Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 47 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

5. Après la sophrologie, le bain de boue

47. Après la sophrologie, le bain de boue

 

Tout le monde court dans tous les sens pour se mettre à l’abri. Les techniciens recouvrent le matériel sous de grosses bâches. D’autres portent les morceaux de décor qui sont transportables. Le vent me fouette le visage, et, couplé à l’eau qui se déverse en masse, ruine ma tenue en deux secondes chrono. Je soupire, m’arme de courage et file rejoindre Alan qui hurle tout en gesticulant devant un Stuart paniqué.

Et trempé…

– Tu n’avais que ça à faire ! vocifère Alan, rouge de colère. Le surveiller ! Mais comment as-tu pu le laisser filer ? Stuart, COMMENT AS-TU PU FAIRE UNE CHOSE PAREILLE ?

Je ne comprends pas de quoi parle Alan. Mais je le devine rapidement quand je vois Stuart, tout piteux, qui parcourt le sol du regard comme s’il cherchait quelqu’un.

Chouchou…

Honnêtement, je n’apprécie pas du tout Stuart. Et le mot est faible. Mais là, je le plains de tout mon cœur. Je n’aimerais pas du tout être à sa place.

– Il déteste l’eau, en plus ! continue Alan qui ne semble pas sentir la pluie tellement il est énervé. Mon Dieu, mais il va se noyer, il y a déjà des flaques sur le sol ! Je te jure que si on ne le retrouve pas sain et sauf, je te vire ! Tu as bien compris ? Je te vire !

– Où l’as-tu perdu ? demandé-je, espérant pouvoir le trouver rapidement.

Pauvre Chouchou. Lui qui a toujours besoin d’être collé contre quelqu’un. Mon cœur se serre en imaginant qu’il pourrait lui arriver quelque chose.

– Mais juste là ! me répond Stuart d’une voix exaspérée alors qu’Alan est déjà parti en quête de sa boule de poils. Je l’ai posé une seconde, j’ai détourné les yeux et il s’est volatilisé. Et puis merde ! Il me fait chier avec son chien, il n’a qu’à se le greffer dans le dos, et tout le monde sera tranquille !

Mais je ne l’écoute plus. Sa voix se perd sous le déluge. Je suis déjà partie en direction de l’endroit qu’il m’a indiqué, sur le côté gauche de la ferme. Je scrute le sol, crie le nom du chien, faisant fi des gouttes qui me glacent les os.

Mouillée pour mouillée, de toute façon…

Je relève les yeux, les pose sur l’enclos qui se situe juste derrière, avec, à l’intérieur, l’abri en bois qui permet aux chevaux de rester au sec. Chevaux qu’Alistair s’est dépêché de ramener ici, visiblement.

Sauf que, manifestement, ils s’en foutent de la pluie, ils se font tremper sans bouger d’un poil.

Excepté un. Je le remarque en m’approchant, mue par une intuition. Si je ne me trompe pas, Mister Swing est le seul cheval qui se trouve à l’abri. La tête penchée sur je ne sais quoi. J’appelle de nouveau Chouchou, puis me mets à courir pour aller vérifier si ma supposition est fondée.

Erreur…

Parce que mes pieds se prennent dans ma robe. Et je chute de tout mon long. Dans la boue. Comme une crêpe que l’on lance et qui se retrouve écrasée par terre. Je mets quelques secondes à reprendre mes esprits. Je sens le goût de la terre dans ma bouche. Le froid envahir un peu plus mon corps.

Je crois que, pour la première fois de ma vie, si mes souvenirs sont bons, je viens de manger de la boue. Pas top, le goût…

Lentement, je me positionne à quatre pattes. Mes mains s’enfoncent dans la mélasse dégueu. J’ai mal au dos. Aux côtes. Je peine à retrouver ma respiration. J’ai perdu ma coiffe. Elle qui était si blanche est devenue marron. Avec une grimace de dégoût, je tente de me relever. J’entends des « spliff » et des « splaff » provenant de mes vêtements. Puis un rire retentit.

– Alors, BlueBird, on se prosterne à mes pieds ? se moque ouvertement Alistair en me tendant la main.

Honte, partie 2…

Je me relève péniblement, ignorant son aide. Une fois debout, je tente de m’essuyer les paumes sur ma robe, geste vain puisqu’elle aussi est maculée de boue. Je retiens un juron, me rends compte que j’ai perdu une chaussure.

– Putain, mais c’est pas possible ! m’énervé-je en secouant mes doigts pour faire tomber la terre collée.

– Tu es absolument ravissante, continue Alistair sans cesser de rire. Une vraie gravure de mode.

Je l’observe un instant. Droit, fier, les mains sur les hanches, le regard pétillant, ses cheveux mouillés plus bouclés que d’ordinaire, comme s’il sortait de la douche, sa chemise blanche collée à son torse, laissant apparaître des morceaux de peau hâlée au-dessous.

– C’est une tradition de chuter devant moi ? continue-t-il sur sa lancée, son regard devenant plus sombre.

Je plisse les yeux, décide d’ignorer sa provocation. J’ai froid, mal, et je crois bien que j’avais un but en venant ici.

Mais j’avoue que je ne me souviens plus trop lequel c’était…

Mais, surtout, que me vaut ce changement soudain d’attitude ? Il n’y a pas quinze minutes, il arrache sa fille de mes bras comme si j’étais néfaste pour elle, sans aucune explication, me toise, et là, il me parle comme si de rien n’était. Pire, il se moque de moi !

Je détourne mon attention sur le sol, trouve ma chaussure, plisse le nez de dégoût en la voyant totalement couverte de boue, hésite, puis me décide à l’attraper.

Crado pour crado…

À cloche-pied, faisant bien attention de ne pas rechuter, je la saisis du bout des doigts, la renverse pour laisser couler l’espèce de filasse qu’elle contient et l’enfile dans un mouvement rapide. C’est immonde ! Mais je n’ai pas vraiment le choix…

Alistair se rapproche et pose sa main sur mon bras.

Il est courageux…

Sa chaleur m’envahit aussitôt. Agréable torpeur. Mais qui n’ôte pas de mon esprit qu’il s’est ouvertement foutu de moi. Et que je suis toujours en colère contre lui. Je me penche à nouveau, attrape le pauvre bout de tissu qui me servait de coiffe, la fourre dans une de mes poches. C’est gluant. Puis une idée germe dans mon esprit. Une idée stupide, totalement immature, mais qui m’apparaît soudainement comme l’idée du siècle.

Ou comme une magnifique idée de vengeance…

Rapidement, je forme une boule avec la boue qui grossit sur le sol, la modèle brièvement, la balance sur Alistair et m’éloigne aussi vite que me le permettent le sol et mes vêtements qui pèsent super lourd. J’entends un cri de stupéfaction derrière moi alors que je hâte le pas. Et un autre cri. Différent. Comme un couinement.

Chouchou !

Je me retourne pour dire à Alistair que le jeu s’arrête là, mais je n’en ai pas le temps, une boule de boue vient s’écraser juste sur mes cheveux. Et dégouline sur ma joue. Sur mes lèvres.

– Stop ! m’écrié-je tout en ôtant le surplus du truc dégoûtant qui s’écoule maintenant sur ma gorge. Je crois que j’ai trouvé Chouchou !

– Chouchou ?! s’étonne Alistair. Non mais tu penses que tu vas me berner comme ça ?

– Je ne plaisante pas, il s’est échappé ! Viens !

Je marque un temps d’arrêt devant l’enclos. Malgré ma bonne volonté, pénétrer dans cet antre maudit où se tiennent les monstres au pelage trempé me rebute.

– Tu ne crains rien, ils ne vont pas te manger, affirme Alistair tout en escaladant la barrière d’un mouvement habile. Et je te préviens, tu ne perds rien pour attendre !

Facile à dire, que je ne crains rien. Ça ne me rassure pas pour autant !

Puis j’entends de nouveau un couinement. Plus prononcé. Mon esprit de sauveuse de chihuahua surpasse ma peur. Je passe par-dessous la clôture (j’ai eu mon quota de chute, merci, je ne vais pas me risquer à sauter par-dessus) et me rends vers Mister Swing… en train de fourrer son museau contre Chouchou qui gémit et tremble comme une feuille.

– Oh, pauvre Chouchou ! m’exclamé-je. Tu es trempé ! Et mort de peur ! Alistair, tu peux éloigner ton monstre, s’il te plaît ?

– Tu crois ? Regarde comme ils sont mignons…

– Ce n’est pas drôle ! Alan est fou d’inquiétude ! m’offusqué-je.

– Ça va, je plaisantais ! riposte-t-il. Tu as perdu ton sens de l’humour pendant ta chute ?

Non mais j’hallucine !

– Quoi ? Mais tu es sérieux ? m’énervé-je. Tu es le roi du « je rigole et je fais la gueule la minute d’après », et tu oses me dire que j’ai perdu le sens de l’humour ?

– Ah oui, en effet, tu ne plaisantes carrément pas, insiste Alistair, exaspérant comme jamais, affichant un air étonné.

– Vire ce cheval, s’il te plaît ! Il faut que je ramène Chouchou à Alan.

Alistair me dévisage comme s’il découvrait une nouvelle personne.

Ce qui n’est pas faux. Je n’ai aucun sens de l’humour, là. Et sa petite remarque couplée à mon état, ça va, merci !

Il fait finalement bouger Mister Swing qui n’en a aucune envie. Quand je l’estime à une distance de sécurité suffisante, je me précipite sur Chouchou. Le pauvre animal effrayé couine de plus belle, effectue des tours sur lui-même, me lèche les mains, sautille et fait pipi sur la botte de paille qui lui servait de lit.

Ou de je ne sais quoi, je me demande même comment un aussi petit gabarit a pu monter sur un truc aussi haut…

Je prends Chouchou contre moi lorsqu’il se calme, même s’il continue ce que je pense être une danse de la joie à l’idée d’avoir retrouvé les bras de quelqu’un qu’il connaît en couinant et gesticulant. Je le serre fort, tente de l’essuyer contre ma robe mais ne parviens qu’à le maculer de boue.

Petit chien blanc est devenu marron… Mais au moins, je l’ai retrouvé !

– Merci ! dis-je à Alistair d’un ton sec.

Il ne répond pas. Il tient son cheval pendant que je m’empresse de repasser la barrière. Je suis réellement soulagée d’avoir retrouvé ce chien. Je le laisse me lécher le cou, même si je déteste ça, pendant que je rejoins le réalisateur.

Mais avant que je tourne au coin de la ferme, Alistair est déjà près de moi.

– C’est quoi ton délire, BlueBird ? demande-t-il d’un air très sérieux.

Je soupire, maintiens Chouchou à l’abri de la pluie comme je le peux, cherche à me protéger sous le toit qui dépasse légèrement.

– Ce n’est pas un délire, Alistair ! Je ne supporte pas les gens lunatiques. Et tu en es une parfaite représentation !

– Tu racontes n’importe quoi ! objecte-t-il. Je ne suis pas lunatique !

– Ah ouais ? Tu es quoi alors ? explosé-je. Caractériel ? Sadique ?

OK, j’exagère peut-être un peu, là.

Mais il le cherche bien. Marre de ces changements d’humeur. Et ma fierté a été un peu bousculée, à vrai dire.

J’ai de l’humour, merde !

Et je le plante là sans attendre qu’il me contrarie plus que je ne le suis déjà. J’ai tellement froid et suis tellement énervée que je pourrais pleurer.

Cela dit, si je pleure, ça ne se verra pas, la pluie me servira d’excuse !

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