Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 70 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

5. Quand je n'ai pas mon mot à dire

70. Quand je n'ai pas mon mot à dire

 

– Tu crois que le mot sur mon pare-brise parlait de ce secret-là ? demandé-je à Alistair, pensive, alors qu’il écoute pour la cinquième fois d’affilée ma chanson.

– C’est peu probable, affirme-t-il après un instant de réflexion. Mais une chose est sûre, BlueBird, tu ne quittes pas cet endroit sans moi.

– Quoi ?

– Tu n’es peut-être pas en sécurité à l’extérieur. D’autant plus que maintenant ton… maître-chanteur sait peut-être que tu as du talent. Et que tu as une mère connue.

Génial…

– Tu crois que la personne qui m’a écrit ce mot veut de l’argent ?

– Aucune idée. Mais, dans le doute, mieux vaut rester prudent.

– Ce n’est pas un peu insensé, tout ça ? Je veux dire, je n’ai rien à cacher, moi…

– Permets-moi d’en douter, se marre Alistair.

– Comment ça ?

– Eh bien, la preuve que si, tu as des choses à cacher. Ton talent, par exemple.

– Oh, ça… Mais ça n’a rien à voir !

– Peut-être pas, en effet. Mais dans tous les cas, tu restes là, affirme-t-il sans ciller.

– Là… Euh… Avec toi ? balbutié-je.

– Ouais, dit-il en hochant la tête.

– Dans cette chambre ?

– Désolé, mais cet établissement ne fait qu’hôpital, pas hôtel. Donc oui, dans cette chambre. Avec moi. Sous ma protection.

– Ah… dis-je simplement tout en tentant de reprendre mes esprits.

– Et… Puisque nous sommes là tous les deux, on pourrait peut-être faire un test HIV, non ?

– Quoi ?

Alistair se marre en me regardant. Oui, j’ai l’air d’une idiote. Mais on peut dire qu’il me prend vraiment de court. Il veut que je reste avec lui, ici, cette nuit. Et il veut qu’on fasse un test HIV. Pour ne plus mettre de préservatifs, si mon esprit suit bien le truc. Donc…

Non, pas de suppositions…

– Un test HIV, répète-t-il alors que j’ai très bien compris. Comme ça, on pourrait…

– Ne plus mettre de préservatifs… conclus-je pour lui. Mais… Ça veut dire que tu veux continuer à me voir… Enfin… Que notre relation… Euh… Tu vois, quoi…

– Non, se moque-t-il gentiment, je ne vois pas trop.

Je me lève subitement de son lit, rouge comme une écrevisse. Qu’est-ce qu’il fait chaud, tout à coup ! Puis je regarde par la fenêtre. La pluie est arrivée, recouvrant le sol de grosses gouttes qui rebondissent, assombrissant la luminosité.

– OK, dis-je en prenant une large inspiration et en me retournant, bien décidée à obtenir une réponse claire. Tu veux que notre relation continue, Alistair ?

– Oui, bien sûr… répond-il comme si ça coulait de source.

– Mais… genre… comment ? Un pas en avant et deux en arrière ou… ?

– Ou quoi ?

– Ben… ou… une relation normale, quoi. On s’envoie des SMS, on a rendez-vous, on sait ce qu’on veut.

– Tu sais ce que tu veux, toi ? demande-t-il en haussant un sourcil.

– Par rapport à toi, oui, affirmé-je, plantant mon regard dans le sien.

– Et que veux-tu exactement, BlueBird ? insiste-t-il d’une voix basse, diaboliquement sensuelle.

Alistair et l’art de répondre à une question par… une question.

Je me suis fait avoir, là, ou c’est moi qui exagère ?

– Toi, soufflé-je, détournant aussitôt le regard.

Pour le reposer sur lui ensuite. Alistair me fixe, amusé, même si ses yeux semblent bien pensifs, tout à coup.

– Ça me va, dit-il enfin. Je crois que je veux la même chose.

– Oh… balbutié-je.

Alléluia !!! Ce n’est pas trop tôt !

– Tu me veux… moi ? demandé-je quand même, par précaution.

– Je veux une relation avec toi, oui… confirme-t-il.

Je m’apprête à le faire parler un peu plus, ne pouvant malgré tout me contenter de cette simple affirmation, quand la porte s’ouvre. Une infirmière. Que je maudis ! Elle vient de troubler un moment important. Mais je lui souris et quitte la pièce sur sa demande : elle vient ausculter Alistair et vérifier que tout va bien.

Je reprends mes cent pas dans le couloir. Étrange, il me semble beaucoup moins terne, maintenant. Malgré la pénombre qui envahit l’endroit, la nuit qui tombe inexorablement sur le paysage alentour. J’en profite pour envoyer un message à Bonnie, lui dire qu’Alistair va bien et qu’il m’a proposé de passer la nuit ici. Je décide de descendre me chercher quelque chose à boire à la cafétéria – les émotions, ça donne soif – et de téléphoner à Sahelle via le fixe de Duncan. J’ai deux ou trois trucs à leur dire.

– Allô, répond la voix de mon logeur, égale à elle-même : grognon.

– Duncan ! dis-je d’une voix trop enjouée. C’est Amy. Vous n’avez rien à me dire ?

– Bonsoir, se contente-t-il de lâcher. Vous voulez parler à Sahelle ?

– Pas spécialement tout de suite, non, c’est à vous que je voulais parler. Ça va, c’est cool de publier une vidéo de moi à mon insu ? Votre conscience va bien ?

J’entends une espèce de grognement au bout du fil, suivi d’une voix étouffée et d’un remue-ménage indistinct.

– Amy ! s’écrie Sahelle. Alors, tu as vu, tu cartonnes sur la Toile !

Je n’en reviens pas. Duncan est un lâche ! Il n’assume même pas. Sahelle ne vaut pas mieux ! Et mon intimité dans tout ça ? Ma vie privée ?! Duncan et Sahelle ne sont que deux psychopathes, j’en ai bien peur !

– Sahelle, j’aurais aimé être mise au courant, tout de même, marmonné-je.

– Oui, bon, est-ce vraiment important ? élude-t-elle. Jeune fille, tu dois faire de la musique !

– Sahelle… Je t’ai déjà expliqué que…

– Taratata ! me coupe-t-elle sans délicatesse. Regarde le buzz que tu fais ! Tu es à plus de 120 000 vues sur YouTube, tu te rends compte ? C’est… inespéré. Pas que je ne te croyais pas capable, non, bien au contraire, mais là, il faut avouer que ce résultat a vraiment dépassé nos attentes.

– Vos attentes… ?

– Oui, à Duncan et à moi ! Enfin, Amy, tu as de l’or dans la voix ! Mais écoute-toi ! Comment peux-tu laisser passer une opportunité pareille ? Tu dois chanter, Amy. Les gens t’adorent déjà ! Tu as vu les commentaires ? La plupart te demandent quand est-ce que tu sors un album ? Et si tu as d’autres chansons. C’est vraiment dommage que Duncan n’ait pas pu exploiter les premières vidéos, il avait mal réglé un truc, et le son était pourri. Mais celle-ci, franchement, était parfaite ! Tu te rends compte de ce que ça représente ?

J’éloigne le téléphone de mon oreille. Sahelle est tellement surexcitée que j’ai l’impression de sentir ses postillons rebondir sur mon visage. Comme si elle était face à moi. Je n’en reviens toujours pas. On dirait que c’est son succès à elle. Ou du moins, que mon talent lui tient vraiment à cœur.

Mais ce n’est pas comme si j’avais demandé quelque chose…

– Sahelle, la coupé-je à mon tour d’une voix ferme. Virez-moi cette vidéo ! Vous l’avez publiée sans mon autorisation. Or, je ne suis absolument pas d’accord pour qu’une vidéo de moi circule sur le Net !

Sahelle laisse passer un blanc. Visiblement, elle ne s’attendait pas à une telle réaction de ma part. Mais comment cela aurait pu en être autrement, franchement ? Et pire, cette chanson est privée, merde ! Et même pas finie ! J’avais encore plein d’ajustements à faire !

– Mais, Amy, on ne peut pas, affirme-t-elle, étonnée. Elle ne nous appartient plus. Elle n’arrête pas de circuler. Si on l’enlève, quelqu’un la remettra, c’est certain !

– Quelqu’un comme Duncan, je suppose… grogné-je.

– Oui, c’est bien possible, répond-elle sans se démonter. Écoute, prends le temps de réfléchir. Si vraiment cette vidéo te pose un problème, on verra ce qu’on en fait. Mais j’insiste, tu as vraiment du talent. Et ce serait dommage de le gâcher. De ne pas le partager avec les autres.

– Ça me regarde, ça, non ? objecté-je.

– Oui, oui, bien sûr… Mais vraiment…

– Bon, la coupé-je encore, trop exténuée pour lutter contre elle. Je passe la nuit à l’hôpital. Alistair a fait une chute. Il va bien, mais je vais rester près de lui. Bonne nuit, Sahelle.

Et je raccroche. Furieuse qu’elle soit si butée. Pensive, un peu, aussi. Complètement dépassée, assurément.

Je prends le temps de boire mon jus de fruit trop sucré et trop chimique, puis remonte pour patienter devant la chambre d’Alistair. La porte est entrouverte lorsque j’arrive. Je m’approche pour écouter si l’infirmière est encore là, mais le silence règne. Alors je tape deux petits coups et entre avec son accord.

– Tout va bien ? demandé-je. Je suis allée boire un jus de fruit, tu veux que j’aille te chercher quelque chose ?

– Non merci. Par contre, si tu es OK pour la prise de sang, on peut la faire tout de suite. L’infirmière a déjà fait la mienne.

– Oh. Euh, oui, alors…

Alistair sonne, et l’infirmière apparaît quelques minutes après. Comme si elle attendait son signal. Pas rassurée, je lui tends mon bras avec un sourire forcé.

Hors de question que je montre à Alistair que les piqûres me terrifient !

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