Phytothérapie - Le livre de référence pour se soigner au naturel

La notion de terrain

Le terrain peut se définir comme l’ensemble des processus qui permettent à l’organisme de conserver intact et constant son milieu intérieur, face au monde extérieur dans lequel il vit. Chaque individu est unique, il y a donc autant de terrains que d’individus. Cette notion de terrain cherche à expliquer la spécificité de l’homme en tant qu’individu, et les prédispositions à certaines maladies.

Le terrain est le résultat de l’interaction de la génétique et de l’épigénétique, du système neuroendocrinien et du système immunitaire de l’individu, dans son environnement nutritionnel, psychosocial, son mode de vie, et donc de son fonctionnement métabolique. Le corps humain n’est pas un assemblage d’organes fonctionnant chacun de leur côté mais un système cohérent qui agit et réagit en s’adaptant tout entier aux circonstances de la vie et au maintien de son homéostasie. Il y a une cohérence globale du corps qui implique que les divers éléments de l’organisme communiquent en permanence les uns avec les autres, dans un enchaînement qui, lorsqu’il est harmonieux, définit la bonne santé.

Le drainage

Spécificité de la phytothérapie, le drainage ne date pas d’aujourd’hui puisque cette notion a été développée par Hippocrate (460-377 av. J.-C.), puis Paracelse (1493-1541). Complètement ignorée par la médecine moderne, elle est maintenant remise au goût du jour par le marketing journalistique sous l’appellation de Detox, ce qui a fait écrire tout et n’importe quoi sur cette activité physiologique particulière qu’est le drainage.

Mais avant d’être un acte thérapeutique, le drainage est un mécanisme physiologique.

Les émonctoires (terme un peu désuet) sont les voies d’élimination des déchets dont dispose notre organisme : les reins, le foie, les intestins, la peau, les poumons. Le drainage est donc la stimulation d’un ou de plusieurs organes à fonction d’élimination, en fonction des demandes et des besoins adaptatifs de l’organisme. Ce drainage physiologique peut être l’accélération d’éliminations naturelles, diarrhée isolée par exemple, crise sudorale, crise de diurèse, etc.

Le drainage thérapeutique consiste donc à « forcer » un organe émonctoriel en augmentant sa capacité d’élimination, par exemple au niveau des reins, en majorant le volume des urines ou la concentration d’un ou de plusieurs de ses constituants. Cela peut correspondre à une opération de nettoyage interne spontané.

Il faut distinguer plusieurs types :

• Le drainage d’organe : soit l’organe est défaillant et doit être stimulé, soit il est nécessaire de forcer la fonction d’élimination de substances toxiques ou indésirables produites par l’organisme.

• Le drainage d’organisme : il intéresse plusieurs émonctoires, spécifiques d’une fonction donnée, et participe à la régulation générale de l’organisme, en cas de fonction métabolique perturbée.

• Le drainage des émonctoires : il n’est pas spécifique et n’est pas orienté vers une pathologie particulière, mais il est destiné à accroître la fonction de désintoxication de l’organisme comme, par exemple, des surcharges métaboliques sans que les fonctions des organes soient vraiment déficientes. L’intérêt du drainage, on l’aura compris, est de « débloquer » une situation quand les systèmes d’élimination physiologiques de l’organisme sont débordés.

Les causes de ces blocages peuvent être multiples : le stress, la fatigue, le tabac, l’excès d’alcool, les déséquilibres alimentaires, la nourriture trop riche, l’activité physique insuffisante, la pollution, les traitements médicamenteux, etc. La liste est longue !

L’organe central du concept du drainage est bien sûr le foie, qui filtre tout le contenu digestif, élimine ce que l’on appelle les xénobiotiques, c’est-à-dire toutes les substances chimiques ingérées par l’organisme, médicaments, pesticides, etc. Ces actions de détoxication se font à travers des systèmes enzymatiques spécialisés selon plusieurs étapes. La phase I, grâce essentiellement aux cytochromes qui assurent la solubilisation aqueuse de ces molécules lipophiles, puis la phase II, phase de conjugaison qui permet l’élimination des métabolites. De nombreuses plantes possèdent des inducteurs des enzymes de phase II, comme le chardon-Marie, les crucifères (comme le brocoli), les fruits rouges, le lin. La phase III permet le transport du toxique hors de la cellule hépatique. Le drainage peut être :

• un acte thérapeutique à part entière ; • dans de nombreuses pathologies, il s’avère indispensable et entièrement complémentaire du traitement étiologique ou symptomatique :

– en dermatologie : dans les acnés, les eczémas, psoriasis, furoncles ;

– en rhumatologie, obligatoire lors de l’instauration d’un traitement, les

articulations étant considérées comme un cul-de-sac métabolique : dans les arthroses, la goutte, les tendinites, en fait toutes les pathologies rhumatismales ;

– dans les surcharges métaboliques, hyperlipidémie, goutte, syndrome

métabolique, diabète, obésité, lithiases urinaires ou vésiculaires ;

– toutes les infections traînantes ou chroniques, sinusites,

bronchopneumopathies obstructives ;

– lors de chimiothérapies, chez les polymédicamentés. → Loin d’être une thérapeutique désuète et d’un autre âge (nous sommes loin de la saignée et du clystère), le drainage permet souvent de « débloquer » une situation de manière spectaculaire. Les plantes concernées sont extrêmement nombreuses, et il est difficile (et fastidieux) de les nommer toutes, mais on peut citer les plus importantes. • Le foie et la vésicule biliaire : artichaut, radis noir, chardon-Marie, romarin.

• Les reins : orthosiphon, piloselle, bouleau, pissenlit. • Le pancréas : fumeterre, genévrier, noyer. • La peau : pensée sauvage, bardane, bourrache. • Les intestins : mauve, guimauve, bouillon-blanc. • Les articulations : reine-des-prés, cassis, frêne. • Les poumons : bouillon-blanc, grande mauve, plantain. Avant la mise en œuvre d’un drainage, il convient de s’assurer que la voie de drainage est libre. Car le drainage n’est pas un acte anodin, et doit être réfléchi : drainer une vésicule biliaire, par exemple avec une plante comme l’artichaut, sans s’assurer qu’il n’y a pas de calcul vésiculaire, peut avoir des conséquences fâcheuses (risque d’expulsion du calcul dans le canal cholédoque).