Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 55 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

Dangerous Games - 5

55. Une promise pas si promise que ça...

 

« Très bien. Alors je vais être très claire, mademoiselle. Je suis la mère de Catriona. Et la future femme d’Alistair. Alors je vais vous donner un conseil que vous allez suivre sur-le-champ : dégagez de mes plates-bandes ! »

Ces phrases tournent en boucle dans ma tête, comme si la femme les répétait sans cesse. Mais non. Impossible. Alistair ne peut pas être marié. Il n’a pas d’alliance. Même pas de trace. Ça se voit, une alliance qu’on enlève, non ? Elle laisse des marques, comme si même de manière invisible, elle voulait qu’on la remarque. Il n’en a pas. Il est contre le mariage. Totalement contre. Il me l’a dit. Certifié. Alors quoi ?

– Sa… femme ? balbutié-je, probablement livide.

– Non, pas tout à fait, reprend-elle d’une voix détestable tant elle est mielleuse. Mais c’est tout comme. Il était prévu que je finisse mes études et que nous nous mariions dès mon diplôme en poche. J’ai terminé mes études. Je vous laisse deviner la suite…

Son regard sombre, sans aucune lueur d’humanité, empreint d’une supériorité non feinte me donne envie de la gifler. Et pourtant, je suis plutôt du genre peace and love, moi. Mais là, je lui arracherais les yeux si je n’étais pas aussi paralysée par la surprise.

Alistair m’a donc menti. Même si je peine vraiment à croire qu’il ait prévu de se marier. Il m’a bien assuré ne pas avoir éprouvé de sentiments à l’égard de cette femme, non ? Mais c’est quoi, l’explication ? Il m’a menée en bateau ? Pour quelle raison ? Le sexe ? Il sait pertinemment que j’ai du désir pour lui, il n’a pas besoin de stratagème pour m’attirer dans son lit.

Ou dans une cabane paumée sur une île…

Et je ne pense pas que ce soit le style à cacher la vérité. Ou, du moins, à passer par des chemins détournés pour arriver à ses fins. Et notre… rapprochement l’a autant surpris que moi, si je me souviens bien.

– Alistair ne veut pas se marier, dis-je finalement d’une voix basse et terne, même si je l’aurais aimée plus ferme. Il me l’a assuré.

– Oh, vous êtes bien naïve, mademoiselle, dit-elle du ton de celle qui sait tout sur les hommes. Je suis la mère de Catriona. Vous ne pouvez rien contre ça.

Contre ça, non. C’est certain. Ce lien qu’elle a avec Alistair, cette adorable petite fille qui est née de leur union, je ne peux rien contre. Et cela ne me pose aucun problème. Mais le reste, oui. Il ne veut pas se marier. Malgré la bague qu’elle affiche fièrement, sournoisement, et qu’elle se plaît à faire tourner autour de son long doigt manucuré d’un vernis rouge vif, presque agressif, pour me narguer.

J’hésite entre rester figée devant elle, et tenter d’en savoir plus, ou fuir. Prendre mes jambes à mon cou, oublier son visage et ses paroles, celui d’Alistair et tous les retournements de situation qu’il me fait vivre depuis que je le connais. Mais il m’a demandé de l’attendre. Verrait-il une objection à trouver sa… future femme à ma place ?

Je n’ai pas le temps d’élucider ce mystère, le pick-up apparaît au loin, avec ses phares qui m’éblouissent et me font plisser les yeux. La blondasse détestable recule d’un pas, un petit sourire hautain aux lèvres mais avec une once de panique dans les yeux. Furtive, mais bien présente.

– Dégagez, me répète-t-elle d’une voix basse mais menaçante. Ôtez-vous de mon chemin. Quoi qu’il se soit passé entre le père de Catriona et vous, c’est du passé, maintenant. Vous comprenez ? Terminé ! Oublié ! De l’histoire ancienne !

J’écarquille les yeux et penche légèrement la tête sur le côté. Mademoiselle Je-prends-les-autres-de-haut me semble beaucoup moins assurée, tout à coup. Nerveuse. Si Alistair ne m’avait pas quasiment juré n’avoir eu aucun sentiment pour la mère de sa fille, je pense que je serais partie tout de suite. Je me serais éclipsée comme une vulgaire passade dans la vie de mon brun énigmatique. Seulement, je ne peux m’y résoudre. Je veux savoir. Il faut que j’aie la certitude que cette femme est mythomane et qu’elle s’approprie un homme qui ne ressent rien pour elle.

Et il faut que je voie la réaction d’Alistair face à elle…

Je n’esquisse pas un geste pendant qu’il gare son 4 x4 sur le parking devant le ranch. Encore moins quand il sort de son véhicule et que je vois apparaître sa musculature parfaite à la lueur de la nuit.

Et si elle disait la vérité ?

Et si Alistair se jouait de moi depuis le début, passant du bon temps avec les filles en attendant que sa promise revienne ? C’est tout à fait plausible. Et ça expliquerait tout. Sa peur de s’engager, son refus du mariage – même si, franchement, je n’ai jamais imaginé me marier avec lui – ses pas en avant aussitôt suivis par ceux en arrière, ses changements d’humeur, la distance qu’il instaure parfois, ses silences insupportables. Ce monde dans lequel il se cloître et dont je ne connais pas l’accès pour le rejoindre.

Mais quand je le vois s’immobiliser, les traits livides, le regard épouvanté, fixé sur la femme qui le dévisage, le menton haut, fier, les yeux glacials, je ne sais que penser. Personne ne parle. Un silence à couper au couteau. Les battements de mon cœur sont si forts que je jurerais qu’ils résonnent jusque chez moi, en Amérique. Alistair quitte la blonde des yeux pour les poser sur moi. Stupeur, torture, douleur. Voilà ce que j’y lis. Puis il fait un pas en avant, le corps tendu, comme s’il s’apprêtait à dégainer une arme pendant un duel.

– Qu’est-ce que tu fous là, Moira ? demande-t-il d’une voix forte.

Ah, elle s’appelle Moira…

– Bonjour Alistair, répond-elle d’une voix traînante. Je suis ravie de te revoir. Comment vas-tu ?

– Qu’est-ce que tu fous là, Moira ? répète Alistair en articulant chaque syllabe.

– Je viens récupérer ma fille, lâche-t-elle tout en me jetant furtivement un regard.

Ah oui ? Je croyais qu’elle était là pour se marier ?

Alistair ferme brièvement les yeux. Avant que ses paupières ne s’abaissent, j’ai le temps de lire la douleur dans son regard. Les traits de son visage sont crispés, sa mâchoire serrée, et son poing tambourine contre sa cuisse tandis qu’il réfléchit. Puis il se passe la main dans les cheveux.

– À moins que tu ne me proposes un meilleur arrangement ? continue-t-elle tout en faisant un pas vers lui, lascive.

L’homme torturé lève la main pour lui signifier de ne pas avancer davantage. Il ne bouge pas, ne dit rien, mais je jurerais qu’il est sur le point d’exploser.

La tension est tellement palpable que je peine à respirer. Qu’entend-elle par « meilleur arrangement » ? Cette phrase contient tellement de significations que la nausée me prend. Puis, n’y tenant plus, même si je me doute que cette conversation ne me regarde pas, que tout se joue entre les parents d’une enfant, je lâche :

– C’est vrai que vous deviez vous marier après ses études ? demandé-je d’une voix froide, forte, sans laisser transparaître toute la haine que cette supposition réveille en moi.

Alistair me jette un regard horrifié. Puis ses yeux se posent sur Moira, qui ne bouge pas d’un cil.

– Mais bien sûr que non ! tonne-t-il avec une voix qui ne laisse aucune place au doute, soulageant légèrement mon cœur meurtri. C’est quoi ces conneries ? Catriona n’est pas ici, dit-il à l’attention de Moira. Elle est partie pour une semaine. Va-t’en !

– Je veux voir ma fille, Alistair. Tu n’as aucun droit de m’en empêcher.

– Je refuse de parler avec toi ! Tu ne t’es pas gênée pour l’abandonner il y a cinq ans ! Pourquoi tu reviens maintenant ? Pour semer la zizanie dans sa vie ?

– C’est ma fille, Alistair. C’est moi qui l’ai portée et mise au monde !

– Et abandonnée… répète-t-il comme si elle avait oublié.

– Je suis revenue maintenant.

– Et ça ne suffit pas ! Moira, tu n’as aucun droit sur cette enfant ! C’est moi qui l’élève. C’est moi qui me lève la nuit pour calmer ses angoisses ! C’est moi qui dors avec elle lorsqu’elle a de la fièvre ! Tu étais où, toi, pendant tout ce temps ? Absente ! Disparue. Volatilisée. Dégage d’ici !

Moira recule d’un pas, soufflée par la violence du ton d’Alistair. Son attitude de femme sûre d’elle en prend un coup, subitement. Plus de regard narquois, de menton haut, de doigt levé pour exhiber sa – fausse – bague. Elle semble démunie, recroquevillée sur elle-même, comme si elle cherchait à se cacher de la colère du père de son enfant.

Elle n’était pas si jolie, sa bague, en plus…

Moi non plus, je n’en mène pas large. Je n’ai jamais vu Alistair aussi furieux. Aussi torturé. Aussi… malheureux. Mon cœur se serre en imaginant le dilemme qui se joue dans son esprit. La surprise qu’il ne doit pas parvenir à gérer. Tout son monde bien organisé qui vient de se casser la gueule en beauté.

– D’accord, dit la femme coupable en soufflant puis en se redressant. Je suis partie. Mais tu sais très bien pour quelles raisons. Et j’expliquerai tout à Catriona, elle est en âge de comprendre. Tu ne peux pas m’empêcher de la voir. Je ne l’ai pas abandonnée légalement, je suis sa mère et j’ai des droits.

– Oui, tu as des droits, rebondit Alistair, notamment celui de ne pas venir foutre en l’air son équilibre !

– Elle a besoin d’une mère.

– Elle va très bien et s’en sort parfaitement sans toi ! Ça ne t’a pas posé de problèmes de conscience jusque-là, non ? Tu ne lui as pas donné une seule nouvelle, Moira ! Tu ne m’as jamais appelé pour savoir comment elle allait ! Jamais ! Sais-tu seulement à quoi elle ressemble ?!

Moira balaie ses paroles d’un mouvement de tête qui fait voler ses cheveux blonds.

– Il fallait que je réfléchisse. Que j’accuse le coup, se justifie-t-elle comme si ce qu’elle disait était légitime.

– Tu as eu neuf mois pour te préparer à sa venue. Et ça ne t’a pas suffi pour réfléchir, peut-être ? Moira, continue-t-il en se rapprochant d’elle d’un air menaçant. Cette enfant, tu me l’as laissée sur les bras en connaissance de cause. Nous en avons discuté. Tu ne m’as pas laissé le choix. Tu ne m’as pas demandé mon avis. C’était moi ou une famille d’accueil. Moi, je ne l’ai pas abandonnée, même si je n’étais pas prêt. Alors, maintenant, va-t’en. Va-t’en avant que les choses tournent mal. De toute façon, elle n’est pas ici, répète Alistair d’une voix basse, presque comme un murmure. Pars de chez moi.

– Très bien, dit la blonde manipulatrice en baissant le menton, fixant ses escarpins ridicules pour un sol parsemé de graviers. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je reviendrai !

Et elle repart par là où elle est venue, derrière les buissons. Elle disparaît en un clin d’œil, comme une apparition. J’ai une rapide pensée pour Catriona et sa passion pour les fées.

Qui apparaît et disparaît dans la nature de cette façon ? Même si cette femme n’a rien d’une fée, bien au contraire…

Après de longues secondes de silence, comme pour s’assurer qu’elle est bien partie, Alistair esquisse un mouvement et se passe la main dans les cheveux. Son regard porté sur le ranch semble absent, comme perdu dans un abysse sans fond. Je fais un pas dans sa direction, même si je ne sais pas quoi lui dire, pas quoi faire, mais il stoppe mon mouvement d’un geste.

– J’ai besoin d’être seul, Amy, assène-t-il d’une voix ferme. Désolé.

À mon tour de fermer les yeux. Pas longtemps, mais juste assez pour entendre le bruissement des vêtements d’Alistair, ses pas qui s’éloignent. Il disparaît dans le ranch sans un regard, sans un mot de plus. Et je reste déboussolée, inquiète, muette et complètement dépassée.

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