Dangerous Games Intégrale

Clara Oz · Chapitre 18 sur 79

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Dangerous Games Intégrale

4. Super woman (enfin presque…)

18. Super woman (enfin presque…)

 

 

Aujourd’hui encore, je perçois la présence d’Alistair avant de le voir. Picotements dans la nuque. Frissons. Chaleur. Je lui jette un regard, incapable de m’en empêcher, alors que j’avais décidé de l’ignorer superbement.

Moi et mes bonnes résolutions…

Ce n’est pas très professionnel, mais je me tiens loin d’Alan, cet après-midi. Parce que le réalisateur va, à coup sûr, me coller près des chevaux. Donc, auprès d’Alistair. Pile là où je ne souhaite pas être. Ce n’est pas gênant en soi que j’évite ce dieu du cinéma, puisque j’ai mon oreillette et, s’il a besoin de moi, je viendrai aussitôt. Naïvement, je me persuade que s’il ne me voit pas, il ne pensera pas à me mettre avec Alistair. Ce matin, c’était facile, le cascadeur n’était pas présent. Mais maintenant, il est là. Et vu que lui et moi, c’est terminé, avant même d’avoir réellement commencé, je préfère ne pas avoir affaire à lui.

Simple, non ?

– Amy ! m’interpelle tout à coup la voix de Carolyn, pas discrète du tout, alors que je me fais toute petite. Il faut absolument que tu viennes m’aider ! J’ai un souci avec le décor, et aucun mec n’est disponible ! Tu y crois, sérieux ? Pas une âme charitable pour m’aider à porter un truc hyper lourd.

– Ah, les hommes, dis-je, ce n’est plus ce que c’était !

– Mouais, grogne-t-elle. Je viens de me défoncer le dos pour essayer de le mettre en place toute seule. La responsable décor est hyper bookée, il n’y a que moi pour gérer ça…

– Super Amy est là ! m’écrié-je en levant la main, telle une super héros.

Carolyn me dévisage, son regard parcourt mon corps et elle hausse les sourcils d’un air entendu.

– J’espère que t’as plus de force que ta carrure ne le montre, se moque-t-elle gentiment. Sinon, tu ne connais pas un mec hyper musclé, serviable, genre brun ténébreux…

– Ouh là ! dis-je, la stoppant net. Même pas en rêve.

– Oh, oh ! Aurais-je dit quelque chose…

– Si tu veux que je t’aide, on se dépêche, je ne vais pas tarder à entendre mon prénom dans l’oreillette !

– Tu seras moins empressée quand tu verras le truc qu’on doit déplacer, ironise-t-elle. Viens, c’est à l’intérieur, dans la chambre de l’héroïne.

Ah. Finalement, si Alan voulait bien me dire de le rejoindre d’urgence…

Je suis Carolyn dans la grosse ferme nous servant de plateau intérieur, retiens ma respiration en passant devant les loges, dont celle d’Alistair. Vient ensuite celle de Bonnie. J’imagine qu’elle est encore à l’intérieur, en train de se concentrer. Ou derrière le bâtiment, peut-être, là où elle aime prendre un bol d’air avant de tourner. J’ignore mon cœur qui se serre pour me concentrer sur Carolyn qui continue de se plaindre des hommes indisponibles quand on a besoin d’eux.

Nous arrivons ensuite dans la chambre. Je retiens un mouvement de recul. Il me semble encore sentir l’odeur d’Alistair. Partout. Ce parfum masculin boisé, qui m’a tant envoûtée cette nuit-là.

S’il n’y avait que cette nuit-là où son odeur m’a fait de l’effet…

Je ne peux pas laisser les souvenirs me hanter de la sorte. Je respire un bon coup même si l’idée n’est pas judicieuse puisque l’odeur devient encore plus forte, puis fais comme si je découvrais la pièce pour la première fois. En même temps, je n’en ai pas vu grand-chose non plus, il faisait presque nuit au départ, et ensuite…

J’avais beaucoup mieux à regarder que la chambre…

– Alors, commence Carolyn en se frottant les mains, sans sembler s’apercevoir de mon trouble, c’est la grosse armoire, là. Il faut la déplacer. On doit la mettre ici, me montre-t-elle du doigt le mur perpendiculaire. Mais d’abord, il faut qu’on déplace le bureau.

Je regarde l’énorme armoire qui occupe presque tout le pan de mur, perplexe.

– Carolyn, on ne va jamais y arriver !

– C’est bien pour ça qu’il nous faut des mecs ! Mais personne n’est dispo ! On va se débrouiller sans eux, tu vas voir ! Allez, on bouge déjà le bureau, explique Carolyn. Au fait, tu sais que j’ai trouvé une jupe sur le lit… défait, enchaîne-t-elle, d’un air mi-amusé mi-offusqué.

– Ah oui ? m’étonné-je, rougissant aussitôt.

Et super gênée.

Honteuse.

Coupable…

– Genre, je ne sais pas qui est venu faire la sieste, et n’a même pas refait le lit, quoi ! continue-t-elle en saisissant un côté du bureau. Ou alors, mais non ! Un couple qui a fait l’amour !

Le bureau est super intéressant, tout à coup. Massif. En bois foncé. Avec des arabesques dessinées dessus. Une œuvre d’art, indéniablement. D’époque, évidemment. Qui doit valoir…

– Hé ! Tu m’aides ou quoi ?

– Pardon, j’ai cru entendre mon prénom dans l’oreillette, dis-je mentant et fuyant délibérément son regard. On le met où ?

– Au milieu en attendant. À trois. Un, deux, trois !

Nous soulevons. Difficilement. Le bureau est extra lourd. Et pourtant quatre fois plus petit que l’armoire. Nous le posons en plein milieu de la pièce, puis allons vers le meuble que nous ne pourrons jamais porter, et nous plantons devant en le regardant.

– Qui aurait pu venir faire l’amour ici ? insiste Carolyn, ne semblant pas vouloir lâcher le morceau. Calum et Bonnie, tu penses ? C’est classique, non, que les acteurs couchent ensemble après ou pendant un tournage. Le rapprochement, tout ça…

– Le tournage vient de commencer, Carolyn !

– Ah oui, pas faux. Bon, Calum et une autre nana. Obligé que ce soit lui, c’est un séducteur né. Tu as vu comme il drague tout ce qui bouge ?

– Je n’ai pas fait gaffe, non.

– Arrête ! Il ne parle pas, il séduit. C’est hallucinant ! Ou alors, le cascadeur ? Il doit bien emballer les nanas, lui aussi non ?

Je ne sais pas si je me décompose devant Carolyn, mais elle se reprend aussitôt.

– Oh pardon ! Je ne voulais pas…

– J’allais plutôt dire une assistante cameraman et un highlander, moi… me reprends-je, trouvant également la force de sourire.

– Ah, se ferme-t-elle aussi. Nan, c’est mort !

– Quoi ? Mais pourquoi ?

Carolyn recule un peu. Je pivote vers elle, plante mon regard dans le sien pour l’inciter à se confier.

– Tu ne vas jamais me croire, commence-t-elle d’un air déçu. Monsieur a des idées très arrêtées. Monsieur… refuse de faire l’amour avant le mariage.

– T’es pas sérieuse ? m’étranglé-je.

– Oh si !

– Mais ça n’existe plus ça !

– Si ! Il doit rester une seule personne au monde capable de sortir un truc pareil. Et, bingo, je suis tombée dessus !

J’éclate franchement de rire, suivie par Carolyn. Ce rire me fait un bien fou. Il dénoue mes épaules, enlève la boule oppressante qui m’obstruait la poitrine, fait voler en éclat le stress qui me collait à la peau.

Mais n’enlève pas cette satanée odeur d’Alistair omniprésente…

– Amy ! entends-je soudain dans mon oreillette. Mais tu es où ?

– Ici ! réponds-je, alors qu’« ici » ne veut rien dire. À l’intérieur, j’aide Carolyn !

– On a besoin de toi dehors, tout de suite ! exige le réalisateur.

– J’arrive !

Je regarde Carolyn d’un air désolé.

– Oh non ! Je vais faire comment ? se plaint mon amie d’une voix traînante.

– Laisse faire la super-héroïne, m’amusé-je en posant ma main sur son épaule. À plus tard ! Avis à tous les hommes forts de ce tournage, dis-je dans mon micro. Carolyn a besoin d’aide pour déplacer une armoire ! C’est urgent !

Plusieurs voix me répondent par l’affirmative. Je souris, satisfaite, puis me dépêche de rejoindre le réalisateur, Alan, et son assistant, Stuart le mal léché.

– Je suis là ! Désolée, j’aidais…

– On sépare les caméras, me coupe Alan, élégant dans son costume noir, même s’il est recouvert de petits poils blancs qui appartiennent sans nul doute à Chouchou, affalé dans ses bras. Tu vas diriger la scène avec Matthew et Alistair. Ils t’attendent déjà.

Euh…

Je regarde Alan comme s’il venait de me demander de sauter d’un immeuble en feu. Je vais tourner une scène… toute seule ? Déjà ? C’est… wow ! Génial ! Incroyable ! Excitant !

Totalement flippant.

Et surtout complètement imprévu. Je n’ai pas le temps de me préparer, de savoir quoi dire, de me glisser dans le corps d’une réalisatrice sûre d’elle. Mais, d’un autre côté, je n’ai pas le temps non plus de stresser. Enfin, presque pas. La scène va se tourner plus loin, en bas d’une côte, avec l’océan en contrebas. Donc, le temps du trajet, je peux m’évanouir une bonne dizaine de fois, vomir tout autant, avoir envie de faire pipi encore plus. Ouais, le stress joue sur ça, chez moi…

Je me reprends vite, voulant montrer à Alan qu’il peut compter sur moi.

– D’accord. Pas de changements sur la scène ? demandé-je d’une voix professionnelle, soulagée de ne pas avoir oublié mes fiches je ne sais où.

– Non. On reste sur le même plan : Alistair chevauche pour rattraper un cheval qui s’est sauvé. Vérifie bien qu’on ne puisse pas le reconnaître à l’écran.

– D’accord.

– Nous n’aurons plus besoin d’Alistair et des chevaux, ensuite, on commence les scènes intérieures.

J’acquiesce.

– Matthew a déjà ton moniteur, tu vérifies que tout est OK, ajoute Alan, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

– Oui, réponds-je, incapable de dire autre chose qu’un « d’accord, OK, bien sûr ».

Le stress de faire correctement, de ne pas me planter, et surtout de ne pas faire perdre du temps à l’équipe, si jamais mon regard n’est pas le bon, me colle une boule dans la poitrine.

Alan donne son chihuahua à Stuart, qui l’attrape en réprimant une grimace, puis part avec son air digne et fier du plus grand réalisateur de tous les temps.

Ce qu’il est…

Je jette un regard vers l’endroit où patientent Matthew, le cameraman qui porte son matériel sur l’épaule ainsi que le moniteur, un petit écran portable qui va me permettre de suivre ce qui apparaît à la caméra, dans une main, et Alistair, ses deux monstres à quatre pattes à côté de lui. Je me prépare une micro-seconde à paraître naturelle devant l’homme qui n’arrête pas de me surprendre désagréablement ces derniers jours. Parce que je ne veux pas qu’il se doute du mal qu’il m’a infligé.

– Hé, mini rebelle, lâche Stuart tout à coup. N’oublie pas ça !

Je n’ai pas le temps de me tourner vers lui pour lui demander de quoi il parle, je sens juste la boule de poils agitée qui atterrit dans mes bras. Chouchou, surexcité, me lèche frénétiquement les mains. Et essaie d’atteindre mon visage pour y coller sa langue.

– Mais… m’opposé-je.

Trop tard, le traître est déjà parti…

Je soupire, fais un bisou sur le cou du chihuahua tout en l’empêchant de me couvrir de bave. Bon, OK, il ne bave pas vraiment mais les léchouilles sur le visage, très peu pour moi.

– Tu vas être super cool, hein, Chouchou ? lui chuchoté-je. Et tu veux que je te dise ? Je te préfère mille fois aux chevaux…

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