Dangerous Games Intégrale
11. Moment de vérité
76. Moment de vérité
Catriona n’a visiblement pas perdu son énergie pendant son voyage. J’ai à peine le temps de garer ma voiture qu’elle est déjà accrochée à la portière à crier mon prénom.
Et, bien sûr, Alistair est derrière en train de la gronder parce qu’elle n’a pas attendu que je m’arrête…
– Mais… geint la blondinette, pas impressionnée par le ton de son père. C’est bon, elle m’a vue, elle n’allait pas m’écraser !
Je souris en entendant sa réponse pendant que son père soupire en levant les yeux au ciel. Cette petite aime bien avoir raison, sans aucun doute. Elle me saute dans les bras, m’étreint et me grille les tympans par la même occasion.
– Tu m’as manqué, Amy ! s’écrie-t-elle. Je t’ai rapporté un cadeau !
– Oh, c’est très gentil à toi ! dis-je. Tes vacances étaient bien ?
– Ce n’était pas vraiment des vacances, rétorque-t-elle. Parce que les vacances, c’est avec papa. Mais nous avons visité plein de choses ! Et j’ai vomi dans le bus. Sur Mario. Mais j’ai pas fait exprès, hein.
Je retiens un fou rire. Catriona semble toute désolée. Même si elle garde son éternel air joyeux.
Je n’aurais pas aimé être Mario…
– Ça arrive, de vomir, dis-je pour que la lumière revienne totalement dans ses yeux. Mais ce n’est pas très agréable, je sais.
– Mais la maîtresse m’a forcée à manger des œufs. Et ils ne sentaient pas bon.
Cette fois, je retiens une grimace de dégoût. Puis la petite m’attrape par la main pour m’entraîner à l’intérieur. Je la sens surexcitée à l’idée de me donner mon cadeau puisqu’elle répète qu’elle m’en a ramené un. Soudain, un bruit de moteur attire notre attention. Je me retourne et reconnais la voiture de Moira. Je jette un œil à Alistair et à son corps contracté. Ses traits deviennent sombres, encore plus que la lueur dans ses yeux. L’air se rétrécit aussi. Comme si un orage allait éclater au-dessus de nos têtes.
Ou dans nos cœurs…
– Avance avec Catriona, me souffle Alistair, je reviens.
J’entraîne rapidement la petite fille vers le bâtiment, là où trône un paquet cadeau. Catriona l’attrape et me le tend, toute joyeuse. Un peu nerveuse, aussi. Avec précaution, je l’ouvre. Pour découvrir une écharpe dans les tons vert et marron. Un mélange de couleurs que je me rappelle avoir vu sur quelqu’un, lors d’une fête…
– Il te plaît, mon cadeau ? demande la fillette en se mordant les lèvres. C’est les couleurs du tartan des McKay, m’annonce-t-elle fièrement. Et j’ai rapporté une cravate pour papa, aussi, chuchote-t-elle en regardant furtivement derrière elle pour être certaine de ne pas être entendue.
– Il est magnifique, dis-je, la voix nouée, émue qu’elle ait pensé à moi. Je vais la mettre tout de suite, déclaré-je en l’entortillant autour de mon cou.
Puis je claque un gros bisou sur sa joue chaude, et la petite fille sourit de toutes ses dents, heureuse de m’avoir fait plaisir.
– Il faut que tu me racontes tout ce que tu as fait, dis-je ensuite pour masquer les éclats de voix qui proviennent du parking, espérant que Catriona ne les remarque pas.
Mais c’est trop tard. Elle se retourne et fixe son père et sa mère qui se disputent.
– C’est qui, la dame ? me demande-t-elle tout à coup, les sourcils froncés.
– Ton papa va t’expliquer, dis-je simplement. Ah, il arrive.
Moira reste en retrait. Mais ça lui coûte vu les cent pas qu’elle fait sur le sol de gravier. J’observe Alistair qui s’approche, la mine sombre, sa main dans les cheveux, puis sur son menton. Il me jette un regard désolé. Un peu perdu. Tourmenté au possible. Puis il s’agenouille devant sa petite fille. Mon cœur bat un peu trop vite dans ma poitrine. En silence, je prie pour que tout se passe bien. Pour que Catriona accueille avec calme ce que son père va lui révéler. Du moins, si c’est possible. Je prie pour que son petit monde feutré ne vole pas en éclats…
– Ma puce, il faut que je te parle, commence Alistair d’une voix tendue.
Catriona ouvre de grands yeux. Se dandine encore d’un pied sur l’autre, comme si elle sentait la tension de son père, l’énorme révélation à venir, et qu’elle souhaitait alléger un peu cette atmosphère oppressante.
– Tu sais, je t’avais dit que ta maman était partie en mission humanitaire. Et qu’elle allait revenir un jour. Et bien… Ce n’était pas tout à fait vrai. En fait… Elle n’était pas en mission humanitaire. Pas vraiment. Elle était partie faire des études. Et elle est là.
Catriona ouvre la bouche, la referme. Pose ses grands yeux sur moi, comme pour me demander quelque chose. Que je ne suis pas en mesure de lui donner. Alors je lui fais un sourire le plus rassurant possible. Elle hausse légèrement les épaules, puis regarde son père. Et Moira, plus loin, qui attend, figée.
– C’est la dame, là-bas ? demande-t-elle d’une toute petite voix.
– Oui, ma puce, c’est la dame là-bas. C’est ta maman… Elle est revenue. Et elle meurt d’envie de te voir.
– Pourquoi elle ne vient pas, alors ? s’étonne la petite fille d’une voix hésitante, prise de court.
– Je voulais t’en parler avant. Viens.
Alistair se relève, prend la petite main de sa fille dans la sienne et fait quelques pas. Moira réagit aussitôt et s’empresse de rejoindre la blondinette qui ne sait pas trop quoi faire de son corps, qu’elle balance encore d’un pied sur l’autre, comme si elle se berçait. Je m’approche tout doucement, mais reste assez loin pour ne pas troubler ces retrouvailles.
De là où je me tiens, je vois Moira s’agenouiller à son tour devant sa fille. Qu’elle rencontre pour la première fois. Avant qu’elle ne puisse parler, des larmes envahissent ses yeux. Moi, je peine à retenir les miennes. Ce moment est terriblement émouvant. Catriona, elle, se contente de la dévisager sans rien dire. Puis Moira réussit à prendre la parole.
– Bonjour Catriona, balbutie-t-elle d’une voix hachée. Je suis très très contente de te rencontrer. Ton papa t’a dit qui j’étais ?
– Oui, répond la petite fille, la dévisageant toujours. Mais tu n’as pas sauvé de forêts ?
– Pas tout à fait, non, dit Moira avec un faible sourire, l’air gêné. J’ai surtout fait des études. Je devais sauver des forêts, mais j’ai changé d’avis.
Je m’étonne que Moira rentre dans le jeu d’Alistair. Je ne sais pas si c’est lui qui lui a demandé, je ne sais pas si c’est bien, si c’est mal, mais j’espère que ça aidera la petite fille à accepter toute l’histoire plus sereinement.
– Mais… Et les cartes postales, alors ? Elles viennent d’où ?
– Je vais t’expliquer, intervient Alistair d’une voix sourde. En fait, ta… maman était vraiment occupée. Alors… c’est moi qui t’ai envoyé les cartes.
Catriona regarde ses parents tour à tour. Puis fronce les sourcils.
– Je ne comprends rien, dit-elle tout à coup en croisant les bras et en tapant du pied sur le sol. Mais tu es ma maman, au moins ?
– Oh oui, s’exclame Moira dans un sanglot. Je suis ta maman. Et je suis revenue. Tu veux bien qu’on apprenne à se connaître, toi et moi ?
– Oui, répond la fillette en haussant les épaules pour la énième fois, comme si c’était une évidence.
– Et je t’expliquerai tout en détail tout à l’heure, promet Alistair, pas très fier.
– Mais alors, vous allez vous marier ? demande tout à coup Catriona, innocente, tout en jetant un regard vers moi.
– Non, affirme Alistair pendant que mon cœur se serre encore un peu plus. Mais on peut être tes parents et ne pas être mariés.
– Vous allez divorcer, alors ? Comme les parents de Justine ?
– Non plus, sourit Alistair. Nous n’avons jamais été mariés.
– Ah. Je peux aller voir ma pouliche ? change radicalement de sujet la petite fille. Tu veux la voir ? Ma… euh…
– Moira. Je m’appelle Moira. Tu pourras m’appeler maman quand tu te sentiras prête, d’accord ?
– D’accord… Tu veux voir ma pouliche, alors ? Elle s’appelle Amy. Comme elle ! dit Catriona en me montrant du doigt.
Et le sujet est clos. Pour le moment…
Je regarde Catriona et Moira se diriger vers l’écurie sous le regard inquiet d’Alistair. Qui ne bouge pas.
– Ça va ? lui demandé-je d’une voix douce.
– Je ne sais pas trop, souffle-t-il sans quitter du regard sa progéniture.
– Elle n’a pas l’air trop choqué, dis-je pour le rassurer.
– Je lui parlerai tout à l’heure, je n’ai pas trop voulu insister. Mais généralement, il lui faut un petit temps d’adaptation pour encaisser les choses. Une fois, un poulain est mort et c’était le sien. Sur le coup, elle n’a rien dit, elle a accueilli la nouvelle avec bravoure. Mais quelques heures plus tard, elle était effondrée. Alors… je crains un peu le pire.
– Tu as eu raison de ne pas trop en dire, je pense, chuchoté-je, sincère. Découvrir sa maman est déjà énorme. Mieux vaut ne pas tout révéler d’un coup.
Alistair laisse un silence s’installer. J’imagine qu’il est complètement parti dans ses pensées. Mais il me scrute de ses yeux sombres.
– Merci BlueBird, lâche-t-il avec un léger sourire. Tes paroles me rassurent.
Et moi, mon cœur s’envole. Encore une parole comme ça et je l’embrasse sur-le-champ.
Enfin, non, une chose à la fois, pour le bien de sa fille…
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