Dangerous Games Intégrale
Dangerous Games - 3 (French Edition)
28. Explications inutiles
Je reste paralysée, les pieds englués dans le sol boueux pendant qu’Alistair s’en va d’un pas décidé. Il faut que je le rattrape ! Je ne peux pas le laisser partir après m’avoir jeté ce regard si furieux. Il m’a glacé les os. Littéralement. Un grand froid s’est abattu sur moi, coupant net tous mes réflexes, sans que je ne puisse rien y faire. Mais Alan vient d’arriver, et je suis bloquée. Je ne peux pas courir après le cascadeur sans passer pour une folle, ou, pire, sans montrer ouvertement aux personnes présentes qu’il y a quelque chose entre Alistair et moi.
Pense-t-il réellement que j’ai embrassé Calum pour de vrai ?! Il n’a pas vu la caméra ?
Je n’arrive pas à y croire ! Comment peut-il imaginer que je puisse embrasser cet insupportable acteur qui croit que toutes les nanas sont folles de lui ? Ce mec m’horripile. Il est égocentrique, prétentieux et franchement désagréable. La cerise sur le gâteau ? Il m’a embrassée contre mon gré ! Je n’ai rien pu faire ! Seulement sentir ses lèvres sur les miennes et sa langue qui essayait de… Beurk !
Mais ce n’est pas ce qui me peine le plus. Non. Là, c’est l’attitude d’Alistair qui part sans même me demander d’explications. C’est ça, avoir une relation sentimentale avec quelqu’un ?
OK, nous n’avons rien du tout.
J’extrapole.
Nous avons fait l’amour deux fois, ça ne veut rien dire.
Pour lui. Pour moi, ça veut dire quelque chose. Ça veut dire qu’il me plaît. Bien plus que je ne m’autorise à l’admettre. Je ne suis pas le genre de fille à avoir un sex friend. Du sexe pour du sexe ? Bof. Ça ne m’intéresse pas. J’ai besoin de plus que ça. Une aventure d’un soir, à la limite. Mais vraiment à la limite. Parce que ce n’est pas du tout dans ma façon de procéder. Il faut qu’il y ait attirance démesurée. Ce petit truc qui fait que je ne peux faire autrement que de craquer.
Comme avec Alistair…
Donc, si je couche à nouveau avec un homme, si je remets ça, c’est qu’il y a plus que de l’attirance physique…
Pourquoi n’a-t-il pas attendu que je lui explique ? Nous sommes sur un tournage ! Il peut bien deviner que j’étais en train de jouer un rôle, non ?
Visiblement non…
Il l’a bien fait, lui ! Il a déshabillé Bonnie ! Bordel, Bonnie, quoi ! Mon ancienne meilleure amie qui refuse de m’adresser la parole ! OK, il n’est pas au courant de tout ça, mais je ne lui en ai pas tenu rigueur. Je ne lui ai absolument rien reproché ! Et pourtant, ça m’a bouffée comme jamais !
Mais ce n’est pas tout. Stuart. Cet odieux personnage a balancé à Alistair que Lukas avait forcé la main à Alan pour qu’il m’offre un poste sur ce tournage. Pire, mon frère aurait menacé le réalisateur de retirer ses bijoux du tournage. Insensé. Inimaginable. Complètement débile. D’une, mon frère n’est pas comme ça. Il sait à quel point j’ai besoin d’indépendance et de me débrouiller seule.
Donc, Stuart, en plus d’être désagréable avec moi, a décidé de nuire à ma réputation…
Formidable. Vive l’esprit d’équipe, la solidarité et la bienveillance…
Et de deux, ce n’est pas la version que Lukas m’a donnée. Mais Stuart a semé le doute dans mon esprit, maintenant. J’ai une totale confiance en mon frère, mais je vais être obligée de lui demander des explications. Parce que je ne sais pas ce qui est vrai ou faux dans cette histoire…
– Amy, tu peux sortir du champ, s’il te plaît ?
Merde ! Je ne m’étais même pas rendu compte que l’équipe était là. Au taquet. Prête à tourner. Alan, les traits tirés par son aller-retour express au château, Stuart, un rictus satisfait sur les lèvres, Calum et son sourire suffisant, Bonnie qui regarde tout, sauf moi. Carolyn qui me fait un joli sourire. Ah ! Enfin.
Je prends part au tournage, suis les scènes, écoute les directives, mais je ne suis pas là. Je ne suis plus là. Mon corps, oui, mais mon esprit, non. Il est ailleurs. Je n’arrête pas de me demander si Alistair est déjà parti. Il faut absolument que je lui parle ce soir, sinon je ne vais pas dormir de la nuit. Je vais ressasser et me torturer le cerveau. Ça ne va pas être vivable. Il faut que je lui explique qu’il s’est trompé, que je ne suis pas ce genre de personne. Pas le genre à embrasser plusieurs hommes. Qu’il n’a pas le droit de douter de moi ainsi.
Même pas le droit d’imaginer que je pourrais lui faire une chose pareille !
Quand Alan annonce la fin de la journée, qu’il m’apprend qu’il visionnera mon travail demain, je file vers l’enclos sans demander mon reste pour vérifier si les chevaux y sont toujours. Mais non, plus personne. Je cours alors comme une dératée vers le parking… pour y constater l’absence du 4x4 d’Alistair. Je fonce vers ma voiture, démarre en trombe et roule aussi vite que je le peux jusqu’au ranch.
Au diable moutons, virages escarpés et priorités !
J’aperçois le 4x4 avant d’arriver au ranch. Il avance à une allure modérée, comme si le chauffeur, à l’intérieur, prenait son temps. Réfléchissait. Pense-t-il à moi ? Ou a-t-il déjà oublié cet épisode fâcheux ? C’est là que je me rends compte que, peut-être, mon comportement est exagéré. Que je risque de me tourner en ridicule. En plus d’avoir roulé trop vite et d’avoir risqué un accident… Mais il est trop tard pour faire demi-tour. Je freine brusquement et dérape sur les gravillons. Alistair s’arrête, puis sort de son véhicule. Il plisse les yeux et penche la tête sur le côté d’un air interrogateur.
Hello !
Amy, la folle furieuse qui vient de te courser en voiture.
Clio contre 4x4, j’ai presque gagné, tout de même…
Presque. Parce qu’une fois sortie de ma voiture, paniquée, je me retrouve sans voix. Alistair est là, devant moi, superbe, sexy, et… silencieux lui aussi. Il attend. Me fixe de ses yeux ébène, le regard sombre, la mine fermée. Ou indifférente. Je préférerais qu’il soit en colère. Mais il ne montre rien. Absolument rien. Oubliés les sourires amusés, les yeux pétillants, les répliques provocatrices. Non, il est là et il attend que je lui dise pourquoi je suis venue en roulant comme une malade. Alors j’inspire un grand coup tout en me rapprochant de lui et me lance.
– Ce n’est pas ce que tu crois, dis-je, tremblante.
Super entrée en matière.
Et moi, je ne suis pas en faute. Seulement, je ne supporte pas de ne pas pouvoir m’expliquer. Et c’est ce qui se passe avec Bonnie, justement, elle ne me laisse pas lui donner ma version des choses. Et ça me frustre terriblement. En plus de me peiner… Alors je ne vais pas laisser la même chose se produire avec Alistair !
– Je devais doubler Bonnie le temps qu’on lui refasse sa tresse, continué-je très vite, pour ne pas lui laisser le temps de tourner les talons et de rentrer chez lui. Pour le cadrage. Calum voulait qu’on le fasse pour gagner du temps. Matthew a demandé qu’on se rapproche. Et il m’a embrassée. Je déteste ce mec, Alistair, je t’assure ! Il est arrogant, prétentieux et trop sûr de lui ! Tiens, un peu comme toi d’ailleurs, ris-je à moitié, d’un rire faux qui s’étrangle dans ma gorge. Enfin… Ça n’a rien à voir, hein. Toi, tu es différent. Enfin… Toi, j’aime bien t’embrasser. Enfin, même un peu plus que ça, d’ailleurs…
Je m’empêtre, je m’empêtre, je m’empêtre.
Et je suis ridicule.
Alistair penche de nouveau la tête sur le côté. M’observe longuement. Et prend enfin la parole.
– Et tu es venue jusqu’ici pour me dire tout ça ? demande-t-il d’une voix presque moqueuse.
– Ben… oui, réponds-je, décontenancée par sa question. Tu semblais furieux quand tu m’as vue avec lui, alors je pensais que… Enfin, je me disais… Je voulais t’expliquer, quoi…
– Oh. Je vois. Tu m’as expliqué, alors. Bonne nuit, Amy, lâche-t-il sur un ton indifférent.
Quoi ?
– Hein ? Mais non ! m’écrié-je d’une voix suraiguë.
Alistair lève un sourcil, l’air de dire que j’ai tout inventé. Tout imaginé.
– Tout va bien, Amy, nous ne nous sommes rien promis. Tu es libre d’embrasser qui tu veux. Où tu veux. Quand tu veux. Même ce… Calum Fraser !
Là, je perçois nettement de la jalousie dans sa voix.
Et non, je n’invente pas !
– OK, soupiré-je, rendant les armes. Tu as raison, je suis libre d’embrasser qui je veux. Bien sûr. Sauf que je ne l’ai pas embrassé. Bref. Bonne nuit, Alistair.
Je lève la main pour lui signifier que je suis lasse de cette discussion qui n’apporte rien. Et peinée. Il était vexé, furieux, ou je ne sais quoi encore et refuse de l’admettre. Je suis venue ici pour me justifier, pour lui montrer que je le respecte, que je suis quelqu’un de sincère, et il piétine de sa fierté mal placée mes bonnes intentions.
Je m’empresse de rejoindre ma voiture. Sans me retourner. Sans vérifier s’il est toujours adossé à son gros 4x4, s’il est touché que je sois venue, fâché ou indifférent. Mais puisque visiblement il s’en fout, je vais faire de même.
Ouais, plus facile à dire qu’à faire…
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