Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 71 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

6. Illusions

71. Illusions

 

 

Alors que j’imaginais une soirée de câlins ou de discussions – voire les deux – je me suis endormie comme une souche, hier soir. Je me rappelle m’être allongée près d’Alistair, oubliant momentanément le lit de camp que m’avait gentiment apporté une infirmière, même si ce n’était pas vraiment autorisé, d’après elle… Mais Alistair avait dû la convaincre avec son assurance naturelle. Nous étions tendrement enlacés sur le lit et puis… plus rien. C’est la lueur de l’aube qui vient de me réveiller.

J’observe Alistair et ses traits reposés, son souffle lent et profond. Ses longs cils, ses cheveux ondulés, dont une mèche tombe sur sa joue. Ses lèvres un peu entrouvertes. Et je lutte contre mon envie de l’embrasser. Son épaule dépasse du drap, et je meurs d’envie de caresser sa peau nue. Mais je ne veux pas le réveiller. Je me glisse discrètement hors du lit, me débarbouille avec les moyens du bord, plie le lit de camp et l’emmène à l’infirmière. Je ne sais pas si Alistair va recevoir de la visite aujourd’hui, mais j’aimerais éviter de laisser des traces de ma présence dans sa chambre. Il ne s’est pas réveillé, j’imagine qu’il avait vraiment besoin de repos.

Je file ensuite boire un café et manger un muffin à la cafétéria. Lorsque je remonte, l’infirmière me hèle de son bureau. Je m’approche, curieuse.

– Nous avons les résultats de votre test. Tenez, dit-elle en me donnant une enveloppe. J’ai déjà remis la sienne à M. McKay.

– Merci, réponds-je, émue par ce que représente cette prise de sang. Alistair est réveillé ?

– Oui, il a une visite.

– Oh, très bien. Merci.

J’hésite à entrer dans la chambre. Je ne sais pas qui est présent. Je serre l’enveloppe contre mon cœur, sans l’ouvrir. Je sais déjà quel est le résultat, de toute façon. Mais je suis un peu fébrile tout de même, ce qui est stupide, il faut bien l’avouer. Je fais demi-tour pour rejoindre la fenêtre, décachette finalement l’enveloppe et souris. Bien sûr, le résultat est négatif. Je fourre le papier dans mon sac et retourne devant la porte d’Alistair. Hésite encore. Puis frappe deux coups légers.

– Bonjour Amy, disent en chœur Alan et Alistair.

– Vous êtes bien matinale, dit Alan, probablement surpris de me trouver là, même s’il ne le montre pas réellement.

– Oui, me justifié-je, rougissante. Qui n’a pas eu peur avec cette chute phénoménale ?

– En effet, confirme le réalisateur, l’air désolé. Mais le principal est qu’Alistair aille bien. Vous n’êtes pas cascadeur pour rien, dit-il en se tournant vers mon brun ténébreux qui ne dit rien et se contente de me jeter un regard indéchiffrable.

– Bien, je vous remercie d’avoir signé les papiers, conclut Alan en récupérant une liasse de feuilles posée sur la table. Je les transmets dès mon retour à l’expert. Et ne vous inquiétez pas, votre contrat a été rempli. C’était la dernière cascade. Étant donné que vous êtes d’accord pour qu’on utilise la scène, tout est OK pour nous.

– Bien, dit Alistair avec un sourire. Merci Alan.

– Amy, nous reprenons demain le tournage. À très vite. Alistair, au plaisir de vous revoir.

Nous le saluons et Alan s’empresse de regagner la sortie. Je ne peux m’empêcher de me demander où il a laissé Chouchou.

Mais je ne lui pose pas la question, bien entendu…

– L’infirmière t’a donné le résultat ? me demande aussitôt Alistair.

– Oui, affirmé-je en récupérant le papier et en lui tendant. Toi aussi, à ce que j’ai compris.

– Tout à fait, répond-il en me donnant sa feuille à lui.

Que je lis. Et qui me fait sourire.

– Vivement que je sois rétabli, me glisse-t-il avec un air canaille, me laissant sous-entendre qu’il est impatient de faire l’amour avec moi sans préservatif.

– Hum. Je doute que ce soit conseillé.

– Le sexe est le meilleur médicament qui existe, BlueBird, n’oublie jamais ça ! riposte-t-il, amusé par ma provocation.

Je n’ai pas le temps de lui répondre, une employée de l’hôpital entre avec son petit déjeuner. Alistair la remercie, soulève la cloche et grimace légèrement. Je le comprends. Deux œufs bien pâles, deux biscottes, une pomme et un café aussi clair que la pluie qui tombe dehors.

– La cafétéria n’est pas trop mal pour le petit déjeuner, m’amusé-je. Tu veux des viennoiseries ?

– Non, je veux un vrai petit déjeuner avec des trucs salés et bien gras ! J’ai une faim de loup !

– Tu devras attendre, alors. Tu sors bientôt ?

– Oui, en fin de matinée. George et Daisy viennent me chercher.

– J’aurais pu te ramener, proposé-je.

– Ils tenaient vraiment à venir…

– OK. Je vais rentrer, alors…

– Oui, je dois attendre le passage du médecin, et après je suis libre. On pourrait… se voir plus tard ?

– D’accord, dis-je, les papillons déjà actifs dans mon ventre.

– Sois prudente sur la route, Bluebird.

– Ne fais pas tourner en bourrique les infirmières, réponds-je avec un grand sourire.

J’ai à peine le temps de finir ma phrase que la main d’Alistair saisit mon poignet. Je me retrouve écrasée contre son torse, ses lèvres sur les miennes. Il m’offre un baiser passionné. Urgent. Étourdissant.

Moi aussi, j’ai hâte d’être à ce soir !

***

Sauf que maintenant nous sommes le soir. Et Alistair m’a envoyé un SMS pour me dire qu’il n’était pas dispo. J’avoue que je ne sais pas comment prendre son message. Est-ce de nouveau un pas en arrière ? Le test HIV me semblait plutôt un pas en avant… A-t-il repris ses esprits ? Décidé que non, finalement, notre relation n’allait pas durer ?

Pitié, qu’on me sorte ces questions de la tête !

Outre ma tristesse et la déception de ne pas le voir ce soir, je dois bien avouer que je suis en colère. En colère d’avoir cru qu’une évolution était possible entre nous. Que nous pourrions être… un couple. Avec des rendez-vous et tout le tintouin. Ou sans le tintouin, je m’en fiche, mais ce que je veux, c’est le voir. Sa présence me manque. Son regard ombre et lumière me manque. Sa voix, grave et enveloppante, me…

Bon, OK, on a compris…

Après avoir répondu aux SMS de Bonnie et de Carolyn qui m’ont demandé des nouvelles, je fixe mon téléphone avec dépit. Je suis tentée de harceler Alistair de questions. De reproches. Alors je prends une décision de grande fille sage, je balance mon portable sur le lit et attrape celle qui ne me déçoit jamais : ma guitare. Et je joue. Longtemps. Je m’apaise. De plus en plus. Je laisse de côté les fausses promesses, les illusions, les espoirs avortés. Mieux, j’en fais un début de chanson. Qui claque, sans vouloir être prétentieuse. Des paroles certes un peu torturées, mais qui avaient besoin de sortir.

Quand j’ai assez joué, que je suis essoufflée de m’être autant concentrée, je pose ma guitare en la remerciant intérieurement. Puis je reprends mon téléphone et (non, pas de SMS à Alistair) je vais sur YouTube.

227 600 vues. Wow.

J’en reste un instant muette de surprise. Si je m’attendais à ça !

Ensuite, je lis les commentaires. Plus lentement que ce matin. Un peu avec appréhension, je ne peux le nier. Sahelle m’a dit qu’ils étaient positifs, mais je reste sur mes gardes, les réseaux sociaux peuvent être traîtres, parfois. Et blesser énormément.

Et niveau blessure émotionnelle, merci, j’ai ma dose…

Mais Sahelle disait vrai. Que des compliments ! Enfin, il y a bien une remarque ou deux sur la couleur de mes cheveux et le lien avec ma mère, mais ça s’arrête là. Ah, si ! Un internaute dit que les chansons d’amour sont niaises. Je souris, émue. Ce déferlement de commentaires me surprend au plus haut point.

Et me laisse pensive…

Je n’ai toujours pas l’intention de faire carrière dans la chanson. Mais là, je me pose la question d’approfondir un peu ce que j’écris. De continuer, tout du moins.

Enfin, je n’en sais rien, je ne suis pas certaine d’avoir les idées claires !

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