Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 38 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

11. On cherche mais on ne sait jamais ce qu'on va trouver...

38. On cherche mais on ne sait jamais ce

qu'on va trouver...

 

Une fois le silence revenu, je cherche la main d’Alistair qui reste étrangement muet, l’attrape et l’entraîne avec moi.

– Viens, chuchoté-je. Dépêche-toi !

Il résiste une seconde, puis se laisse faire.

Dès que nous sommes sortis de cette cachette angoissante, je vérifie que personne ne nous voit et je cours en direction de l’escalier.

– Tu fais quoi ? demande l’épaisse musculature derrière moi.

– Tais-toi et suis-moi, je t’expliquerai après.

Mais Alistair résiste. Il me force à lâcher sa main et s’arrête. Je me retourne, l’observe une seconde, son visage fermé, son air interrogateur, ses traits soucieux. Son regard n’a aucun éclat. Que cette noirceur que je lui ai déjà vue une certaine nuit dans une certaine chambre…

– Tu viens avec moi ou pas ? demandé-je une dernière fois, pressée de quitter ce couloir.

La pluie s’abat en masse sur le château. J’entends les gouttes résonner partout autour de nous, rebondir sur le toit tout en haut, l’orage gronder encore au loin, puis se rapprocher inexorablement.

– Oh et puis merde, débrouille-toi ! finis-je par lâcher, exaspérée par son manque de réaction.

Malgré tout, j’hésite encore un instant. Un tout petit instant. Peut-être pour lui donner une dernière chance de me suivre. Peut-être parce que j’ai envie qu’il me suive. Puis j’entends des bruits. Je hausse les épaules, jette un regard à Alistair, figé, et cours vers l’escalier. Je monte sans me retourner, vite, à perdre haleine, en essayant de ne pas faire crisser mes semelles sur les marches. Mon cœur bat à tout rompre, j’ai chaud, peur d’être vue, excitée à l’idée de pénétrer dans un endroit où je ne suis pas autorisée à aller.

Oui, c’est mal, je le sais…

Arrivée en haut, je manque de chuter. Mon pied glisse, et, au moment où je vois le sol se rapprocher dangereusement, une main ferme me retient. Je me retrouve plaquée contre le mur du couloir. Je retiens un cri de surprise et découvre Alistair en face de moi.

Mais comment a-t-il pu bien faire ça ? Je ne l’ai pas senti derrière moi !

– Mais qu’est-ce que tu fous ? demandé-je, même s’il m’a évité de me faire mal.

– C’est plutôt à moi de te demander ça, riposte-t-il, son visage tout près du mien.

Et son corps contre moi. Ses yeux dans mes yeux, troublants, ensorcelants. La brûlure de sa main sur mon épaule, la morsure de son souffle contre ma joue.

– Cet espace est strictement interdit, continue-t-il dans un chuchotement agacé. Tu veux faire virer l’équipe ou quoi ? Tu ne connais pas la réputation des MacLeod ?

– Bah… non. Pourquoi ?

– OK. Laisse tomber. Tu cherches quoi au juste, BlueBird ?

Un large sourire s’inscrit sur mes lèvres malgré ma respiration aléatoire, le trouble auquel me soumet cette tentation vivante collée contre moi, les risques que je viens de prendre et qui pourraient nous nuire.

– Je cherche le Fairy Flag, avoué-je.

– Le… quoi ?

– Le drapeau…

– Oui, merci, je sais ce qu’est le Fairy Flag ! me coupe-t-il d’une voix tranchante. Mais t’es malade ou quoi ?

– Ça va ! objecté-je en me dégageant de son emprise d’un coup d’épaule. Je veux juste le voir. Je veux juste… vérifier s’il a des pouvoirs magiques, comme la légende le prétend. Juste… ressentir quelque chose, quoi.

Alistair me laisse mettre un peu de distance entre lui et moi. Il fait nuit, seule une veilleuse électrique (pas très historique, d’ailleurs) nimbe la pièce d’un éclat doré. Je vois ses yeux me scruter, aimanter les miens, plonger si profond dans mon regard que j’ai l’impression qu’il peut lire en moi comme dans un livre ouvert. Puis il fait un pas en avant. Deux. Et le revoilà tout près. Trop près. Mes sens s’éveillent, le désir, que je ne parviens jamais à contrôler, et encore moins quand il se tient si près de moi que je ne peux plus respirer, me submerge à nouveau. Il faut que je parte d’ici. Ou qu’il s’éloigne, lui.

– Va-t’en si tu n’es pas d’accord, dis-je d’un ton un peu trop sec. Je ne t’ai rien demandé. Pourquoi tu m’as suivie, d’abord ?

Alistair hausse un sourcil. Fait un petit sourire. Je recule, me retrouve coincée contre le mur. Encore. En une fraction de seconde, il est devant moi. Sa main se pose sur la pierre derrière ma tête, son bras près de ma joue, son odeur anéantissant toute volonté.

– Tu es incroyable, Amy, lâche-t-il sur un ton qui me laisse penser que ce n’est pas un compliment. Tu as un putain de caractère, c’est impressionnant. C’est toi qui m’as demandé de te suivre, non ?

– Tu as hésité. Tu ne voulais pas.

– C’est vrai, ricane-t-il. Mais j’ai entendu du bruit et je ne voulais pas perdre le jeu.

– Bon, eh bien, continué-je, tu peux partir maintenant. Je n’ai pas peur des fantômes, moi. Ni de me faire prendre. Je peux très bien visiter les lieux sans toi.

– Tu penses vraiment que la relique est cachée ici ? demande-t-il sur un ton plus sérieux en désignant le couloir d’un coup de menton.

– Non, à vrai dire, je n’en ai aucune idée, soupiré-je. Mais je ne vois pas où elle pourrait être, sinon. C’est le seul endroit où nous n’avons pas l’autorisation de nous rendre.

– Le drapeau devrait se trouver… dans une cachette secrète, non ? propose-t-il après quelques secondes de réflexion.

– Ouais. J’imagine.

– OK, ne bouge pas, ordonne-t-il, mystérieux.

Alistair s’écarte de moi, me laissant enfin respirer librement. Je le regarde vérifier si personne n’est dans le couloir du bas, puis revenir me chercher.

– Suis-moi, dit-il en attrapant ma main. Et pas un bruit, surtout !

Nous redescendons. Je ne comprends rien à ce qu’il compte faire, mais j’obéis. Alistair se glisse de nouveau derrière le rideau, allume la lampe de son téléphone, balaie le mur avec la lumière. On voit des pierres et des plaques de bois, comme des grands tableaux, vides, attendant qu’on les remplisse, qu’on pose un portrait à l’intérieur. Est-ce en attente des futurs enfants de la famille ? Aucune idée. Je remarque alors une petite encoche dans la pierre, où est posée une statuette. Alistair la soulève, et un clic résonne. Léger, presque imperceptible, mais je l’entends. Un sourire étire ses lèvres, il me lance un regard complice, joyeux, entendu. Un regard qui veut dire : si tu ne sais pas, demande-moi. Je ne relève pas, j’attends la suite. Mon cœur est de nouveau au galop. Je suis excitée comme une puce d’être là, avec lui, même si je ne sais pas où tout ça va nous mener. Dans tous les sens du terme. Puis la main d’Alistair se pose sur un coin du tableau, pousse d’un coup et fait coulisser le tout dans un grincement discret. Bouche bée, je découvre ce qui me semble être un passage secret. Je reste interdite pendant qu’il éclaire l’intérieur. Il fait un pas en avant, enjambe le pan de mur et se retourne vers moi.

– Tu comptes rester ici… ?

Je cligne plusieurs fois des yeux, pas sûre d’être vraiment réveillée, pas certaine que ceci soit réel.

– Oh, BlueBird, t’attends qu’on se fasse repérer ou quoi ? s’impatiente Alistair avec les yeux pétillants d’un enfant qui voit pour la première fois un sapin de Noël.

Il revient vers moi, m’attrape fermement par le bras et m’attire dans la petite pièce exiguë, sombre et humide. Il fait de nouveau glisser l’espèce de truc en bois derrière nous, et nous nous retrouvons tous les deux enfermés dans cet espace clos, avec, autour de nous, de simples murs de pierres froides.

– Bon, je pense que nous ne risquons plus rien, dit-il comme si c’était lui qui était à l’origine de cette recherche interdite. Mais maintenant, il faut trouver comment ouvrir cette foutue porte.

– Tu vois une porte quelque part, toi ? grimacé-je, reprenant avec peine mes esprits.

– Non. Mais il y en a une, affirme-t-il.

– Et comment tu sais ça ?

– Je le sais, c’est tout. Tu m’aides ? s’impatiente-t-il. Passe tes mains sur le mur jusqu’à sentir quelque chose de bizarre.

Je crois que c’est lui qui est bizarre, là…

Malgré tout, je m’exécute. Je passe mes paumes sur la pierre glaciale. Lentement. Avec délicatesse et concentration. Mais je ne sens rien d’autre que les bords tranchants. Puis, tout à coup, je sens une pierre moins enfoncée que les autres. Surexcitée, je m’écrie :

– Là, touche !

Alistair allonge le bras, son épaule contre la mienne, ausculte de la main l’endroit que je lui montre.

– Bien joué, coéquipière, chuchote-t-il en déclenchant le mécanisme.

OK. Je peux rajouter super-héros aux qualités d’Alistair. Ce mec me laisse sans voix.

La pierre, tout comme le faux tableau tout à l’heure, coulisse en grinçant légèrement. La lampe d’Alistair est braquée sur l’entrée. Une autre pièce apparaît devant nous. Pas très grande, plafond bas, les murs recouverts d’une tapisserie flamboyante dans des tons pourpres relevés d’or. Des tapis sur le sol immaculé. Un canapé contre un des murs. Une petite table basse devant avec un livre ancien ouvert posé dessus. Des bibliothèques partout, offrant des reliures de cuir et des écritures inédites. Du gaélique ? Et puis, à gauche, une vitrine. Et à l’intérieur, un morceau d’étoffe jaune. De la soie, sans aucun doute.

Le Fairy Flag… Mon Dieu, je vais m’évanouir !

Trois petites marches élimées nous mènent à l’intérieur. L’endroit est d’une propreté exemplaire. En découvrant un passage secret, je m’attendais à trouver des couloirs sales et ruisselants d’humidité, des toiles d’araignées, de la terre sur le sol. Il n’en est rien. Cet endroit est parfaitement entretenu, et si j’en crois les bougies à moitié consumées qui se trouvent çà et là, le propriétaire des lieux vient régulièrement ici.

– Je crois que tu as trouvé ce que tu cherchais, BlueBird, murmure Alistair.

Ma gorge est nouée, je suis terriblement émue. Je ne pensais franchement pas trouver ce drapeau. Mais alors pas du tout. C’était un peu comme une idée fantasque, un rêve éphémère inaccessible. Un petit défi personnel à accomplir ce soir, histoire de pimenter ma soirée. D’avoir une anecdote à raconter à Eva et Melody plus tard. Et là, devant cette relique que je me suis mise en tête de trouver, les larmes me montent aux yeux. Alistair reste silencieux à côté de moi, semblant respecter toutes les émotions qui se bousculent dans mon corps. Les pensées que je ne parviens pas à maîtriser dans mon esprit. Il me laisse le temps de profiter de mon graal.

Je m’approche lentement, à pas feutrés, et admire la merveille. Usé, presque décoloré, petit, le morceau d’étoffe me semble la chose la plus jolie du monde. J’approche avec précaution ma main de la vitrine, mais Alistair me stoppe.

– Ne la touche pas, me prévient-il. Tu ne sais pas où se situe la vérité sur cet objet. Nous l’avons trouvé, mais contente-toi de la regarder, on ne sait jamais.

– Je pensais que tu ne croyais pas aux légendes, aux fées et aux trucs comme ça ? me moqué-je gentiment, la voix hachée.

– Je n’y crois pas, affirme doucement Alistair. Mais je respecte profondément les croyances de l’Écosse, c’est ce qui fait sa culture et son histoire. Et il y a peut-être une alarme dans ce dispositif.

Ah. Je n’avais pas pensé à ça…

Je laisse retomber mon bras. Alistair se glisse derrière moi. Tout près. Je sens sa chaleur se répandre partout sous ma peau. Inonder mes veines. Affoler mes sens. Sans même réfléchir, je laisse ma tête reposer sur son torse. C’est bon. Tellement agréable. Enivrant. Nous sommes complices, unis devant l’admiration d’une relique très ancienne, chargée de mystères.

– Tu crois que c’est mal d’être là ? demandé-je, une pointe d’appréhension dans la voix.

En vérité, mes mots ont un double sens. Le fait de se trouver ici, déjà, mais aussi d’être dans les bras d’Alistair, si proches, alors que ma raison me hurle de me sauver en courant avant qu’il ne soit trop tard.

– Tant qu’on ne touche à rien, tout se passera bien, me rassure-t-il.

– Nous sommes quand même entrés dans un espace interdit… continué-je, me sentant coupable tout à coup.

Alistair glisse ses mains autour de ma taille, raffermit sa prise sur moi. Sa respiration se cale sur la mienne (ou l’inverse ?) et nous ne bougeons toujours pas.

– Sans moi, tu aurais cherché longtemps, susurre-t-il derrière moi, brisant la plaisante quiétude du moment.

– Vantard…

– Réaliste, je dirais…

Et je me retourne. Lentement. Plonge mon regard dans le sien. Dans les flammes qui dansent dans ses yeux, ces flammes de désir que je connais bien. Et que j’aime tant. L’air se raréfie autour de nous, l’atmosphère devient encore plus électrique qu’elle ne l’était, il y a comme une aura de sensualité partout dans l’espace. Le temps se suspend, n’existe plus. Les yeux d’Alistair délaissent les miens, descendent sur mes lèvres. J’oublie le passage secret, la pièce ignorée de tous, le Fairy Flag que je tenais tant à découvrir. Il ne reste que lui, moi, cette attirance démesurée qui hurle qu’elle veut être assouvie, ce désir incontrôlable qui ne cesse de croître malgré toutes mes tentatives pour le réduire au silence, pour le faire taire une bonne fois pour toutes.

Alistair effleure ma joue, remet en place une mèche derrière mon oreille, les yeux presque fermés, ne laissant percevoir que l’envie. Son souffle s’est accéléré, le mien aussi, et – impossible de lutter – nos lèvres se rejoignent.

Enfin…

Un baiser léger, tout d’abord, juste pour savourer le plaisir de se retrouver. Comme pour ne pas précipiter notre élan, pour être sûr que c’est ce que l’autre veut. Puis la main d’Alistair glisse dans mes cheveux en un geste possessif, terriblement érotique. Les miennes se posent dans son dos, puis cherchent à retrouver le grain de sa peau, sa chaleur, sa douceur, en soulevant le tissu et en se faufilant dessous. Il n’en faut pas plus pour que la fièvre contenue de nos deux corps s’exprime enfin et que notre baiser n’ait plus rien de doux. Non, maintenant, c’est l’urgence qui parle. L’urgence de nous redécouvrir enfin, ici, à l’abri des regards, de nous lier. Nous nous embrassons avec ardeur, passion, oubliant même de respirer.

Puis Alistair rompt le contact, se recule légèrement. Ses yeux sondent les miens, un peu, beaucoup, cherchant je ne sais quoi. La lueur ardente qui reflète son désir est toujours aussi présente. Même s’il semble réfléchir. Peser le pour et le contre, peut-être. Craquer, ne pas craquer ? L’espace d’un instant, j’ai peur qu’il ne fasse marche arrière, coupe ce contact si fort mais si fragile entre nous. Qu’il décide que non, nous ne pouvons pas aller plus loin.

Je reste figée, sans un mot, sans oser ne serait-ce que battre des cils. Et intérieurement, je prie pour qu’il ne se détourne pas de moi en me laissant seule, encore plus paumée qu’avant.

– Pourquoi je n’arrive pas à te résister, BlueBird ? chuchote Alistair, son souffle chatouillant mes lèvres.

Ce n’est même pas une question. Juste une affirmation, murmurée pour lui-même. Et de toute façon, je n’ai pas la réponse. Parce que cette question, je me la suis posée des milliers de fois.

Sans comprendre non plus…

Qu’est-ce qui fait qu’on est attiré par une personne à ce point-là, si bien que toutes les autres deviennent fades et invisibles ? Pourquoi ne peut-on plus effacer son image de notre esprit, sa façon de parler, de sourire, de rire, son odeur qui nous suit partout, le timbre de sa voix, sa manière de nous regarder ? Pourquoi est-ce si difficile de lutter contre ce désir si vivant, si violent, que jamais personne n’avait provoqué en nous avant ? Est-ce simplement chimique ? Un manque à combler ? Est-ce même descriptible ?

Existe-t-il une réponse ?

Les lèvres d’Alistair reprennent possession des miennes. Je voulais lui répondre, même pour dire une connerie, ou au moins avec humour, pour effacer le pli qui lui barre le front, pour alléger ses paroles qui le rendent soucieux. Mais il ne m’en laisse pas le temps. Et puis, je ne veux pas chercher de réponse. Pas maintenant. Pas envie. Là, tout ce qui compte, c’est lui. Nous. Nos corps qui frémissent d’avance…

La langue d’Alistair passe la barrière de mes lèvres et vient frôler la mienne. J’adore l’embrasser ! Mes doigts repartent à l’assaut de sa peau brûlante. Je voudrais pouvoir le caresser des heures, prendre le temps de savourer la moindre parcelle de son corps, mais je sais que, encore, le temps nous est compté. J’aime et je déteste à la fois ces minutes volées à la réalité. Je les aime car ce qu’il se passe entre nous est si fort que je me sens vivante comme jamais je ne l’ai été. Je les déteste car elles sont toujours trop courtes.

Et sans assurance de se reproduire.

Mes mains descendent ensuite sur ses fesses camouflées par un jean. Dieu, que j’aime ses fesses ! Rondes, fermes, tellement musclées. Je m’enivre de sentir leur galbe, pendant qu’Alistair lâche un gémissement et se colle contre moi, raffermit sa prise, m’enlace entièrement, son sexe durci par le désir appuyant sur mon ventre.

Et Dieu que j’aime sentir à quel point il a envie de moi !

Alistair délaisse mes lèvres pour poser les siennes dans mon cou. Il embrasse, mordille, lèche la peau fine de ma gorge, puis remonte. Mon corps est pris de frissons, petits crépitements qui explosent à chacun de ses mouvements. Mon ventre se crispe, se tend. À l’intérieur, des milliards de bulles s’entrechoquent, me donnant presque le tournis. Je m’accroche à Alistair, ne pouvant plus effectuer un seul geste, ne pouvant qu’apprécier. Et c’est bon. Incroyablement bon. Si bon que mon souffle n’est plus qu’un bruit rauque, haché, complètement désordonné. Le désir prend le pas sur tout le reste, puissant et avide.

Je soulève son tee-shirt, le fais passer par-dessus sa tête, le décoiffant, lui donnant un air d’adolescent canaille. Il sourit, se mord la lèvre, me regarde, les yeux mi-clos. Je vais me consumer devant lui. Pfuit ! Implosion de bonheur.

– Regarde-moi, BlueBird ! ordonne Alistair d’une voix chaude.

Je ne peux pas. C’est trop me demander. J’ai envie de lui hurler que je l’aime. Que j’ai essayé de lutter, désespérément, mais je n’y peux rien, mes sentiments ne veulent pas m’obéir. Ils sont insolents et rebelles. Incontrôlables.

Indomptables…

– Alistair… Je… parviens-je à articuler, ouvrant les yeux pour obéir à sa demande.

– Oui ?

Non. Je ne peux pas. Je ne peux surtout pas lui dire. C’est… irréfléchi. Prématuré.

– J’ai envie de toi, soufflé-je à la place.

Un sourire gourmand étire ses lèvres. Son regard parcourt mon visage, du bleu de mes yeux à mes lèvres rougies. De ma mèche teintée au grain de beauté sur ma joue.

– Putain, si tu savais comme moi aussi…

Et tout s’accélère. Mon pull et mon top volent pour atterrir sur le tapis, son jean est dégrafé en une seconde, mon pantalon rejoint le tas sur le sol, nos chaussures, nos chaussettes, nos sous-vêtements. Il ne reste que nous. Nus. Enfiévrés. Tremblants. Et pas à cause de la température, car, étonnamment, il fait très bon, ici.

– Tu es tellement belle, Amy, murmure Alistair en prenant le temps de m’observer.

Il peut parler ! Son torse musclé, ses abdominaux parfaitement dessinés, ses cuisses dignes d’un skieur professionnel (ou d’un cascadeur), son profil parfait.

Et son tatouage mystérieux qui orne son dos…

Lentement, il avance la main pour caresser ma poitrine, comme si c’était un objet précieux qu’il découvrait pour la première fois. Ses doigts en effleurent le galbe, puis la pointe qui durcit sous son geste. Je me mords la lèvre pour ne pas gémir. À vrai dire, je ne suis pas très à l’aise d’être nue devant lui, dans un endroit interdit, où quelqu’un pourrait arriver d’un moment à l’autre.

Bon, OK, on l’entendrait arriver. Mais quand même…

Et d’un autre côté, je trouve la scène terriblement érotique. Et hautement troublante. Parce que la nudité ne concerne pas uniquement notre corps. Mais notre âme, me semble-t-il.

Alistair prend toujours son temps. Il me caresse avec précaution, douceur, comme s’il cherchait à mémoriser chaque courbe avec ses mains. Je ne bouge pas, me laisse envahir par les sensations qui courent sur ma peau. Ce feu qui me brûle, qui inonde chaque parcelle de mes cellules. Mes yeux restent rivés sur ceux d’Alistair, dans lesquels je lis bien plus qu’il ne veut bien me livrer.

Puis il joint sa bouche à ses caresses. Sa langue. Ses dents. Partout. Il frôle, mordille, m’enchante, m’étourdit. Encore et encore. J’aimerais le toucher aussi, mais je ne peux pas tellement le plaisir est intense. Et je me retrouve couchée sur le tapis, le puissant corps d’Alistair au-dessus du mien. Là, je reprends – un peu – mes esprits. Mes mains partent à l’assaut de ses muscles, des monts et des creux, de tout ce que je peux sentir et apprécier, pendant que lui continue d’enivrer mon corps de plaisir.

– Alistair, supplié-je, ne supportant plus la tension dans le creux de mon ventre.

– Patience, BlueBird, susurre-t-il d’une voix essoufflée. Je veux te goûter encore.

– Je te veux en moi, continué-je, incapable de prononcer autre chose.

– Ne me tente pas, grogne-t-il en attrapant la pointe durcie de mon sein entre ses dents.

– Je vais mourir… chuchoté-je d’une voix faible en rejetant la tête en arrière et en m’accrochant à ses cheveux. Alistair, tu vas me tuer.

– Pas avant d’avoir profité de toi pendant de longues heures, assure-t-il sur le même ton que moi.

Ses lèvres descendent paresseusement sur mon ventre, sa langue laisse une traînée humide sur ma peau électrisée, brûlante, sensible comme jamais elle ne l’a été. Quand elles se posent sur mon intimité, je cambre les reins, déjà prête à exploser, tellement le plaisir est fort. Presque violent. Je le supplie encore de me délivrer de cette torture délicieuse, mais l’insolent est bien décidé à n’en faire qu’à sa tête. Il continue à me faire gémir, sourire, râler, supplier. Un doigt en moi et l’orgasme approche. Deux doigts et ma vision est parsemée d’étoiles filantes de toutes les couleurs. Quelques mouvements et je crie mon plaisir avec de longs gémissements plaintifs, le corps arc-bouté, tendu à l’extrême. Puis Alistair remonte, dispersant des baisers sur mon corps, pendant que je tente de respirer correctement. Je mets un long moment à reprendre contenance, à me souvenir où nous sommes, dans quel endroit nous avons échoué.

Puis je me redresse, l’embrasse à pleine bouche, des mots d’amour coincés dans la gorge. Encore.

Je fais basculer Alistair sur le dos, m’assieds à califourchon sur lui, mes deux jambes de part et d’autre de ses hanches, son sexe à l’entrée du mien. Je ferme les yeux, savoure de sentir son membre dressé si proche de l’endroit où sont concentrées toutes mes terminaisons nerveuses. Mais moi aussi je veux prendre mon temps, maintenant. Le découvrir, le goûter comme lui l’a fait. Lentement, j’embrasse son torse, tire sur son téton, souris de l’entendre émettre un gémissement. Puis je laisse ma langue traîner le long de son ventre, contourne son nombril, suis le mince fil de ses poils menant à son entrejambe.

– BlueBird… dit-il d’une voix hachée. C’est toi qui vas me tuer…

J’arrive près de son sexe, le prends délicatement dans ma main, apprécie sa douceur, le fais coulisser, ose un regard vers Alistair qui me fixe, paupières mi-closes, la respiration désordonnée. Puis toujours avec précaution, je pose mes lèvres sur cette peau veloutée. Il se cambre, me cherche d’une main, enfonce ses doigts dans mon épaule, me laissant deviner que le plaisir que je lui donne est aussi intense que celui auquel j’ai eu droit. Je le prends en bouche, alterne les caresses, tantôt avec mes lèvres, tantôt avec mes mains. Les grognements d’Alistair s’élèvent dans la pièce, remplissent mon cœur, mon corps et mon âme. Puis il se redresse au bout de longues minutes et nous retourne.

– C’est moi qui vais te supplier, si tu continues… murmure-t-il contre mes cheveux. Tu sens tellement bon, Amy. Tu es une gourmandise, tu le sais, ça ?

– Non… balbutié-je. Oui… Je m’en fous. Viens, Alistair, s’il te plaît…

Mais ce n’est pas vrai. Je ne m’en fous pas. Bien au contraire…

Alistair s’écarte de moi, va fouiller dans son jean, revient avec un préservatif. Sans attendre, il en déchire l’emballage, l’enfile sur son sexe dressé, se positionne juste au-dessus de moi, son visage à quelques centimètres du mien, ses lèvres si tentantes incurvées en un sourire tentateur.

– Prête, BlueBird ? s’amuse-t-il alors que je me tortille d’avance.

Puis il me pénètre. Enfin ! Lentement, tout d’abord, puis de plus en plus ardemment. Mes mains le cherchent, ses lèvres me trouvent, nos doigts s’accrochent, nos regards s’aimantent, nos gémissements résonnent. Il est sur moi, en moi, partout, ici et là. Il n’existe plus rien d’autre que nous. Puis l’orgasme revient, encore plus puissant que le précédent. Détonation dans mon corps. Dans mon cœur. Il me semble sentir quelque chose de fort, d’indescriptible, qui nous unit. Comme un lien, un fil, une corde, même, ou encore une bulle qui nous entoure, qui nous protège, qui nous emmène dans un univers peuplé d’étoiles et de coton, doux et terriblement intense. Comme si tout reprenait sa place, que nous nous retrouvions enfin, après des années d’absence…

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