Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 69 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

4. Secret mal gardé...

69. Secret mal gardé...

 

– Entrez, retentit la voix sourde d’Alistair derrière la porte.

Que je pousse lentement. Pour apercevoir l’homme dont je suis tombée amoureuse, assis sur son lit, des oreillers derrière son dos pour le caler confortablement, dans une pièce baignée d’une luminosité pâle. La faute au temps gris. Les murs sont d’un saumon pastel, et la chambre est épurée au possible, excepté un lit, un fauteuil, une chaise, une télévision et une table roulante.

Son parfum me parvient aussitôt, prenant le pas sur l’odeur désagréable des désinfectants et des médicaments. Alistair est relié à une perfusion qui coule lentement vers ses veines. Je me fige après avoir fermé doucement la porte, attendant je ne sais quoi.

Qu’il me dise d’entrer, peut-être ? Qu’il me confirme qu’il veut bien me voir, aussi ? Ou qu’il m’assure ne pas m’en vouloir pour le secret que j’ai dévoilé, sans aucun doute…

Il a l’air fatigué. Des cernes ombrent ses beaux yeux sombres. Ce qui ne lui enlève en rien sa beauté sauvage, ce mélange d’ange et de démon. Ses cheveux bouclent toujours au-dessus de ses épaules, comme s’ils avaient été mouillés il y a peu. Ses lèvres esquissent un léger sourire, discret, taquin, absolument craquant. Et son regard… Cette teinte alternant sans cesse entre ombre et lumière, si bien que je ne saurais dire quel adjectif domine le plus.

– BlueBird, souffle-t-il.

Entendre mon surnom me file la chair de poule. Je sens nettement les petits frissons recouvrir ma peau, remonter le long de mon dos, de ma colonne vertébrale, pour finir dans le creux de ma nuque. Ma respiration s’accélère, devient désordonnée. Je suis tellement soulagée de le voir en vie ! En bonne santé, égal à lui-même, énigmatique, mystérieux, irrésistible.

Je fais un pas en avant. Sans le quitter des yeux. Je ne peux pas, son emprise est de nouveau effective, comme à chaque fois que je suis face à lui. Mes jambes tremblent tandis que j’avance vers lui, lentement, en silence. Son regard s’étrécit, il me scrute, cherche à percer mes pensées.

– Hé, tout va bien, tu peux sourire, tu sais… lâche-t-il d’une voix chaude, imperturbable.

– Tu nous as fait sacrément peur, grimacé-je, luttant contre l’émotion qui me mouille les yeux.

– Je dois bien avouer que j’ai eu un peu peur aussi, sourit-il d’un air désolé. Mais tout va bien. Approche encore, BlueBird.

Je m’approche encore, donc. Pas après pas. Sans pouvoir me détacher de ses yeux envoûtants. Puis je m’arrête devant lui, essoufflée comme si j’avais couru un marathon. J’ai envie de me jeter sur lui, bien sûr, et ce, depuis que je suis entrée dans cette chambre, mais quelque chose me retient. La peur ? Le fait que nous nous soyons quittés fâchés la dernière fois que nous nous sommes vus ? L’émotion ? Mais j’oublie tout lorsqu’il me tend la main, les yeux sombres, un demi-sourire sur le visage. La chaleur de sa paume envahit la mienne, et je lui souris aussi. Pour ne pas m’effondrer en pleurs, probablement. Avec délicatesse, je m’assieds sur le lit, à ses côtés.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demandé-je, luttant contre mon envie de l’embrasser.

– La selle devait être mal serrée, m’explique-t-il, lâchant ma main. Ce qui est étrange, car c’est moi qui l’avais fait un peu plus tôt.

– C’est quoi ce problème de hanche ? continué-je, curieuse.

– Une vieille blessure. Lorsqu’elle se réveille, elle paralyse mes jambes.

– J’ai eu tellement peur, m’écrié-je en me jetant finalement sur lui. J’ai eu tellement peur que ta carrière soit finie.

Ma tête est contre son torse. Ses bras, autour de mes épaules. Sa respiration s’est accélérée, je le sens. Son cœur bat plus vite que la normale. Je reste là quelques instants, m’accrochant à lui avec force, à la hauteur de l’angoisse que j’ai éprouvée. Il est là, bien vivant, plus beau que jamais et, cachée dans ses bras, je peux laisser quelques larmes m’échapper. Mais Alistair doit s’en rendre compte, car il me fait légèrement reculer pour planter deux yeux doux dans les miens.

– Ça va, BlueBird… dit-il, presque amusé.

J’abaisse mes paupières pour y chasser mes larmes.

– Je t’aime, Alistair, soufflé-je. Je n’y peux rien, j’ai eu tellement peur…

Ses yeux s’écarquillent, puis se plissent. Et ses lèvres recouvrent les miennes. Douces et chaudes. Possessives. Ma main se glisse dans ses cheveux, ma langue se fraie un chemin pour rencontrer la sienne, et j’oublie toutes mes peurs pour ne vivre que ce précieux moment présent. Alistair n’a pas répondu à ma déclaration, mais il me montre ses sentiments avec ses mots à lui. Et je me contenterai de ça.

Pour l’instant…

C’est moi qui mets fin à ce baiser enflammé. À contrecœur. Maintenant que j’ai la certitude qu’il va bien, il faut que je lui parle. Que je lui avoue. Tout de suite.

Que je prenne le risque de briser la complicité que nous venons de retrouver…

Bien évidemment, j’ai envie de prolonger ce moment. De me couler contre lui, de me blottir contre son torse, encore, mais je ne peux pas. Ma conscience m’en empêche. Je m’éloigne autant que je le peux, tout en restant assise sur le lit. Alistair fronce les sourcils, et je baisse les yeux. Par culpabilité, sans aucun doute.

– Il faut que je t’avoue quelque chose, Alistair… commencé-je à voix basse.

J’ose un regard vers lui. Dans ses yeux, de l’interrogation. De l’attente. Je respire un bon coup et me lance.

– Moira était avec nous dans la salle d’attente…

– Quoi ? Mais…

– Non ! Laisse-moi parler, s’il te plaît. Ne m’interromps pas. Sinon, je n’y arriverai pas. Tu risques de te fâcher, Alistair. J’aimerais juste te dire que, sur le moment, ça m’a paru judicieux…

Il écarquille encore plus les yeux. Je lui offre un pâle sourire et reprends :

– Le ton est monté à propos de Catriona. Daisy était là aussi, et… C’était tellement gênant sa façon de clamer haut et fort qu’elle pouvait voir Catriona quand elle le désirait, la récupérer en un claquement de doigts. J’ai eu peur qu’elle le fasse. Qu’elle se rue sur elle dès son retour, ou pire, qu’elle aille à Édimbourg la rencontrer. Alors… je lui ai avoué la vérité. Ton secret. Je lui ai expliqué pour quelles raisons elle ne pouvait pas faire ça. Je lui ai raconté ton invention, et pour les cartes postales. Bien sûr, je lui ai aussi expliqué pourquoi tu avais fait ça. Ton besoin de protéger ta fille. Tout ça, quoi…

Je reprends ma respiration. Puis le regarde. Il me dévisage, impassible. Je me sens mal. Un peu nulle, à vrai dire. Dépassée par ce que j’ai fait.

– Je suis désolée, soufflé-je. Je… Je ne pouvais pas la laisser faire ça.

Je me lève. J’ai besoin de marcher. De mettre de la distance entre lui et moi pour reprendre un peu d’air. Je la sens, la tension. Sa colère. Prête à jaillir.

Moi, je suis prête à fuir. En laissant derrière moi le seul homme dont je suis tombée amoureuse…

– La laisser faire quoi, au juste ? me demande simplement Alistair d’une voix un peu trop maîtrisée.

– Faire du mal à Catriona, réponds-je, lui tournant délibérément le dos, préférant regarder à travers la fenêtre le parking et le pré qui s’étendent derrière l’hôpital.

– Regarde-moi, Amy, m’ordonne-t-il d’une voix autoritaire.

J’obéis. Je pivote lentement vers lui. Il n’a pas dit BlueBird. L’heure est grave. La magie de nos retrouvailles est passée, manifestement.

Alistair a la tête penchée sur le côté. Il m’observe, pensif.

– Qu’avais-tu à y gagner, à lui parler de ça ? me demande-t-il.

Je reste figée de surprise. Je ne comprends pas sa question.

– Rien, dis-je en secouant la tête. Je voulais simplement qu’elle réalise qu’elle ne pouvait pas arriver comme ça dans la vie de Catriona sans que tu lui aies parlé avant. C’est injuste ! Ta fille n’y est pour rien. Elle n’a pas à souffrir de cette situation.

– Tu as fait ça juste pour épargner ma fille ? demande-t-il, comme s’il n’était pas sûr de ma réponse.

– Oui, affirmé-je en faisant un pas vers lui. Ce serait horrible pour elle d’apprendre de cette manière que sa mère n’est pas ce qu’elle croyait. Moira semblait tellement déterminée. Tellement froide. J’en ai eu la chair de poule.

– C’est vrai qu’elle a bien changé, concède Alistair. Elle est devenue un bloc de glace. Et comment a-t-elle réagi ?

– Pas très bien, au départ… grimacé-je. Puis elle a semblé se calmer. Et réfléchir.

J’évite de lui dire qu’elle s’est surtout calmée au contact de Bonnie.

Parce que s’il me demandait pourquoi, je serais bien incapable de lui répondre…

– Bien, dit-il finalement après un moment de réflexion. Je suppose que je n’ai pas d’autre choix non plus que d’attendre, alors. Attendre qu’elle vienne me parler.

– Elle a laissé son numéro de téléphone à Bonnie, qui me l’a ensuite transmis. Tiens, dis-je en sortant le papier de ma poche.

Alistair le prend, le pose sur sa table de nuit. Puis s’adosse de nouveau à ses oreillers, me fixant de ses yeux sombres.

– Tu m’en veux ? demandé-je d’une toute petite voix.

– Je crois que je suis bien trop fatigué pour savoir si je t’en veux ou non, BlueBird… répond-il, laconique.

Puis ses yeux se plissent de malice. Une étincelle nouvelle apparaît au fond de ses prunelles. Intriguée, je continue à le dévisager, attendant qu’il parle.

– C’est tout ce que tu avais à m’avouer ? dit-il finalement, non sans un petit sourire amusé.

– Euh… Oui ?

– Hum… grimace-t-il. Cherche un peu.

Je cherche. Mais je ne vois absolument pas où il veut en venir. Le mot sur mon pare-brise, peut-être ? Mais il ne peut pas être au courant de ça.

– Alors ? demande-t-il encore, après quelques minutes de silence.

– Oui… euh… commencé-je d’une voix de petite fille prise en faute. C’est vrai que j’ai trouvé un mot menaçant accroché au pare-brise de ma voiture, mais…

– Quel mot ? s’écrie-t-il en se redressant d’un coup.

Et en grimaçant…

– Ça…

Je lui tends le papier.

– C’est quoi cette histoire ? s’exclame-t-il en fronçant les sourcils, visiblement inquiet.

Ah. Je crois… que ce n’était pas ce secret qu’il comptait me faire avouer…

– Je ne sais pas, balbutié-je, un peu anxieuse. J’ai trouvé ce mot sur ma voiture quand je suis allée au parking pour venir ici. J’ignore qui l’a déposé. J’avais pensé à Moira, mais l’écriture ne correspond pas. Ce qui est étrange, c’est que… j’ai déjà eu un petit souci tout au début du tournage. Deux pneus crevés. Avec des clous dedans. Et les clous proviennent du plateau. Mais ça doit être une erreur, dis-je d’une voix plus forte, pour donner de la crédibilité à mes paroles.

– Une erreur ? ironise Alistair. Tu crois ça ?

– Non, soufflé-je. Mais je ne vois vraiment pas de quel secret il s’agit… Tu parlais de quoi, toi ? demandé-je avec l’espoir que ce soit lui qui détienne la clé de cette histoire.

– Je ne pense pas que le secret auquel je pensais puisse avoir un rapport avec ça, admet-il en plissant le nez. Vraiment pas.

– C’était quoi ? interrogé-je, curieuse.

– Attends, tout d’abord, j’aimerais en savoir plus sur ce mot.

– Je n’ai pas plus d’infos, dis-je, désolée. Deux pneus crevés au début du tournage et ce mot, tout à l’heure. C’est tout ce que j’ai.

– Qui t’en veut ?

– Aucune idée. L’assistant d’Alan ne m’aime pas, mais excepté lui, je ne vois pas.

– Si c’était lui, il ne montrerait pas sa haine si ouvertement, non ?

– C’est possible, oui…

– Et tu ne vois personne d’autre qui pourrait t’en vouloir ?

– Franchement, non. Mais ça ne m’inquiète pas. Bon, allez, dis-moi !

Alistair m’offre un large sourire, le regard pétillant. J’aime lui voir cette lueur amusée, cette lumière qui illumine tout son visage. Comme un enfant prêt à faire une plaisanterie, savourant d’avance la réaction de ses proches. Il prend son téléphone qui était posé entre ses jambes, cherche deux secondes, clique et me le tend.

– Tiens, regarde par toi-même. Cachottière.

Je regarde. Ouvre la bouche, éberluée.

C’est une blague ?

Visiblement, non. Et je sais qui est le responsable. Enfin, les responsables. Duncan et Sahelle. Avec une mention spéciale à Duncan, tout de même, pour m’avoir filmée et avoir mis la vidéo sur YouTube.

YouTube, quoi…

Un homme de je ne sais quel âge…

Qui est censé ne rien connaître à Internet !

La première chose que l’on aperçoit sur la vidéo, ce sont mes cheveux bleus. Puis mes yeux fermés, car Duncan s’est amusé à faire un gros plan. Et on entend ma voix, bien sûr. D’autant plus qu’Alistair tend le bras pour hausser le volume. La chanson que j’ai écrite pour lui, en plus. Enfin, la chanson qu’il m’a inspirée.

Pourvu qu’il ne fasse pas le rapprochement…

J’écoute ma voix monter dans les aigus, faire un petit tour dans les graves, observe mes doigts gratter ma guitare. Je suis partagée. C’est la première fois que j’écoute cette chanson. Pour le moment, je m’étais contentée de la jouer. En toute intimité. Du moins, je le croyais. Et je la trouve plutôt pas mal, sans vouloir me vanter. Mes bras se couvrent de frissons. Je ne me doutais pas qu’entendre ma propre voix pourrait me faire cet effet-là. Quoi qu’il en soit, cette mélodie n’était pas destinée à finir sur Internet.

– Tu déchires, BlueBird, lâche Alistair avec un petit sourire en reprenant son téléphone. C’est drôle que le refrain de ta chanson porte ton surnom, non ?

Ah. Ah.

Pas si drôle, non…

– Étrange, en effet, marmonné-je.

– Qu’est-ce qu’il y a ? s’étonne Alistair.

– Il y a que cette chanson n’est pas censée se trouver là, dis-je d’une voix agacée alors que je lui retire le portable des mains. C’est Duncan qui… Oh, la vache !

– Quoi ?

– Il y a 113 456 vues ! Et elle a été postée… avant-hier soir !

Il y a quelque chose qui m’échappe. Comment est-ce possible ? Je vérifie la date et le nombre de vues. Plusieurs fois. Mais oui, c’est bien ça. Et le nom du traître : Duncan McKenzie…

Il va falloir que je lui dise deux mots, à celui-là…

Et au moins, il aurait pu prendre un pseudo !

– Si jamais le cinéma te gonfle, tu sais quoi faire… lâche Alistair, très sérieux, en récupérant son téléphone et en relançant la chanson. Ta voix est incroyable.

– Arrête ! tenté-je de le stopper. Donne !

– Chut ! Laisse-moi écouter en silence, s’il te plaît ! m’ordonne-t-il en se dégageant d’un geste.

– Mais non ! objecté-je. C’est moi, il n’a pas le droit !

– Trop tard, BlueBird, vu le nombre de partages, tu ne peux plus faire grand-chose, j’en ai bien peur…

Je le laisse m’écouter chanter. C’est une sensation étrange de le voir si… quoi ? Émerveillé ? On dirait un enfant devant un sapin de Noël qui clignote. Il est totalement absorbé par ma chanson, balançant même la tête au rythme de la mélodie. Ensuite, il ferme les yeux, un petit sourire sur les lèvres. Je me lève, vais prendre mon téléphone dans mon sac et cherche la vidéo à mon tour. Puis, prise d’une intuition, je me connecte à Facebook pour découvrir un nombre impressionnant de notifications. Parce que Duncan McKenzie ne s’est pas contenté de publier la vidéo – ma vidéo – sur YouTube, non, il a aussi inondé les réseaux sociaux. Facebook, Twitter, Instagram. J’en reste muette de surprise. Puis je survole les commentaires qui fusent de partout. Que des compliments ! Et, bien sûr, le lien avec ma mère puisque mon prénom et mon nom sont cités. On me traite d’opportuniste, on me dit digne descendante de ma mère, talentueuse, jolie (rien à voir), avec une voix exceptionnelle. Et j’en passe. Les partages sont presque aussi nombreux que les vues. J’éteins mon téléphone, complètement dépassée.

Alistair me regarde, mystérieux, toujours avec son petit sourire craquant sur les lèvres et une lueur d’admiration dans les yeux.

– BlueBird, déclare-t-il comme si je lui demandais son avis. Il faut absolument que tu chantes.

Ouais. Sauf que ce n’est pas du tout la carrière que j’envisage, moi…

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