Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 46 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

4. La vie sur un plateau n'est pas de tout repos !

46. La vie sur un plateau n'est pas de tout

 

repos !

 

Je distribue les costumes avec l’aide de Janet et Meredith tout en surveillant du coin de l’œil Sahelle, un peu plus loin, toujours collée aux basques d’Alan. Je paierais pour savoir ce qu’elle lui raconte. Mais les traits de son visage semblent détendus, il sourit souvent et il lui a même refourgué Chouchou qui a l’air ravi. Donc je me plais à croire que tout se passe bien.

Pour le moment…

Après m’être habillée d’une jolie robe marron et blanc toute simple, coiffe assortie pour cacher mes cheveux bleus, (pas vraiment d’époque), je mets une tenue de côté pour ma « nouvelle grand-mère » pendant que Catriona choisit la sienne. J’ai décidé de l’emmener dans la salle des costumes afin qu’elle décide ce qu’elle souhaite porter, car je sais combien elle est contente de faire de la figuration dans cette série. Elle parle sans arrêt, me donne des nouvelles d’Amy, la pouliche, me confie que c’est son nouvel animal préféré après son poney Licorne, bien entendu. Elle me demande quand est-ce que je reviens dîner chez elle, car c’était la seule fois où elle a eu la permission de ne manger que du sucré pendant un repas et que c’était trop génial. Je souris sans cesse, ravie d’avoir la compagnie de cette petite fille, dont la joie et l’innocence me font chaud au cœur.

Et me permettent de ne pas penser à l’horrible histoire du père de Bonnie.

Ni à Sahelle qui menace ma place sur ce tournage.

Ni à Alistair qui ne nous lâche pas des yeux.

Je prends rapidement le temps de me regarder sous toutes les coutures (et de faire un ou deux selfies), j’adore être ainsi costumée ! Catriona propose même de me prendre en photo, puis de faire des selfies avec moi, ce que j’accepte avec plaisir en lui promettant de lui transférer les photos. Nous rions comme des enfants (ce qu’elle est, pas moi) jusqu’à ce qu’Alistair intervienne, et, d’une voix sèche, demande à Catriona de me laisser travailler. Je le regarde, étonnée, mais il fuit mon regard, s’éloigne en tenant fermement la main de sa fille, comme si notre complicité le dérangeait.

Vexée, blessée par son comportement, je meurs d’envie de lui demander des explications, mais je n’en ai pas le temps. Je retourne à mes figurants, puis, une fois qu’ils sont tous équipés, pomponnés, briefés, je prends mon courage à deux mains et rejoins Alan qui commence à s’impatienter en regardant le ciel chargé de gros nuages.

– Sahelle, il faut que tu ailles mettre ton costume dans la loge. Il est posé sur le fauteuil rouge. Meredith t’attend, lui expliqué-je, un peu perturbée de lui donner des ordres.

– Très bien, jeune fille, me répond-elle avec un clin d’œil qui signifie qu’elle maîtrise la situation. Je vous rends votre adorable petit chien, dit-elle ensuite à Alan en lui tendant la boule de poils. Si je n’avais pas un chat aussi caractériel, j’adopterais un chihuahua. Votre adorable mascotte m’a fait fondre en l’espace de quelques minutes.

Si elle pouvait en faire un petit peu moins…

Alan sourit, hoche la tête, saisit son chien, le refile directement à Stuart qui fait la tronche tout en me lançant un regard meurtrier.

Je crois qu’il n’apprécie pas trop Sahelle… ni le chien. Euh… ni ma présence !

– Nous sommes prêts, annoncé-je à Alan avant qu’il n’ait le temps de me faire une remarque sur la femme qui a décidé de transformer le plateau en centre de bien-être.

– Amène tous les figurants ici, je vais répartir les rôles, j’ai changé quelques détails. Dis à Alistair d’attacher cinq chevaux derrière.

– D’accord, j’y vais tout de suite.

– Et canalise ta grand-mère, ce n’est pas la fête au village, ici ! lâche-t-il d’un ton sans appel avant que je tourne les talons.

– Depuis quand tu amènes ta famille ici ? en rajoute Stuart, les lèvres pincées. Tu te crois où ?

– Ce n’est pas ma grand-mère ! répliqué-je, piquée au vif. Et je ne l’ai pas amenée, elle m’a trouvée toute seule, je n’étais pas au courant, me justifié-je auprès d’Alan.

Mais Alan est déjà parti donner des directives aux caméramans…

Bien essayé…

Je laisse Stuart et sa mauvaise humeur avec soulagement pour aller chercher les figurants. Catriona s’amuse à tourbillonner dans sa robe en me demandant sans cesse de la regarder, même si la robe est si épaisse qu’elle ne volette pas. George et Daisy me complimentent sur ma tenue, me disent qu’ils ont été ravis de faire la séance de sophrologie et me demandent si on peut calmer les chevaux avec cette méthode. Alistair me fixe d’un regard énigmatique, le visage fermé, sans que je sache pourquoi il a l’air si sombre ni pour quelle raison il a arraché Catriona à ma compagnie. Elle ne me dérangeait pas !

Mais je n’ai toujours pas le temps d’étudier la question, Sahelle me presse pour que l’on retourne auprès d’Alan, elle le trouve fantastique. Duncan la suit de près et grimace en l’entendant parler avec tant de zèle du réalisateur. Une femme me dit qu’il faut absolument qu’elle aille faire pipi, mais elle ne sait pas comment elle va faire avec la robe qui la serre trop. Une autre vient me prévenir que sa couture a lâché. Carolyn me glisse qu’Alistair ne me quitte pas des yeux. Un homme se plaint d’avoir froid. Un autre que le tissu le gratte. Quelqu’un a soif. Trop chaud. Faim. Me demande à quelle heure se termine le tournage. Combien il va être payé. Si on aura besoin d’eux demain. Est-ce qu’on va l’apercevoir à l’écran, car il n’est pas venu pour faire le poireau.

Je plaque un sourire sur mes lèvres, dépassée par les événements. Cherche mes collègues du regard, sans les trouver.

– Tout le monde se rend derrière la scène ! Tout de suite ! m’écrié-je, paniquée devant toutes les demandes auxquelles je ne peux répondre.

Je stoppe Alistair en posant ma main sur son bras alors qu’il s’apprête à partir d’un pas décidé, le bruit ne me permettant pas d’élever la voix au-dessus du brouhaha ambiant.

– Alan demande que tu places cinq chevaux derrière le décor. Il faut les attacher.

– J’y vais, répond-il en hochant la tête.

Et en se dégageant de mon emprise d’un geste sec, comme si ma main sur sa chemise le dérangeait.

Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines. Son attitude blessante me laisse sans voix. Je le regarde partir, complètement estomaquée, mais, au lieu de suivre le groupe que je dois canaliser, je le rattrape et le prends par sa manche pour le faire pivoter vers moi.

– C’est quoi ton problème ? demandé-je d’une voix agacée.

– Pardon ? répond-il en plantant un regard hautain dans le mien.

J’hallucine. Il me toise, maintenant !

– Est-ce qu’il y a un problème, Alistair ? répété-je d’une voix blanche, lentement, afin qu’il comprenne que je ne vais pas me laisser démonter par son attitude.

– Aucun problème, m’assure-t-il. Pourquoi il y en aurait ?

Je jette un œil vers la scène, remarque Alan en train de me faire un signe du bras pour m’ordonner de le rejoindre. Je souffle, retire ma main posée sur le bras d’Alistair.

– On dit toujours que les nanas sont compliquées, mais je peux te jurer que tu bats tous les records ! lâché-je avant de détaler à toute vitesse, en colère.

Je déteste les personnes lunatiques. Un coup sympa, un coup froid comme un iceberg. Et Alistair en est le parfait exemple. Je ne sais pas s’il est comme ça d’une manière générale, si c’est dans son caractère ou si ce comportement m’est spécialement réservé, mais ses changements d’attitude me hérissent au plus haut point.

Et me blessent surtout…

Je rejoins Alan tout en ruminant que c’est décidé, je ne me laisserai plus jamais, jamais avoir par ce type !

Même si j’ai déjà pris cette décision des milliers de fois…

– Je veux des couples et des familles aujourd’hui, m’indique Alan. Tu les places près des animations et tu me gardes quelques personnes pour se balader tranquillement pendant la scène. Tu resteras avec le cascadeur et sa petite fille. Et on se magne, il va pleuvoir ! ajoute-t-il alors que j’acquiesce. Quelqu’un va chercher les acteurs ! hurle-t-il ensuite, me faisant presque sursauter. Allez, on se bouge !

Je recule d’un pas, observe Alistair et sa démarche sensuelle énervante s’approcher, suivi de sa horde de monstres à quatre pattes. Maudis le réalisateur de m’avoir placée avec lui. Sursaute encore quand Sahelle me glisse quelques mots à l’oreille.

– Je veux bien jouer avec le jeune homme, là, m’indique-t-elle en désignant Alistair du menton. Il est drôlement sexy !

– Il est trop jeune pour toi et a un caractère de merde, lui balancé-je sans même me rendre compte de mes paroles.

– Oh, mais je m’en fiche de son caractère, j’en ai maté des plus coriaces, moi !

Je la dévisage une seconde, son maquillage un peu trop prononcé pour l’époque, son regard amusé. Puis je la pousse gentiment à retourner à sa place.

– Sahelle, il faut absolument que tu écoutes les directives et que tu restes avec les autres, d’accord ? la supplié-je. Je dois faire mes preuves, ici. Je vais me faire jeter si tu n’en fais qu’à ta tête. Je ne suis pas réalisatrice, ce n’est pas moi qui décide, alors, s’il te plaît, obéis bien aux consignes.

– Mais tu as tout de même des responsabilités ! réplique-t-elle. Réalisatrice, assistante, stagiaire, c’est pareil ! Tu as de grandes capacités et tu es aussi efficace que les autres ! Ne te dévalorise pas, je t’en prie ! Il faut voir grand dans la vie, tu le sais très bien !

– Oui, soupiré-je, je le sais, merci. Allez, va, il faut que je forme les groupes.

Sahelle rejoint les autres tout en ronchonnant. Je l’entends d’ici.

– Amy, tu sais où est Alan ? me demande John, un type du décor. Une paroi s’est cassé la gueule !

Super…

– Désolée, non. Il est parti par là mais je ne sais pas où !

– Tu peux venir m’aider, s’il te plaît ? Il nous manque des gars, Stuart vient d’en débaucher la moitié pour la figuration.

– Mais ils sont déjà recrutés, les figurants ! m’étonné-je.

– J’en sais rien, moi, mais il vient d’en envoyer certains se changer.

– Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? demandé-je, déboussolée.

– Il faut aller chercher des clous et un marteau pour consolider la paroi. C’est Paul qui s’en occupe mais je ne le trouve pas. Tiens, c’est marrant ton truc sur la tête, ça te va bien.

– Merci, dis-je, probablement rougissante, en tapotant mon crâne. C’est sûr que ça change de d’habitude.

– Je compte sur toi, merci ! conclut-il avec un clin d’œil, me laissant croire que son compliment n’est qu’un moyen détourné de ne pas me laisser d’autres choix que de l’aider.

Je file vers le groupe, cherche encore et toujours Meredith et Dan, sans les trouver. Je me résous donc à demander à Sahelle de m’aider.

– Dis, tu peux jeter un œil sur les figurants pour ne pas qu’ils s’éloignent. Je dois aller chercher des clous. Mais discrètement, hein !

– Oh, mais avec plaisir, ma petite Amy. Je peux te dire qu’avec moi ton troupeau sera bien gardé.

Ça, je n’en doute pas une seconde…

Je cherche le fameux Paul, puis me rends compte que je ne connais même pas son visage. Je ne risque pas de le trouver. J’opte donc pour aller chercher des clous et un marteau directement dans la pièce où est rangé le décor, ce sera plus rapide. J’entre dans la ferme, croise Alan, qui sort de sa loge.

– Alan, il y a un souci avec le décor…

– Je sais, me coupe-t-il d’une voix sèche. Elle est où ton oreillette ? Je t’ai appelée mais tu ne répondais pas.

– Je l’ai enlevée, je suis figurante, je ne peux pas la garder.

– Bon, dit-il après un instant de silence, trouve-moi Stuart, lui non plus ne répond pas ! Et rejoignez-moi sur le plateau, on perd un temps fou, là ! Il va falloir faire mieux au niveau des figurants, on ne peut pas supporter autant de désistements, ça nous fout dans la merde !

– Bien sûr, m’excusé-je alors que ce n’est pas moi qui m’occupe du recrutement des figurants. Je vais chercher le matériel pour réparer le décor, je trouve Stuart et j’arrive !

Je repars aussi vite que je suis arrivée, inspire par le ventre (comme l’a conseillé Sahelle pendant la séance de sophrologie tout à l’heure) et entre dans la salle du décor. Puis m’arrête, découragée par le bordel ambiant.

Comme disait ma grand-mère, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, ici…

En réalité, elle disait ça surtout lorsqu’elle pénétrait dans ma chambre d’enfant. Des jouets, des peluches, des feuilles de coloriage partout. Et des cailloux. Vers 6 ans, c’était mon passe-temps favori, ramasser des cailloux et les semer dans ma chambre pour ma collection.

Heureusement, ça m’est passé. J’aime l’ordre, maintenant.

Je déplace des barrières en bois, des chaises, des bougeoirs immenses, des caisses, des cartons et un millier d’autres trucs dont je ne connais pas le nom. Je cherche un meuble, une caisse à outils, ou je ne sais quoi qui me laisserait penser que les clous et le marteau pourraient se trouver dedans. Malheureusement, je ne trouve rien du tout. J’ai beau fouiller, mais à part paniquer de plus en plus à cause du temps qui file, aucune trace de ce que je recherche.

Au bout d’un moment, essoufflée d’avoir déplacé la moitié de la pièce, je décide d’arrêter là ce carnage. Je ne trouverai pas. Je m’apprête à sortir de la pièce, tapotant sur ma robe qui est recouverte de poussière, quand un homme entre, une caisse à outils dans les mains.

– Paul ? demandé-je au pif.

– Oui ? répond-il avec un grand sourire.

– Oh, merci ! m’exclamé-je. Je te cherchais. Tu sais où sont les clous ? Et le marteau ? On a en besoin pour…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase. Paul ouvre la main tout en élargissant son sourire et je découvre des clous posés dessus.

– Ça y est, c’est réparé, m’apprend-il, victorieux.

– Oh, super ! soufflé-je, soulagée.

Mais dépitée d’avoir perdu un temps fou à chercher pour rien…

Paul dépose les clous sur une étagère et c’est là qu’ils m’interpellent. Ces clous, je les connais. J’en saisis un, le regarde de plus près. Je ne suis pas certaine à 100 % mais il me semble bien que… ce sont les mêmes que ceux qui étaient plantés dans les pneus de ma voiture. Discrètement, j’en fourre un dans la poche de ma robe, bien décidée à élucider ce mystère tout à l’heure, chez moi.

En espérant que je ne les ai pas jetés…

Un peu perturbée par cette découverte qui me laisse pensive, je me dépêche de passer par les loges pour voir si Stuart est avec les figurants, puisqu’il a décidé d’en rajouter. Mais la pièce est vide. J’en conclus qu’ils sont dehors. Tout en me posant mille questions dont une principale : « Qui aurait pu mettre des clous dans mes pneus ? » et tout en me persuadant que ce n’est que pur hasard, qu’ils ont dû traîner sur le parking et que j’ai roulé dessus, je regagne la sortie.

Et là, c’est le pompon. Il pleut à verse.

Vivement que cette journée se termine…

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