elle.

J’ouvre de grands yeux et cours jusqu’à l’endroit où sont rassemblés Alan, Stuart, l’expert et quelques personnes de l’équipe, Bonnie sur les talons. Tous ont un visage grave.

– Ce n’est pas un hasard ? demandé-je après les avoir salués.

– Eh non, confirme l’expert. Il va falloir revoir l’assurance.

– Comment ça ? m’étonné-je.

– Les garanties sont différentes selon les causes. Là, c’était criminel, M. McKay touchera une plus grosse indemnité.

– Mais le matériel n’avait pas été vérifié ?

– Si. Mais pas assez, manifestement.

– Heureusement qu’il est bien assuré, souffle Bonnie à mes côtés.

– Les assurances sont obligatoires pour les cascadeurs. Mais il y en a des plus importantes que d’autres. M. McKay ne plaisantait pas avec ça, il est très, très bien couvert, oui.

– Et… Se pourrait-il que quelqu’un sabote personnellement son matériel pour toucher l’assurance ? demande subitement Stuart, son éternel air aigri sur le visage.

Sa question jette un froid au milieu des personnes rassemblées. Tous le regardent avec un air surpris.

– Il va y avoir une enquête, bien sûr, énonce l’expert, mais c’est peu probable, connaissant M. McKay.

– Vous n’êtes sûr de rien, insiste Stuart, perfide.

– Mais comment pouvez-vous insinuer une chose pareille ? m’offusqué-je, ne pouvant plus me retenir, tellement ses propos me choquent.

– On voit de tout dans la vie, lâche Stuart, imperturbable.

– Peut-être, mais ça m’étonnerait beaucoup que ce soit son style, moi… ne puis-je m’empêcher de répondre.

– Je ne savais pas que vous connaissiez si bien ce cascadeur, ironise Stuart sur un ton suspicieux.

Je me contente de hausser les épaules sans répondre. Cet homme est vraiment parano. Et méchant.

Mais ça, je le savais déjà…

Je m’éloigne ensuite avec Bonnie. Pas envie d’en entendre plus. Apprendre que quelqu’un a voulu, sciemment, attenter à la vie d’Alistair me glace le sang. M’inquiète à un point inimaginable.

– Ce n’est pas un peu bizarre, tout ça ? demandé-je à Bonnie. Le mot sur ma voiture, la selle sectionnée… Je ne sais pas trop quoi en penser…

– Mouais, de plus en plus bizarre… confirme-t-elle. Au fait, j’ai bien discuté avec Moira sur le chemin du retour.

– Ah, me contenté-je de répondre, absorbée par mes pensées. Et ?

– Je pense que c’est quelqu’un de bien, tu sais.

– Tu ne m’as pas déjà dit ça hier ? dis-je en m’arrêtant et en me tournant vers elle pour voir son expression.

– Euh… si, rougit-elle. Mais là, nous avons vraiment bien parlé. Et son attitude était surtout liée à la peur qu’Alistair refuse de la laisser voir sa fille. Mais elle ne fera rien qui pourrait bouleverser Catriona, je peux te l’assurer.

Bonnie… qui rougit ? WTF ?

– Cool… lâché-je. C’est déjà ça…

Pas que je ne sois pas contente de cette nouvelle, juste que celle que je viens d’apprendre avant me donne vraiment la chair de poule. Je n’arrête pas de ruminer. De me demander qui peut nous en vouloir à ce point.

Et s’il y a un lien entre Alistair et moi pour les menaces et l’accident…

***

Attendre le soir pour me rendre au ranch a été un vrai calvaire. Ajoutez à ça l’ambiance morose et suspicieuse sur le plateau, les coups d’œil entendus de Stuart quant au fait que je prenne la défense d’Alistair par rapport à son assurance, mon besoin de regarder tout le monde comme un ennemi potentiel à cause du mot sur ma voiture – et de mes pneus crevés –, la journée a donc été d’un pathétique déprimant.

Pour rester polie…

Il ne me reste que quelques jours de tournage et j’ai l’impression que tout a changé. Je ne parle pas de cette atmosphère tendue, mais d’autre chose d’indistinct. Ou alors, c’est l’absence d’Alistair qui veut ça. Mouais, pas faux, c’est comme s’il manquait quelque chose aujourd’hui.

Ou plutôt quelqu’un…

Alors je crois bien que c’est moi qui suis pathétique…

Au ranch, Daisy m’indique qu’Alistair se repose chez lui. Après m’avoir remerciée des dizaines de fois, proposé un thé, des biscuits que je refuse poliment, je me dépêche de suivre le petit chemin que j’ai déjà emprunté pour me rendre dans la maison d’Alistair. Je traverse la forêt, aperçois la cabane de Catriona, puis l’antre d’Alistair. Son énorme bâtisse en chaux blanche et en baies vitrées me laisse, comme la dernière fois que je l’ai aperçue, sans souffle. Je ralentis le pas, prenant le temps de bien l’admirer. Puis je me rappelle qu’Alistair m’a posé un lapin hier soir. Et que je lui en veux…

Mais maintenant, je suis partagée entre les reproches que je veux lui faire et la peur que j’éprouve suite aux dernières révélations sur son accident…

Quelquefois, j’aimerais qu’on m’enlève le cerveau. Juste quelques minutes, pour avoir du répit. Pour que je cesse d’être tiraillée entre plusieurs sentiments. Plusieurs émotions. Et qu’on intègre aussi ce qu’on appelle « volonté » dans mon esprit.

Volonté en ce qui concerne les reproches que je veux faire à Alistair…

Parce que, quand il m’ouvre, pieds nus, en jogging large qui lui tombe sur les hanches et tee-shirt manches courtes près du corps, je me rappelle à peine la raison pour laquelle je suis venue. Tout ce que je vois, c’est son sex-appeal. Cette sensualité brute qui émane de lui. Son regard sombre qui m’observe, la tête légèrement penchée sur le côté, son petit sourire craquant sur les lèvres.

Combien je tiens à lui…

– BlueBird… se contente-t-il de lâcher, visiblement pas étonné de me voir.

– Alistair, dis-je d’un ton sévère. Il faut que je te parle !

Il s’efface pour me laisser entrer. Son parfum me saute au nez. Associé à celui du gel douche que j’ai déjà utilisé ici même.

– Tu étais en manque de spa ? dit-il en souriant plus largement.

– Nan… soufflé-je, désolée de ce que je vais lui annoncer. J’ai un truc important à te dire.

– OK… Viens.

Je le suis dans les escaliers, avec une vue parfaite sur ses fesses… parfaites. Un appel à la luxure, ce fessier !

Et, bien sûr, il surprend mon regard une fois en haut. Qu’il a la délicatesse de ne pas souligner, cependant…

– Tu veux un thé ? me demande-t-il, très poli.

– La selle a été sectionnée, dis-je de but en blanc. Et oui, je veux bien, merci.

Alistair ne réagit pas. Il se rend d’un pas nonchalant dans sa cuisine pour préparer la boisson.

– C’est tout ce que ça te fait ? m’agacé-je. C’est grave ! Quelqu’un a voulu te tuer !

– Je sais déjà tout ça, Amy, dit-il, toujours indifférent. L’expert est venu me voir hier soir.

– Oh ? C’est pour cette raison que tu as décommandé notre… rendez-vous ?

– Oui, confirme-t-il.

OK, je me sens trop conne, là… Mais soulagée de savoir qu’il y avait une vraie raison… Et non pas une fuite de sa part.

– Mais l’expert semblait découvrir le truc en même temps qu’Alan et Stuart, m’étonné-je. Ce matin, sur le plateau.

– Il a vu ça hier et n’en a parlé à personne. Je crois qu’il voulait voir la réaction des gens aujourd’hui.

– Mais pourquoi ?

– Probablement pour dénicher le coupable, affirme Alistair, laconique.

– Ah. Oui. En tout cas, Stuart a lâché que c’était un coup de ta part pour toucher plus d’argent…

– Si ça l’amuse, dit Alistair, pas franchement surpris. Mais bon, qu’il se rassure, j’ai déjà de quoi vivre tranquille jusqu’à la fin de mes jours. Et Catriona aussi.

– Tu penses que ça pourrait être qui ?

– J’avais pensé à Moira… répond-il. Ça aurait été tout bénef pour elle. Elle récupère Catriona et l’argent pour l’élever.

– Mais c’est ignoble ! m’offusqué-je.

– En effet…

– Tu crois vraiment qu’elle serait capable de ça ? insisté-je, refroidie par sa supposition.

– À vrai dire, je n’en sais rien. L’expert m’a dit que tout le monde était potentiellement coupable. Mais, pour être honnête, je n’ai pas envie de me prendre la tête là-dessus pour le moment. Des spécialistes vont s’occuper de ça. Je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus.

– Tu as le droit de venir sur le plateau, même en touriste, dis-je, sous couvert d’humour.

Et peut-être aussi parce que le tournage est nettement moins drôle sans lui…

– Oui, j’irai sûrement dire au revoir à l’équipe.

– En tout cas, entre mes menaces et ta selle, ce n’est franchement pas rassurant, soupiré-je. Tu crois qu’il y a un lien entre les deux ?

Alistair réfléchit quelques secondes. Le temps qu’il m’apporte un thé qui sent bon le jasmin.

– Nous sommes les nouveaux amants maudits, BlueBird, se marre-t-il.

– Super, ça fait envie, grimacé-je, pas vraiment enchantée de ce surnom.

– Si tu as peur, tu peux passer la nuit ici, tu sais… propose-t-il en changeant soudainement de sujet.

Et de regard. Et de ton.

– Le héros de ces dames… ironisé-je.

– Ça compensera pour hier, dit-il, amusé, en me faisant un clin d’œil.

– Bon, si t’insistes…

J’ai bien fait de venir, finalement…

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