Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 10 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

10. Lâcher prise…

 

– Euh… je ne suis pas sûre, non.

La quiétude a été de courte durée. J’ai à peine eu le temps de m’habituer à la marche au pas qu’il veut déjà aller plus vite ! J’ai juste pu savourer de ne plus avoir peur qu’il veut passer à la vitesse supérieure. Je reconnais bien là le caractère de cet homme décrit par ses fans, l’homme qui n’en a jamais assez, qui a besoin de tester ses limites, de défrayer les chroniques, de battre des records. Mais là, on parle de mes limites à moi. Et je les ai déjà bien dépassées, aujourd’hui, en montant sur ce cheval.

– Tu ne risques rien, m’assure Alistair d’une voix posée.

– Non, vraiment, je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dis-je en tremblant d’avance.

– Tu as toujours peur ? me demande-t-il d’un ton doux, prévenant.

– Là, non. Mais, si on va plus vite…

Alistair ne dit plus rien. Je peux presque l’entendre réfléchir. Sa respiration est calée à la mienne, comme un seul et même souffle. Sauf que la mienne aurait tendance à s’accélérer. Je lutte pour la garder lente et profonde.

– Et si je te promets que tu ne risques rien ?

Mouais. Les promesses, je n’y crois pas trop. Avec Bonnie, nous nous étions promis à la vie, à la mort. Et pourtant…

Je ne réponds donc pas. Je ne peux pas. J’ai l’impression d’être devant un choix cornélien à faire. Ce qui est stupide. Alistair me demande juste si je veux tenter le galop, pas si je veux sauter une falaise de soixante mètres avec lui ! Je n’ai qu’à dire « non ». C’est tellement simple. Un seul mot, trois lettres, une syllabe. Pourtant, c’est le chaos dans mes pensées.

– Amy, continue-t-il, comme s’il sentait le dilemme qui se joue dans ma tête. Tout va bien. Je te tiens, tu n’as rien à craindre.

Sur ce dernier mot, sa main gauche se pose sur mon ventre, me calant encore plus contre lui, tandis que l’autre tient toujours fermement ma hanche. Ses cuisses musclées encerclent les miennes, ses abdominaux tiennent mes reins, ses épaules réchauffent mes omoplates. Plus qu’un, c’est tout ce qui me vient. Une seule et même entité, un seul et même mouvement, synchronisé à celui du cheval, un seul et même corps. Les frissons refont leur apparition, un étrange chatouillis s’installe au creux de mon ventre, juste sous ses doigts, semblable à des bulles microscopiques qui éclatent de joie, des papillons s’ébrouent dans ma poitrine, indisciplinés et nombreux.

– Respire, me chuchote-t-il, tout en donnant un léger coup de talon à notre monture. Et fais-moi confiance.

Tous mes muscles se tendent quand le cheval passe du pas au trot. Puis, un autre coup de talon fait galoper l’animal. Alistair me tient fermement, tout en me suggérant de juste suivre le mouvement, comme il me l’a déjà conseillé auparavant. N’ayant plus d’autre choix que de l’écouter, je laisse mon corps – et le sien – me diriger. Je m’accroche bien évidemment à la crinière, mais me rends compte qu’Alistair est un superbe rempart contre mes craintes. La bête massive a pris de la vitesse, mes cheveux s’emmêlent de plus belle, le vent me coupe le souffle, mon cœur est un peu malmené, mais les sensations sont étourdissantes. Je surplombe le paysage, vois de plus haut l’océan et son eau agitée, me sens proche des oiseaux qui tournoient en criant une dernière fois avant d’aller se coucher. Les sabots du Clydesdale tapent contre le sol, et je me sens presque l’âme d’une guerrière, fière d’avoir pu dépasser ma peur panique, au moins pour une fois. C’est grisant. Inattendu. J’ai vraiment l’impression de faire corps avec ce cheval, la nature, les éléments tout autour de moi, les arbres qui défilent, les étoiles qui apparaissent, la lune qui se lève et joue à cache-cache avec les nuages. Sans parler du corps d’Alistair…

Et il ne mentait pas, je ne risque rien, dans ses bras

Être dans les bras d’Alistair, sentir sa présence rassurante, m’en remettre entièrement à quelqu’un en ce qui concerne ma sécurité, même le temps de quelques minutes, même si je ne risque pas ma vie (enfin, je ne crois pas ) et surtout, surtout, entendre ce mot que j’avais relégué au fin fond de mes souvenirs… confiance… me remue énormément.

Alistair ralentit quand nous apercevons le Cavern. Je me retourne, prête à lui demander de revenir au pas maintenant. Mais je n’en ai pas le temps.

– Tu sais comment montaient les femmes à l’époque du tournage de la série ? me demande-t-il, de l’amusement dans la voix.

– Oui, réponds-je hésitante. Pourquoi ?

– Comme ça… Je ne disais juste que tu pourrais essayer, maintenant que tu es à l’aise.

– Oh, je n’irai pas jusqu’à dire que je suis à l’aise ! objecté-je très vite.

– Je te tiens, promis.

Et voilà… Encore une fois, il fait ce qu’il veut de moi. Enfin, de ma volonté…

Alistair rit, et son rire enchanteur achève de me convaincre. D’un geste habile, il me fait pivoter. Assise sur le dos de Mister Swing, mon visage tout près de celui d’Alistair, je me laisse envahir par son odeur masculine, par la chaleur qui se dégage de son corps, par la sensation cuisante de sa main sur mon ventre et de son bras autour de mon épaule. Je suis calée contre son torse. Lovée, même. Nous avançons tranquillement, au pas. Je sens ses muscles se tendre autant que ceux du cheval qui roulent sous mes fesses. Cette proximité est aussi troublante que de le sentir derrière moi. Son souffle effleure ma joue. Frissons. Sa voix caresse mon âme. Exaltation. Je tourne lentement la tête, je n’ai pas entendu ce qu’il m’a dit. L’atmosphère se charge d’une étrange électricité. Opaque, épaisse, sensuelle. Ses lèvres sont si proches des miennes. Si tentantes. Si…

Et puis, tout à coup, je glisse. Littéralement. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je n’en ai pas le temps mais mes pieds rebondissent sur le sol gravillonné du parking du bar pendant que je crie de surprise. Alistair saute du cheval tout en lui intimant de s’arrêter. Je plonge mes yeux dans les siens, rouge de honte, heureusement atténué par la nuit. Mais je peux quand même y lire une nouvelle teinte. Sombre, flamboyante, hypnotisante.

Du désir…

Je détourne vite le regard, balbutie une excuse pour ma chute, le remercie de m’avoir ramenée, lui souhaite une bonne soirée et me rue jusqu’à la voiture, où je m’enferme sans oser observer sa réaction puis me dépêche de démarrer… Je suis obligée de m’y reprendre à deux fois. Mon cœur est toujours au galop, ma gorge, asséchée, moi, totalement troublée…

Et ma dignité, envolée…

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