Dangerous Games Intégrale
13. Fin ou renouveau ?
78. Fin ou renouveau ?
Personne ne peut nier qu’Alistair a vraiment du charisme. Dans la vie comme à l’écran. Et Alan ne cesse de lui répéter. Il veut absolument qu’il signe pour la suite de la série. Il va falloir remplacer Calum au pied levé. Le faire mourir. Alan dit que ce n’est pas un problème, ça mettra de la surprise dans la série. Les fans risquent d’être déçus, mais il n’a pas le choix. Il dit aussi que son cerveau fourmille déjà d’idées nouvelles et que sa réalisation n’en sera que plus géniale. Grandissime. Inoubliable.
Oui, oui, Alan est humble. Dans son genre…
Mais Alistair n’a pas l’air décidé. Il ne refuse pas catégoriquement, essentiellement parce que le réalisateur n’arrête pas de lui dire de prendre le temps de réfléchir, mais assure qu’il n’a jamais envisagé une carrière d’acteur. Que celle de cascadeur lui prend assez de temps comme ça. Il m’a semblé entendre que le célèbre Alan Middle lui a promis de tripler ses cachets. Mais ça ne motive pas plus mon amant maudit.
Puis Alan vient à ma rencontre. Nous venons de terminer de ranger le matériel. Honnêtement, je me sens toute chose. Heureuse d’avoir pu participer à ce tournage, mélancolique de mettre le mot « fin » sur ce premier épisode.
– J’ai été très satisfait de toi, Amy, commence Alan, un grand sourire sincère sur les lèvres.
– Merci, réponds-je, mes joues virant au rose.
– Nous allons faire une pause de deux semaines. Le temps de suivre les arrangements studios. Gros boulot en perspective, rit-il pour lui-même. Tu as prévu quelque chose dans les mois qui viennent ?
Mon cœur se met à battre de plus en plus vite dans ma poitrine. Je me force à inspirer longuement. À me contenir. À ne pas montrer que, s’il me demande ce que je pense qu’il va me demander, je vais exploser de joie.
– Non, pas encore. Je…
– Très bien, me coupe-t-il. Tu es embauchée.
Quoi ? Moi ? Là, maintenant, tout de suite ? Comme ça ?!
– Oh… parviens-je seulement à prononcer.
– Je t’envoie le contrat par mail le plus vite possible. Tu as vraiment fait du bon boulot. Tu es réactive, consciencieuse, imaginative. Je suis persuadé que notre collaboration sera fructueuse. Ah, et je t’embauche comme assistante, cela va de soi !
Le réalisateur ne me laisse pas le temps de répondre, son téléphone sonne et il s’éloigne déjà. Moi, je reste là, figée, à ne pas savoir quoi faire. Ni quoi penser.
Je suis embauchée ? En tant qu’assistante ?! Assistante d’Alan Middle !
J’ai envie de hurler, de sauter, de pleurer, de faire une roue, un salto, une danse de la joie, mais je me contente de sourire bêtement. Et d’essuyer la larme traîtresse qui roule sur ma joue. Puis les furies Carolyn et Bonnie arrivent, toutes joyeuses.
– Tu as vu, pas besoin de mettre la langue, dit Bonnie, amusée, la prise a été faite en seulement deux fois. Un record ! Il faut dire qu’Alistair sait vraiment bien jouer ! C’est dingue que ce mec ne soit pas acteur, franchement ! Et il est tellement plus agréable que Calum !
– Tu vas me manquer, Amy, s’écrie Carolyn en me serrant dans ses bras. Il faut que j’y aille, j’ai un avion dans trois heures et je suis déjà en retard ! J’espère que tu seras là pour le prochain épisode ! De toute façon, j’ai ton numéro, on se capte au tél, hein ?
Je les entends à peine. Je ne me suis pas encore remise de la proposition d’Alan.
– Ça va ? me demande Bonnie, prenant conscience tout à coup de mon état second.
– Alan vient de me proposer d’être son assistante, lâché-je d’une voix faible, comme si je n’y croyais pas encore. Des années que je rêve de ça !
Nouvelles effusions de joie, cris, étreintes et explosion de tympans. Si moi je reste stoïque face à cette nouvelle, mes amies, pas du tout…
– Trop bien ! beugle Carolyn. On va encore passer du temps ensemble ! Je suis trop contente !
– J’en étais sûre ! clame Bonnie. Amy, tu es douée dans tout ce que tu fais ! C’est génial !!
Puis je leur dis au revoir et les regarde partir vers le parking. Carolyn monte dans un taxi en me faisant des coucous de la main, comme une gamine. Ce qui me fait sourire. Puis froncer les sourcils quand j’aperçois Moira.
Mais qu’est-ce qu’elle fout là ?!
D’autant plus qu’Alistair est déjà rentré chez lui. Mais visiblement, Moira n’est pas venue pour lui. Absolument pas. Puisqu’elle embrasse Bonnie et la serre brièvement dans ses bras.
Je crois que j’ai loupé un épisode…
***
Je suis l’une des dernières à quitter le plateau beaucoup trop calme à mon goût. Il ne reste rien des décors. C’est… vide. Les chapiteaux ont été démontés et rangés dans le bâtiment. Plus de rampe, plus de caméra, plus de bruit. Comme si rien n’avait existé.
Je me sens vide, à vrai dire. Comme le plateau. Comme si une page venait de se tourner. C’est positif, j’ai réussi à montrer mon professionnalisme, ce que j’avais dans les tripes, à me hisser sur la première marche de mes rêves, et devenir l’assistante d’Alan est quelque chose que je ne pensais pas atteindre aussi rapidement. Mais mon cœur est tout serré dans ma poitrine.
Et puis, j’avais envie de fêter cette dernière soirée comme il se doit, avec des membres de l’équipe, Carolyn, Bonnie, Alistair, pourquoi pas, mais tous ont déserté à la vitesse de l’éclair.
Bonnie a même filé avec Moira. Sérieusement ?!
Je regagne ma voiture d’un pas lourd, pas franchement motivée à l’idée de passer la soirée seule, quand mon téléphone sonne.
– Allô ?
– Salut BlueBird, résonne la voix grave d’Alistair. Ça te dit de venir dîner avec moi ?
– Pourquoi pas, réponds-je d’une voix indifférente alors que l’espoir renaît dans mon cerveau tout déprimé.
– Super ! Dans une heure, c’est OK ?
– D’accord…
De retour dans ma maisonnette, je prends une douche en quatrième vitesse pour laisser partir les dernières bribes de mélancolie due à la fin de ce tournage, me change quatre fois – au bas mot – me maquille légèrement, monte dans ma voiture, démarre puis freine pour lire le SMS qui vient d’arriver.
[Catriona a oublié de ramasser
des petits galets avec lesquels
elle s’amuse, devant la maison.
Ça ne te dérange pas
de les récupérer, s’il te plaît ?
Alistair]
Sa demande me semble étrange. Mais je ne réfléchis pas et réponds simplement par un « OK ».
Tout le long de la route, je grave le magnifique paysage dans mon cerveau. Les virages sinueux, les prés qui s’étendent à perte de vue, arrêtés par les montagnes majestueuses, la clarté du ciel avec sa lune pâle et ses étoiles scintillantes. Je traverse le ranch sans croiser George et je me souviens de la carte que j’ai découverte dans le sac de Daisy, lorsqu’elle l’a laissé tomber le jour où Alistair a eu son accident. Je ne sais pas si ces « manœuvres » ont opéré, je ne l’ai pas revu. Mais j’espère que oui. J’espère qu’il a réussi à déclarer sa flamme à Daisy, et, le cas échéant, qu’elle partage ses sentiments.
Arrivée non loin de la maison d’Alistair, je suis les petites lampes solaires plantées dans le sol et découvre des cailloux blancs, comme il me l’a dit. Je les ramasse. Une lettre est écrite sur chacun d’eux. Je me demande de quel jeu il s’agit, je n’en connais aucun de semblable. Peut-être un scrabble fait main ? D’autant plus qu’ils sont posés quasiment à distance égale. Comme un jeu de piste…
Une fois la totalité ramassée – seize en tout – je pousse la porte entrouverte de la grande maison de mon amant mystérieux. Puis je monte les escaliers. Au sommet, le salon est plongé dans une pénombre romantique. Des bougies sont allumées, il y en a partout, et Alistair m’attend, Catriona se dandinant d’un pied sur l’autre à côté de lui. Je fronce les sourcils. Ils paraissent… nerveux ?
– Salut BlueBird, dit Alistair d’une voix basse.
– Hello… réponds-je.
– Il faut que tu fasses le jeu, dit Catriona, un large sourire sur les lèvres.
– Je me demandais justement ce qu’était ce jeu, m’amusé-je. Tu m’expliques ?
– Tu dois réaliser une phrase avec les cailloux, répond son père à sa place.
– Ah. D’accord.
Je ne pose pas plus de questions. L’air semble lourd. Étrange. Tout comme Alistair et sa fille. Je m’installe sur la table haute de la cuisine, dépose les cailloux dessus et cherche la phrase. Il y a même un point d’interrogation. Catriona vient se poster à mes côtés, tape dans ses mains d’un air impatient. Je les trouve vraiment bizarres, tous les deux. Mais je me retiens bien de le leur dire. En revanche, je ne trouve pas la phrase. Enfin, si… il me semble bien lire quelque chose, mais… Non, ça ne peut pas être ça. Je lève les yeux vers Alistair qui me dévisage.
– Alors, BlueBird, en panne d’imagination ? se moque-t-il gentiment.
– Alistair… commencé-je d’une voix tremblante. Tu peux m’expliquer… ?
Il part dans un petit rire nerveux. Puis il prend cinq cailloux et les positionne.
– Voilà le début des mots. À toi de terminer, dit-il d’une voix chaude.
Devant moi sont étalées les lettres V, T, M et E. Avec une apostrophe entre le M et le E. Et un point d’interrogation à la fin. J’ai très chaud tout à coup.
– Je peux l’aider, papa ? demande Catriona, impatiente.
– Je crois qu’elle fait semblant de ne pas comprendre, répond l’intéressé, laconique.
– Mais… geint Catriona, il est l’heure que j’aille chez ma copine ! Et je veux savoir, moi ! Fais la phrase, allez !
Je regarde le père et la fille, complices. Plisse les yeux. Ma gorge est sèche comme jamais elle ne l’a été. Et puis je forme la phrase. La lis plusieurs fois. J’ai peur de me tromper. D’imaginer. De me tourner en ridicule.
Je lève alors des yeux inquiets vers Alistair. Des yeux interrogateurs. Il me regarde, aussi anxieux que moi. Les lèvres serrées. Se passe la main dans les cheveux. Catriona saute d’un pied sur l’autre, pire qu’une pile électrique.
– Hé, tu dois répondre quelque chose, dit-elle d’une voix aiguë.
– Euh… réponds-je, troublée. Je… Tu es sûr ? Enfin, ce n’est pas… Oh, la vache ! Mais tu es sérieux ?!
– Mais… s’exclame Catriona, elle n’était pas censée dire oui ?! Papa, tu m’avais dit qu’elle allait répondre oui ! Et que j’irais chez ma copine ensuite !
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