Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 54 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

12. Celle-ci, de surprise, je m'en serais bien passée...

54. Celle-ci, de surprise, je m'en serais

bien passée...

 

La nuit est déjà tombée lorsque j’arrive au ranch. Un peu déboussolée d’avoir la preuve que la crevaison de mes pneus était criminelle (oui, comme dans un téléfilm policier), je ne sais qu’en penser. Qui aurait pu faire ça ? Lorsque le garagiste m’en avait parlé, j’avais tout de suite eu une pensée pour Duncan et sa légendaire mauvaise humeur. Mais force est de constater qu’il ne possède pas les mêmes clous. Et puis, honnêtement, en grattant sous la surface, je remarque qu’il n’est pas réellement méchant. Pas fin, grognon, pénible, oui. Mais de là à chercher à me nuire, j’en doute.

Je pourrais continuer la liste, je sais que certaines personnes ne sont franchement pas amicales sur le plateau, mais je n’ai pas le temps d’élucider ce mystère, la pancarte du ranch et son gros portail imposant sont maintenant dressés devant moi. J’arrête le moteur de ma voiture, descends et n’ai le temps de faire que quelques pas avant de voir Catriona courir vers moi sous la lumière composée de petits lampadaires et d’une guirlande solaire.

– Amy ! s’écrie-t-elle. J’allais partir, papa va m’emmener chez ma copine Laura. J’ai eu peur que tu viennes pas !

Je lui souris tout en l’étreignant. Ses cheveux rassemblés en une longue tresse sentent la pomme.

– J’ai eu un petit contretemps, m’excusé-je. Mais je suis là, je tenais vraiment à te dire au revoir. Tu es contente de partir ?

– Oui ! Je vais à Édimbourg visiter des musées et ensuite… Euh… Je ne sais plus où ! Mais on va faire une chasse au trésor et plein d’activités ! m’explique Catriona en sautillant sur le sol.

– Ça va être génial, affirmé-je, ravie de voir que la fillette n’a pas l’air traumatisé à l’idée de quitter sa famille pendant une semaine.

Contrairement à son père qui, justement, apparaît dans mon champ de vision.

Beau, évidemment. Avec sa démarche assurée, masculine, et ce petit truc animal, sauvage, qui n’appartient qu’à lui. Les cheveux humides, habillé d’un pantalon ample – style jogging mais en plus stylé –, qui lui donne l’air d’un mauvais garçon qui prendrait quand même soin de lui et qui lui va à merveille, et d’un simple pull col V gris clair qui lui moule les muscles à la perfection. Je déglutis difficilement en l’observant avancer vers nous. Je peine à respirer pendant que la petite fille se rapproche de moi en disant :

– Tu pourras surveiller papa ? chuchote-t-elle sur un ton de conspiratrice. Je crois qu’il est triste que je parte…

– Bien sûr, réponds-je sur le même ton qu’elle, tout en lui faisant un clin d’œil. Je vais l’occuper sur le tournage, il n’aura pas le temps de s’ennuyer…

Puis Alistair approche. Il hoche la tête pour me saluer, puis couve sa fille d’un regard tendre, absolument craquant.

– C’est l’heure, ma puce… dit-il d’une voix étranglée, comme si le lui dire lui-même lui demandait un effort phénoménal. Tu vas faire un bisou à grand-mère ? Elle est dans la cuisine.

– J’y vais, annonce Catriona. Amy, tu attends que je revienne, je veux te faire coucou dans la voiture !

– Promis !

Je regarde la petite fille partir en courant, se retournant pour vérifier que je tiens ma promesse. Ce que je fais, bien entendu. Une fois qu’elle s’est engouffrée dans le bâtiment, je porte mon regard sur Alistair et son visage soucieux.

– Ça va aller, dis-je, attendrie de le voir si préoccupé par cette situation. Une semaine, ce n’est pas le bout du monde.

– Non, admet-il sans sourire. Ce n’est pas ce qui m’inquiète. Mais plutôt les heures de trajet en bus qu’elle va faire. Je… déteste la savoir dans un autre véhicule que le mien…

Forcément… Là, je dois bien avouer que je ne sais pas quoi répondre. Que pourrais-je dire, de toute façon, pour apaiser ses craintes ? Sa famille est morte dans un accident de voiture quand il n’était qu’un enfant, je me doute que laisser la chair de sa chair partir dans un bus lui coûte énormément.

– Bien sûr… soufflé-je.

Et puis la petite fille revient. En courant. Elle se jette encore dans mes bras, comme si j’étais une des personnes les plus importantes pour elle et qu’elle était désolée de me laisser. Puis elle quitte mes bras pour attraper la main d’Alistair et prend également la mienne, afin que nous l’emmenions tous les deux jusqu’au pick-up de son père.

Mon cœur bat bizarrement devant l’image que nous formons.

Une famille…

– Oh, attends, j’ai quelque chose pour toi, dis-je alors que c’est l’heure pour elle de monter dans le 4x4. Je reviens !

Je me dépêche d’aller dans ma voiture pour y prendre le paquet de bonbons que j’ai sauvé in extremis de l’appétit sans fin de Sahelle pour les fraises Tagada.

– Tiens, dis-je en lui tendant. Tu pourras les manger dans le bus si tu y es autorisée. Ou avec ta copine, ce soir.

– T’es trop cool ! s’exclame Catriona, lorgnant le paquet comme si je venais de lui offrir le plus gros cadeau de sa vie. C’est mes préférés !

– Ah, je ne le savais pas. J’ai bien choisi, alors, m’amusé-je.

– Il faut y aller, ma puce, la presse Alistair. Nous sommes déjà en retard.

Il me coule un regard en biais.

OK, c’est de ma faute…

Je souris nerveusement tout en embrassant affectueusement la petite fille sur ses joues fraîches. Elle me serre de toutes ses forces, plaque son visage contre mon ventre, ses petits bras autour de mes hanches.

– Je t’adore, Amy, dit-elle tout naturellement.

– Oh, merci, réponds-je, touchée. Moi aussi, je t’adore, tu sais.

Puis Alistair l’attrape alors qu’elle se recule, la lance en l’air pour la faire rire et l’installe dans la voiture.

– Merci d’être venue, BlueBird, dit-il alors qu’il vient de faire claquer la portière et qu’il contourne son pick-up pour prendre place derrière le volant.

– Ta fille est un rayon de soleil, réponds-je, sincère, tout en m’éloignant.

– Oui, dit-il en s’arrêtant soudainement avant de revenir sur ses pas pour planter ses yeux ombre et lumière dans les miens. Est-ce que ça te dit de boire un verre ? L’amie de Catriona habite tout près, j’en ai pour deux minutes.

Mon cœur part dans un galop endiablé.

– OK, dis-je faussement indifférente, comme si passer une partie de la soirée avec lui m’était égal. Je t’attends.

– Merci, souffle-t-il, un demi-sourire craquant sur le visage.

Je regarde la voiture partir, Catriona, la fenêtre ouverte, en train de me faire coucou de sa main, un sourire collé sur son visage – comme moi.

Puis je me dirige vers mon véhicule pour attendre Alistair au chaud, sur mon petit nuage, ravie qu’il veuille passer un peu de temps avec moi, quand un bruit dans les buissons, derrière moi, attire mon attention. Je n’y prête pas garde, même si, dans ce coin perdu, ce n’est pas très rassurant. Je fais un pas de plus, et le bruit s’intensifie. Un autre, et l’option oiseau, mouton égaré ou chat errant ne me semble plus très cohérente.

Je me retourne, le cœur un peu affolé, pour découvrir une femme juste devant le bosquet. Je retiens un sursaut de surprise tout en posant la main sur mon cœur. Une belle femme blonde, grande, habillée d’une longue robe noire et emmitouflée dans un manteau couleur crème.

– Bonsoir, balbutié-je, surprise. Je peux vous aider ?

– Ça dépend, dit-elle en me fixant d’un regard glacial. Vous vivez ici ?

– Euh… Non, ris-je bêtement. Vous cherchez quelqu’un ?

– Peut-être bien, oui… répond-elle tout en affichant un sourire froid sur ses lèvres peintes en rouge vif.

Puis elle laisse passer un silence. Regarde autour d’elle, lentement, comme si elle étudiait le paysage.

– Mais vous connaissez bien Alistair et… Catriona, reprend-elle. Vous êtes sa petite amie, alors ?

Je fronce les sourcils, complètement abasourdie par cette question. Je ne sais absolument pas qui est cette femme, ce qu’elle me veut, et, franchement, son attitude ne me dit rien qui vaille. Pour être honnête, elle me fait carrément flipper.

– Très bien, reprend-elle devant mon mutisme. Alors je vais être très claire, mademoiselle. Je suis la mère de Catriona. Et la future femme d’Alistair, m’achève-t-elle en levant son annulaire gauche pour me mettre sous le nez une superbe bague argentée rehaussée d’un petit diamant en forme de cœur. Nous nous sommes promis de nous marier après mes études. J’ai terminé mon cursus, je suis là, je viens reprendre ce qui m’appartient. Alors, je vais vous donner un conseil que vous allez suivre sur-le-champ : dégagez de mes plates-bandes !

 

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