Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 11 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

11. Envie d'un cocon de douceur...

 

 

J’ai déjà des courbatures dans les jambes. Alors que les courbatures, ça n’arrive que le lendemain, non ? Mais ça, ce n’est rien, comparé à la honte que je me suis tapée !

Je serre mon volant à m’en décrocher les doigts. Je n’arrête pas de me fustiger intérieurement. Enfin, et à voix haute, aussi. Je me traite de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables.

Je me suis tellement sentie mal que je crois que je n’oserai plus jamais le regarder dans les yeux. Parce qu’il l’a senti, ce truc entre nous. Impossible à ignorer. C’était tellement fort, tellement palpable, tellement troublant.

Il faut que je dorme ! Que j’oublie cette avalanche d’émotions qui m’a submergée, aujourd’hui. Mais j’ai envie de parler à quelqu’un de ma famille. D’entendre une voix familière, de me plonger dans un cocon de douceur, de sérénité. Ma mère est en tournée, je sais que je ne pourrai pas la joindre si facilement. Et elle devinerait de suite que quelque chose me tracasse, que mon cœur laisse échapper des battements qu’il ne connaît pas, et qu’un homme est à l’origine de mes tourments…

Ma vie a été violemment mise à mal il y a quatre ans, suite à la découverte de l’identité de mon père – surtout à cause de cet énorme secret que ma mère m’a caché pendant dix-huit ans – cette histoire m’a dévoilé un frère. Un frère beau comme un dieu (nous avons les mêmes yeux) (comment ça, je me vante ?), doux comme un ruban satiné, protecteur comme peut l’être un grand frère aimant. Pourtant, nos débuts ont été houleux. Je suis arrivée dans sa vie avec toute la fougue de mes 18 ans, en colère. Tellement en colère… Je voulais qu’il me reconnaisse immédiatement, qu’il m’accepte, qu’il m’aime. Qu’il me dise qu’il m’avait attendue toute sa vie, que même s’il ne me connaissait pas, ma présence lui avait manquée, parce qu’il savait que j’étais là, quelque part, et que nous finirions par nous trouver. Je crois que je voulais tout. Tout et tout de suite. Faire partie de sa vie, de ses pensées, connaître ses amis, ses goûts, ses habitudes. Rattraper toutes ces années perdues où nous ignorions l’existence l’un de l’autre. Parce que, si je n’avais manqué de rien, pendant mon enfance, j’avais toujours chéri l’idée d’avoir un grand frère, en secret…

Bien évidemment, ça n’a pas été aussi simple. Il m’a rejetée. Purement et simplement. Je ne lui en veux pas, j’aurais sûrement fait pareil. Je souris en repensant à mon comportement, tout en surveillant du coin de l’œil qu’un troupeau de moutons ne traverse pas la route. Le tact ne faisait pas partie de mes qualités (je fais des efforts, maintenant). La discrétion, non plus (sans commentaires) et je n’avais même pas imaginé qu’il pourrait refuser de me parler (Amy élevée dans un monde de Bisounours, habituée à être le centre du monde…). Au lieu de lui laisser le temps d’intégrer cette révélation, faute d’avoir préparé un plan, aussi, j’ai rué dans les brancards en lui envoyant au visage toute la colère qui me submergeait.

Heureusement, tout s’est rapidement arrangé. Lukas Stetson, mon frère, m’a ouvert grand les bras. Le cœur. Il m’a laissé entrer dans sa vie.

Je gare la petite Clio blanche devant la cabane de bois que me loue la production, dont la vue donne sur l’océan, espérant vivement que Duncan, mon logeur acariâtre, ne sortira pas de sa maison non loin. J’ai eu ma dose de sensations fortes pour la journée, je refuse qu’il vienne ajouter sa mauvaise humeur (le mot est faible) à cette fin de journée.

Dès que j’entre dans ma cabane, je lance l’appel vocal avec Lukas.

– Salut petite sœur, retentit la voix de mon frère sur mon écran.

Son visage passe rapidement, suivi de la vue du mur de sa chambre, puis d’un fauteuil où est déposé un costume gris.

– Tu me fais visiter ton appart ? plaisanté-je.

Son rire résonne, puis son visage réapparaît à nouveau. Ses grands yeux bleu clair, semblables aux miens, ses traits si adorés, et son grand sourire.

– J’ai un rendez-vous, explique-t-il. Mais je ne voulais avoir de tes nouvelles quand même.

– Je vais bien, dis-je de mon ton le plus neutre possible. Je te rappellerai, si tu veux.

– Tout se passe comme tu le souhaites, sur le tournage ? demande-t-il quand même tout en s’affairant.

– Oui, c’est speed, mais exaltant. Je te raconterai une autre fois. Eva va bien ?

– Oui ! Elle est chez Sahelle. Tu peux la joindre sur son portable, elle attend de te parler avec impatience ! Elle n’arrête pas de me demander si je t’ai contactée, depuis que tu es partie.

– Oh, je vais l’appeler de ce pas, alors. On se voit bientôt, de toute façon. Bisous, Lukas !

– Je t’embrasse, Amy. Prends soin de toi.

Je raccroche, le sourire aux lèvres. Puis, compose aussitôt le numéro d’Eva, sa femme, qui est devenue mon amie, en plus d’être ma belle-sœur.

– Amyyy ! s’écrie-t-elle dès qu’elle décroche. Alors, raconte-moi tout !

J’entends un brouhaha derrière elle, reconnaît la voix de Sahelle, son ancienne logeuse – qui a été la mienne pendant une année également.

– Bonsoir Sahelle ! la salué-je quand Eva tourne l’écran.

Sahelle est fidèle à elle-même. Fantasque. Habillée d’une robe pourpre, épaisse, qui jure presque avec son maquillage. Sauf qu’elle ne dépasse jamais la limite du too much. Elle joue avec son apparence, pourrait sembler démodée, mélange les genres, et ça lui réussit. Elle garde le code vestimentaire qui a été son succès lorsqu’elle était chanteuse d’opéra. Un peu comme si elle ne voulait pas vieillir, pas oublier qui elle était, préserver un peu de sa maigre célébrité en s’habillant comme si elle allait donner une représentation. Au début, c’est surprenant. Drôle, même. Bien loin de la mode, au-dessus du jugement, en décalage avec la façon de se vêtir des femmes de son âge. Et quand on la connaît, ça lui va à merveille.

– Amy, ça y est, tu es devenue une star ? demande Sahelle en me faisant un coucou avec sa main.

– Je ne suis pas actrice, Sahelle, je veux être réalisatrice.

– Tu as raison, jeune fille ! s’écrie-t-elle comme si, à travers le téléphone, j’étais trop loin pour l’entendre. Réalise, réalise, laisse une trace de ton passage sur terre. Mais tu pourrais aussi être actrice, jolie comme tu es !

– Merci, Sahelle, réponds-je, touchée. Vous jouez aux cartes ?

Le visage d’Eva réapparaît à l’écran. Sa moue m’indique que oui. Je ris, et les souvenirs des parties de cartes avec Sahelle me reviennent en mémoire. Comment les oublier ? Sahelle est la pire joueuse qui soit ! Tricheuse, de mauvaise foi, mauvaise perdante. Si bien qu’il m’est arrivé maintes fois de la laisser gagner. Sauf qu’elle est observatrice. Alors, elle le remarquait. Et elle se vexait encore plus.

– Raconte, m’encourage Eva. Comment ça se passe ?

– Speed. Motivant. Intéressant. Fatiguant. Je cours partout, mais je m’éclate !

– Ça a l’air vraiment passionnant, Amy ! résonne la voix de Sahelle.

Je souris. Omets volontairement les épisodes « Stuart le mal léché, Bonnie ma meilleure amie qui ne l’est plus, Alistair l’énigmatique ». Mais Eva n’est pas dupe, elle doit voir une ombre passer dans mon regard, ses yeux se plissent et je sens la question arriver. Eva, qui nage dans le bonheur avec mon frère, met un point d’honneur à caser les personnes qu’elle aime. Pour elle, l’amour est le plus beau des cadeaux, primordial dans la vie, et elle veut absolument trouver « chaussure à nos pieds ». Mais je n’ai pas envie de raconter quoi que ce soit ce soir, par téléphone.

Surtout qu’il n’y a rien à raconter…

– Je ne reste pas longtemps, nous avons fait un apéro hier et j’ai des heures de sommeil à rattraper, dis-je très vite, sans lui laisser le temps de parler. Demain, je me lève tôt, je voulais juste prendre des nouvelles. J’ai eu Lukas au téléphone, mais il était pressé.

Son visage prend une teinte tout autre, ses yeux se perdent dans le vague. Ça, c’est l’effet Lukas Stetson. Dès que je parle de lui, elle se transforme en une petite chose toute molle. Je pourrais presque voir des cœurs roses dans ses yeux et des licornes partout autour d’elle.

– Bon, rappelle dès que tu as un moment, on discutera ! dit-elle.

– Promis ! Je vous embrasse !

Je raccroche, le cœur un peu plus léger. J’ai eu ma dose de douceur. Mon cocon de bien-être. Pile ce dont j’avais besoin. Même s’ils me manquent. J’ai passé pratiquement quatre ans avec eux, à les voir régulièrement, à rire et échanger autour d’un verre, d’un repas, d’une balade. Et là, me retrouver seule dans un pays inconnu, entourée de gens tout aussi inconnus, est un véritable défi.

Mais on ne s’affranchit pas de l’étiquette « la fille de » sans effort.

Ni quelques sacrifices…

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