Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 6 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

6. Bon réveil !

 

Je mets de longues minutes à comprendre quel est le bruit horripilant qui ose me déranger à une heure aussi matinale alors que je dormais si bien. J’essaie de me calfeutrer sous mon oreiller, sous ma couette, de me boucher les oreilles, mais rien n’y fait… Puis je réagis : mon réveil ! C’est mon réveil qui sonne depuis tout à l’heure ! Je bondis de mon lit, totalement hagarde, puis me rends compte que la sonnerie ne fait pas ce bruit, généralement. Complètement paumée, je cherche ce qui pourrait être responsable de ce chaos quand deux coups contre la porte sont frappés.

– Amy ! Tu es là ? demande une voix féminine, urgente.

Toujours sans rien comprendre, je me précipite pour ouvrir. Et tombe sur Carolyn, cernée et essoufflée.

– Tu ne t’es pas réveillée ! s’écrie-t-elle. Mince ! Amy, on est déjà en retard !

Tentant de rassembler – difficilement – mes neurones, je cours dans la salle de bains, effectue un mouvement de recul quand j’aperçois les traces de maquillage autour de mes yeux et sur mes joues – bonjour panda – enduis mes mains de savon – tant pis, à la guerre comme à la guerre – me frotte vigoureusement le visage, me brosse les dents tout en changeant de vêtements, grimace parce que mes yeux me piquent, me passe une crème pour adoucir tout ça, rassemble mes affaires et me rue dehors. Le tout, en moins de dix minutes. Je suis une héroïne des temps modernes.

Enfin, si j’avais entendu mon réveil, je n’en serais pas là…

Carolyn m’attend en trépignant d’impatience. Il est sept heures quarante, nous devons être sur le plateau à sept heures trente, normalement. Dans l’idéal, avant, pour avoir le temps de prendre notre petit déjeuner là-bas. Ce qui me réconforte, c’est que du café et des viennoiseries nous y attendent, nous ne mourrons pas de faim. Parce que, quand je suis affamée – et je le suis toujours le matin – je suis d’une humeur exécrable.

Et le mot est faible !

– Je suis désolée, Caro, dis-je, piteuse. Je n’ai vraiment pas entendu mon réveil.

– Tu m’étonnes. Moi, pareil.

– Mais pourquoi tu es là, au fait ? demandé-je quand je m’aperçois que ma voiture n’est pas à sa place.

Carolyn part dans un grand éclat de rire, qui envoie aussitôt des vrilles de douleur dans mon crâne. Beaucoup trop de bruit !

– T’es sérieuse ? s’étonne-t-elle. Tu ne te souviens pas ?

– Non, je me souviens surtout que j’ai super mal à la tête.

– J’ai du paracétamol. Monte, je t’en filerais en route.

Je n’ai pas le temps de monter dans sa voiture, une petite Twingo jaune tournesol, que la voix de mon logeur, Duncan McKenzie, un vieil homme désagréable au possible, m’interpelle.

Tiens, je devrais lui demander s’il a un lien de parenté avec Stuart.

Son fils, à tout hasard ?

– Mais c’est quoi ce bordel ? vocifère-t-il. Vous vous croyez où, là ?

Carolyn fige son geste de s’asseoir derrière le volant, ouvre grand les yeux, la bouche et la referme. Je pivote lentement, affiche un sourire compatissant sur mon visage pour parler au vieux monsieur en peignoir kaki, chaussons vichy, qui nous dévisage, le visage furieux, les mains sur les hanches.

– Bonjour monsieur McKenzie, dis-je de ma voix la plus enjouée possible. Nous sommes vraiment désolées pour le dérangement.

– Mais j’en ai rien à foutre que vous soyez désolées ! s’énerve-t-il. Vous savez quel âge j’ai ? 85 ans ! Et à mon âge, chaque minute de sommeil est précieuse ! Vous avez gâché ma matinée. Et ma journée ! J’ai de l’arthrose, moi, j’ai besoin de dormir ! Déjà cette nuit, vous m’avez réveillé avec vos fous rires interminables !

– Oh. Pardon. Je…

– Des hyènes, continue-t-il. Vous aviez un rire de hyènes ! J’ai failli sortir mon fusil pour vous chasser ! Je vais me plaindre à votre direction ! Déjà, je savais que louer une chambre à une… une… bafouille-t-il en fixant mes cheveux.

Des hyènes ?

En Écosse ?!

Mais il sort d’où, ce mec ?

Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines.

– Une… quoi ? Monsieur McKenzie ? demandé-je le plus calmement possible.

– Une… rien ! finit-il par dire en balayant ses paroles d’un geste de la main. Foutez-moi le camp de là ! Et que ce soit la dernière fois, sinon, je vous vire !

Carolyn s’empresse de monter dans sa voiture. Je la suis, vexée. Terriblement vexée. Et en colère. De quel droit me parle-t-il sur ce ton ?!

– C’était quoi, ça ? chuchote Carolyn, une fois les portes du véhicule refermées.

– Un vieux con, lâché-je, blasée. Un vieil acariâtre, un vieux frustré, un vieux… putain, je ne supporte pas qu’on me parle comme ça ! Et c’est quoi ces remarques sur mes cheveux ? Enfin, il ne l’a pas dit ouvertement, mais c’était par rapport à ça, non ?

– T’énerve pas, t’énerve pas, me suggère Carolyn, les vieux schnocks, il y en a partout. Laisse tomber. Tu veux un cachet ?

– Oui, merci, soupiré-je en me massant les tempes. Et une triple dose de café.

– Dans quelques minutes, le café, sourit-elle en fouillant d’une main dans son sac. Tiens, il y a une bouteille d’eau, sous tes pieds.

– Merci, dis-je reconnaissante. Dis, tu sais où est ma voiture ? Je ne me souviens de rien, c’est flippant !

– Devant le bar ! C’est moi qui t’ai ramenée, hier soir. Finalement, tu as bien aimé le whisky, je crois…

– Oh mon Dieu ! m’exclamé-je après avoir gobé le médicament. Ne prononce plus ce nom devant moi, s’il te plaît. Rien que d’y penser, j’ai envie de vomir. Je n’ai pas trop raconté de conneries, j’espère ?

– Non, non, chantonne-t-elle d’une voix étrange. Mais tu as parlé d’une certaine personne, si je me souviens bien.

Malheur…

Pas lui.

Je l’avais – presque – oublié…

– C’est pas vrai ! Carolyn, qu’est-ce que j’ai dit ?

– Tellement de choses qu’il me faudrait toute la journée pour les énumérer, se contente de lâcher Carolyn, étouffant un rire. Mais si je dois résumer : cet Alistair McKay t’a grave tapé dans l’œil !

Et merde…

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