Dangerous Games Intégrale
6. Boulot de fou !
48. Boulot de fou !
– Donne-le-moi ! entends-je alors que j’approche du chapiteau pour voir si Alan s’y trouve.
Je marque un temps d’arrêt, serre plus fort Chouchou dans mes bras, pendant que Stuart me fusille du regard de toute sa hauteur, les bras tendus, prêt à m’arracher le chihuahua de force.
– Alors là, vous pouvez toujours courir, répliqué-je, les dents serrées, grelottante. C’est moi qui l’ai trouvé. Il fallait le surveiller !
– Je te jure que tu vas me le payer, crache-t-il tout en s’approchant, menaçant.
– Alan, j’ai retrouvé Chouchou, crié-je le plus fort possible, bien décidée à ne pas laisser cet abruti fini me voler le petit chien.
Stuart recule, comme frappé par la foudre, tout en regardant derrière moi.
– Alan est juste là, m’indique Alistair, prévenant, alors que je me retourne pour voir ce qui effraie à ce point cet odieux personnage.
Ah ouais. C’est vrai qu’il fait un peu peur, le brun ténébreux…
Alistair avance d’un pas décidé vers nous. Le regard noir. Le corps tendu. Je ne sais pas s’il a vu que Stuart voulait s’attribuer tout le mérite – si mérite il y a – mais, en tout cas, il ne semble pas de bon poil.
Peut-être que je l’ai un tout petit peu énervé…
Il passe son bras autour de mon épaule comme pour me protéger. Une étrange chaleur m’habite aussitôt, comme à chaque fois qu’il se tient aussi près de moi. Puis il m’incite à avancer.
– Il faut que tu ailles te sécher, tu vas attraper la mort, me conseille-t-il.
Je hausse les épaules tout en m’extirpant de son emprise. Je n’ai pas envie qu’il me touche. Enfin, si, j’en ai envie. Terriblement. Surtout que sa chaleur me fait du bien, je suis vraiment gelée. Mais je ne veux pas qu’il m’approche d’aussi près. C’est trop facile. Sa proximité réduit ma colère à néant. Et j’en ai plus que ma claque de son attitude de girouette.
– Mon Chouchou ! s’exclame Alan d’une voix aiguë. Oh mon Dieu, j’ai eu tellement peur ! Oh, mon petit chéri, viens là, continue-t-il tout en attrapant l’animal qui recommence son cinéma.
Alan l’embrasse sans tenir compte de la boue collée sur lui. Chouchou le lèche, le réalisateur lui chuchote des paroles réconfortantes, la boule de poils couine, gémit, pleure… et refait pipi.
Je ne sais pas si je veux un chien, finalement…
J’aperçois du coin de l’œil Stuart repartir aussi vite qu’il est venu. Je retiens un sourire de victoire. Même si je l’ai profondément énervé et que je sais désormais qu’il va se montrer encore plus virulent à l’avenir. Mais c’est le cadet de mes soucis, maintenant.
– Amy, viens à l’abri, me dit Alan tout en se dirigeant vers la ferme. Ou l’as-tu trouvé ? Tu ne peux pas savoir comme je te suis reconnaissant !
– Dans l’enclos, près des chevaux, expliqué-je. Il s’était réfugié sur de la paille.
– Oh mon chaton ! Mon minou ! reprend Alan. Je vais vite te donner une douche, tu es tout sale.
Nous entrons dans la ferme. Au sec. Enfin ! À l’intérieur, c’est encore le branle-bas de combat. Cris, courses, questions, réponses, un capharnaüm sans nom.
– J’ai annoncé la fin de journée, m’indique Alan. Le temps ne nous permettra pas de tourner. Tu peux rentrer chez toi. Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? me demande-t-il en s’apercevant seulement maintenant de mon état.
– Rien, une petite chute, dis-je en souriant, émue de voir Alan tout transformé face à son animal de compagnie.
– Merci encore, Amy, répète le réalisateur. Dorénavant, il n’y a que toi qui t’occuperas de Chouchou ! Ce petit chien m’est bien trop précieux pour que je le confie à quelqu’un d’autre. Je sais que je peux te faire confiance !
Ah. Je ne sais pas si cette annonce m’enchante…
– D’accord, acquiescé-je, ne pouvant dire autre chose.
Puis Alan se précipite dans sa loge pour aller sécher Chouchou. Derrière moi, j’entends le rire discret d’Alistair.
– Belle promotion, lâche-t-il, voulant probablement faire de l’humour.
Je hausse encore les épaules, l’ignore superbement et me réfugie dans la salle des costumes pour récupérer mes habits.
Dans la pièce, c’est encore le bazar. L’odeur d’humidité est prenante. Les figurants se changent bruyamment. J’aperçois George, Daisy et Catriona au loin, affairée. Sahelle, toute propre et sèche, me rejoint.
– Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? s’étonne-t-elle. Tu ne ressembles à rien !
Merci Sahelle…
– On peut y aller ? Je rêve d’une douche brûlante, là !
– Bien sûr, bien sûr. Je vais dire à Duncan que nous partons. Tu veux que je lui demande de te ramener ? Tu ne vas pas conduire dans cet état ?
– Si tu veux, dis-je en haussant les épaules. Pourvu qu’on s’en aille vite.
Peut-être devrais-je rester jusqu’à ce que tous les figurants soient partis ? Mais c’est au-dessus de mes forces. J’ai vraiment froid. Sahelle part à la recherche de Duncan pendant que je récupère mes affaires, et je préviens Meredith et Dan que je rentre. Ils acquiescent, non sans me lancer un regard horrifié et une foule de questions afin que je leur explique ce qui s’est passé. Je résume et file en direction de la sortie, sans saluer Alistair que j’ai planté dans la salle.
Vengeance… Comment ça ? Déjà dit ?
– Elle compte monter dans ma voiture sale comme ça ? demande Duncan à Sahelle, comme si je n’étais pas présente, alors que nous nous rendons à sa voiture.
– Elle a un prénom, le reprends-je.
– Mais dites donc, monsieur McKenzie, si vous souhaitez que je vous livre tous les secrets de la belote, il va falloir vous montrer un peu plus aimable, ajoute la vieille dame d’un ton sans appel.
– Ouh là, ce sera sans moi, hein, les préviens-je tout de suite. Une douche et au dodo, pour ma part !
Non parce que c’est bon, j’ai eu ma dose pour la journée. Aucune envie de subir les foudres de Sahelle et sa légendaire mauvaise humeur lorsqu’elle perd. Ou son impatience pour expliquer les règles de la belote…
– Quel dommage, se plaint Sahelle, c’est beaucoup moins drôle à deux.
– Bon, allez, je n’ai pas que ça à faire, grogne Duncan. En route !
– Vous revenez donc demain ? demandé-je pour être sûre que je ne vais pas me retrouver sans moyen de locomotion aux aurores.
– Oui ! s’écrie mon amie. C’est tellement excitant !
Avant de monter dans la voiture, Duncan me donne une petite bâche en plastique pour que je m’asseye dessus et ne tache pas ses sièges. Je regarde sa voiture, pense au garagiste qui m’assurait pouvoir deviner la vie des gens rien qu’en voyant l’intérieur de leur véhicule, me dis que dans celle-ci, il n’y découvrirait rien. L’habitacle est immaculé. Pas même une poussière qui traîne.
Je suis impressionnée… et un peu gênée de monter dedans avec mes chaussures crottées de boue.
– C’est toujours le bordel comme ça, un tournage ? demande Duncan tout en surveillant la route des yeux et en roulant comme un escargot.
– Non, expliqué-je. C’est exceptionnel aujourd’hui. C’est à cause de la pluie.
– Hum… répond-il. Même avant qu’il pleuve, c’était déjà du grand n’importe quoi.
– Tu devrais faire du yoga, jeune fille, m’ordonne Sahelle en tournant son visage sévère vers moi. Tu vas te provoquer un ulcère, à force ! Quelle tension il y a sur ce plateau ! Heureusement que je suis intervenue. Je devrais peut-être proposer mes services…
– Mais non, je gère, dis-je, lasse, mais avec un demi-sourire devant la nouvelle idée de Sahelle.
– Il est obligé de toujours hurler, le réalisateur ? rajoute Duncan. Il devrait investir dans un mégaphone.
– Il en a un, affirmé-je. Mais il ne peut pas tenir son chien, le moniteur, ses fiches et le mégaphone.
– Oui, je devrais devenir consultante en sophrologie, spécialisée dans les tournages, continue Sahelle. Je suis certaine qu’il y a un avenir à ce métier…
– Boulot de fou, conclut Duncan en haussant les épaules, sans préciser s’il parle de celui de réalisateur ou de sophrologue.
Et je suis bien d’accord, boulot de fou. Mais qu’est-ce que c’est excitant, comme l’a si bien dit mon amie tout à l’heure !
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