Dangerous Games Intégrale
2. Résister de toutes ses forces à la tentation est le meilleur moyen d'y céder...
44. Résister de toutes ses forces à la
tentation est le meilleur moyen d'y céder...
– Amy ! s’écrie Alan dès qu’il me voit. Il nous manque au moins dix personnes ! La plupart des figurants se sont désistés ! Il faut trouver une solution !
Super. Genre, je connais vachement les gens ici et mon carnet d’adresses déborde de noms de figurants potentiels…
– Je m’en occupe, réponds-je, sûre de moi, alors que je n’ai aucune idée de comment gérer la situation.
Et puis, je pense à Sahelle. Honnêtement, j’aurais préféré éviter. Vraiment. Mais je n’ai pas le choix. Elle sera contente. Et moi, je me ferai virer une fois qu’elle se sera mêlée de tout.
Réjouissante perspective !
Je pense ensuite au garagiste et à toutes ses occasions manquées. Je ne sais pas s’il a envoyé un mail, comme je le lui avais conseillé, mais je peux toujours le contacter. Et Alistair ! Sa famille !
Je pars au pas de course, fière de ma réactivité, tout en tapant le numéro du garagiste. Qui ne répond pas.
Ça commence bien…
J’appelle ensuite mon logeur. Qui, lui, répond. Maussade, comme à son habitude, mais au moins il est au bout du fil.
– Duncan, rebonjour, c’est Amy ! commencé-je, enjouée.
– Elle va bien, grogne l’intéressé au bout du fil, pensant que j’appelle pour prendre des nouvelles de Sahelle.
– Oh. Non, je vous… enfin, si. Super, je suis rassurée, alors ! Mais je vous appelais pour autre chose, en fait.
– Ah oui ? Encore un service, j’imagine.
On ne peut pas dire qu’il me rende la tâche facile…
– Monsieur McKenzie, avez-vous déjà eu envie de jouer dans un film ? Enfin, de faire le figurant, plus exactement. Nous sommes à la recherche urgente de personnes intéressées…
– Un service, c’est bien ce que je disais…
Et puis, tout à coup, j’entends la voix de Sahelle. Une petite voix aiguë reconnaissable entre mille.
– Sahelle est avec vous ? demandé-je, étonnée. Vous pourriez me la passer, s’il vous plaît ?
Un soupir agacé me répond. Puis Sahelle me vrille les tympans.
– C’est inadmissible ce que tu as fait, jeune fille ! Pourquoi ne m’as-tu pas réveillée ? Tu savais que je voulais venir avec toi ! Je me suis retrouvée… toute seule dans un environnement inconnu !
Paroles codées pour ne pas dire « avec un logeur hyper chiant »…
– Sahelle, tenté-je de la calmer en prenant une voix douce, tu dormais si bien. Je ne voulais pas te réveiller.
– Dormir est une perte de temps ! Et à mon âge, je ne souhaite plus perdre mon temps !
– Tu peux me repasser Duncan, s’il te plaît ? Il faut que je lui demande quelque chose.
Je perçois l’hésitation de Sahelle. Je n’ajoute pas un mot, attends qu’elle me le passe.
Je crois que je préfère la mauvaise humeur de Duncan que celle de mon amie !
– Quoi encore ? rugit Duncan.
– J’ai quelque chose à vous proposer. Nous avons absolument besoin de figurants pour cet après-midi, et je voulais savoir si cela vous intéresserait de venir avec Sahelle. Je sais qu’elle tient beaucoup à voir comment se passe le tournage d’un film. Et en plus, c’est rémunéré ! Il faut juste apporter un RIB avec vous. On vous prêtera une tenue, vous aurez droit à une collation gigantesque et vous serez débarrassé de Sahelle puisque c’est moi qui m’en occuperai.
Gros blanc. Pourvu qu’il réfléchisse bien. Et vite !
– C’est payé combien ? retentit la voix de Duncan au bout de longues secondes de silence.
– Euh… Je ne sais plus très bien, ce n’est pas moi qui m’occupe de ça. Mais j’ai entendu que c’était intéressant, en tout cas ! Et vous imaginez, on vous verra sûrement dans une série qui aura été tournée tout près de chez vous ! C’est assurément la classe, non ?
– Non, tranche-t-il d’une voix ferme sans même prendre le temps de la réflexion.
– Pardon ?
– Non, ce n’est pas la classe, assène-t-il en insistant bien sur le dernier mot. Au mieux, c’est bon pour l’ego. Mais c’est tout.
Mais qu’on me repasse Sahelle ! Je sais qu’elle, elle va apprécier…
– D’accord, vous avez raison, c’est bon pour l’ego, m’agacé-je. Est-ce que votre ego a besoin de reconnaissance ? Il serait peut-être ravi de se voir dans un film, lui ?
En réalité, ce n’est même pas sûr qu’on le verra… Ou alors de loin. Et encore…
– Monsieur McKenzie, il faut que je téléphone encore à d’autres personnes, reprends-je de plus en plus stressée devant son silence. Le temps presse et le réalisateur attend. Vous voulez bien me dire si vous êtes d’accord ? Sinon, ce n’est pas grave, j’ai plein de monde en attente. Et je viendrai chercher Sahelle rapidement.
– Bon, d’accord, mais à titre exceptionnel, alors, grogne-t-il. On arrive.
Je n’ai même pas le temps de le remercier qu’il raccroche. Je lève les yeux au ciel, soupire et me dépêche de partir à la recherche de l’autre personne qui va m’aider à ramener des figurants. J’ai nommé… l’énigmatique Alistair !
Trop bien, moi qui l’évite depuis hier…
Mais je n’ai pas le temps de m’arrêter sur ce détail. Et de toute façon, ce mec ne me fait plus rien. Je ne suis plus troublée par ses yeux de braise, son visage d’ange, son sourire tentateur. Non plus par son corps musclé et chaud, par sa démarche virile, par la sensualité diabolique qui émane de tout son être. Non, je suis imperméable à son charisme et à son charme, dorénavant.
Et j’en suis fière.
Et je le suis d’autant plus que je ne le trouve pas. Je passe dans tous les groupes, demande où il est, mais personne ne sait. Je file vers l’enclos, essoufflée, paniquée, la voix d’Alan tournant en boucle dans mes oreilles, son injonction de trouver des figurants au plus vite, comme si échouer menaçait ma place sur ce tournage.
Sauf que je suis embauchée pour ce premier épisode, je n’ai donc aucune crainte à avoir.
Ouais, sauf que c’est plus compliqué que ça, en réalité…
Personne dans l’enclos. Enfin, excepté les clydesdales énormes qui me font face de toute leur splendeur flippante. Je respire un bon coup et tente de réfléchir aussi vite que je le peux. S’il n’est nulle part, il doit être…
Dans sa loge.
Génial… Mais au moins, cette course contre la montre me permet de ne plus penser à la sordide histoire qui me touche de trop près…
J’entre dans la ferme, reprends ma respiration, les mains sur mes genoux pliés. Pas parce que je ne souhaite pas apparaître rouge et en sueur devant Alistair – je me contrefous de ce qu’il pourrait penser de moi –, mais je ne peux réellement plus respirer. Puis je me redresse, pars à la recherche de sa loge et m’arrête encore un instant avant de toquer à sa porte. Je tends l’oreille pour savoir s’il est à l’intérieur, me recoiffe sans même me rendre compte de mon geste, puis tape trois petits coups. Au « entrez », j’obéis.
Il est bien là. De dos. Le visage tourné vers la fenêtre qui donne sur la montagne au loin, engloutie sous la brume, paysage légèrement voilé par les rideaux transparents. Torse nu. Son tatouage mystérieux, ces oiseaux sombres me faisant déglutir avec difficulté. Et me demander encore et toujours ce qu’ils signifient. À moins que ce ne soit son corps sculptural qui me fasse cet effet. Sa peau hâlée. Ses épaules droites terriblement masculines. Ses cheveux bouclés les frôlant. Ou encore son parfum, cette odeur boisée qui me fait toujours chavirer sans que je ne puisse rien y faire.
Il se retourne alors que je reste là, toute bête, à le contempler. Parce que maintenant, c’est son torse qui s’offre à mes yeux. Les contours de ses muscles que j’ai dessinés de mes doigts au château de Dunvegan.
Et que je n’arrête pas de parcourir en pensées, le soir, seule dans mon lit. Et tout le reste de son corps, aussi…
Ses abdominaux qui n’ont rien à envier à un sportif. La fine ligne de ses poils dont j’ai suivi le tracé avec ma langue. Avant de… Stop !
Je relève les yeux et tombe sur son regard brûlant. Cette lueur, ce mélange détonant d’ombre et de lumière, avec un soupçon de mystère. Mais je ne me contente pas de tomber sur son regard. J’y plonge. Totalement. Sans armure de protection. Et tout ce que je retenais ou pensais avoir la force de retenir vole en éclats. D’un coup. Bris de glace dans mon corps. Toutes les sensations, émotions, sentiments que j’éprouve pour lui me reviennent, puissance dix mille. Je recule d’un pas, comme si le choc m’avait envoyé un uppercut dans l’estomac. Mon souffle s’accélère, mon cœur part en vrille, et je reste hypnotisée par son regard ardent, incapable de prononcer un mot.
– Amy ? demande-t-il de sa voix chaude qui s’enroule autour de moi comme un ruban de soie, comme s’il attendait que je prenne la parole.
Ce que je suis censée faire. Parce que je suis venue dans sa loge avec un but précis, si je me souviens bien… Et un but autre que le bouffer des yeux comme une groupie !
– Alistair… parviens-je seulement à prononcer.
Ma voix n’est qu’un déraillement stupide. Il faut que ça cesse ! Il faut que j’arrête de perdre contenance devant lui. Ce n’est qu’un homme, merde ! Incroyablement sexy, certes. À la beauté envoûtante, aussi. Mais rien qu’un homme !
Et pas le mien, en plus…
Il fait un pas en avant, je recule. Puis me retrouve adossée contre le bois de la porte. J’abaisse mes paupières, rassemble mes esprits, me réprimande intérieurement, souffle un bon coup et ouvre les yeux.
– Alistair, reprends-je d’une voix plus claire et plus forte. Habille-toi !
Quoi ? Mais qu’est-ce que j’ai dit ?!
– Pardon ? s’étonne-t-il en haussant un sourcil, comme il le fait si bien.
– Euh… Rien ! bafouillé-je. J’ai besoin de toi. Il faut absolument que tu téléphones à Daisy. Nous manquons de figurants, et il faudrait qu’elle vienne avec George, Catriona, si tu es d’accord bien entendu, et toutes les personnes qu’elle pourrait trouver.
– Et pourquoi je devrais m’habiller ? demande-t-il, une pointe d’ironie dans la voix.
– Mais parce qu’on va aller tourner, tiens ! prétexté-je.
C’est vrai. Mais il nous faut les figurants avant…
Alistair fait encore un pas vers moi. S’il avance de quelques centimètres de plus, il sera collé contre moi. Son odeur revient me happer, plus entêtante que jamais.
Et son corps parfait me nargue, plus tentateur que jamais…
– Ou donne-moi le numéro de Daisy, mais je t’en prie, dépêche-toi, la situation est critique, insisté-je.
– D’accord, répond-il d’une voix assurée. Je vais m’en charger.
– Super. Merci. Mais… tu peux le faire tout de suite ? Si ta grand-mère accepte, j’irai dire à Alan que c’est bon.
– Je peux, oui, confirme-t-il sans me quitter des yeux, glissant la main dans sa poche. Ce sera tout ?
– Euh… oui. Merci.
Puis il recule. Je respire de nouveau. Ressens un grand froid, ce froid habituel qui me glace les veines quand il s’écarte ainsi de moi. Je croise les bras sur ma poitrine, pose mon attention sur autre chose que son corps musclé, attends qu’il passe son coup de téléphone. Mais à la place, il attrape sa chemise, l’enfile d’un geste érotique qui dépasse l’entendement. Ses cheveux s’ébouriffent, lui donnent un air de mauvais garçon, ce qui me fait encore plus chavirer. Ce mec est beau dans toutes les situations. Habillé, à moitié nu, complètement nu, fatigué, bien réveillé, calme, énervé. Et j’en passe…
– J’attends dans le couloir, si tu veux. Je te laisse passer ton coup de fil.
– Tu peux rester, j’appelle ma grand-mère, pas une de mes maîtresses.
Ah, ah, très drôle.
Je ne sais pas s’il perçoit mon soudain agacement, mais un large sourire étire ses lèvres et il prend soin de préciser :
– Je plaisantais.
Sauf que moi, je n’ai pas d’humour, là. Absolument pas. Bien au contraire. Avoir sous mes yeux son corps puissant me rend fébrile. Et bouscule les limites que je m’étais fixées.
– Super, c’était très drôle, dis-je d’une voix un peu trop sèche.
Il hausse les épaules, secoue la tête, me lance un dernier regard qui semble dire que je ne comprends rien à rien, avant de lancer son appel.
Ce qui est vrai. Je ne comprends rien à rien en ce qui le concerne…
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