Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 3 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

3. La vie est pleine de surprises...

 

 

Après avoir tourné six fois la même scène, déplacé les figurants tout autant, Alan déclare que c’est OK et qu’on enchaîne sur la suivante. Je souffle, soulagée. C’est toujours un bonheur quand la prise correspond à ce que souhaite le réalisateur. Mais surtout, j’espère vraiment qu’on va me délester de ce chien miniature qui s’agite de plus en plus dans mes bras. Bien qu’il soit léger comme une plume, il est encombrant. Et il a entendu la voix de son maître, il couine de nouveau…

J’invite donc les figurants à rejoindre les autres en retrait de la scène principale et je pose quelques secondes Chouchou par terre, qui sautille comme un cabri. Je conseillerais bien à Alan de l’attacher en laisse longue quelque part pour qu’il puisse se défouler un peu, mais je n’ose pas vraiment. Dès que la boule de poils a fait ses besoins – juste à côté de mes Docs – je rejoins l’équipe… Et Alistair avec son éternelle posture nonchalante, un brin d’herbe entre les dents, tel un parfait Cowboy, son regard posé sur moi, brûlant, troublant, dérangeant. Dérangeant parce que mon corps ne peut s’empêcher de bouillir dès que ses yeux effleurent mon corps. Et il ne se gêne pas pour me regarder intensément.

– Amy, tu places Calum pour qu’il s’élance vers Anna, m’informe Alan. Alistair, vous pouvez remettre votre cheval où il était, s’il vous plaît ?

– Tout de suite, réponds-je, priant pour que le trouble que je ressens ne se voie pas.

Je cherche Stuart, j’aimerais vraiment lui donner le chien. Au bout de quelques secondes, je l’aperçois avec les deux acteurs principaux, Calum Fraser, mondialement connu, qui n’accepte de jouer qu’à condition qu’on garde son vrai prénom à l’écran. Enfin, entre autres, parce qu’il est très exigeant sur plein de points.

Comme la plupart des acteurs…

Je ne connais pas l’actrice principale. Elle s’appelle Bonnie Linton et c’est son premier grand rôle dans le cinéma.

Bonnie.

Tout un pan de ma vie…

Je regarde Stuart arriver avec les acteurs. Puis, fronce les sourcils. Plisse les yeux. Secoue la tête, comme pour m’éclaircir l’esprit.

Ce n’est pas possible…

Une chevelure rousse abondante, un visage mutin, des yeux clairs, des taches de rousseur, une silhouette frêle. Je dois rêver.

Bonnie.

Ma Bonnie !

Mon cœur se met à battre à cent à l’heure. J’ai du mal à croire ce que je vois : elle, là, aujourd’hui ! Bonnie, que je n’aurais jamais pensé retrouver ici, sur ce tournage, parcourt l’assemblée du regard, un peu intimidée par toutes les paires d’yeux posés sur elle, un léger sourire sur les lèvres. Elle est très jolie dans sa robe vert foncé d’époque et sa coiffure tressée qui met son visage en valeur. Je devine qu’elle jubile d’avoir ce premier rôle puisque je sais que tourner des films pour le cinéma était son rêve le plus cher. Je ne bouge pas d’un pouce, partagée entre la joie de la revoir enfin, par cet incroyable hasard du destin, et l’appréhension de sa réaction. Six ans de silence, ça laisse forcément des marques. Je ne sais donc pas si elle va apprécier de me trouver ici alors qu’elle est sur le point de toucher son étoile du bout des doigts.

Quand son regard se pose sur moi, je perçois un mouvement de recul. Elle s’arrête, son sourire se fige et ses yeux se plissent.

Surprise.

Amy, six ans plus tard.

Avec des cheveux bleus…

Et j’avais raison, elle n’est pas enchantée…

Stuart pose sa main dans le dos de Bonnie pour l’inciter à avancer. Nous ne sommes pas en avance sur le planning, je sais que le réalisateur et son assistant sont très stressés à cause de ça. Bonnie, les lèvres tout à coup pincées et d’une pâleur fulgurante détourne le regard et va se placer près de la table, puis écoute les directives de Stuart. Moi, je ne bouge toujours pas, complètement chamboulée par cette apparition, mon cœur tombant en milliers de petites miettes sur l’herbe si verte de l’Écosse. Savoir qu’elle n’a rien oublié et qu’elle n’est pas heureuse de me revoir me donne presque envie de pleurer. Mais je ne peux pas me le permettre. Je ne pensais pas recroiser son chemin comme ça, par hasard, même si je l’ai espéré des milliers de fois. Tellement de fois. J’ai prié, négocié, demandé à la revoir, ne serait-ce qu’une seule fois, pour pouvoir discuter du passé, m’expliquer, lui demander comment elle va, retrouver notre complicité. Mais je crois bien que c’est la dernière chose qu’elle espérait, elle. Et je ne peux rien contre ça, malheureusement.

– Le cheval ne va pas se placer tout seul, mini rebelle, retentit la voix aigre de Stuart.

Je sors de ma bulle, lui fait un sourire crispé et me hâte de rejoindre Alistair qui est déjà pile là où était le cheval dans la scène précédente.

– C’est parfait ! dis-je à l’intéressé. Vous pouvez attendre juste là-bas, au cas où il faudrait le déplacer un peu.

Alistair pose sur moi son éternel regard brûlant et un sourire charmeur étire ses lèvres.

– À vos ordres, mademoiselle Tout Court.

Je ferme les yeux deux secondes, souffle lentement.

– On vous a déjà dit que les blagues les plus courtes étaient les meilleures ? rétorqué-je, acide.

L’étonnement se lit sur ses traits. OK, je crois que j’ai été un peu trop virulente. Ou que mon sens de l’humour est vraiment parti se cacher quelque part. Mais avoir vu Bonnie et me rendre compte que sa réaction n’est pas à la hauteur de la mienne me fait un mal de chien. Une torpille dans le cœur, un gros poids dans la poitrine, une boule étouffante dans la gorge.

D’ailleurs, en parlant de chien…

– Vous pouvez me tenir ce petit truc un instant, s’il vous plaît ? demandé-je d’un ton plus aimable à Alistair. Je dois aller chercher l’acteur.

– Mais avec plaisir, dit Alistair en tendant les bras. Il est parfait pour vous, ce Toy dog.

Cette fois, je ne réponds rien. Ni que ce n’est pas mon chien, ni que ses blagues ne m’amusent pas. Il faut que j’assure ce tournage, démons du passé refaisant surface ou non. Parce que revoir Bonnie me rappelle tous les bons moments que nous avons passés ensemble, mais aussi tout ce que j’ai mis des années à oublier. À tenter d’oublier. À calfeutrer sous des questions, des si, des pourquoi et des réponses que je n’ai jamais eues et que j’ai dû inventer pour ne pas mourir de tristesse. L’amitié est vraiment une ancre dans la vie. Bonnie était mon ancre dans le monde tumultueux et décalé de la musique. Mon pilier, mon âme sœur, ma moitié. Nous étions toujours ensemble. Nous ne faisions rien l’une sans l’autre. Sa famille était devenue la mienne, et la mienne, la sienne. Jusqu’à ce jour maudit…

– Calum, bonjour, m’adressé-je à l’acteur principal qui porte les cheveux aux épaules et darde sur moi un regard bleu perçant. Je suis Amy, vous venez avec moi ?

– Enchanté, mademoiselle, répond-il avec un sourire charmeur. Je suis tout à vous.

Je hoche la tête et l’entraîne près du cheval, – enfin, pas trop près non plus – sous le regard ardent d’Alistair qui ne perd pas une miette de notre échange, Chouchou dans les mains. Le petit chien semble encore plus minuscule que d’ordinaire dans les bras de ce géant. Calum et Alistair se saluent d’un hochement de tête typiquement masculin, un peu empreint de concurrence, je crois, leur regard s’accrochant quelques secondes. J’ai entendu dire que Calum n’aimait pas que sa doublure soit plus charismatique que lui. Pas que je compare, non… Enfin si, un peu quand même.

Un peu beaucoup ?

– La scène va débuter alors que la doublure a sauté du cheval, expliqué-je. Vous devrez courir vers Anna et vous précipitez sur elle, elle s’est tordu la cheville. Ayez l’air paniqué.

– Bien. Je crie son prénom ?

– Attendez, je demande.

Je saisis mon micro et pose la question au réalisateur. C’est Stuart qui me répond.

– Tu ne sais pas lire une fiche ? tonne sa voix acerbe.

Les fiches. Merde, je ne sais pas où je les ai posées ! Et allez, deuxième erreur ! Je cherche autour de moi, regarde rapidement là où s’est tournée la dernière scène, puis me rappelle la poche ventrale de mon sweat, accroché à mes hanches. D’un geste, je remonte mon vêtement et découvre les fiches enroulées dedans.

En plus de commettre des erreurs, je perds la mémoire !

– Si, si, c’est OK, dis-je à Stuart. Nous sommes prêts !

Bon, pas encore prêts. Mais presque. Je lis la scène, Calum doit en effet crier le prénom de l’héroïne.

– Vous devez donc avoir l’air affolé, vous précipiter vers Anna en criant son prénom, indiqué-je à Calum. La scène s’arrêtera une fois que vous serez penché sur elle, ensuite, la prise sera un plan serré. Tout est OK pour vous ?

– C’est parfait, répond-il en s’échauffant comme s’il allait participer à un combat de boxe, sautillant et frappant dans ses mains.

– Bien. Je ne suis pas loin, si vous avez besoin de moi.

– Je m’en souviendrai, dit-il avec un clin d’œil et un grand sourire.

Je m’éloigne, amusée. Observe Alistair – et son petit sourire en coin – tendre les rênes à Calum qui les attrape sans un mot. Je frissonne rien qu’à l’idée de devoir tenir un jour cet animal. Même par un bout de cuir… L’acteur principal ne semble pas le moins du monde impressionné, contrairement à moi.

Calum est un homme avec un charme fou, qui séduit comme il respire. Il fait régulièrement la une des journaux, avec, à son bras, une compagne différente à chaque soirée. Je comprends pourquoi. Il est beau – incontestablement – et en joue énormément. Je n’imagine même pas la réaction des figurantes lorsqu’elles seront amenées à être près de lui.

Et la galère pour les empêcher de faire des selfies à tout va…

– Vous avez d’autres scènes aujourd’hui ? demandé-je à Alistair alors que je me place à côté de lui, la chaleur émanant de son corps envahissant le mien aussitôt.

Chouchou, jusque-là bien sage dans ses bras, émet un jappement. Le cheval, pourtant à quelques mètres, réagit et tourne aussitôt la tête vers nous. Je n’ose plus faire un geste, paniquée à l’idée qu’il pourrait se sentir menacé et nous foncer dessus. Mais il détourne aussitôt son attention, comme si la microscopique chose que vient caresser la main d’Alistair ne méritait pas son intérêt. Je souffle, soulagée.

– Non, pas d’autre doublure ou de cascade pour la journée. Mais je suis obligé d’être sur le qui-vive si jamais je dois remplacer l’acteur au pied levé. Et je gère les chevaux, également, m’explique-t-il de sa voix grave. Pourquoi, vous avez quelque chose à me proposer ? Une chute express ? Un autre chihuahua à garder ? Un hamster à nourrir ?

– Quoi ? m’écrié-je, mes joues s’empourprant aussitôt. Mais non ! Absolument pas ! Je…

Alistair affiche un grand sourire et ses yeux ébène pétillent d’amusement. OK, je me suis encore fait avoir. Je le déteste ! Vraiment ! Et sa beauté m’exaspère au plus haut point. Cet étalage de testostérone est horripilant !

Même s’il ne semble pas le faire exprès…

Je hausse les épaules pendant que le rire discret – mais ô combien agréable – d’Alistair résonne. Puis, je me concentre sur le tournage. De là où je suis, j’observe Bonnie s’installer à côté de la table en bois, assise par terre, sa robe formant une corolle autour d’elle. Une personne place son jupon pour que sa cheville dépasse, et elle se penche déjà dans la position qu’elle doit avoir, blessée par une chute. Mon cœur se pince encore plus, puis Alan annonce la prise imminente.

– Le son est demandé. Silence ! m’écrié-je.

D’accord, il n’y a que Calum et Alistair et ils ne vont pas discuter ensemble puisqu’ils sont éloignés. Mais c’est comme ça que nous fonctionnons, nous annonçons le son, puis la prise.

– Ça tourne !

Calum se redresse, comme s’il avait réellement sauté du cheval, puis s’élance vers Bonnie qui grimace en se tenant la cheville. Il crie son prénom, puis s’agenouille auprès d’elle. Le réalisateur coupe, puis se rend vers Calum pour probablement lui donner des directives. Je ne suis pas en face de lui, je ne peux donc pas me rendre compte s’il jouait bien ou non, mais je ne peux que constater qu’il a une présence remarquable. Une aura d’acteur, indéniablement.

Un magnétisme impressionnant.

Tout comme la doublure qui se tient très près de moi et qui caresse avec douceur le petit chihuahua qui s’est lové dans ses bras…

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