Phytothérapie - Le livre de référence pour se soigner au naturel

Partie 1: - à la Découverte de la Phytothérapie

PARTIE 1

 

À LA DÉCOUVERTE DE LA

PHYTOTHÉRAPIE

 

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Histoire de la phytothérapie

et de ses grands principes

Historique (rapide) de la phytothérapie

Depuis la plus haute antiquité, l’histoire de la phytothérapie se confond avec l’histoire de l’humanité. Les hommes se sont toujours soignés avec les plantes qu’ils avaient à leur disposition. Comment ont-ils employé une plante plutôt qu’une autre ? Cela reste un mystère. Le hasard, l’observation des animaux qui connaissent d’instinct certaines plantes médicinales qui ne font pas partie de leur alimentation habituelle ? On a retrouvé dernièrement des traces de peuplier, plante riche en acide salicylique, précurseur de l’aspirine, dans les dents d’un homme de Néandertal souffrant d’un abcès dentaire encore visible sur sa mâchoire. Les hommes ont-ils goûté systématiquement toutes les plantes sauvages qui les environnaient et en ont-ils déduit leurs avantages et inconvénients, se constituant une pharmacie rudimentaire ? L’empirisme a dû jouer un grand rôle, par essais et erreurs successifs.

La Chine antique – ainsi que la médecine indienne traditionnelle appelée ayurvéda – s’appuie sur les plantes médicinales. Les médecins grecs de l’Antiquité gréco-romaine, comme Hippocrate (460-377 av. J.-C.), puis Dioscoride ( er I siècle apr. J.-C.) qui a décrit plus de mille substances naturelles, Pline l’Ancien (23-79), Galien (131-201), tous ont intégré les « simples », terme désignant les plantes médicinales, dans leurs traités thérapeutiques et la théorie des humeurs et des tempéraments. Au e VIII siècle, Avicenne dans son Livre des lois médicales synthétise les connaissances médicales de son temps. Excellents pharmaciens, les Arabes mélangeaient les plantes pour en améliorer les effets et, grâce à leurs contacts avec les traditions indiennes et chinoises, ont largement développé leurs connaissances médicales.

Au Moyen Âge, les monastères ont consigné les usages thérapeutiques des plantes médicinales. La religieuse mystique Hildegarde de Bingen (1098-1179) a décrit plus de trois cents plantes qui peuvent être utilisées à des fins thérapeutiques.

Entre le e e XII et le XVII siècle, l’exportation des plantes médicinales exotiques a élargi l’éventail des plantes utilisées en Europe. Malheureusement, les conditions de vie et d’hygiène catastrophiques à cette époque ont favorisé la propagation d’épidémies de maladies comme la peste, la syphilis, pour lesquelles n’existait pas de traitement. Les saignées et l’emploi de minéraux toxiques comme le mercure, l’arsenic ou l’antimoine mettaient plus en danger les patients qu’ils ne les guérissaient. Un médecin suisse, Paracelse (1493-1541), a réhabilité la théorie ancienne des signatures qui attribue à une plante des propriétés particulières en fonction de sa forme, sa couleur, sa saveur, son habitat, son odeur. Par exemple, la reine-des-prés ou le saule, qui poussent les pieds dans l’eau, soignent les douleurs articulaires liées à l’humidité. La fleur de pulmonaire officinale, dont les taches évoquent les alvéoles pulmonaires, soigne les affections respiratoires et pulmonaires. Alchimiste, il a approfondi également la notion de dosage, car pour lui « la toxicité des plantes ne dépend que de leur dosage ».

Au e XVI siècle, l’école italienne de Salerne a rayonné dans toute l’Europe. Au e XIX siècle, l’extraction des principes actifs des plantes fait progresser la connaissance de leurs modes de fonctionnement : la morphine extraite du pavot, la digitaline des digitales, la quinine du quinquina, puis la synthèse de l’aspirine. Malheureusement, le développement des molécules synthétiques au e XIX siècle n’a pas servi la phytothérapie, les plantes n’étant plus considérées que comme des réserves de molécules chimiques utiles. Petit à petit, les laboratoires de chimie supplantent la nature, et la phytothérapie et la médecine commencent à suivre des voies différentes. L’essor de la molécule chimique ayant fait perdre de vue une notion essentielle en phytothérapie, la notion de totum, cette synergie des différents principes actifs de la plante qui fait que « le tout est plus que la somme de ses parties ». Ce qui veut dire qu’il vaut mieux utiliser la plante entière plutôt que ses principes actifs isolés.

Au fur et à mesure du développement des médicaments chimiques, la phytothérapie paraît de plus en plus illusoire et démodée. La médecine moderne a progressivement établi son monopole, et commence alors pour les plantes médicinales une longue traversée du désert. En 1941, le diplôme d’herboriste sera supprimé, les pharmaciens étant les seuls habilités à vendre des plantes.

Mais la toute-puissance des médicaments chimiques, en dépit de résultats spectaculaires, est de plus en plus ébranlée par la mise en évidence d’effets secondaires parfois catastrophiques (affaires de la thalidomide, du Distilbène®, par exemple), le développement de la résistance aux antibiotiques, l’augmentation des maladies chroniques, diabète, asthme, dépression, maladies rhumatismales que l’allopathie a du mal à prendre en charge. Les gens recherchent des thérapeutiques moins agressives et la phytothérapie connaît un certain regain d’intérêt. D’autant que la connaissance des plantes s’est maintenant enrichie scientifiquement. Les données de la phyto-pharmacologie moderne permettent de confirmer souvent les effets des pratiques ancestrales. Car la prise en compte de la richesse du savoir traditionnel doit être complétée par une approche scientifique de la plante médicinale, dans son utilisation, par son étude des effets pharmacologiques et l’approche physiologique du vivant, prenant en compte les mécanismes régulateurs, d’interrelation et de globalité. C’est ce que fait l’ethnobotanique, par exemple, qui à partir de l’étude des utilisations traditionnelles, des modes de culture, de la connaissance de l’environnement de la plante, puis des connaissances de la pharmacologie, permet d’avoir une plante médicinale dans son totum d’extraction pour le prescripteur et le patient. On comprend mieux désormais comment la plante agit sur l’organisme, cela permet d’établir des dosages précis et de mieux maîtriser les éventuels effets secondaires.

En France, la connaissance de la médecine par les plantes s’est enrichie grâce à des pionniers comme le Dr Henri Leclerc, le Dr Valnet, puis plus près de nous les Drs Duraffourd et Lapraz. Le renouveau de l’aromathérapie fut l’œuvre du chimiste Gattefossé qui le premier a mis en lumière les relations structure-activités des composants aromatiques, qui donnèrent naissance à l’aromathérapie scientifique. En Belgique, le Dr Pol Henry a développé la méthode du traitement par les bourgeons, la gemmothérapie ou plutôt la phytoembryothérapie.

De nos jours, l’usage des plantes médicinales repose sur une base scientifique, en utilisant les données de la connaissance pharmacologique intégrées dans la physiologie du vivant. Le principal problème est en fait lié à la complexité chimique d’une plante, au type d’extrait qui sélectionnera certaines catégories de constituants en fonction du mode d’extraction, de la nature du solvant utilisé, des parties que l’on utilise de la plante. Le reproche fréquent des médecins allopathes concernant la phytothérapie est qu’il n’y a pas d’études et que son usage n’est qu’empirique. Or, une recherche sur la base de données bibliographique PubMed retrouve plus de quarante mille études ! C’est aujourd’hui une évidence, les plantes médicinales n’appartiennent pas au passé, leur renaissance dans notre culture médicale a tout l’avenir devant elle.