Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 53 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

11. ... Peut en cacher une autre... (ou même deux !)

53.... Peut en cacher une autre... (ou même

 

deux !)

 

De retour dans ma maisonnette, au calme, sans l’interrogatoire serré de Sahelle (mais cela dit très pertinent), sans non plus l’iPhone de Duncan pointé sur moi, je lance FaceTime pour parler à mes amies. Eva répond aussitôt, son visage joyeux apparaît sur mon écran.

– Hey ! s’écrie-t-elle aussitôt. Comment vas-tu ? C’est drôle, on pensait justement à toi avec Melody et on voulait t’appeler !

– Les grands esprits se rencontrent, m’amusé-je. Je vais bien, merci. Et vous ? Melody est avec toi ?

– Oui ! C’est on ne peut plus vrai, les grands esprits se rencontrent, dit-elle d’une voix soudain rêveuse qui titille ma curiosité.

– Tu deviens romantique. On dirait que tu viens de voir Lukas passer avec une bague de fiançailles dans les mains. Enfin, si tu n’étais pas déjà mariée, hein... Et comment avance celui de Melody ?

Un cri me prévient que « mariage de Melody » signifie hystérie. Ce que je savais déjà, vu les messages survoltés qu’elle m’envoie régulièrement. Elle oscille entre excitation et dépit, voulant tout préparer elle-même, sans en avoir réellement le temps. Mais surtout, elle n’arrive pas à se décider sur une foule de détails, et, d’après Eva, Mark serait au bord de la crise de nerfs.

– Je vais l’annuler, ce foutu mariage, m’annonce Melody, les yeux pétillants, mais cernée et fatiguée, d’une façon que je ne parviens pas à définir, entre plaisanterie et sérieux.

– Je crois déjà avoir entendu ça pour celui d’Eva et de mon frère, précisé-je pour l’apaiser.

– Non, c’est vrai, reprend-elle sur un ton qui ne laisse plus aucune place au doute. Je crois que je vais le repousser.

Puis, Melody dispose le téléphone pour que je les voie correctement toutes les deux. Eva et Melody, aussi complices que Bonnie et moi. Enfin, à l’époque où nous n’étions pas brouillées. Une complicité qui se devine à vue d’œil. Le jour et la nuit. L’une survoltée, l’autre discrète. L’une réfléchie, l’autre totalement imprévisible. Deux caractères faits pour se compléter.

– En fait, commence Eva, nerveuse, si Melody veut repousser le mariage, c’est parce qu’il y a eu, comment dire, un petit imprévu…

Je fronce les sourcils. Un léger sentiment d’angoisse m’envahit.

Imprévu est mon deuxième prénom en ce moment… Et ce n’est pas toujours très drôle !

Mais ses yeux m’indiquent que je n’ai aucune raison de m’inquiéter. Au contraire, une lueur tendre s’y dessine. Avec une pointe d’émotion.

– Je voulais t’en parler plus tôt, continue Eva. Enfin, surtout Lukas. Mais il me laisse l’honneur de t’annoncer cette nouvelle. Et aussi… Melody ne voulait pas que je te l’apprenne sans elle. Bref. Donc ne m’en veux pas si je te dis ça par téléphone, surtout !

Là, je suis complètement larguée. Toutes sortes d’idées me traversent l’esprit, mais tellement confuses que j’attends qu’Eva continue.

– On va avoir un bébé ! hurlent-elles tout à coup, me faisant quasiment sursauter.

Je mets quelques secondes à réaliser ce qu’elles viennent de me dire. Et encore, je ne suis pas sûre de tout saisir.

– On ? Qui ? m’écrié-je, impatiente de mieux comprendre.

– Toutes les deux ! s’exclament-elles, si synchro que je ne parviens plus à différencier leur voix. Quinze jours d’écart ! Tu te rends compte ? Et sans le faire exprès ! Je te jure, Amy, nous n’avions pas prévu de faire un bébé ensemble ! Enfin, en même temps, quoi !

Les larmes me montent aussitôt aux yeux. Cette nouvelle est si inattendue que j’en reste sans voix. Muette d’émotion.

– On ? Melody et… toi ? Lukas ? Lukas va être papa ?! réussis-je finalement à dire. Je… vais être tata !

– Double tata ! rectifie Melody, tapant dans ses mains d’excitation, son énergie faisant claquer ses mèches blondes impeccablement lissées sur ses joues. Parce que c’est clair qu’il va t’appeler tata !

– Il ? Tu sais déjà que c’est un garçon ? m’étonné-je.

– Non, continue-t-elle, plus sérieuse. Mais je le sens !

– Mais non, objecte Eva. On veut des filles ! Qui seront aussi copines que nous !

– Mais non, un garçon, et toi, une fille, c’est génial ! Ils tomberont même amoureux ! la contredit Melody.

– Et si moi aussi j’ai un garçon ? ironise Eva. On fait quoi ?

– Eh bien ils pourront tomber amoureux aussi ! Et ils joueront au football américain ! Ou au hockey ! réplique Melody, comme si c’était évident.

J’essuie mes larmes de joie tout en souriant béatement pendant qu’elles continuent leurs pronostics. Je suis si contente pour elles ! Pour mon frère ! Et pour moi ! Deux petits bouts de chou à cajoler, gâter, j’ai vraiment hâte !

Et j’ai hâte de féliciter Lukas !

J’apprends que les naissances sont prévues pour fin janvier, que les filles n’arrêtent pas de reluquer toutes les vitrines en s’empêchant de trop acheter pour le moment – elles préfèrent attendre quelques mois encore, et surtout qu’on leur révèle le sexe des enfants à venir –, que le choix des prénoms s’annonce plus complexe que prévu pour se mettre d’accord, que l’une a envie de fromage sans arrêt, l’autre de chocolat, que les nausées ne leur laissent aucun répit, qu’elles ont des sautes d’humeur hallucinantes, et je les écoute se couper la parole, assise sur un petit nuage tellement je suis enchantée de cette nouvelle. De cette double nouvelle !

– Oh, je crois que Lukas vient de rentrer ! s’écrie Eva. Attends, Amy, je te le passe, il veut te parler !

Je salue mon frère qui affiche un grand sourire et un regard éloquent quant à l’excitation des deux copines qui n’arrêtent pas de piailler à côté de lui.

– Félicitation, soufflé-je d’une voix émue. Je suis tellement contente !

– Merci, répond Lukas tout en s’éloignant des deux furies. Je ne sais pas si je me rends vraiment compte de ce que c’est que d’être papa, mais je suis aux anges depuis qu’Eva m’a annoncé la nouvelle. D’ailleurs, il faut que je te demande quelque chose. Attends, je ferme la porte, elles vont me rendre chèvre, ces deux folles, rit-il.

– Je suis certaine que tu vas être un père formidable, murmuré-je. Et moi, je vais être une tata gâteau !

– Hum. Oui, enfin, non. Je ne crois pas que tu vas être seulement une tata. En réalité, Amy, je pensais que tu pourrais aussi être marraine…

Alors là, mon cœur vient de se décrocher. Il gît maintenant sur le sol, et je l’observe en train de battre comme un fou. Les larmes que je tentais de maîtriser me submergent.

– Marraine ? répété-je comme si je n’avais pas bien entendu, en reniflant sans élégance. Tu veux que je sois la marraine de ton enfant ?

– Oui, affirme-t-il, très sérieux. Eva et moi serions honorés que tu sois la marraine.

– Je crois que tu ne pouvais pas me faire de plus beau cadeau, sangloté-je de plus belle. Oh là là, il faut que j’aille annoncer la nouvelle à Sahelle, elle va être folle de joie, elle aussi !

J’ai surtout envie d’annoncer la nouvelle à la terre entière !

– Mais tu crois qu’Eva permettra que je lui teigne les cheveux ? plaisanté-je pour faire redescendre toutes les émotions qui me font pleurer sans arrêt. Vert si c’est une fille, et roux si c’est un garçon. C’est joli, les cheveux roux, non ?

– Bien sûr, acquiesce Lukas, entrant dans mon jeu. Et des tatouages, tant que tu y es !

Tatouages… Alistair… Catriona !! Merde, je suis en retard !

Je laisse encore éclater ma joie, félicite de nouveau mon frère, le charge d’embrasser les filles pour moi, puis raccroche. Je me prépare pour partir. Au moment où j’attrape mon sac dans l’entrée, sac dont la lanière se coince dans un coin de la console, j’entends des bruits métalliques. Je cherche d’où peut bien provenir ce bruit et trouve les clous sous le petit meuble, ceux que m’avait donnés le garagiste et qui étaient enfoncés dans mes pneus. Curieuse et malgré mon léger retard, je rebrousse chemin et file chercher celui que j’ai récupéré sur le plateau – qui m’a valu un bon mal de dos, d’ailleurs, puisque j’ai déplacé tout ce que je pouvais pour les dénicher alors que la personne responsable de réparer le pan du décor était déjà en train de s’en charger. Je le retrouve dans un tiroir de ma table de chevet.

Avec appréhension, je les compare. Tique un peu. Beaucoup. Un sentiment de malaise s’immisce en moi.

Ils sont bien identiques !

Je n’ai pas roulé par hasard sur ces clous. Quelqu’un les a volontairement enfoncés dans mes roues. Si je ne voulais pas y croire sur le moment, force est de constater que deux clous, c’est tout de même louche.

Le garagiste avait raison. Il faudra que je lui dise qu’il a loupé une autre carrière : détective !

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