Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 68 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

3. Attente

68. Attente

 

 

Finalement, c’est moi qui ai accompagné Daisy jusqu’à la chambre d’Alistair, l’infirmière étant débordée. Malheureusement, je ne suis pas entrée. Daisy n’a même pas pensé à me le proposer, et je préférais la laisser retrouver son petit-fils. Après tant d’émotions, elle avait besoin d’être seule avec lui. Et pour être tout à fait honnête, je ne me sentais pas super à l’aise. Le mot est faible. J’avais peur que ma culpabilité ne se lise sur mon visage. J’ai trahi son secret. Je ne me souviens pas vraiment s’il m’a demandé de le garder, mais je l’ai trahi quand même.

Et je doute que ce soit le genre d’homme à pardonner ce genre d’erreur…

Je suis donc là, dans un couloir teinté de jaune pâle, me rongeant les ongles. Partagée entre l’assurance d’avoir fait ce qu’il fallait – dire la vérité pour que les choses avancent et empêcher Moira de faire n’importe quoi – et l’idée que je n’avais pas le droit de faire ça. Pas le droit de m’en mêler. Évidemment, c’est fait. Et m’inquiéter n’y changera rien. Alors je parcours le couloir de long en large, m’arrêtant sur les pauvres cadres de photos de fleurs censées égayer cet endroit en me demandant si j’ai eu raison. En me demandant quelles seront les conséquences de mes actes. Heureusement que la joie de savoir Alistair sain et sauf, et non privé de ses jambes, contrebalance mon angoisse. Parce que, pour le moment, c’est tout ce qui compte. Après tout, j’ai agi pour le bien de sa fille. Si je perds cet homme, je sais qu’il ira tout de même bien. Et qu’il sera obligé de discuter en toute franchise avec la mère de Catriona, maintenant que son secret est dévoilé.

Je relève la tête lorsque j’entends un bruit de pas dans le couloir.

– Bonnie ? m’étonné-je.

– Je vais y aller, me dit-elle avec un sourire. Moira a appelé un taxi pour Broadford, je vais rentrer avec elle.

– D’accord, dis-je. Je devrais peut-être venir aussi…

Et éviter d’avoir un face-à-face avec Alistair…

– Mais je crois que je préfère attendre Daisy. C’est mieux.

– Bien sûr, sourit Bonnie, absolument pas dupe. Et tu diras bonjour à Alistair par la même occasion…

– Je ne suis pas certaine qu’il voie d’un bon œil que j’aie trahi sa confiance, dis-je en soupirant.

– Tu l’as fait pour le bien de la petite, non ?

– Oui… Mais était-ce mon rôle ?

– Je pense que tu as eu raison, me rassure mon amie. C’est dingue, cette histoire. Une mère qui abandonne son enfant, le père qui invente une histoire, la mère qui revient. Tu la connais, Moira ?

– Alistair a agi pour le bien de Catriona. Il ne pensait pas à mal.

– Tu sais, Amy, mensonge ou pas, Moira revenue ou pas, il aurait bien été obligé de lui dire la vérité un jour ou l’autre. Tu crois que la gamine l’aurait cru encore des années ?

– Oui, tu as probablement raison. Et non, je ne connais pas spécialement cette Moira. Et ce que j’en ai vu ne m’a pas emballée jusque-là.

– J’ai discuté avec elle, explique-t-elle après un instant d’hésitation. Je crois qu’elle a réfléchi et qu’elle a compris, finalement. En tout cas, elle était beaucoup plus calme.

– L’espoir est permis, alors… marmonné-je, pas très convaincue.

– Je ne pense pas que ce soit une mauvaise personne, tu sais… dit Bonnie d’une voix douce. Elle semblait juste un peu perdue. Enfin, le peu que j’ai discuté avec elle m’a laissé bonne impression. C’est dingue, j’ai tellement l’impression de la connaître. Mais je n’arrive pas à me souvenir… Oh, mais j’y pense, elle a laissé son numéro de téléphone pour Alistair.

Bonnie me tend un papier. Subitement, une idée me vient en tête.

– Attends, on va comparer son écriture. Avec le mot trouvé sur mon pare-brise. Je me suis demandé si ce n’était pas elle !

Je m’empresse de sortir le morceau de papier de ma poche. Je le défroisse partiellement tandis que Bonnie tient l’autre pour que nous comparions.

– Ouais, rien à voir, dis-je, presque déçue que ce ne soit pas elle.

Pas que j’aurais voulu qu’elle soit la responsable. Non. C’est juste que cette histoire me turlupine et que j’aimerais trouver une explication. Mais ce n’est pas pour aujourd’hui, visiblement…

– Je suis persuadée que ce mot m’était destiné, commence mon amie d’une voix tremblante. Je te jure, je me sens vraiment visée.

– Je ne pense pas, la réconforté-je. C’est ma voiture, pas la tienne. Ça ne tient pas debout.

– J’aimerais bien te croire. Mais je suis sûre que c’est en rapport avec mon père…

Un bip provenant du téléphone de Bonnie coupe court à notre conversation. Elle lit le message.

– C’est Moira, dit-elle. Il faut que j’y aille, le taxi est arrivé.

– OK. On s’appelle plus tard. Et ne t’inquiète pas, personne ne sait pour ton père. Carolyn n’aura rien dit, j’en suis certaine.

Nous nous étreignons rapidement pendant que mon amie marmonne quelque chose, qu’elle aimerait en être aussi assurée que moi. Puis elle trottine en direction des ascenseurs, ses chaussures grinçant sur le linoléum beige qui recouvre le sol. Elle m’adresse un dernier signe de la main, puis disparaît dans la cage d’acier qui démarre avec un léger bruit de métal. Je reprends mes allers-retours, de nouveau seule avec mes pensées.

***

Je compare une nouvelle fois l’écriture de Moira et le mot trouvé sur mon pare-brise. Histoire d’être vraiment certaine. Ou de m’occuper. Ça fait maintenant plus d’une heure que je patiente. Mais non, toujours rien à voir. Pas du tout le même style d’écriture. L’une est penchée, fine, et l’autre est beaucoup plus grossière, ronde et saccadée. Je soupire et fourre les deux papiers dans ma poche. Puis retourne à la contemplation des murs et des tableaux avec leurs paysages déprimants. Une fois que j’ai fait le tour des photos encadrées, je compte les petits carrés sur le linoléum. Ils sont à peine visibles, il faut vraiment les scruter pour les voir, mais ça me passe le temps. J’en suis à cent vingt-neuf quand la porte s’ouvre enfin. Daisy sort, un sourire apaisé sur les lèvres. Je me rue vers elle.

– Comment va-t-il ? chuchoté-je pour ne pas troubler le calme de cet endroit.

– Bien. Très bien, même. Il va passer la nuit ici dans l’attente de certains examens complémentaires, mais il ne risque rien du tout.

– Je suis tellement soulagée.

– Et il m’a demandé si vous étiez ici. Peut-être pourriez-vous aller le voir ?

– Oh. Oui, bien sûr, affirmé-je, rougissante.

Mais tellement contente !

Enfin, presque contente…

Comment vais-je lui cacher ce que j’ai dit ?

– Vous voulez que je vous commande un taxi ? Bonnie et Moira sont parties tout à l’heure.

– Non, George ne va pas tarder. Il vient me chercher. Je vais aller à la cafétéria en l’attendant, j’ai bien besoin d’un remontant !

– D’accord. J’y vais, alors, souris-je, contenant ma joie de savoir qu’Alistair a demandé si j’étais là.

– Merci Amy, dit Daisy en posant sa main ridée sur la mienne. Merci d’être venue me chercher. D’être restée. Merci pour tout ce que vous faites.

Je reste muette devant ses paroles. Émue. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait grand-chose. Aller la chercher me paraissait naturel. Mais je suis quand même touchée qu’elle me le précise. Je la regarde partir de sa démarche un peu clopinante, le poids des années et des soucis courbant légèrement son dos. Puis, lorsqu’elle disparaît dans l’ascenseur, je m’approche de la porte et donne deux petits coups.

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