Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 62 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

8. Pourquoi faire simple ?

62. Pourquoi faire simple ?

 

Ma première pulsion est de m’enfuir, bien sûr. Ne pas me confronter à lui, ne pas laisser ses yeux ombre et lumière me caresser, ne pas entendre sa voix veloutée, ne pas sentir son odeur masculine, ni lui laisser une chance de s’expliquer.

De toute façon, je ne suis rien. Il l’a dit. Que pourrait-il ajouter ?

Pourtant, je n’esquisse pas un geste. Pas un pas. Peut-être même pas un clignement de cils. J’attends. Je sens sa présence dans mon dos. Chaleur, frissons. Son magnétisme s’accentue alors qu’il se rapproche, que j’entends ses chaussures fouler le gravier qui crisse sous l’impact de son poids. La colère monte en moi, inexorablement. Dommage, George m’avait pourtant apaisée avec ses jolies phrases pleines de sagesse et sa façon de raconter. J’attends qu’il se justifie. S’il le fait. Parce qu’il est capable de m’ignorer.

Il n’y a pas que moi qui suis en colère. Je sens la sienne. Si fort que je me trouve mal. Étourdie. Impressionnant comme je peux deviner ce qu’il ressent.

Enfin, seulement lorsque je ne suis pas concernée…

– Amy, dit-il d’une voix maîtrisée. Tu as trouvé George ?

J’inspire. Expire. Longuement.

Ne pas m’énerver. Ne pas m’énerver. Ne pas m’énerver.

Et je me retourne. Plonge dans son regard. Noir. Si noir que je pourrais prendre peur. Alistair est sur le point d’exploser. La conversation avec Moira n’a pas été constructive si j’en crois ses mâchoires contractées.

Je le fixe sans répondre. Jusqu’à ce qu’il hausse un sourcil d’un air interrogateur.

– Ah, c’est à moi que tu parles ? demandé-je d’un ton ironique. Je croyais que je n’étais rien !

Alistair lâche un long souffle. Bruyant. Détourne le regard. Bloque sur ses pieds. Prend une inspiration pour parler, ouvre la bouche, puis laisse retomber ses épaules avec un air de dépit.

– Tu pourrais au moins avoir la décence de me répondre, non ? continué-je, le corps crispé.

– Amy, ce n’est pas vraiment le moment, là… lâche-t-il d’une voix lasse.

– Oh. Je vois, vociféré-je. Tu as plus important à faire que de m’expliquer, c’est ça ?

– Amy, s’il te plaît, n’en rajoute pas. C’est déjà assez compliqué comme ça.

– Ah oui ? Et qu’est-ce qui est compliqué ? Moi ? Je fais tout pour te simplifier la tâche, au contraire ! C’est toi qui compliques tout !

– Amy, je…

– Je pensais qu’on avait franchi un cap, Alistair, le coupé-je. Mais, visiblement, non. Tu m’as parlé, tu t’es confié à moi, c’était bien ! Et quoi ? Rien ! Comme ce que je suis pour toi ! Je pensais que tu tenais à moi, mais en fait, tu es un bloc de glace ! Merde, je t’aime, moi, Alistair ! Je…

Oh. Non. Je l’ai dit.

Je ne voulais pas lui dire. Il ne mérite pas de l’entendre. Il ne mérite même pas que je discute avec lui. Mais oui, je l’aime, voilà. Trop tard…

– Amy ! dit-il en brandissant sa main devant lui comme pour m’empêcher de continuer, comme si je ne m’étais pas déjà tue. Je te l’ai dit, je ne peux pas aimer.

– Ah non, tu ne veux pas aimer, nuance ! Ça n’a rien à voir ! De toute façon, aimer, ça ne se décide pas, ça se vit. C’est un sentiment qui nous dépasse. Que tu le veuilles ou non !

Je crois que George a déteint sur moi…

– C’est… compliqué, Amy, ne te fâche pas, je…

– Je me fâche si je veux ! Et oui, merci, mais tu l’as déjà dit que c’était compliqué ! Mais ça ne l’est pas, en vérité, dis-je d’une voix plus basse, essoufflée. C’est toi qui compliques les choses, Alistair. C’est toi qui te complais dans ta solitude, dans ton passé, dans tes barrières de…

Je fais un pas vers lui, pose mon index sur son torse.

– Je comprends que ce soit difficile de voir revenir Moira. Que tu aies peur de perdre ta fille. Mais ta fille, elle ne l’aura pas, c’est toi qui l’as élevée. Elle t’aime ! Et même si tu devais passer devant un juge, il ne permettrait pas ça. Par contre, tu vas être obligé de laisser Moira voir sa fille. Parce que c’est sa mère et que tu ne peux rien contre ça. Alors tu peux soit t’y opposer, et tu perdras, soit trouver un terrain d’entente. Catriona a besoin de sa mère, non ? OK, elle l’a abandonnée. Mais elle est là. Pour sa fille ! Pour rattraper ses erreurs peut-être, pour la connaître, pour… je ne sais pas…

Je me tais quelques secondes pour reprendre mon souffle. Alistair me fixe avec des yeux écarquillés comme si j’étais une apparition flippante.

– Ah mais oui, ton mensonge… reprends-je. C’est vrai ! Ben, tu ne vas pas avoir d’autre choix que de lui dire la vérité. Ça aussi, je comprends que tu pensais bien faire, mais maintenant, sa mère est là, alors il faudra parler à ta fille. Tu peux te ronger les sangs, tourner les choses dix mille fois dans ta tête, supposer, négocier, mais… tu vois, c’est très simple, en réalité. Seulement, toi, tu aimes te compliquer la tâche. Et tenir les gens à distance. Dont moi ! Moi qui veux juste te changer les idées et passer du bon temps avec toi. Mais non, ça non plus, tu n’es pas capable de l’accepter ! Pourquoi ? Parce que tu as perdu tes parents ? Ta sœur ? Ne pense pas que je sois inhumaine ou dénuée de sentiments, la preuve, je suis tombée amoureuse de toi alors que tu as tout fait pour que ça n’arrive pas. Et ne crois pas que j’aime les hommes inaccessibles ou je ne sais quoi. Ce n’est pas du tout mon style. Tu es le premier homme dont je tombe amoureuse, Alistair. Le premier. Mais… me reprends-je, sentant que je m’égare. Tu ne peux pas rester bloqué sur le passé. Tu n’es pas le seul à avoir eu une enfance tragique même si j’imagine combien ça a dû être difficile. Mais regarde, tu as tout ! Une fille merveilleuse, encore de la famille, un ranch, une maison, un travail qui te passionne. Et une femme qui t’aime. Mais ça, c’est un détail. Bref, Alistair, tu fais chier, en gros ! Tu restes bloqué sur tout ce qui ne va pas sans regarder ce qui va bien !

Je retire mon doigt de son torse, recule, me tais, parce que mes paroles deviennent complètement dénuées de sens.

– Tu devrais discuter avec George, tiens, conclus-je. Tu serais étonné de la sagesse que cet homme possède. Et j’espère que c’était juste pour tenir Moira à l’écart que tu as dit que je n’étais rien. Parce que sinon, c’est que tu es un cas encore plus désespéré que je ne le pensais.

Je n’attends pas sa réponse, me retire de l’emprise de son regard, ce mélange d’incrédulité et de tristesse. De surprise, aussi. Et je m’en vais. En courant. Luttant pour retenir mes larmes et les tremblements de mon corps.

Luttant contre ma petite voix qui me dit que j’ai été dure avec lui.

Mais ma patience a atteint ses limites, là…

***

Dès que j’arrive chez moi, je compose le numéro de ma mère. J’ai besoin de lui parler. De me confier à elle. J’ai conscience d’avoir été vraiment directe – pour ne pas dire sans cœur – avec Alistair, mais c’était nécessaire. Je crois. J’espère. Moi aussi, on m’a menti. Pendant dix-huit ans. Et ça partait d’une bonne intention. J’en ai voulu à ma mère. Terriblement. Mais je lui ai pardonné. Parce que c’est ma mère, que je sais ce qu’elle a fait pour moi pendant toute mon enfance et mon adolescence. Et parce que je l’aime. Alors Catriona pardonnera à Alistair, j’en suis certaine.

– Maman ? dis-je d’une voix étouffée dès qu’elle décroche.

– Ma puce ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Ma mère me connaît bien…

– Un homme… dis-je simplement.

– Oh… Raconte-moi tout ça.

Alors je lui dis tout. Depuis le début. Notre rencontre, cette attirance incroyable, mes peurs, les peurs d’Alistair. Son besoin de se protéger de l’amour. De moi. Alors que je sais qu’il éprouve quelque chose pour moi, il me l’a dit. À demi-mot, mais il me l’a dit. Nos engueulades. Tout ce que je lui ai balancé sous le coup de la colère mais que je ne regrette pas. Je parle. Pendant de longues minutes, reprenant à peine ma respiration. Je confie à ma mère tout ce que je ressens, tout ce que je trouve injuste, tout ce qui m’échappe. Et je termine dans un souffle, vidée mais heureuse d’avoir lâché mon fardeau, d’avoir pu partager ce qu’il y a au fond de mon cœur avec une personne de confiance, qui ne me jugera pas et qui saura me consoler.

Ma mère laisse passer un silence. Un silence où elle prend le temps de probablement bien peser ses mots avant de me répondre.

– Je crois que tu es amoureuse, Amy.

Voilà. Bien résumé. Mais ça ne m’aide pas…

– Ouais, j’en ai bien peur, confirmé-je en grognant. Mais être amoureuse d’un homme qui fait tout pour me tenir à distance n’est pas vraiment ce que je souhaitais.

– Je veux bien te croire, oui, dit-elle dans un petit rire de compassion. Mais ce garçon m’a l’air intelligent tout de même, alors il ne devrait pas te laisser filer.

– Oui, sauf que là, il est complètement pris par son histoire avec Moira. Donc il ne va même pas tenter de me retenir si je pars. Si je le quitte. Il dira que c’est mieux ainsi, qu’il ne peut pas aimer de toute façon… Enfin, bref, son baratin habituel.

– Laisse-lui peut-être un peu de temps, non ?

– Maman, le tournage est bientôt terminé ! Nous n’avons pas de temps. Une fois que je serai rentrée à Los Angeles, je n’aurai plus aucune nouvelle de lui !

– Mais tu risques de le braquer si tu insistes.

– Je ne vais pas insister, je n’ai pas envie qu’il m’envoie bouler. J’ai une dignité, merde !

Ma mère part encore dans un petit rire étouffé. Ce rire que je connais si bien, comme si elle s’excusait d’être joyeuse alors que mon cœur est malmené.

– Peut-être que ce que tu lui as dit va lui ouvrir les yeux. Tu es très perspicace, tu sais. Tu as entièrement raison pour la mère de sa fille, il ne peut rien faire contre ça.

– Peut-être… acquiescé-je, pas franchement convaincue.

Et puis, elle me pose des questions sur le tournage, sur Bonnie, me raconte sa tournée, les nouvelles chansons qui ont germé dans son esprit. Et quand je raccroche, je suis un peu moins triste, un peu moins esseulée. Elle m’a réconfortée, comme seule une mère peut le faire…

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