Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 16 sur 101

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Gastronomie

Les Sœurs Macarons

 

 

La jolie ville de Nancy est une succursale de Versailles et de Trianon, avec des arcs de triomphe à toutes ses extrémités, des colonnades et des balustrades à n’en plus finir, des Amours et des pots de fleurs sculptés sur tous les édifices, sur l’hôtel de ville, sur le cercle, sur l’évêché ; de monumentales grilles dorées, œuvre du serrurier Jean Lamour.

 

Nancy n’a rien perdu de sa physionomie du dix-huitième siècle ; les maisons neuves sont aux faubourgs.

 

« Je suis née à Nancy, na ! » dit Rigolboche au commencement de ses Mémoires.

 

On n’en savait rien, s’il faut s’en rapporter à ceux des habitants que j’ai interrogés, – et qui m’ont paru en général mieux renseignés sur l’existence de Jacques Gallot, du roi Stanislas, de Fréron et de Guilbert de Pixérécourt.

 

Le Palais, proprement dit, et le parc appelé la Pépinière, peuvent soutenir la comparaison avec tous les parcs et tous les palais du monde.

 

On trouve dans la Pépinière, plus que dans les autres grands jardins, de l’herbe haute, des arbres abandonnés à eux-mêmes, des horizons franchement agrestes. La belle compagnie vient s’y promener à l’heure de la musique.

 

À présent, suivez-moi rue de la Hache, une rue tranquille entre toutes ; – arrêtons-nous ensemble devant cette maison

 

– 42 – reconnaissable aux énormes barreaux qui défendent ses fenêtres du rez-de-chaussée.

 

Au dessus de ce rez-de-chaussée, on lit en grosses lettres noires :

 

Les sœurs Macarons.

 

Ainsi que vous le pensez bien, il y a une légende là-dessous.

 

On ne s’appelle pas impunément Calepin, Quinquet ou Macarons.

 

La légende des sœurs Macarons remonte à la première révolution, – lors de la dispersion des ordres monastiques. Dispersion est plein de douceur.

 

À cette époque, quelques religieuses effarées – à juste titre – trouvèrent un asile dans une maison bourgeoise de la rue de la Hache, où, pour payer leur hospitalité, elles se livrèrent avec frénésie à la confection d’innocents et succulents macarons, dont la renommée se répandit bientôt dans tout Nancy, et au delà.

 

On commença à parler des macarons des sœurs ; et petit à petit, sans intention railleuse, la désignation de sœurs Macarons resta à ces pauvres filles.

 

Après leur mort, des personnes inconsolables continuèrent leur commerce ; – je leur devais et je me devais à moi-même ce pieux pèlerinage.

 

Ma conscience est maintenant en repos.

 

Les macarons de la rue de la Hache sont toujours, au dire des gourmets, aussi bons que par le passé. Ils sont d’une

 

– 43 – belle largeur, d’un beau grain doré, s’attachent délicieusement aux dents, et veulent être mangés frais.

 

Chaque boîte est ornée du portrait d’une des sœurs Macarons en habit religieux.

 

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