Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 37 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

10. Cache-cache (ou pas)

37. Cache-cache (ou pas)

 

 

La dernière fois que j’ai joué à cache-cache, je devais être adolescente. Et c’était dans une forêt, la nuit, avec une bande de copains déjantés avec qui j’étais partie camper. Autant dire que c’était hyper flippant. Nous nous cachions par deux, mais même ainsi, mon cœur avait manqué de flancher tout du long.

Nous sommes une petite dizaine à participer. Carolyn a vite regagné sa chambre, non sans me lancer un regard qui signifiait que je n’étais franchement pas nette de tenter le diable en provoquant ainsi les fantômes.

Il faudrait déjà qu’ils existent !

OK, en vérité, j’y crois… un peu.

Mais je demande quand même à voir…

Nous avons choisi comme terrain de jeu l’étage des chambres qui nous ont été attribuées et une aile à laquelle nous avons accès. Au-dessus, l’étage comporte des pièces fermées aux visiteurs. Je sais que les propriétaires ne dorment pas ici ce soir, ils nous ont laissé le maximum de place. Ma curiosité est en alerte maximale depuis tout à l’heure. Je veux absolument trouver cette relique. C’est devenu une obsession !

Bien sûr, je ne compte pas invoquer quoi que ce soit. Mais je sais que le vrai morceau du drapeau m’attend dans un endroit caché de tous et je frissonne d’avance à l’idée de le trouver. De le voir. De le prendre en photo, peut-être.

Même si c’est mal… Je n’ai aucun droit de fouiller ce château pour admirer ce bien précieux et si chargé d’histoire.

Au départ, je comptais convaincre Alistair de le chercher avec moi en prétextant qu’il pourrait ramener un cliché à sa fille qui adore les histoires de fées. Mais il a dit qu’il partait…

Je ne suis pas sûre de l’être non plus. La curiosité est un vilain, vilain défaut…

Dès que la personne désignée par tirage au sort commence à compter, je cherche une cachette. Pour faire comme si je jouais. Dans un premier temps. Il faut que je donne le change pour ne pas me faire prendre. J’entends les pas précipités des autres joueurs derrière moi, l’adrénaline se répand dans mon corps, je file vers l’aile nord, celle à laquelle nous avons accès, parce que je sais que l’escalier qui mène tout en haut – l’espace interdit – se trouve ici. Je vois mes compagnons de jeu se faufiler dans des pièces, faire irruption dans des chambres occupées mais pas fermées à clé, souris (après avoir eu peur) d’entendre les cris d’épouvante de ceux qui se préparaient à dormir, désagréablement surpris de voir quelqu’un pénétrer dans leur intimité.

Même si ce n’est pas drôle. En réalité, les couloirs sont faiblement éclairés et l’ambiance est franchement parfaite pour ce genre de jeu.

Je tourne de longues minutes avant de me décider à me cacher dans un recoin de l’aile du château, derrière un épais rideau. Pas franchement original, mais je n’ai aucune envie d’entrer dans une chambre par erreur.

C’est pas comme si nous avions prévenu les non-joueurs en leur conseillant de fermer la porte de leur chambre à clé !

Carrément pas enchantée de me cacher derrière ce tissu massif qui sent la poussière et qui doit abriter des araignées préhistoriques (et d’autres bestioles non fréquentables), je retiens mon souffle en me faufilant derrière. J’ai entendu celui qui comptait crier « j’arrive », le temps est désormais restreint pour trouver autre chose. Je sais qu’il lui faudra quelques minutes pour arriver jusqu’ici, mais je suis totalement happée par le jeu et je déteste perdre.

Et surtout je ne veux pas me faire choper, j’ai une mission à accomplir, moi !

Et puis, ce rideau occupe quasiment tout un pan de mur. S’il passe derrière, je le sentirai et pourrai m’échapper de l’autre côté. Je tâtonne pour trouver un endroit un peu renfoncé, histoire d’être mieux camouflée, quand mon élan est soudain arrêté net.

Un corps.

Derrière ce rideau.

Juste devant moi.

Retenant un cri de surprise, ma nuque se couvrant de frissons, j’ouvre la bouche pour demander qui se trouve là, quand une voix grave me devance.

– Tu es toujours obligée de me suivre, BlueBird ? se moque d’un murmure celui que j’ai, l’espace d’une microseconde, imaginé être un revenant.

Tiens, il n’est pas parti, alors…

– Putain, Alistair, chuchoté-je en retour. Nous n’avons pas le droit d’être cachés à deux.

– J’étais caché avant toi, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, répond-il d’une voix amusée.

– Ça ne change rien ! Je ne veux pas me faire éliminer !

– Hum. Tu serais donc mauvaise joueuse ? continue-t-il de se moquer. Je ne l’aurais jamais deviné…

– Tais-toi, tu vas nous faire repérer ! assené-je pour le réduire au silence.

– Je te signale que c’est toi qui cries, pas moi.

J’essaie de trouver une repartie pour qu’il change de cachette, ou tout au moins arrête de parler, mais la chaleur de son corps, l’odeur qui émane de lui, le souffle de sa respiration qui caresse ma joue m’empêchent de réagir. Je suis paralysée par l’énergie qu’il dégage. Cette aura magnétique qui m’emporte complètement me fait perdre le sens des réalités alors que je ne le vois même pas.

– Tu as perdu ta langue, BlueBird ? me provoque encore sa voix rauque.

– Chut, j’entends du bruit ! parviens-je finalement à articuler.

Je sens le corps d’Alistair se tendre, sa main se poser sur mon ventre pour me coller complètement contre le mur et ne pas faire bouger le rideau qui nous dénoncerait sans aucun état d’âme. Ma respiration n’est que chaos, comme tout ce qui se passe dans mon corps et dans ma tête. Mon cœur tape comme un fou dans ma poitrine, je n’arrive pas à me calmer. Il doit faire au moins cinquante degrés dans cet espace clos, je sens des gouttes de sueur couler le long de mon dos, me donnant envie de me tortiller pour stopper cette sensation désagréable. Et puis, d’un coup, un bruit sec, sourd, terriblement violent retentit, et un éclair illumine vaguement l’endroit où nous nous trouvons. Le corps d’Alistair se crispe encore plus, je sens ses doigts appuyer fort sur mon ventre et sa respiration s’accélérer. Je suis tentée de me foutre de lui parce qu’il n’a pas peur des fantômes, mais de l’orage. Mais je ne dis rien, la voix de celui qui nous cherche s’élève, implacable.

– Oh, les mecs, c’est bon, vous avez tous gagné, je ne joue plus ! C’est trop flippant, votre truc ! Je vais me coucher !

What ?! Mais c’est quoi ce plan ?

Une autre voix s’élève, celle d’une femme de l’équipe qui sort de je ne sais où et qui tente de le convaincre de continuer.

– Bon, tu es sortie la première, c’est toi qui t’y colles ! affirme le trouillard. Moi, je me casse, ciao !

La femme maugrée un instant, puis s’écrie :

– Bon, je remplace Marco ! Restez bien cachés, j’arrive !

Et ses pas se perdent dans l’immense couloir…

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