Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 32 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

5. Initiation, rires et gamelles...

32. Initiation, rires et gamelles...

 

 

C’est ainsi que je me retrouve dans l’espace réservé aux clans, entourée d’autres personnes curieuses de s’adonner à la danse écossaise, dont Eva à l’enthousiasme pas contagieux. Les jeux sont terminés et le classement des clans sera annoncé un peu plus tard. Lorsque je lui ai demandé si elle voulait rentrer, puisqu’elle était toujours pâle et bâillait à s’en décrocher la mâchoire, elle a secoué le prospectus des Highlands Games sous mes yeux en s’écriant :

– Mais tu plaisantes ! Il y a l’initiation de danse !

Me voilà donc vouée à me ridiculiser. Devant Alistair. Sa famille. Ma famille. Et des étrangers. Seule la joie de Catriona a un peu apaisé mon désarroi. Par contre, son père, qui me fixe depuis tout à l’heure, bras croisés, un rictus sur les lèvres, m’agace au plus haut point. Je n’ai pas fait cas de lui. Ni quand il a affiché un large sourire en me voyant rejoindre la piste délimitée pour l’occasion par des rubans rouges, ni quand il m’a chuchoté, trouvant l’excuse d’encourager sa fille avant qu’elle ne donne le « cours » : « Bonne chance, BlueBird. »

Je meurs de chaud, en plus. C’est la fin d’après-midi mais le soleil a choisi ce moment pour déverser sur nous ses rayons. Et je n’ai rien sous mon pull, je ne peux donc pas le retirer.

– Mesdames et messieurs, bienvenue ! hurle une voix dans le micro. Vous allez avoir l’honneur de vous initier à la danse traditionnelle d’Écosse, la « Highland Fling », une danse de victoire dans la bataille. Sachez que les guerriers l’exécutaient sur le petit bouclier rond qu’ils portaient lors des combats. C’est donc une danse de précision. Vous l’aurez compris, il s’agit de rester sur place ! Catriona McKay, Mary Dungan et Olivia McDonald vont vous apprendre comment devenir 100 % écossais. Bonne chance à tous et surtout amusez-vous !

Ça, ça ne risque pas !

Je meurs d’envie de faire ravaler son sourire à Alistair. J’essaie d’éviter de le regarder mais ne peux m’empêcher de lui lancer des coups d’œil. Puis j’entends un brouhaha qui s’élève, et le présentateur reprend le micro.

– Mesdames et messieurs, désolé ! Il y a un petit changement de dernière minute, la danse des Highland devra attendre encore un peu. Pour vous faire patienter, Kathleen et son mari Jack vont vous apprendre la danse de cour, pratiquée dans la noblesse écossaise. Mesdames, c’est à vous de choisir un partenaire !

Et là, je ne réfléchis même pas. Un grand sourire sur les lèvres, je m’approche d’Alistair. Lui tends la main. Qu’il ne prend pas tout de suite. Il me fixe, plisse les yeux avec une lueur interrogative.

– Tu te venges, c’est ça ? demande-t-il finalement de sa voix grave.

– Absolument pas, affirmé-je d’un ton malicieux. Seulement, je ne voudrais pas que tu sois jaloux si je colle quelqu’un de trop près…

Et paf ! Monsieur-est-jaloux-mais-refuse-de-le-dire n’avait qu’à pas me mentir.

Alistair attrape ma main, me ramène contre lui dans un mouvement sec. Mon corps se crispe, mon ventre se tend et le désir ressurgit en force. Je ne peux plus respirer.

– Je n’étais pas jaloux, articule-t-il d’une voix calme.

– Oh, si, tu as été jaloux, contrecarré-je. Sinon, je ne vois pas pourquoi tu aurais réagi comme ça.

– Tu racontes n’importe quoi, BlueBird, me caresse sa voix chaude.

– Sache que j’ai beaucoup d’imagination, Alistair, mais ce que j’ai vu, je l’ai vu. Tu es parti furieux. Parce que tu étais jaloux. Point barre. Bon, on y va ? Ta fille est impatiente de te voir à l’œuvre.

Les yeux d’Alistair se détachent des miens et regardent au loin derrière moi, là où Catriona trépigne d’impatience. Il serre les lèvres, puis m’entraîne avec lui au centre de la piste d’un air décidé.

– Eh bien voilà, en rajouté-je, victorieuse, ce n’était pas si difficile…

Le couple de danseurs professionnels nous montre plusieurs fois les pas, lentement, pour que chacun s’en souvienne. Alistair reste silencieux pendant que je ris ouvertement, ravie de l’avoir pris à son propre piège. Je ne vais pas échapper aux sautillements et entrechats propres à la danse traditionnelle écossaise, mais lui va devoir montrer ses talents pour la danse de couple.

Et voir ses traits obstinés et l’air boudeur que je lui découvre vaut tout l’or du monde !

Quand le son de la cornemuse commence, tous les danseurs débutants s’appliquent à exécuter les pas. Ils sont simples, il faut juste les faire dans le bon ordre. Je marche plusieurs fois sur les pieds d’Alistair, Eva aussi sur ceux de Lukas, vu les jurons que j’entends, mais l’ensemble se passe dans la joie la plus totale… L’enthousiasme et l’attirance électrique nous entourent, Alistair et moi. Dès que je pose mes mains sur ses bras musclés, tout le reste disparaît. Il n’y a plus que nos deux corps qui dansent. Ses yeux magnétiques, son demi-sourire, son assurance même lorsqu’il n’est pas dans son élément. Je m’applique pour ne pas me laisser envahir par le désir qui monte en moi, inexorablement, jusqu’à ce que je me prenne pour une danseuse confirmée et que je chute devant tout le monde en poussant un cri qui fait même taire la musique.

Et je me suis fait mal, en prime ! Mais ce n’est rien à côté de la honte qui me fait rougir comme une tomate…

Les rires cessent quand les spectateurs voient que je ne me relève pas. Ma cheville me brûle. Je peine à la bouger. Plusieurs personnes sont autour de moi, dont Eva, affolée, et Lukas, qui garde un calme admirable à toute épreuve. Alistair se baisse vers moi, me tend la main.

– Alors, BlueBird, on fait toujours la maligne ? me glisse-t-il à l’oreille sur un ton provocateur.

– Même pas mal, dis-je en relevant le menton.

– Allez, debout, je t’emmène à l’infirmerie.

Comme si je ne pesais rien, Alistair me soulève et me cale dans ses bras. La dernière fois que j’étais aussi près de son torse chaud, ce n’était pas pour une blessure. Et rien qu’en y repensant, tout mon corps est envahi de frissons.

Sans parler de la délicieuse torpeur qui s’installe dans mon ventre…

– Lâche-moi, dis-je tout bas, les dents serrées. Je suis capable de marcher.

– Je ne crois pas, non. Il faut mettre du froid sur ta cheville. Tais-toi et laisse-moi faire.

Je rassure Lukas et Eva d’un sourire crispé. Eva a déjà posé une main sur le bras de son mari pour qu’il laisse Alistair m’emmener sous le chapiteau de secours. Elle lève le pouce en signe de victoire, comme si j’avais fait exprès de me ridiculiser en tombant de la sorte, juste pour être dans les bras d’Alistair.

Franchement, pour être dans ses bras, je connais une méthode qui marche beaucoup mieux.

Sous la tente, un secouriste en kilt rouge et bleu me tend un verre d’eau, découpe mes jolis collants, me vaporise un spray glacial sur la cheville, ce qui, à défaut de réduire la douleur, me fait grimacer de froid. Il palpe doucement l’endroit de la blessure, m’assure que ce n’est rien et qu’avec un peu de repos tout rentrera dans l’ordre.

– On va te ramener, dit Lukas, un air désolé sur le visage. Je vais te porter.

– Désolée, articulé-je lentement vers Alistair pendant que Lukas discute avec un des secouristes, un peu plus loin, je ne vais pas pouvoir participer à la danse en solo. Tu m’excuseras auprès de ta fille…

– Si je ne t’avais pas vue chuter, je jurerais que tu l’as fait exprès, dit-il, les yeux plissés et le ton suspicieux.

– Eh non ! affirmé-je avec un petit sourire. De toute façon, je suis assez grande pour refuser quelque chose qui ne me convient pas, non ?

Alistair m’observe quelques secondes. Je vois ses pensées défiler sur son front comme les sous-titres d’un film. Évidemment, je ne sais pas à quoi il pense, mais il se questionne.

– Cela va de soi, finit-il par dire en hochant la tête. Repose-toi bien, BlueBird.

Puis il salue Lukas et Eva d’un signe de tête et tourne les talons pour rejoindre sa famille. Je regarde pendant quelques instants sa carrure athlétique s’éloigner, sa démarche souple, son kilt qui se balance au gré de ses mouvements.

Le kilt : vêtement sexy par excellence, incontestablement…

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