Dangerous Games Intégrale
5. Détente et confidences...
59. Détente et confidences...
– Et moi, je n’ai pas envie de lui parler. De la voir. Cette histoire m’obsède, il faut que je pense à autre chose, dit-il d’une voix assurée.
Il se relève soudainement. Je crains d’avoir dit quelque chose qui l’ait blessé. Mais a priori, non…
– Tu veux un verre de vin, BlueBird ? me demande-t-il, changeant de sujet.
– Oui, volontiers.
Je regarde son corps musclé se relever, s’étirer en un mouvement animal, comme le ferait un chat gracieux après un long sommeil. Il laisse s’afficher un petit sourire énigmatique sur ses lèvres, puis se dirige vers la cuisine. Je l’observe en train de se baisser pour ouvrir un placard, puis lever les bras pour attraper deux verres.
– Et tu serais tentée par un jacuzzi ? demande-t-il en revenant vers moi avec une bouteille de vin rouge.
– Euh… hésité-je, ne sachant pas quoi répondre, même si mon ventre se réveille à l’idée d’être dans un jacuzzi avec lui.
– Parce que je ne t’ai pas tout montré. À côté de ma salle de sport, j’ai aussi un jacuzzi et un sauna.
– Oh, dans ce cas…
– Viens, suis-moi, dit-il en me tendant sa main hâlée.
Que j’attrape avec plaisir. Même si la discussion s’est arrêtée net. Que je ne sais pas si parler avec moi lui a fait du bien ou non.
Une douce torpeur s’invite en moi alors qu’il m’aide à me relever. Je le suis jusqu’au rez-de-chaussée. Quelques escaliers plus tard, il m’ouvre la porte sur une pièce humide et chaude. Très chaude. Comme sa paume toujours collée à la mienne. Comme mon corps qui a complètement oublié sa chute un peu plus tôt et la froideur du sol qui s’était invitée sur ma peau.
La pièce est dans la pénombre, seules quelques lampes illuminent le plafond et les murs de couleur sombre aux reflets bleutés. Au centre, se tient une piscine pas immense mais assez grande pour faire des longueurs et assez fonctionnelle pour dessiner le corps musclé d’Alistair. À ma droite, le sauna avec sa porte vitrée et ses murs en bois. À ma gauche, le jacuzzi. Bouillonnant. Des serviettes épaisses posées à côté, une petite lampe qui diffuse des huiles essentielles de lavande, si j’en crois la bonne odeur qui règne dans la pièce. Et par la baie vitrée, bien sûr, l’océan au loin. La vue n’est pas aussi grandiose que depuis le salon ou les chambres, mais je me rends bien compte que nous sommes au bord d’une falaise.
– Alistair… Je n’ai pas de maillot de bain.
Deux yeux ombre et lumière, malicieux, se posent sur moi. Je frissonne.
– Penses-tu réellement que ce soit un problème ? demande-t-il d’une voix rauque et basse, un demi-sourire craquant sur les lèvres.
Lèvres que je prends le soin d’observer, mordant les miennes. Puis je remonte le long de son nez droit vers ses yeux à la lueur fascinante, puis vers ses cheveux qui frisottent à cause de l’humidité de la pièce. Je hausse les épaules, un peu gênée.
Non, ce n’est absolument pas un problème. Juste que je n’imaginais pas qu’il ait envie de moi après notre discussion… réfrigérante. À cause de ses soucis.
– À moins que cela te dérange, continue Alistair en se rapprochant du jacuzzi pour en tester la température de la main. Tu peux te baigner en sous-vêtements…
Je ne parviens pas à comprendre son sentiment. Curiosité ? Déception ? Amusement ?
– Je peux peut-être aussi me baigner tout habillée. Mes vêtements sont sales, ça les nettoierait…
Un rire retentit. Un rire puissant et communicatif. Grave. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu rire aussi naturellement. Enfin… Depuis la dernière fois que j’ai chuté devant lui, je crois bien.
– Tu es bien capable de tomber tête la première dans le jacuzzi, plaisante-t-il, le regard lumineux, semblant lire dans mes pensées.
Puis il pose la bouteille de vin et les verres sur une petite table près du bassin, s’étire encore, comme s’il appréciait d’avance la chaleur de l’eau sur son corps. Je me doute qu’il a bien besoin de décompresser.
Et je me doute que je vais bien l’y aider…
– Tu peux entrer la première, promis, je ne regarde pas, dit-il sur un ton joueur. Si tu préfères prendre une douche avant, elle est là-bas, juste derrière le sauna. Il y a des serviettes.
J’accepte avec plaisir. Je file vers la douche, me déshabille, pose mes vêtements encore humides sur le sèche-serviette accroché au mur carrelé. Et je laisse l’eau brûlante couler sur mon corps pendant que je ferme les yeux, un sourire sur les lèvres. Le gel douche à disposition sent Alistair. Je le hume et m’en tartine avec plaisir. Puis, à peine me suis-je entortillée dans une serviette blanche moelleuse qu’Alistair apparaît. Sa serviette à lui enroulée autour de ses hanches. Je retiens un soupir de pâmoison, lui adresse un clin d’œil et rejoins le jacuzzi avant de me liquéfier sous son regard ardent.
L’eau est aussi chaude que la douche, les bulles m’éclaboussent le corps pendant que je m’allonge à moitié dans le très confortable jacuzzi. Sur la petite table à côté, deux verres de vin rouge sont remplis. Je baisse mes paupières et apprécie de me trouver ici, dans la demeure d’Alistair, avec lui, malgré sa situation on ne peut plus dramatique. Je repense à son aveu, au mensonge qu’il a raconté à sa petite fille pour la préserver d’une réalité bien trop difficile à appréhender pour son jeune âge, cherche une solution pour lui, sans y parvenir.
– Du vin, BlueBird ? résonne une voix grave.
Cela me fait ouvrir les yeux et sourire davantage.
– Avec plaisir, dis-je en attrapant le verre à pied empli d’un liquide épais et rouge foncé.
Puis Alistair laisse tomber sa serviette sur le sol. Dans un geste d’un érotisme affolant. Je déglutis difficilement, parviens tout de même à détourner le regard de son corps parfait qui apparaît devant mes yeux. Et de sa nudité qui fait palpiter mon ventre.
Je ne voudrais pas sembler hypnotisée par son corps.
L’eau fait des remous lorsqu’il entre d’un pas décidé dans le jacuzzi, animal, son regard pesant sur mon visage rosi par toutes les idées folles qui me passent par la tête, mais que je peux mettre sur le dos de la température hautement élevée de cette pièce. Puis il récupère son verre, s’installe en face de moi, porte le liquide à sa bouche.
– À la tienne, BlueBird, dit-il avant de tremper ses lèvres dans le vin rouge.
Je lève mon verre également puis bois une gorgée. Pour me donner une contenance. Pour rafraîchir ma gorge desséchée. Pour essayer de retrouver mes esprits, même si je me doute que ce n’est pas l’alcool qui va m’y aider.
Alistair s’installe plus confortablement, à moitié allongé, la tête reposant sur un coussin en tissu imperméable. Je fais de même, et ses yeux harponnent les miens, sans que je ne puisse rien y faire. Même pas respirer. Nous restons de longues minutes à nous observer en silence, avec la douce odeur d’huile essentielle pour compagnie et cette atmosphère propice à la sensualité. Au rêve. Aux fantasmes. Romantique et feutrée.
– Ce n’est pas un peu cliché ? dis-je en brisant le silence, la tension palpable trop intense pour mon petit cœur tout mou.
– Quoi ? s’étonne-t-il sans quitter mon regard.
– Tout ça, expliqué-je d’un geste de la main, retenant un sourire. Le vin. Le jacuzzi. L’ambiance feutrée.
– Oh, sourit-il. Mais non. Il manque la musique.
– Mais oui, acquiescé-je pour rentrer dans son jeu. De la musique classique. À peine perceptible.
– Exactement. Qu’est-ce que tu écoutes comme musique ?
Mes pensées vont invariablement vers ma mère et son groupe, l’univers dans lequel j’ai baigné toute mon enfance.
– J’écoute de tout. Par période. Je peux écouter en boucle un CD, voire une seule chanson, presque jusqu’à écœurement. Puis je passe à autre chose, expliqué-je, amusée.
– Vraiment ?
– Oui, confirmé-je.
– Et… de tout, c’est vraiment de tout ?
– J’ai eu un passage rap, mais très rapide, je n’apprécie pas vraiment. Même si ma mère m’a appris à trouver le petit truc en plus dans toutes les mélodies.
Alistair plisse les yeux. Me sonde. Cherche à deviner des choses sur moi, sans que je les lui dise. Je garde le silence, essaie moi aussi de percer ses pensées. Tout à coup, il se déplace avec fluidité – et quelques remous – et s’allonge à côté de moi. Je frissonne. Malgré l’eau à quarante degrés. Puis il tourne son visage mi-ange mi-démon vers moi.
– Parle-moi de toi, BlueBird, chuchote-t-il assez fort tout de même pour couvrir le bruit du jacuzzi.
– Euh… m’étonné-je. Qu’est-ce que tu souhaites savoir ?
– Ce que tu voudras bien me livrer, répond-il avec un sourire mutin. Ta mère, par exemple, t’a appris à aimer la musique. Toutes sortes de musique. Pourquoi ?
Je bois une gorgée de vin. Lentement. Savoure son parfum lourd et fruité qui dévale dans ma gorge. Ose un regard vers cet homme charismatique qui a les yeux braqués sur moi. Des yeux interrogateurs, inquisiteurs, mais pétillants. Presque tendres. De cette tendresse qu’on réserve aux gens qu’on apprécie et que l’on veut connaître un peu mieux.
Je pose le verre sur le rebord du jacuzzi, me réinstalle confortablement. Prends une large inspiration. Cherche quoi lui révéler. Ce qui pourrait l’intéresser. Ce que j’ai envie de dire, aussi.
– Ma mère est une star de rock mondialement connue. Sky Thunder du groupe éponyme.
– Vraiment ? demande-t-il sans laisser transparaître l’étonnement que j’ai si souvent perçu dans les réactions des gens.
– Oui, vraiment. J’ai donc baigné dans la musique depuis toute petite. Elle m’a appris à décrypter tout ce qu’il y a derrière une chanson. À voir les qualités et les défauts. À aimer la musique, forcément, avec ses forces et ses faiblesses. Même un tube ringard qui fait pourtant un carton a toujours une valeur pour elle. Pas seulement pour tout le travail qu’il y a derrière cette chanson, les nuits blanches de son compositeur, les doutes… Non, mais parce qu’à partir du moment où une chanson plaît, peu importent l’air, les paroles, les instruments, si elle fait du bien aux gens, à celui qui l’écoute, elle a une raison d’être. Elle m’a donné les clés pour voir la beauté de cet art au-delà des apparences.
Je laisse passer un silence. Parler de ma mère, de tout ce qu’elle m’a appris, transmis, et de la musique que j’aime tellement fait renaître beaucoup d’émotions en moi.
Et encore plus dans ce décor enchanteur, ce lieu propice aux confidences.
Et à d’autres choses, bien sûr…
– Tu es la fille de Sky Thunder, répète Alistair comme s’il n’en revenait pas.
– Tu connais ?
– Qui ne connaîtrait pas ? ironise-t-il gentiment. J’ai écouté aussi. Beaucoup. « My Sweet Baby » était donc pour toi ?
– Oui, acquiescé-je tout en m’empourprant, émue qu’il cite ce titre en particulier.
– Pendant mes heures sombres, je l’ai écoutée jusqu’à plus soif, moi aussi. Imaginant que c’était ma mère qui me la chantait. Voire qui l’aurait composée pour moi. Rien que pour moi, explique-t-il dans un souffle, si bas que je me relève pour l’entendre mieux. Cette chanson est tellement… belle. Tellement… prenante. Tellement… magique. Mais elle me faisait autant de mal que de bien en réalité, car au-delà de la douce mélodie, des paroles incroyables, elle me rappelait ma terrible réalité, celle d’avoir perdu mes parents. Je crois que c’est la plus belle des déclarations d’une mère à son enfant qu’on ait pu faire en musique…
– Oui, c’est aussi ma préférée, réponds-je tout bas.
Un silence s’installe, seul le bruit du jacuzzi le trouble. Le « plic ploc » de l’eau qui bouge sous nos gestes lents, lorsque Alistair remue sa main pour chercher la mienne et la saisir entre ses doigts.
– Et ton père, tu n’en parles pas… me demande-t-il, les yeux fermés, confortablement installé.
– Mon père est mort alors que ma mère était enceinte, dis-je d’une voix emplie d’émotion. J’ai découvert qui il était seulement à mes 18 ans, par hasard. Ma mère m’avait dit qu’elle se souvenait à peine de lui, que c’était un amour de passage. Mais c’était faux. Et j’ai également appris l’existence d’un frère, Lukas Stetson, des joailleries Stetson de New York. C’est lui qui fournit les bijoux à Alan, d’ailleurs, pour le tournage. Il crée beaucoup pour les films et pour les stars.
– Tu sais donc ce que c’est de vivre sans un parent, constate Alistair d’une voix sourde.
– Oui. Mais… Je ne savais pas qu’il existait, alors… le manque était moins présent, j’imagine, même s’il l’a été, forcément. Par contre, je suis passée par de drôles de phases quand j’ai découvert l’omission de ma mère, expliqué-je, ne parvenant pas à formuler le mot « mensonge » qui serait pourtant plus juste.
Mais qui pourrait lui rappeler le sien envers sa fille…
– C’est pour ça que je n’arrive pas à me détacher de toi, BlueBird, dit-il finalement après un silence. Nous sommes deux âmes torturées. Et nos âmes torturées s’appellent sans cesse…
Je reste sans voix devant ses paroles.
Suis-je une âme torturée ?
Mais surtout parce qu’il a dit qu’il ne parvenait pas à se détacher de moi. Les papillons dans mon ventre se réveillent de plus belle. Mon cœur bat frénétiquement.
C’est bien ce qu’il a dit, non ? Je ne voudrais pas m’emballer pour rien…
– Tu ne joues pas de musique ? demande subitement cet homme qui ne cesse de me surprendre.
– Si. Je sais jouer de pas mal d’instruments, mais j’ai une préférence pour la guitare. Je… compose un peu, aussi. Mais… comme ça, pour le plaisir.
– Parce que tu ne veux pas suivre les pas de ta mère ? finit-il à ma place.
– C’est à peu près ça, oui, soupiré-je, étonnée par la façon qu’il a de tout deviner. C’est d’un classique déprimant, hein ?
Alistair ouvre les yeux. Plante son regard sombre dans le mien. Me happe, encore.
– J’imagine que c’est normal. Tu as besoin de trouver ta propre voie…
Sa perspicacité me sidère. Et me séduit. Cet homme me connaît très peu en réalité, mais il m’a déjà cernée avec trois phrases que je lui ai dévoilées sur mon enfance.
– Alors, c’est comment de vivre avec une rock star ? Tu as dû être très enviée, non ?
– Oui. J’attirais certaines personnes mais d’autres me rejetaient. Je n’y faisais pas attention au départ, puis des paroles m’ont blessée et j’ai pris conscience de l’ampleur de la jalousie de certains. Pourtant, je ne pensais pas étaler ma chance, mais c’était tellement normal pour moi d’avoir une mère célèbre, puisque je l’avais toujours connue comme ça. Alors j’ai appris à trier. Et, ensuite, j’ai surtout eu des affinités avec des personnes du même monde que moi. Je ne l’ai pas fait réellement exprès, mais c’était beaucoup plus simple, en réalité.
Je me tais quelques secondes pour boire une gorgée de vin. L’image de Bonnie s’invite dans mon esprit, évidemment, car c’est surtout à elle que je pense, même si je me suis liée d’amitié avec d’autres personnes. Mais c’était beaucoup plus fort avec elle.
– Sinon, reprends-je, vivre avec une rock star est… déstabilisant. Agréable, bien sûr, car j’avais accès à plein de choses, les concerts, les soirées, des invitations partout, des voyages, beaucoup de cadeaux. Ma mère s’intéressait à tout, m’apprenait beaucoup de choses, m’éduquait pour que je devienne équilibrée et indépendante, libre de mes choix. Mais c’était aussi difficile lorsqu’elle était prise de doute et gérait difficilement. Parce que, malgré son succès, elle remet toujours en question son talent, expliqué-je avec un petit rire. Ma mère a toujours été présente, elle partait en tournée et me laissait chez des amis de confiance, mais elle a toujours privilégié sa relation avec moi plutôt que sa passion. Même si je l’aurais mal imaginée sacrifier la musique si je ne m’étais pas adaptée. Mais elle m’a toujours assuré que si son absence me pesait, il fallait que je le lui dise et elle aurait tout arrêté.
– Elle ne te manquait pas ?
– Bien sûr que si. Le soir, surtout. Savoir qu’elle appartenait à tous ses fans, lors des concerts, et que moi j’étais seule dans mon lit, sans câlin de sa part, sans ses paroles réconfortantes, sans son odeur, c’était difficile. Mais je ne pouvais pas lui demander d’arrêter, elle avait besoin de sa musique, elle aurait dépéri sans ça.
Le regard d’Alistair s’assombrit au fur et à mesure de mes paroles. Avec une petite lueur tendre qui grandit à l’intérieur. Et qui me fait craquer.
Enfin, encore plus craquer…
– Je n’ose même pas imaginer ce que tu as vécu, dis-je d’une voix basse. J’avais… toujours peur qu’elle ne revienne pas. Qu’il se passe quelque chose de grave, un accident d’avion, un fan psychopathe…
– J’ai survécu, répond-il d’un ton doux. Et tu aurais fait de même. Mais nous ne parlons pas de moi, là, mais de toi.
C’est vrai. Et je suis étonnée de me livrer aussi facilement avec lui. Comme si c’était naturel. Évident. Et qu’il pouvait comprendre ce que d’autres auraient perçu comme de l’égoïsme. Ou du caprice. « Mes petits soucis d’enfant gâtée de star », comme certains ne se sont pas gênés de me le reprocher.
– Tu as été fâchée contre ta mère lorsque tu as appris l’existence de ton père ? Tu m’as dit qu’elle t’avait menti, c’est ça ? demande Alistair.
– Oui… Je lui en ai énormément voulu. Ça n’aurait rien changé en soi, bien sûr, mon père était mort depuis longtemps. Mais ça m’aurait évité des tonnes de questions. C’était une histoire très compliquée, mon père était marié, en fait, je suis née d’une relation adultère. J’ai peiné à trouver ma place. Déjà que ce n’est pas facile d’être une « fille de ».
– Oui, ça aussi, je crois que c’est courant de ne pas savoir où se situer quand un de nos parents est célèbre. D’autant que, pour toi, ce sont les deux qui le sont. Ça n’enlève en rien le problème, hein, se reprend-il, comme s’il ne voulait pas me vexer, mais j’imagine que ça ne doit pas être facile, en effet. Beaucoup d’enfants de star tournent mal, d’ailleurs. Tu ne t’en sors pas trop mal.
– Excepté mes cheveux bleus, tu veux dire ? plaisanté-je pour calmer les battements de mon cœur face aux paroles d’Alistair.
– Tu es quelqu’un de bien, Amy, souffle-t-il en se rapprochant imperceptiblement de moi. Tu te cherches encore, ça se voit, mais je ne doute pas que tu y parviennes, dit-il avant d’effleurer mes lèvres des siennes.
Océan de douceur. Bombe atomique dans mon cœur. Et dans mon corps. Tous mes sens se réveillent. J’attrape la chevelure d’Alistair, l’embrasse plus profondément. Mêle ma langue à la sienne. M’agrippe à ses cheveux, à sa nuque. À lui.
– Comment ça, « je me cherche encore, ça se voit » ? demandé-je lorsqu’il brise ce baiser, déjà essoufflé.
– Tu es jeune, BlueBird, dit le traître avec un demi-sourire.
– Et alors ? Je suis en train de construire mon avenir avec ce tournage.
Je ne sais pas si ses paroles me vexent ou non. Si elles reflètent la vérité. Si je dois mal les prendre ou si ce n’est qu’une constatation criante de vérité.
Et le « tu es jeune », on en parle ?
– Bien sûr. Et tu t’en sors très bien.
– Merci, mais quoi ? Mon âge te dérange, c’est ça ? demandé-je, piquée au vif.
– Non. Pas exactement. Mais j’ai une fille. Une carrière déjà bien avancée. Je pourrais même arrêter maintenant, je serais tranquille financièrement toute ma vie, sans me priver.
– C’est vexant ce que tu dis, constaté-je en reculant légèrement. Et tu es un vantard !
– Non ! s’exclame-t-il en se redressant et en se rapprochant de moi pour diminuer l’écart que j’ai instauré volontairement. Non, ce n’est pas ce que je veux dire. Pas du tout. Juste que… non, laisse tomber.
– Non, dis-moi, Alistair, insisté-je d’une voix douce pour éviter qu’il ne se renferme dans sa coquille. Tu penses quoi ? Que je ne serais pas capable de faire la part des choses si je devais m’engager dans une relation avec un père de famille ? Que je n’imagine pas la responsabilité que ça représente ? Alistair, je ne suis pas une enfant gâtée qui se cherche, si c’est ce que tu insinues. J’ai un lourd passé, moi aussi, je viens de te le confier, même si j’ai été très bien entourée et n’ai manqué de rien. Je ne suis pas une jeune fille oisive qui joue à la réalisatrice pour passer le temps. Je veux faire quelque chose de ma vie. Quelque chose qui ait un sens. Composer, écrire, réaliser, tout ça à un impact sur les gens. Sur les auditeurs, les lecteurs, les téléspectateurs. Je ne veux pas être connue pour être connue, parce que ma mère est célèbre. Je veux juste faire du bien aux gens. Les faire sourire, pleurer, rêver ! Faire passer des messages !
– Je ne voulais pas te vexer, BlueBird dit Alistair en attrapant une mèche de mes cheveux. Dis, ils ne déteignent pas, au moins ?
Je ferme les yeux, souris un peu, inspire, puis ouvre mes paupières. Le visage d’Alistair est là, tout près. À quelques millimètres du mien. Son regard ombre et lumière fouillant le mien. Hypnotisant.
– Je sais ce que tu vaux, BlueBird. Je l’ai su dès le premier instant où je t’ai vue…
Puis ses lèvres s’écrasent sur les miennes. Et, forcément, me font taire. Me font oublier ses paroles, les miennes. Mes doutes et mes interrogations. Puis je sens ses mains qui attrapent mes hanches, s’y impriment. Et Alistair me soulève comme le poids plume que je suis, comparée à lui. Le froid sur ma peau frissonnante. Les lèvres d’Alistair, encore. Un gémissement qui couvre le bruit des bulles qui s’éloignent. Le mien ? Le sien ? L’important, c’est ce que nous allons faire. Ce rapprochement qui nous unit inexorablement. Ce lien invisible mais tangible que nous ne pouvons nier, qui grossit au fur et à mesure de nos discussions. De nos rencontres.
L’air frais me mord la peau. Pile au moment où je m’en rends compte, un tissu moelleux recouvre mon dos. Mes jambes enroulées autour du bassin d’Alistair, de sa peau mouillée et glissante, je m’agrippe à ses épaules pendant que ses lèvres dévorent les miennes. Elles ont un goût de jacuzzi et de vin rouge. Sa peau sent la lavande et une odeur plus brute, masculine. Son emprise sur moi se resserre pendant qu’il monte les escaliers. Ses doigts s’impriment dans mon dos. Brûlure de plaisir. Il me tient fort. Et pas seulement parce que je pourrais chuter.
J’en ai tellement l’habitude maintenant, ça ne m’effraie même pas.
Sa force me prouve son désir pour moi. Et ça, c’est délicieux. Même s’il fait trois pas en arrière après en avoir fait un en avant, il a envie de moi. Encore et toujours. Ce n’est peut-être « que » du sexe, mais le sexe avec lui est loin d’être un simple corps-à-corps de deux âmes étrangères. Ce n’est pas qu’un coup comme ça pour passer le temps ou tromper la solitude. Non. Alistair, quand il donne, le fait entièrement. Il ne fait pas semblant.
Nous entrons dans sa chambre. J’aperçois rapidement les murs qui entourent son lit et le paysage au travers de la baie vitrée. Alors que j’imaginais que nous irions directement dans son lit, il pousse une porte, et je me retrouve sous une douche. Gelée. Je crie, essaie de m’échapper, mais deux bras fermes me retiennent.
– Minute, BlueBird, me chuchote-t-il, l’eau va se réchauffer.
Elle se réchauffe en effet. Soulageant immédiatement mon corps gelé. Je découvre une salle de bains immense, tout en carrelage bleu nuit et beige, avec une gigantesque baignoire d’un côté, un grand miroir derrière un lavabo, un tapis épais sur le sol. Je n’ai pas le temps d’observer plus longtemps la décoration, les doigts d’Alistair, agiles et enduits de savon, glissent sur ma peau.
– Tu as quelque chose contre l’odeur du chlore ? demandé-je, amusée.
– Ton parfum est bien plus présent que celui du jacuzzi… répond-il du tac au tac. C’est juste pour te réchauffer.
Et ça marche. Admirablement bien. Le savon sent le citron, et ses mains glissent sur ma peau avec une douceur excitante. Je plonge mes yeux dans les siens, retiens un soupir en voyant la lueur de désir qui assombrit son regard. Ses dents mordent sa lèvre inférieure, un air de prédateur sur son beau visage, comme si j’étais une proie qu’il venait de capturer. Et qu’il allait dévorer.
J’attrape à mon tour le petit carré jaune, enduis largement mes mains, parcours son torse avec un plaisir non feint. Sa poitrine musclée, ferme sous mes doigts. Les quelques poils qui deviennent blancs à cause de la mousse du savon. Ses abdominaux à faire pâlir n’importe quel sportif. Son corps qui se tend sous mes caresses, ses yeux qui se plissent, le léger râle qui sort de sa bouche, son incroyablement agréable à mes oreilles. Puis je me hisse sur la pointe des pieds, l’embrasse tout doucement, un petit baiser léger et aérien, comme un bruissement d’ailes de papillon, animal qu’il me donne l’impression d’être en cet instant.
Alistair grogne alors que je m’écarte.
– Encore, BlueBird, demande-t-il d’une voix rauque.
Je me rapproche de nouveau, mordille sa lèvre supérieure, fais glisser ma langue dessus, mordille encore. Puis m’écarte, joueuse.
– Tu as décidé de me rendre fou, c’est ça ? susurre-t-il contre mon oreille.
– C’est pour m’avoir enlevée du jacuzzi sans me prévenir. Et sans me laisser le temps de finir mon verre de vin. Ah, et pour le coup de la douche gelée, aussi. Tu veux d’autres raisons ?
– Non, c’est bon, grogne-t-il. Mais sache que la douche froide après une chaleur extrême est tout à fait recommandée. C’est pour ta santé.
– Oh, comme pour le verre de vin, alors ? dis-je en reculant d’un pas.
– Exactement, confirme mon amant.
Mes mains ont quitté son corps, elles sont toujours enduites de savon. Il règne une douce chaleur dans la salle de bains, couplée au subtil parfum de citron. Plus celui de notre désir. Indescriptible. Précieux. Mon dos bute contre le carrelage froid du mur, et, dans un geste langoureux, je passe mes paumes sur ma poitrine, tout en plantant mon regard dans celui d’Alistair. Qui pousse un long soupir. Ses yeux deviennent deux fentes sombres.
– Tu as décidé de me rendre fou, oui… répète-t-il d’une voix à peine audible.
Il attrape mes poignets, lève mes mains pour ôter les derniers vestiges de mousse en les rinçant sous l’eau, les bloque au-dessus de ma tête. Puis ses lèvres dévorent les miennes. Un baiser passionné, si intense que j’en oublie de respirer. Son corps vient naturellement se caler contre le mien, bloquer toute tentative de fuite.
Comme si j’en avais la volonté…
J’essaie de me débattre. Mollement, il faut bien le reconnaître. Mais je veux le caresser, je meurs d’envie de le toucher encore. De parcourir son corps. De me noyer dans son regard. De l’entendre gémir contre mes cheveux.
Alistair m’embrasse, cherche ma langue, la trouve, s’y emmêle. Instinctivement, je cambre les reins pour accentuer le contact entre nous. Son érection cogne contre mon ventre qui s’enflamme de plus belle. Je me retiens de lui dire que j’ai envie de lui, là, maintenant, ou ailleurs, mais tout de suite. Car ce soir, nous avons du temps. Pour la première fois, nous ne sommes ni cachés, ni pressés, ni dans un endroit interdit. Nous sommes chez lui, dans sa maison, et la nuit nous appartient…
Mon cœur flanche de plus belle à cette pensée. Un peu comme si nous étions un couple « normal ».
Même si c’est loin d’être le cas. Et que cette parenthèse pourrait être la dernière…
Mais tout ce qui compte est le présent. Pas question du passé ni de l’avenir. Juste nous deux. Seuls. Libres. Les lèvres d’Alistair délaissent les miennes pour se frayer un chemin le long de ma mâchoire. Des petits baisers mouillés qui me font sourire. Puis il attrape le lobe de mon oreille, tire légèrement dessus, et mon ventre se crispe de désir.
Sa bouche descend le long de mon cou. Il m’embrasse, mordille, lèche ma peau tendre, l’électrise, puis continue lentement jusqu’à attraper la pointe de mon sein entre ses dents. Je gémis, renverse la tête en arrière, me cogne contre le mur dans un bruit sourd. Alistair émet un petit rire étouffé absolument irrésistible. Je grogne, puis réussis finalement à retirer mes mains de son emprise. J’attrape ses cheveux, mêle mes doigts dedans, dans leur douceur, m’agrippe à ses mèches comme à une bouée de sauvetage. Alistair détourne son attention de ma poitrine pour descendre encore. L’eau continue de ruisseler sur nos corps impatients. Fiévreux. Ses lèvres sur mon ventre, ses mains sur mes hanches pour m’empêcher de me tortiller. Lorsqu’il atteint ma féminité, je ne peux plus esquisser un geste. Mes doigts toujours dans ses cheveux, les yeux fermés, je dérive hors de la réalité. Sa langue agile s’insinue en moi, provoquant un millier de frissons sur ma peau, un feu ardent dans mon ventre. Je lâche sa chevelure, essaie de me cramponner à la paroi de la douche, sans succès, mes paumes glissant contre le carrelage mouillé.
Alors je lâche prise. Je laisse les sensations délicieuses remonter le long de mon corps, la langue d’Alistair me faire gémir, ses doigts pétrir mes fesses – ma jambe maintenant remontée sur son épaule –, la boule de feu dans mon ventre grossir. Je ne sais plus à quoi je me tiens et je m’en fiche, tout ce que je sais, c’est que l’orgasme approche inexorablement. Lentement mais puissamment. Je balbutie des paroles incompréhensibles, lui demande de ne surtout pas arrêter, comme un mantra, crie son prénom plusieurs fois, et le plaisir explose dans mon ventre, mes reins, tout mon corps. Des milliers de particules qui virevoltent dans et autour de moi, puis se rassemblent et reviennent s’installer à l’intérieur de moi. Comme si rien ne s’était passé. Il ne reste que cette torpeur qui m’habite. Puis les bras puissants d’Alistair me retiennent alors que je ne suis qu’une poupée de chiffons, sans force, sans pensée.
J’ouvre les yeux lorsque je sens une surface ferme sous mon dos. Enveloppée dans une épaisse serviette moelleuse, le corps d’Alistair au-dessus du mien, des flammes de désir dans son regard envoûtant.
Nous sommes sur son lit. Son corps brûlant pèse sur moi, je m’empresse de m’enrouler autour de lui. Bras autour de son dos, jambes autour de ses hanches. Il sourit.
– Encore, murmuré-je, tout étourdie par cet orgasme.
– J’y compte bien, BlueBird… répond-il de sa voix rauque, essoufflé.
Je m’accroche à son torse, l’embrasse à pleine bouche. Il a toujours un goût de vin, et celui, plus personnel, de mon intimité. Un peu sucré. Alistair répond avec ardeur à ma demande. Il glisse une main derrière ma nuque, sur laquelle je peux me reposer, pendant que son corps pèse de tout son poids sur moi. Il est lourd, mais j’aime ça. Sa force, sa musculature de rêve, ses bras protecteurs dans lesquels je me sens vivante comme jamais. Incroyablement vivante : ma peau électrique, mon cœur qui bat à cent à l’heure, ma respiration saccadée, mes pensées désordonnées et les râles qui s’échappent de mes lèvres.
Je trouve finalement la volonté de le repousser. Alistair fronce imperceptiblement les sourcils pendant que je le fais pivoter sur le dos. Puis un petit sourire étire ses lèvres rougies par nos baisers, et je pars à l’assaut de son corps tentateur. Lentement, j’effleure son torse. Il se cambre. Je souris. Puis pose ma main sur son ventre pour l’empêcher de bouger. Ce n’est qu’une juste vengeance, il ne se gêne pas pour m’immobiliser quand il le souhaite. Et je continue. J’embrasse chaque parcelle de sa peau humide. Tout doucement. La mordille. Descends toujours. Jusqu’à sentir la ligne de ses poils, puis son membre dressé. Que j’enserre délicatement dans ma main. Velours. Soie. Douceur exquise. Alistair gémit encore. Quand je le prends dans ma bouche, un râle lui échappe. Alors, je le torture à ma façon. Je me délecte des sons qui me parviennent et qui m’indiquent le plaisir que je lui donne. Qui dure peut-être de longues minutes ou quelques secondes, je ne sais pas trop. Le temps n’a plus d’importance. Plus rien n’a d’importance. Sauf nous deux. Dans ce lit. Cette chambre à la vue incroyable. Nos corps fiévreux, avides l’un de l’autre. Et, quand il ne tient plus, il me susurre :
– Remonte, BlueBird, je veux te faire l’amour.
Mais je continue un peu. Fais trembler son corps puissant. Jusqu’à ce que son torse se soulève et que deux mains fermes m’agrippent la taille.
– BlueBird, je veux te faire l’amour. Maintenant.
Alors j’obéis. Le tremblement de sa voix, couplé à cette injonction, me couvre de frissons. Alistair se décale, pivote sur le côté. Alors le froid m’envahit. Son bras se tend vers la table de nuit. Un bruit de tiroir qu’on ouvre et qu’on referme presque aussitôt. Un autre bruit, encore, celui d’un emballage qu’on déchire. Et Alistair est au-dessus de moi, le préservatif sur son membre impatient, ses yeux dans les miens. Sombres. Comme je les aime. Comme le désir qu’il éprouve pour moi et qui le dépasse. Autant qu’il me dépasse. Ses lèvres s’abattent sur les miennes, le temps s’arrête encore.
En un coup de reins, il est en moi. Ses doigts dans mes cheveux. Mes paumes contre son dos, mes ongles enfoncés dans sa peau. Et la boule de désir prend toute la place dans mon ventre. Les mouvements d’Alistair s’accélèrent, forts, précis, enivrants. Puis il ralentit.
– Non… supplié-je. Encore.
– Regarde-moi.
J’ouvre les yeux. Un petit sourire étire ses lèvres. Un tout petit sourire qui finit de faire chavirer mon cœur. Avec une lenteur maîtrisée, Alistair bouge. C’est… indescriptible. Tellement délicieux, intense, que les larmes me montent aux yeux. Jamais je n’ai connu cette façon de ne faire qu’un avec l’autre. Et c’est quelque chose qui me bouleverse. Je m’accroche à lui, noue mes jambes à ses hanches pour le sentir encore plus profondément. Alistair laisse tomber son visage dans mon cou, son souffle caresse ma peau.
– BlueBird… Mais qu’est-ce que tu me fais… chuchote-t-il contre ma peau électrisée par la sienne.
Je ne réponds rien. Me contente de me tenir contre lui, aussi fort que je le peux. De balancer mes hanches au rythme des siennes. En une parfaite mélodie. Celle du bonheur absolu. Qui marque les âmes et les chairs.
Éternellement…
Puis il se redresse. Sourit encore. Ses cheveux retombent le long de son visage. J’en chasse une mèche qui lui barre le front. Sa peau est moite. Son regard ne me quitte pas. Il plonge en moi. Me parle. En silence. J’y lis beaucoup de choses. Toutes celles qu’il se refuse à me dire. À penser, même. Voire à accepter. Ou alors, juste celles que j’imagine. Que j’aimerais qu’il me dise, enfin.
Puis ses coups de reins s’accélèrent. Et l’orgasme me terrasse. Je crie mon plaisir, il grogne le sien, son corps tendu par les sensations, le mien aussi malléable qu’une poupée de chiffon…
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