Dangerous Games Intégrale
12. Quand la jalousie rend complètement fou
77. Quand la jalousie rend complètement
fou
Personne ne cache sa surprise quand Alistair apparaît sur le tournage ce matin. En même temps qu’un soleil radieux illuminant ses cheveux qui se teintent d’or sombre. Même moi, je n’étais pas au courant qu’il devait venir. Il ne m’a pas prévenue.
Hier soir, Catriona est revenue main dans la main de l’écurie avec Moira. Celle-ci lui a demandé si elle était d’accord pour la revoir régulièrement, et la petite fille a accepté, non sans un regard interrogateur en direction de son père. Qui l’a rassurée d’un hochement de tête.
Un peu plus tard, le valeureux papa a tout expliqué à sa fille. En long en large et en travers. Catriona a posé beaucoup de questions, mais n’a pas semblé en vouloir à son père. Elle était seulement pensive. Les « pourquoi » ont fusé, Alistair a été sincère avec elle, et la petite fille a ensuite changé de sujet, comme elle sait si bien le faire. En demandant si je pouvais lui chanter une chanson avant de dormir.
Je crois qu’elle aussi a vu passer ma vidéo…
Alors je lui ai chanté la chanson que ma mère avait écrite pour moi. Catriona l’a adorée. Comme son père auparavant. Je lui ai aussi expliqué que toutes les mamans aimaient leurs enfants par-dessus tout, mais que quelques fois ça pouvait prendre un peu de temps avant qu’elles ne s’en rendent compte. Et que c’était chouette que Moira soit revenue pour la voir. La petite a acquiescé avec un petit sourire et m’a confié à mi-voix que ce n’était pas très facile d’appeler quelqu’un qu’on ne connaissait pas « maman », mais qu’elle était contente d’être enfin comme les autres, avec une « vraie maman ». Même si elle ne sauvait pas la planète. Et n’y connaissait rien en fées. Alors je lui ai vanté les mérites du métier d’esthéticienne. En lui expliquant ce qu’était exactement cette profession, et elle m’a offert un véritable sourire, cette fois. J’ai été émue, touchée de partager ce moment de complicité avec elle. De l’aider à accepter un peu plus les événements récents.
Et j’ai retenu mes larmes quand elle m’a demandé si j’allais rester. Ou si j’allais disparaître comme sa mère à sa naissance. Je lui ai dit que j’allais retourner chez moi, aux États-Unis, mais que je pourrais revenir la voir. Ou l’inviter. Je n’ai pas trop insisté, car Alistair m’a bien affirmé qu’il ne viendrait pas me voir. Et il ne me reste que quelques jours à peine pour le faire changer d’avis.
Ou quelques nuits… On se bat avec les armes que l’on a, non ?
Il n’y a que Calum qui n’est pas content de voir Alistair. On dirait qu’il a pris la place de Stuart, il est désagréable au possible, marmonne que ce… coq n’a rien à faire ici, qu’une convalescence ne se passe pas sur un plateau.
– Un problème ? demandé-je poliment à l’acteur nerveux qui lance des regards noirs en direction d’Alan et d’Alistair.
– Qu’est-ce qu’il fait là ? s’exclame-t-il. Qu’est-ce qu’il veut ? Se faire mousser ?
– Dire au revoir à l’équipe, peut-être, non ? réponds-je, retenant de montrer ma surprise face à son comportement.
– Alan vient de dire qu’il va réaliser une cascade ! grogne-t-il.
– C’est bien, non ? Vous ne prendrez pas de risque, comme ça. Et je croyais que vous n’aimiez pas ça, les cascades ?
Calum me regarde comme si je venais de dire une énormité plus grosse que moi. Alors que je me souviens très bien des caprices qu’il a faits pour ne pas tourner lorsqu’il avait trop froid, trop chaud, qu’il était enrhumé. Et il ne prend même pas la peine de me répondre. Il hausse les épaules et se dirige vers le plateau.
Moi, je me dirige vers Alistair…
– Cachottier… lui chuchoté-je dès que j’arrive près de lui.
– L’expert m’a convoqué, en réalité, m’apprend-il avec un sourire en coin et un air canaille dans les yeux. Mais je crois que je viens de me faire embaucher pour une dernière cascade.
– Je croyais qu’il ne devait plus y en avoir ? m’étonné-je.
– Il faut croire que le réalisateur a changé d’avis…
– Comme d’habitude, ris-je. Mais pourquoi l’expert veut te voir ?
– Tu vas le savoir tout de suite, il arrive.
En effet. Et pas seul. Avec deux policiers. Qui n’ont pas l’air sympathique. Et qui se dirigent vers Calum.
– Mais qu’est-ce qui se passe ? demandé-je pour moi-même en avançant vers l’acteur qui pâlit à vue d’œil.
Et recule de quelques pas…
– Calum Fraser, vous êtes en état d’arrestation, lance un policier. Pour tentative de meurtre. Vous pouvez garder le silence. Un avocat vous sera commis d’office, à moins que vous préfériez en solliciter un.
Un brouhaha s’élève de la foule maintenant rassemblée autour de nous. Le policier sort des menottes, s’empare des poignets de Calum et l’emprisonne de ses bracelets d’acier.
Comme dans un film…
– C’est quoi ce délire ? demande Bonnie qui apparaît à mes côtés.
– Le relevé d’empreintes digitales, explique Carolyn que je n’ai pas entendue arriver non plus. Eh bien, il a été très utile. Ils ont retrouvé les empreintes de Calum dessus. Et beaucoup d’empreintes, si j’ai bien suivi.
– C’est lui qui… m’exclamé-je horrifiée en posant la paume sur ma bouche. Oh mon Dieu ! Tu savais, Alistair ?
– Oui, je l’ai su très tôt ce matin. Il y avait trois empreintes différentes sur la sangle. Les miennes, bien sûr, celles de l’expert… et celles de Calum. J’avais ciré la selle la veille au soir, et Calum n’était pas censé y toucher puisque c’était ma cascade. Donc…
– C’est lui qui a voulu te tuer… terminé-je pour lui.
– Visiblement, oui. Mais j’aimerais bien savoir pourquoi.
Ah. Moi aussi…
En quelques pas, avec son assurance hors norme, Alistair fend la foule. Et s’arrête pile devant Calum qui le foudroie du regard.
– Pourquoi ? demande simplement mon amant d’une voix forte.
Mais Calum refuse de répondre. Il détourne les yeux et fait un pas en avant pour intimer l’ordre aux policiers de l’emmener. Alistair ne se démonte pas. Il se positionne devant lui et lui barre la route.
– Pourquoi ? demande-t-il de nouveau d’une voix encore plus forte, qui me fout des frissons dans le dos.
– Oui, pourquoi, Calum ? répète Alan, complètement désemparé. Pourquoi avez-vous voulu le tuer ?
– Je n’ai rien à vous dire, lâche le prisonnier d’un ton froid. Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat !
Mais non ! Il nous doit des explications !
Bonnie sort de la foule et se poste devant l’acteur déchu, son portable à la main.
– Si tu ne dis pas tout de suite pourquoi tu as fait ça, commence ma Bonnie, si sûre d’elle tout à coup, je te prends en photo et je balance tout sur les réseaux sociaux. En moins d’une heure, tout le monde saura que tu as voulu tuer l’homme qui faisait ta doublure.
Un large sourire s’inscrit sur mon visage en entendant l’idée géniale que vient d’avoir mon amie. Ni une, ni deux, je la rejoins.
Et dégaine mon portable !
– Ouep ! Moi aussi ! dis-je à mon tour. Et je peux vous dire, Calum-le-détestable, que j’ai un paquet de followers ! Alors ?
Puis c’est au tour de Carolyn d’en faire de même. Et d’autres membres de l’équipe suivent, nous imitant. Calum blanchit au fur et à mesure. Il en devient presque vert. Un policier lève le bras et ordonne qu’on se calme.
– Mais nous sommes très calmes, intervient quelqu’un. On veut juste savoir pourquoi il a fait une chose aussi horrible.
Calum observe le petit groupe que nous formons. Barricade humaine solidaire pour un appel à la vérité. Contre l’injustice. De nouveaux frissons remontent le long de ma colonne vertébrale. Malgré la situation, c’est beau ce qu’il se passe. Puis Calum, puisqu’il n’a pas d’autres choix, prend la parole en fixant Alistair d’un air mauvais.
– C’est de ta faute, siffle-t-il d’une voix faible. J’ai entendu Alan dire que tu passais très bien à l’écran. Et que tu devrais être acteur ! Il voulait que tu me remplaces ! Il a dit à son assistant qu’il te voulait pour la suite de la série ! Qu’il pourrait créer un rôle rien que pour toi ! Un rôle aussi important que le mien !
Un silence s’abat sur l’assemblée, choquée. J’observe Alistair qui garde parfaitement son calme.
– Si je comprends bien, tu as voulu… m’éliminer juste parce que tu étais… jaloux ? lâche Alistair sur un ton presque ironique.
Calum pousse un long soupir qui résonne entre nous tous. Puis il reprend d’une voix toujours aussi faible.
– Je voulais juste te faire peur. Te blesser un peu. Te faire comprendre que ce métier n’était pas pour toi, se justifie le traître qui vient de perdre son aura de mâle fantasmé par toutes les femmes.
Enfin, presque toutes. Moi, je ne l’ai jamais trouvé attirant…
– Je te plains, Calum, dit Alistair sans ciller. Tu dois vraiment manquer de confiance en toi pour faire un geste aussi… puéril. Mais sache que ça aurait pu être beaucoup plus grave. Et que tu aurais pu, à cause de ta jalousie, laisser une petite fille orpheline. Rien que pour ça, je ne te lâcherai pas. Je vais porter plainte contre toi. Et je peux t’assurer que tu vas avoir largement le temps de réfléchir à ce que tu as fait en prison.
Et mon amant maudit s’écarte pour laisser passer Calum et sa tête piteuse devant lui.
– Et tu es viré, bien sûr ! s’écrie Alan, rouge de colère, comme si c’était utile de le préciser.
Des chuchotements suivent la sortie de Calum par la petite porte. Enfin, façon de parler. C’est fini pour lui. Plus de films avant un long moment, plus de fans, plus de dignité.
Mais je ne vais pas le plaindre. Ma compassion a des limites…
– Alistair, dit Alan une fois Calum hors de notre vue, j’aurais besoin que tu remplaces Calum. Bien évidemment, les scènes seront de dos. On ne peut pas faire autrement.
– Bien sûr, répond Alistair, grand chevalier.
Sauf que la dernière scène, je la connais. C’est un baiser entre Calum et Bonnie. Génial…
Je me tourne vers ma meilleure amie qui ne sait apparemment pas où se mettre.
– Tu mets ta langue dans sa bouche, je ne t’adresse plus jamais la parole, plaisanté-je…
… à moitié.
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