Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 42 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

15. Quand le passé ressurgit...

42. Quand le passé ressurgit...

 

C’est en sentant un gros poids sur mes jambes, après que le réveil a sonné, que je me remémore que Sahelle est là… en train de ronfler de tout son saoul à côté de moi. Je me hâte d’éteindre le réveil, caresse Mirage, le fais basculer délicatement sur le lit et me lève sans faire de bruit.

Je ne peux m’empêcher de sourire en repensant aux événements de la veille. D’ailleurs, j’ai cherché sur Google, et un saïmiri est un petit singe jaune, appelé aussi singe-écureuil des forêts tropicales d’Amérique. Puis mon sourire se perd dans les gouttes de l’eau brûlante de la douche, quand je pense qu’il va falloir que j’aille voir Duncan. Pour excuser Sahelle.

Cela dit, il n’y est pas allé de main morte non plus. Du coup, les excuses, pas sûr qu’elles soient obligatoires.

Mais il faut quand même que je le prévienne que Sahelle va rester ici aujourd’hui. Parce que s’il n’est pas au courant, qu’il lui tombe dessus et que je ne suis pas là pour gérer et les calmer, je n’ose imaginer la tournure que peut prendre leur échange…

Pour le moment, elle dort comme un loir. Je ne me sens pas le cœur de la réveiller et, surtout, j’aimerais avoir la journée pour réfléchir à ce que je vais faire d’elle. Plus exactement réfléchir à la façon dont je pourrais lui faire plaisir en l’emmenant sur le tournage sans y laisser ma place.

Et mes nerfs…

Hier soir, Sahelle m’a répété pendant tout le repas que je ne devais pas me laisser faire ainsi par un vieil acariâtre, accepter qu’il me parle mal et qu’il me prenne de haut. Que je n’étais pas obligée de lui rendre des comptes, tout ça n’étant pas bon du tout pour mon estime personnelle. Dans la vie, il faut savoir prendre sa place, s’affirmer et défendre ses positions. Que cet homme, désagréable, n’était ni mieux ni moins bien que moi, et que son aigreur n’était en aucun cas justifiable.

Et c’est vrai qu’elle n’a pas tort. J’ai un peu tendance à me taire pour éviter d’envenimer une situation… Sahelle, bientôt coach en prise de position…

Je m’arme de courage, de patience, et j’affiche mon sourire le plus jovial, le plus aimable, le plus innocent sur mon visage alors que je toque à la porte de Duncan. La pluie n’a pas cessé, le vent est toujours aussi virulent et le sol n’est qu’un amas de boue compacte et glissante. Duncan répond aussitôt en ouvrant la porte brusquement, habillé de son éternel peignoir à carreaux et de ses chaussons.

– Bonjour monsieur McKenzie, commencé-je d’une voix joyeuse. Je tenais à vous avertir que mon amie, Sahelle, allait rester ici aujourd’hui. Elle est fatiguée, elle a 94 ans, vous comprenez, et je préfère ne pas la réveiller et la brusquer en l’emmenant sur le tournage. Je vais trouver une solution pour lui louer une chambre quelque part, mais tout est complet, et elle tient vraiment à rester un peu en Écosse. Elle vit seule, vous savez, son mari est mort il y a des années, sa meilleure amie vient de partir avec son tout nouveau fiancé, alors je ne me sens pas le cœur de la laisser se débrouiller en solitaire dans un pays inconnu.

Duncan me regarde de haut en bas, de bas en haut, comme il a l’habitude de le faire, de son regard empreint de mépris et de supériorité.

– Et ? lâche-t-il sans laisser passer une once de compassion dans les yeux.

– Et… je voulais vous avertir, réponds-je, hésitante, un peu décontenancée par son manque d’intérêt.

– Vous vous croyez au Club Med ici, l’Américaine ?

J’adore qu’on m’appelle par ma nationalité. C’est d’une finesse…

– Je m’appelle Amy, monsieur McKenzie, au cas où vous l’auriez oublié, dis-je sans faiblir, me rappelant les conseils de Sahelle.

– Oui, bon, et ? demande-t-il en balayant mes paroles d’un geste impatient de la main.

– Et donc, si elle se réveille, que vous la voyez à l’extérieur, pourriez-vous la… surveiller ? Je n’aimerais pas qu’elle décide de venir à l’improviste sur le tournage. Je…

– Vous voulez que je fasse du baby-sitting avec la harpie que vous hébergez alors que c’est expressément interdit dans le contrat ?!

Euh…

– Non ! m’exclamé-je. Pas du baby-sitting, je vous assure qu’elle est assez grande pour se débrouiller toute seule. Juste… je ne sais pas, moi, garder un œil sur elle ? Voir si elle a besoin de quelque chose.

Ne pas l’insulter. Ne pas s’en prendre à son chat. Être bienveillant, quoi…

Duncan me dévisage comme si j’avais la figure parsemée de boutons fluorescents, avec un petit air mi-ahuri, mi-incrédule.

– Ce n’est pas grave, dis-je finalement devant son silence agaçant. Tant pis. Il faut que j’aille travailler. Bonne journée quand même !

Et je monte dans ma voiture, démarre, peste tout le long de la route, préoccupée par ce qu’il pourrait advenir si Sahelle décidait de faire du stop pour me rejoindre sur le plateau…

***

Je me plonge avec plaisir dans le speed du tournage dès que les scènes commencent. Les figurants sont toujours autant indisciplinés, Alan, stressé, Stuart, désagréable, mais j’aime ce que je fais. Et discuter avec Sahelle, l’entendre me dire de ne jamais courber l’échine devant quelqu’un, peu importe qui c’est, m’a redonné une énergie phénoménale.

J’applique donc sa méthode « visage relevé, menton haut, épaules droites, le monde m’appartient », quand Stuart me parle avec dédain (mais au moins il n’a pas tenté de me refourguer Chouchou). Quand Alan me crie dessus car les figurants sont mal placés (alors que j’ai suivi ses consignes à la lettre). Quand Bonnie fait celle qui n’entend pas alors que je lui donne un conseil. Quand Alistair passe à côté de moi, me frôlant presque, un léger sourire sur les lèvres et une lueur sombre dans les yeux alors que je me suis juré de ne plus rien ressentir pour lui. Quand je recule d’un pas pour laisser passer sa horde de clydesdales qui vont servir de décor en arrière-plan des scènes. Quand je surveille du coin de l’œil le parking, m’attendant à y voir surgir une Sahelle toute pomponnée.

Et tout se passe bien…

– Tu as trouvé une solution pour ton amie ? me demande Carolyn alors que nous prenons place pour déjeuner.

– Non, pas encore, soupiré-je. Mais je ne vais pas la renvoyer chez elle. Je n’ai pas eu le temps d’aller voir la liste des figurants pour les jours à venir. J’aimerais pouvoir la placer dans une des scènes, comme ça elle aura ce qu’elle veut et je serai tranquille.

– C’est faisable, non ?

– Je pense, oui. Il y a toujours des désistements, ça ne devrait pas poser problème. Mais bon, la connaissant, elle risque de chipoter si elle n’est pas mise en avant.

– Il faut juste qu’elle ne précise pas qu’elle te connaît, se marre mon amie.

Nous continuons de discuter, je vois Alistair, son demi-sourire énigmatique et son attitude so sexy, s’asseoir juste en face de moi. Je réprime le traditionnel frisson qui me parcourt le dos, la nuque, l’air étonné qui ne manque pas de vouloir s’afficher sur mon visage, tout en recevant un coup de genou de Carolyn.

Comme si je n’avais pas remarqué qu’il était là…

Puis Bonnie arrive et s’installe à côté de lui. Non sans avoir cherché auparavant une autre place disponible. Mais il n’y en a plus. Tout le monde est affamé et s’est empressé de venir s’asseoir.

Le feu et la glace juste en face de moi. Original…

Je plonge le nez dans mon assiette, laisse Carolyn discuter avec les autres pendant que je me fais la réflexion, soulagée, que Sahelle n’est pas venue. Je me demande ce qu’elle peut bien faire, d’ailleurs… Je lui ai laissé un mot pour lui dire de m’attendre dans la maisonnette, j’espère qu’elle tiendra compte de ma demande…

Alistair me pose des questions sur l’après-midi à venir, d’un air détaché, comme s’il s’adressait à Alan ou à Stuart, comme si j’étais une anonyme parmi tant d’autres, ce que je suis probablement pour lui, d’ailleurs, quand un membre de l’équipe lève la voix et s’exclame.

– Putain, vous avez lu ça ? Max Conwell est impliqué dans un scandale sexuel !

Et là, toute la quiétude que je tente de maintenir coûte que coûte dans mon corps et mon esprit vole en éclats. D’un coup. En une phrase. Quelques mots lancés pendant un repas à l’apparence tranquille.

Toutes les têtes se tournent vers lui. Il brandit son portable où s’affiche une page Internet, les joues rouges d’excitation de nous apprendre une information pareille.

– Max Conwell, quoi ! insiste-t-il, au cas où l’on n’aurait pas bien entendu. Une jeune femme a envoyé une lettre à tous les journaux pour dénoncer son agression. Ça a fait boule de neige et des dizaines d’actrices révèlent à présent qu’elles ont été victimes de ce mec. Hallucinant !

Je pose mon regard sur Bonnie. Bonnie, recroquevillée sur sa chaise, blême, tellement pâle que je peux voir ses veines apparaître au travers de sa peau. Elle me fixe d’un air qui me file la chair de poule et me pousse à rentrer ma tête dans mes épaules.

Max Conwell est un réalisateur mondialement connu. Un des meilleurs.

Et accessoirement le père de Bonnie…

Je la regarde droit dans les yeux. Secoue la tête discrètement pour lui assurer que non, que ce n’est pas moi qui suis responsable de cette déclaration…

Mais je crois bien que mon passé vient de me rattraper…

 

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