Dangerous Games Intégrale
3. Sahelle dans toute sa splendeur
45. Sahelle dans toute sa splendeur
Sahelle et Duncan arrivent alors que je viens d’avoir la confirmation d’Alistair et que je rejoins Alan pour lui dire que j’ai réussi à trouver cinq figurants pour le moment.
– Ce n’est pas assez, dit-il d’une voix tendue. Il m’en faut plus. C’est impératif.
– Je ne sais pas où les trouver, avoué-je.
Je suis désolée de ne pas pouvoir faire mieux, décontenancée qu’il ne me félicite pas pour ce que j’ai déjà accompli, tout en surveillant l’arrivée du couple improbable Sahelle-Duncan.
Sahelle a revêtu une tenue de gala. Une robe couleur or, des tonnes de bijoux, si bien que je me demande comment elle ne ploie pas sous leur poids. Duncan porte un costume trois-pièces qui semble venir d’un autre temps.
Mais pas de la période correspondant au film…
– Bon, tu endosseras un rôle, décide Alan en me tirant de mes pensées. Demande au cascadeur aussi, il n’a pas de scène cet après-midi. Et vois qui tu peux recruter dans l’équipe. On tournera en sous-effectif, exceptionnellement.
– Tout de suite, acquiescé-je, repartant au pas de course.
Je m’empresse de rejoindre Sahelle et Duncan pour leur dire où aller.
– Bonjour Amy, lance mon amie sur un ton qui me laisse présager que je ne perds rien pour attendre. Alors, comme ça, tu voulais te débarrasser de moi ?
– Quoi ? grimacé-je, jetant un œil à Duncan qui sifflote en admirant ses chaussures cirées.
– Hum. Ne te moque pas de moi. Tu m’as volontairement laissée dans ta maison, ce matin.
– Ma maison, intervient Duncan.
– Sa maison, insiste Sahelle. Elle vous la loue, non ? Donc c’est la sienne.
– Dites, vous pouvez aller vous prendre le chou sous le chapiteau là-bas ? interféré-je. Il faut que je trouve d’autres figurants. Il y a des boissons et des trucs à manger. À tout à l’heure !
Soulagée de ne pas devoir me justifier auprès de Sahelle, je cherche Carolyn. Je vais lui demander si elle peut jouer la figurante ou appeler son Highlander sans saveur. Mais je n’en ai pas le temps, je tombe sur une petite bouille toute mignonne, blonde, qui me saute au cou.
– Amy ! s’écrie Catriona d’une petite voix. Je vais jouer dans le film !
– Bonjour Catriona, réponds-je en la serrant dans mes bras. Je suis très contente de te revoir. Et tu veux savoir quelque chose, moi aussi je vais faire la figurante aujourd’hui !
– Ouais ! On aura toutes les deux une jolie robe !
– Oui ! confirmé-je. Et tu sais quoi ? Tu pourras choisir la tienne.
– Ouais ! s’écrie de plus belle la petite fille. Je suis trop contente !
Je me redresse, touchée par la familiarité de cette enfant que j’apprécie beaucoup. Alistair se tient derrière elle, droit, dans la tenue d’équitation qu’il a enfilée sous mes yeux dans sa loge.
– Alan m’a dit que tu devais aussi faire de la figuration, dis-je à Alistair.
– Génial ! s’exclame Catriona. On va jouer tous ensemble !
Je souris. Puis je salue Daisy et George qui me le rendent chaleureusement.
– Je vous laisse rejoindre le chapiteau, là-bas, précisé-je. Je vous rejoins tout à l’heure.
Après maints détours, je trouve finalement Carolyn en grande conversation avec un mec de l’équipe derrière le bâtiment. Ils sont très proches. Un peu trop à mon goût pour qu’il n’y ait qu’une simple entente professionnelle entre eux. Dès que je m’approche, Carolyn se recule, comme prise en flagrant délit, et l’homme en question lui fait un clin d’œil en lui disant : « À plus, poupée ! »
– Poupée ?! ne puis-je m’empêcher de lâcher, tant ce terme me semble ridicule, une fois l’homme parti loin de nous.
– Ben quoi ? riposte-t-elle, un sourire sur les lèvres. C’est mignon.
– Mignon ? Vraiment ? grimacé-je.
– Bon, OK, c’est totalement nul, je te l’accorde. Mais il faut bien que je lui laisse croire que ça me plaît. Je me suis donné une nouvelle mission.
– Ouh là… Et c’est… ?
– Ressentir le grand frisson, affirme-t-elle en relevant le menton, le regard fier.
– Mais encore ?
– Eh bien, je t’ai dit que ça faisait plusieurs fois que j’embrassais des mecs et que je ne ressentais rien alors qu’ils me plaisaient.
– Oui…
– Donc, je vais en embrasser encore jusqu’à ce que ça fonctionne.
OK…
– Tu comptes embrasser toute l’équipe ou… ?
– Ouais. Non, tu as raison, c’est naze, avoue-t-elle après un instant de réflexion. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi ça fait plusieurs fois que ça me fait ça.
– Peut-être que tu t’emballes un peu trop vite, non ? hasardé-je, compatissante. Attends de connaître mieux la personne. Et ça marchera.
– Tu as attendu de le connaître, toi, ton brun ténébreux ?
Touché !
– Euh… Non. Mais il m’attirait comme jamais. Et je t’assure que c’est bien la première fois que ça me fait ça. Avant, c’était juste… bof. En fait, avant, les mecs me saoulaient plus qu’autre chose. Et ce que j’ai ressenti avec… Alistair, je ne l’ai jamais ressenti auparavant.
– Donc, mon cas n’est pas désespéré ! Merci, tu me rassures ! En revanche, toi, je crois bien que tu es amoureuse… affirme-t-elle sur un ton plus bas.
– Mais non !
Si…
– Bon, j’ai besoin de toi. Tu veux bien jouer les figurantes, on est en manque, là.
– Moi aussi, je suis en manque, se pâme-t-elle exagérément. Mais d’amour ! Amy, j’en ai marre, toutes mes copines sont en couple ! Je suis la seule célibataire de notre bande. Je vais finir seule, vieille et ridée.
– Tu adopteras des chats. Ils sont très gentils. Et hyper câlins. La « ronronthérapie » est presque reconnue ! tenté-je de la réconforter.
– Je suis allergique aux poils de chat.
– Ah. Des tortues, alors ? C’est chou, les tortues !
– Nan ! s’exclame-t-elle. Elles me font peur avec leurs gros yeux.
– OK… Des poissons rouges ?
Un soupir me répond.
– Carolyn. Ne t’inquiète pas. Quand ce sera le bon, tu le sauras, je t’assure.
– Tu dis ça parce que tu l’as trouvé, toi.
– Tu crois ça ? réponds-je, ironique. Alistair ne veut pas d’histoire sérieuse. Il veut bien qu’on couche ensemble, me fait plein de compliments, me donne des orgasmes de folie, mais après, pfuit, petite phrase assassine pour me dire que c’était bien cool, nous deux, mais que ça s’arrête là.
– Quel enfoiré ! Tu as raison, je vais adopter des chats. La race des sphinx n’a pas de poils, je ne serai pas allergique.
Si, les sphinx rendent les gens allergiques, puisque ce ne sont pas les poils qui sont en cause, mais un truc dans leur peau. Enfin, c’est ce que m’avait expliqué une copine au collège. Mais je vais bien me garder de le lui dire.
– On y va ? la pressé-je. Parce qu’en plus d’être célibataire, on va bientôt plus avoir de taf si on traîne.
– Oui. Mais toi, au moins, tu as toujours les orgasmes, ça compense, continue-t-elle.
Pas faux. Mais ça ne me suffit pas…
– On va dire que c’est déjà ça, alors, ris-je avant de hâter le pas pour rejoindre les autres.
Une impression étrange me saisit alors que nous arrivons près du chapiteau où se tiennent les figurants. Tout semble calme. Un peu trop calme. En temps normal, des voix retentissent, on entend des bouts de conversation, et là… rien.
– Merde, ils sont tous partis ? m’inquiété-je. Les scènes sont bien tournées ici cet aprem’, non ?
– Ouais, c’est bizarre, confirme Carolyn.
– Et ils sont où tous ceux de l’équipe ? Regarde, il n’y a personne ! Merde !
Je lis rapidement les fiches enfoncées dans ma poche qui me confirment que oui, les scènes seront bien autour de la ferme. Un sale sentiment de stress me saisit. Nous arrivons au niveau du chapiteau, et c’est alors que je comprends.
Ou plutôt que je vois l’ampleur des dégâts… Et je n’en crois pas mes yeux !
La plupart des gens sont bien là. Tous, même, il semblerait. Assis, debout, certains carrément allongés à même le sol sur leur veste. Dont Alan et Stuart. Les yeux fermés. Et une voix résonne. Une voix qui fait accélérer mon cœur. Et craindre le pire.
– On concentre notre attention sur nos épaules, maintenant, énonce Sahelle. Sentez combien elles se détendent, elles deviennent légères. Tous vos muscles évacuent les tensions. Inspirez profondément par le nez et rejetez lentement l’air par la bouche. Voilà, c’est très bien…
Je crois que je vais m’évanouir. Ou faire le vœu de disparaître. Sahelle me tourne le dos, se tient en face du groupe qui écoute ses directives. Je lance un regard à Carolyn qui retient un fou rire.
– J’adore ton amie ! me chuchote-t-elle. Il faut absolument que tu me la présentes !
– Mais c’est quoi ce délire ?
Sahelle se retourne aussitôt. Nous lance un regard foudroyant. Se rapproche de nous en continuant à expliquer qu’il faut maintenant détendre ses bras, ses mains, tous les muscles noués. En respirant.
Je crois que moi aussi, il faut que je respire.
– Allez prendre place, nous ordonne-t-elle avec un air de maîtresse d’école. Dépêchez-vous ! Et taisez-vous, bon sang ! Vous allez saper tout mon travail !
– Tu peux m’expliquer ce que tu fais au juste, Sahelle ? murmuré-je, estomaquée.
– De la sophrologie, jeune fille, dit-elle comme si c’était tout à fait naturel.
– Mais, Sahelle, tu ne…
– File avec le groupe ! Tout le monde est tellement stressé ici, c’est irrespirable. Dépêche-toi !
Je soupire, laisse tomber mes épaules de dépit, hésite, cherche un moyen de changer ce que je vois, ouvre la bouche, la referme… puis obéis finalement.
Que puis-je faire d’autre, de toute façon ?
Je prends place à côté de Carolyn qui retient toujours avec peine son rire. Je l’entends glousser comme une folle ! Je lui lance un regard suppliant, comme si elle pouvait quelque chose pour moi, puis ferme les yeux. Et finis par suivre les consignes de Sahelle tout en ne pouvant m’empêcher de me demander comment cette histoire va bien pouvoir se terminer.
Et honnêtement, je peine à me relaxer. Malgré la respiration profonde, le relâchement de tous mes muscles, la voix de Sahelle chantonnant les directives, comme si elle avait fait ça toute sa vie. J’ouvre régulièrement les yeux, vérifie qu’Alan n’est pas en train de me menacer du regard, mais il a l’air autant concentré que les autres.
Au bout d’une bonne demi-heure, Sahelle nous autorise à ouvrir les yeux. Je me rends compte que j’ai finalement réussi à mettre de côté mes craintes et que sa « petite » intervention fonctionne assez bien. La boule de stress qui m’obstruait la poitrine a disparu, mon corps semble plus apaisé, même si je me sens fatiguée.
– Merci beaucoup, messieurs dames, dit Sahelle en saluant d’une révérence totalement grotesque, mais néanmoins élégante. Bon travail à tous !
Des « merci », « c’était génial », et autres compliments retentissent, puis chacun vaque à ses occupations. Catriona court vers moi.
– Elle est cool ta grand-mère ! me dit-elle de sa voix innocente.
– Ma grand-mère ? m’étonné-je.
– Oui, elle a dit qu’elle était de ta famille !
Mon Dieu, sortez-moi de cette situation, je vous en supplie !
D’autant plus que Sahelle suit Alan alors qu’elle est censée rester ici. Alan, qui m’a jeté un regard étrange. Je ne parviens pas à le définir, c’était un mélange d’amusement et de menace. Enfin, je crois, le monde me semble tout aussi bizarre que la scène que je viens de vivre…
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