Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 64 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

10. Rituel

64. Rituel

 

Nous sommes face à l’immensité de l’océan, alignées comme des guerrières. Le vent fouette nos cheveux et malgré le froid ambiant, je suis ravie d’être là. J’ai pris juste ce qu’il fallait de bois pour lancer un petit feu et l’entretenir, la peur au ventre que Duncan réapparaisse. Mais il n’est pas ressorti.

Carolyn nous a montré ses talents, c’est elle qui a préparé notre feu, et les flammes commencent à danser devant nous, pas très hautes, pas vraiment réchauffantes, mais le spectacle est vraiment agréable.

Et nous avons du whisky et des marshmallows pour compagnie, ce qui rajoute à notre bonne humeur…

– Et si nous faisions un rituel ? propose Carolyn.

– Un rituel ? grimace Bonnie qui cherche une fourchette dans les instruments que j’ai ramenés pour faire griller nos sucreries.

– Oui. Je ne sais pas, vous, mais moi, je suis un peu fatiguée en ce moment. Enfin… un peu blasée pour être exacte. Je…

Elle s’assied en poussant un long soupir. Bonnie et moi la regardons, curieuses, en attendant qu’elle nous explique le fond de sa pensée.

– Dans un magazine de bien-être, j’ai lu qu’écrire sur une feuille ce qui nous pesait et de la brûler ensuite pouvaient nous faire du bien… continue-t-elle.

– Oui, j’ai déjà lu ça aussi, affirmé-je, amusée par son idée.

– On pourrait essayer ? sourit Carolyn. J’ai un carnet dans mon sac. Et un stylo. Ou deux, peut-être…

– Pourquoi pas ? accepte Bonnie.

J’ai remarqué que ses traits s’étaient détendus depuis le début de la soirée. Elle a même repris des couleurs. Et je crois que ce… petit rituel pourrait lui faire du bien à elle aussi.

Avec une application solennelle, Carolyn distribue les feuilles. Comme si ce que nous faisions était un rite secret, hyper important. Je retiens un sourire devant son sérieux. Et puis le silence s’installe. Nous écrivons les choses qui nous pèsent. Bonnie noircit la feuille à une vitesse folle, mordant sa lèvre inférieure, le front plissé, concentrée comme jamais. Carolyn réfléchit un instant et se lance. Et puis c’est à mon tour de mettre sur papier les choses qui me dérangent. M’encombrent. Ce n’est pas bien difficile, il y en a. Et les principales tournent autour…

D’Alistair, bien sûr…

Mais pas que. Parce qu’au-delà de notre « relation » et du retour de Moira qui risque de faire encore plus capoter les choses, il y a la petite Catriona. Et je ne veux pas qu’elle souffre. Je me suis attachée à cette fillette.

– Fini ! clame Carolyn après quelques minutes, comme si nous jouions au baccalauréat.

– Ben pas moi, dit Bonnie d’une voix sombre. Je me demande même si ma feuille va suffire.

– J’en ai d’autres, la rassure Carolyn. Prends ton temps.

– Terminé aussi, dis-je.

– Je nous sers un verre en attendant que Bonnie finisse ? demande Carolyn, la bouteille déjà dans la main.

– Un petit, alors, accepté-je, déjà écœurée par le seul que j’ai bu, tout à l’heure, dans ma maisonnette.

– Toi, si tu veux épouser un Highlander, il va te falloir faire des efforts, hein, se moque gentiment Carolyn. Qu’est-ce que ça va donner si tu n’apprécies pas cette boisson ?

– Mouais. Encore faudrait-il que j’en trouve un, de Highlander. Et même, je ne compte me marier avec personne !

– Mais si ! clame-t-elle dans un cri suraigu. Un super mariage, une robe blanche, plein d’invités, une lune de miel mémorable !

– Je te laisse le mariage, je prends la lune de miel, tranché-je.

– Moi, la robe et la fête. Mais le marié, on en fait quoi ? demande Carolyn, amusée.

Nous éclatons de rire. Bonnie lève la tête, sans comprendre un traître mot de ce que nous racontons. Puis elle montre sa feuille entièrement noircie.

– Fini, dit-elle d’un ton bas. On fait quoi maintenant ?

Carolyn se lève. Sérieuse. Droite comme un « i ». Le menton haut, comme si elle était un gourou et qu’elle allait s’adresser à son troupeau.

– Maintenant, mesdames, annonce-t-elle en nous regardant chacune notre tour, c’est l’heure de mettre au feu nos soucis.

Elle avance de deux pas pour être au plus près de notre petit feu de camp. Les flammes vacillent sous l’impact du vent. Au-dessus de nos têtes, la lune brille de sa jolie couleur laiteuse et les étoiles se comptent par milliers. J’aperçois le haut de la montagne un peu plus loin. Cette vision magnifique me flanque des frissons. La dernière fois que j’ai admiré une vue aussi magique, j’étais chez Alistair. Je me demande s’il regarde le ciel, lui aussi. S’il pense à moi. Je sais qu’il a d’autres choses en tête bien plus préoccupantes, mais j’aimerais être dans ses pensées.

Autant qu’il est dans les miennes. Mais ça, je n’ai aucune possibilité de le vérifier…

– Je commence, dit Carolyn alors que Bonnie se lève pour se placer à ses côtés. Je remets cette lettre au feu, dit-elle d’une voix forte comme s’il s’agissait d’une mission de la plus haute importance. Et je demande au feu de brûler tout ce qui me fait du mal. Et de transformer tout ça en quelque chose de positif.

Et elle laisse tomber la feuille au milieu du brasier. Elle volette un instant, dessinant des arabesques, puis retombe et s’embrase, happée par les flammes. Muettes, nous regardons le feu réduire en cendres les pensées négatives que Carolyn a transposées par écrit pour s’en débarrasser.

– Ah, ça fait du bien, soupire Carolyn, comme si elle ressentait déjà les bienfaits de son rituel. À qui le tour ?

– Vas-y, dis-je à Bonnie.

– OK… acquiesce mon amie en expirant bruyamment.

Elle lève sa feuille au-dessus du feu, comme l’a fait Carolyn précédemment. Ferme les yeux.

– Je suis obligée de dire quelque chose ? demande-t-elle après quelques secondes de silence, abaissant le bras.

– Ouais. Enfin, je n’en sais rien. Peut-être pas. Tu peux juste « penser »… répond Carolyn.

– Et s’il y avait un mode d’emploi ? insiste-t-elle.

– Mais non, dis-je. C’est un rituel, on en fait ce qu’on veut. Il faut juste qu’on le fasse avec le cœur, non ?

– Qu’est-ce que tu parles bien, se marre Carolyn, moqueuse.

– Bon, je vais le faire à voix haute, tranche Bonnie. On ne sait jamais…

Elle s’accroupit, son bras tendu devant elle. Carolyn et moi l’observons sans ajouter un mot.

– Je demande au feu de brûler tous mes problèmes afin qu’ils n’en soient plus, commence-t-elle tout en approchant le papier du brasier. Et je demande que tout se transforme en quelque chose de positif. Enfin… Si c’est possible… marmonne-t-elle en lâchant son précieux fardeau.

– Mais bien sûr que c’est possible, clame Carolyn. Il faut y croire ! Tiens, bois, tu verras, tout est possible après ça !

Bonnie saisit le verre avec un petit sourire désolé, le boit d’un trait, grimace et s’ébroue comme un chien qui sort de l’eau.

– La vache ! C’est fort, ce truc ! dit-elle avec un air de dégoût alors que nous rions de la tête qu’elle affiche.

– À toi, Amy ! dit Carolyn. Fais-nous une jolie tirade pour accompagner ton lâcher de feuille.

– OK, souris-je en me mettant en position. Je demande que le feu brûle et transforme ce qui me dérange et qui est noté sur ce papier. Merci.

Et je laisse les flammes lécher ma feuille, la tenant jusqu’à ce que la chaleur me force à la lâcher.

– Voilà, annoncé-je en plaisantant. Nous sommes comme neuves !

– Santé ! s’écrie Carolyn en me tendant mon verre et en levant le sien haut entre nous.

Un tintement de cristal plus tard, nous sommes de nouveau assises autour du feu. En silence. L’alcool qui coule dans mon œsophage me réchauffe plus que les flammes, mais me fait également tourner la tête. Et, le whisky aidant, j’ai envie de parler d’Alistair. De me confier.

Et je crois que je ne suis pas la seule à avoir besoin de parler…

– Mon père est Max Conwell, dit tout à coup Bonnie, brisant la douce quiétude de cette soirée.

J’ouvre des yeux ébahis. Tourne lentement la tête vers mon amie pour être certaine qu’elle sait ce qu’elle fait. Pas que je n’ai pas confiance en Carolyn, mais Bonnie la connaît très peu. Cette dernière garde les yeux rivés sur le feu, et elle malaxe entre ses doigts nerveux un marshmallow que nous avons oublié de faire griller.

Nous avons oublié de tous les faire griller, d’ailleurs…

– Jure-moi que tu ne diras rien à personne, supplie Bonnie en direction de Carolyn. Il ne faut pas que ça se sache, sinon ça fera le tour du plateau et ma réputation sera ruinée.

– Oui. Oui, bien sûr, balbutie Carolyn, abasourdie.

– Je ne vis plus avec mon père depuis longtemps, continue Bonnie, toujours en fixant le feu, comme pour ne pas se dégonfler maintenant qu’elle a commencé à parler. Je porte le nom de ma mère. J’ai toujours voulu être actrice, mais… j’ai longuement hésité. À cause de lui. Je savais qu’il avait fait quelque chose même si je ne savais pas quoi exactement. Alors je ne voulais pas… être dans la lumière à cause de ça. Je ne voulais pas que quelqu’un fasse le rapprochement entre lui et moi. Au cas où…

Elle lève les yeux vers moi. Son regard est si triste que les larmes me montent aux yeux. Je bois une gorgée de whisky pour m’aider. Ce qu’elle est en train de révéler, elle ne me l’a jamais confié. Je ne savais pas qu’elle avait attendu aussi longtemps pour entrer dans le monde si fermé et si spécial du cinéma à cause de son père. Je pensais qu’elle n’avait pas obtenu de rôle avant celui-ci, c’est tout.

– Vraiment, je ne savais pas qu’il… promettait des rôles contre… du sexe, dit-elle difficilement. Je pensais juste que… que c’était un « vieux beau », comme on dit, et qu’il se servait de sa prestance pour séduire. Je ne suis pas aveugle, même si je ne vivais plus avec lui, je savais qu’on le voyait avec des femmes plus jeunes. Même s’il ne s’était jamais affiché avec des mineures, j’avais compris qu’il avait ce penchant. Sortir avec des filles qui avaient mon âge. Mais j’avais mis ça sur le compte du divorce, de son refus de vieillir, peut-être, enfin, ce genre de truc, puisque des mecs riches qui fréquentent des jeunes femmes, c’est courant, non ?

Elle fait une pause. Laisse son regard errer sur le paysage.

– À vrai dire, je ne faisais pas très attention à l’âge des filles, car il pouvait poser avec des actrices ou des petites amies, je ne pouvais pas faire la différence sur les photos.

– Tu ne l’as plus revu après le divorce de tes parents ? demandé-je d’une voix douce.

– Non. À cause de tu sais quoi…

Moi…

– Euh, c’est quoi, « tu sais quoi » ? demande Carolyn, se servant encore un verre de whisky.

– Laisse tomber, dis-je, ne voulant pas m’étaler sur le sujet.

– Ouais, c’est de l’histoire ancienne, confirme Bonnie avec un air désolé.

– Je déteste les cachotteries… marmonne Carolyn.

Puis elle se lève d’un coup. Boit son verre cul sec. Grimace à peine. Le jette dans le feu en poussant un cri de guerre. Bonnie et moi restons figées, paralysées par son cri qui ressemble à un animal se faisant torturer.

– J’ai été super conne, Bonnie, s’écrie Carolyn en se rapprochant d’elle et en prenant ses mains dans les siennes. Ah, mais tu as les mains gelées !

Bonnie éclate de rire tout en retirant ses mains et en les frottant l’une contre l’autre.

– Je n’aurais jamais dû parler de ton père comme ça, continue l’excitée tout en se relevant d’un bond. Je te jure, je me sens vraiment mal.

– Tu ne savais pas… la rassure Bonnie.

– Ouais, grave, mais quand même, je me sens trop conne. Tu as dû me détester !

– Non, j’avais juste envie de te faire taire. Violemment…

– Oh, moi aussi, ris-je. Tu m’as trop énervée !

– Hé ! Je ne pouvais pas savoir ! se défend Carolyn.

– Jure-moi que tu ne diras rien à personne, demande encore Bonnie, regrettant peut-être de s’être livrée.

– Promis, je ne dirai rien ! Motus et bouche cousue, affirme Carolyn en mimant le geste de sa main.

Puis elle recule, vacille, recule encore.

– Carolyn, tu marches sur le feu ! m’écrié-je en me relevant.

Elle sursaute, pousse un cri aigu et sautille pour éviter que ses chaussures ne prennent feu.

– Merde, merde, merde ! Mes chaussures ! Ce sont mes préférées !

Je crois qu’elle va dormir dans mon lit, ce soir, vu son état…

Bonnie éclate de rire. Aussitôt suivie par Carolyn et moi. Un rire profond et libérateur qui résonne dans l’immensité préservée de l’Écosse.

– Bon, puisqu’on est dans les confidences, commence Carolyn après s’être cent fois assurée que ses chaussures n’allaient pas s’embraser, ma mère a trompé mon père quand j’étais ado. Avec le meilleur ami de mon frère qui avait 21 ans. Elle, elle en avait 40. Et c’est moi qui les ai surpris dans le lit conjugal.

– Oh la vache ! lâche Bonnie, une main sur la bouche pour réprimer son étonnement.

– Ouais, confirme Carolyn. C’était… dégueulasse. Déjà, imaginer mes parents… Enfin, bref, mais là, trouver ma mère avec un pote, parce que c’était aussi mon pote, c’était… encore plus que dégueulasse. Ça m’a marquée pendant des années.

– Tu m’étonnes ! dis-je, secouant la tête pour chasser les images qui s’y invitent.

– Et, pire, mon père est arrivé juste après. J’étais devant la porte, complètement bloquée, sans pouvoir bouger. Quand j’ai vu mon père, j’ai réagi et j’ai parlé bien fort et j’ai essayé de l’entraîner ailleurs. Mais il a trouvé mon comportement tellement louche qu’il a été voir ce qui se tramait dans sa chambre. D’ailleurs, ce jour-là, j’ai pris conscience que j’étais une très mauvaise actrice. Même si je voulais déjà être cameraman. Bref.

– Oh mon Dieu… dit Bonnie.

– Ouais. En fait, j’étais tellement choquée que je ne voulais pas que mon père voie ça. Parce que… disons que mon père était impulsif, et j’avais peur de sa réaction.

– Et ? demandé-je.

– Et… après avoir pété la gueule au mec, bien sûr, il a mis la faute sur moi en disant que je les couvrais. Ce qui était totalement faux. Puis il a refusé de me parler pendant des années.

– Tes parents ont divorcé ? demande Bonnie.

– Oui. Et ma mère s’est mise en ménage avec le mec. De vingt ans de moins qu’elle…

– Ah ouais ! m’exclamé-je.

– Tu vois, Bonnie, il n’y a pas que toi qui as des parents… spéciaux. Et je crois que ce n’était pas la première fois que ma mère trompait mon père.

– Oui, mais elle ne les forçait pas à coucher avec elle ! objecte Bonnie.

– Non, confirme Carolyn. Mais nous habitions un petit village, et tout s’est su, bien évidemment. C’était vraiment la honte. Nous étions la risée de tous.

– Comment tu l’as vécu ? demandé-je, désolée pour elle.

– Très mal, répond-elle en haussant les épaules.

Et en buvant directement au goulot, maintenant…

– Déjà qu’à cette époque, je n’étais pas super à l’aise dans mes baskets, là, je ne vous explique même pas… Mon père s’était barré et refusait de me parler, mon frère était dans tous ses états et s’était refermé sur lui-même, ma mère… vivait un parfait amour avec un mec beaucoup plus jeune qu’elle… Ce n’était pas la différence d’âge qui me choquait, mais le fait que ce soit mon pote et que j’aie été obligée de continuer à le côtoyer parce qu’il venait chez nous voir ma mère, se justifiant simplement par un « l’amour, ça nous tombe dessus et ça ne s’explique pas… ». Le kif total, quoi.

Nous pouffons de rire. Ce n’est pas vraiment drôle, mais même Carolyn se marre.

– Et maintenant, moi, je ne peux pas tomber amoureuse. Mais oui ! s’écrie-t-elle tout à coup en se levant brusquement, faisant tomber la bouteille de whisky sur le sol. Voilà, c’est ça, mon blocage ! C’est cette phrase de merde ! Parce que ma mère aussi disait ça. Que l’amour, gna gna gna. Et elle ajoutait que je comprendrais tout quand je serais amoureuse. Et résultat ? Je n’arrive pas à tomber amoureuse ! J’y crois à chaque fois, et puis finalement, rien. Tout retombe comme un soufflé. Oh, bordel, mais il est magique, ce rituel, j’ai trouvé d’où venait mon blocage avec les mecs ! Les filles, je vous adore ! s’exclame-t-elle en nous serrant dans les bras tour à tour.

Bonnie me lance un regard suspicieux. Je la rassure en hochant la tête : je sais de quoi parle Carolyn. Qu’elle se rassure, elle n’a pas perdu l’esprit.

***

Carolyn dort sur le canapé. Enfin, le terme exact est : ronfle sur le canapé. On dirait un cochon. Un camion qui démarre sans cesse. Elle est tombée dès notre retour. Après les confidences de Bonnie et les siennes, nous avons éteint le feu et nous sommes rentrées. Enfin, Carolyn a voulu éteindre le feu en versant le reste de la bouteille dessus parce qu’elle ne voulait plus boire une seule goutte, ce qui l’a encore plus enflammé.

Et a manqué de lui brûler les cheveux… et les nôtres, par la même occasion !

– C’est permis de ronfler aussi fort ? chuchote Bonnie.

– C’est dingue, pire qu’un mec, confirmé-je. On devrait soit continuer à boire pour être dans le même état qu’elle et ne plus l’entendre, soit l’étouffer avec un oreiller, proposé-je.

– Ouais. Nan. Après, il faudra cacher le corps, et je suis bien trop épuisée pour ça… plaisante mon amie.

– Il ne nous reste plus que l’alcool, soupiré-je exagérément.

– Ah. Non. Encore un verre et je vomis.

– Pareil. Et puis Carolyn a vidé la bouteille, de toute façon. Bon, je vais faire du café, ça aidera peut-être mon estomac à se calmer. Tu en veux ?

– Oh oui, volontiers…

Je m’active tout en soupirant d’entendre Carolyn ronfler aussi fort. Honnêtement, si elle fait ça toute la nuit, je ne vais pas parvenir à fermer l’œil… Quand je me retourne, j’aperçois Bonnie, se retenant de rire, en train de la filmer.

– Si elle me menace de révéler mon histoire, je la ferai chanter avec ça, dit-elle en plaisantant, mais d’une voix un peu soucieuse.

– Je ne la connais pas très très bien, mais je pense que c’est une personne de confiance, dis-je pour la rassurer.

– Oui, je le pense aussi.

Elle pose ensuite son téléphone sur la table et se laisse tomber sur mon lit.

– On va dormir ensemble… comme au bon vieux temps…

– Oui, confirmé-je. Et tu vas encore prendre les draps et t’enrouler dedans.

– Amy… Je suis vraiment contente qu’on se soit retrouvées, si tu savais. Et… me confier ce soir m’a fait un bien fou. Bien plus que de l’écrire sur un papier et de le brûler !

Moi aussi. Je suis contente qu’on se soit retrouvées. J’avais tellement espéré ce moment…

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