Gastronomie
La Soupe au Fromage
Chevet Ier a fait dynastie. Le nom n’est pas près de finir.
LA SOUPE AU FROMAGE
C’est une profonde erreur de croire que l’homme d’une humble condition, – et même le pauvre, – ne peuvent participer aux jouissances de la cuisine. Pour formuler une telle hérésie, il faut n’avoir jamais pénétré sous ces toits de chaume d’où s’exhalent de si enivrantes odeurs de soupe aux choux ; il faut ne s’être jamais assis avec une troupe de moissonneurs autour de ces ragoûts homériques qui envoient vers le ciel des tourbillons où le laurier, le lard et l’oignon marient leurs puissants aromes ; il faut n’avoir jamais surveillé, sous le manteau d’une énorme cheminée de campagne, l’omelette au lard qui se dore en chantant !
Nous avons souvent entendu des grands seigneurs, des financiers, attachés comme Louis XIV au rivage de l’étiquette, aspirer après quelques-uns des mets plébéiens que nous venons de citer, commander vainement à leur maître d’hôtel une salade de pommes de terre ou une oie aux
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Un homme qui a donné de nombreux gages à la gastronomie, M. Véron, entra un jour au Café de Paris, et, sous l’empire des préoccupations que nous venons d’indiquer, il demanda un plat de bœuf aux choux. Le garçon demeura stupéfait ; quant au chef, à qui l’on s’empressa de transmettre l’étrange désir de M. Véron, il en eut vite pris son parti. Il sourit avec fatuité et se mit à l’œuvre. Une demi-heure après, le bœuf aux choux était apporté devant l’Apicius de l’Opéra ; il n’y avait dedans ni bœuf, ni choux ; c’était exquis, sans doute.
M. Véron soupira, et ne toucha même pas au plat.
Voici une chanson qui, mieux que ce que nous pourrions dire, est faite pour remettre en honneur la cuisine, populaire ; elle a été chantée en notre présence sur une musique empreinte des allures solennelles de Lulli. L’effet en est merveilleusement apéritif :
La marmite est sur le feu,
Mettez-y du beurre ;
Ne craignez que le trop peu,
Et, sitôt qu’il pleure,
La farine et les oignons ;
Et de notre mieux soignons
La soupe au fromage !
Les oignons bien fricassés,
Versez l’eau bouillante ;
Puis faire à son gré laissez
La flamme brillante.
Un peu de sel, mais pas trop :
Et voilà lancée au trot
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La soupe au fromage !
Du pain les plus beaux croûtons,
Vite à la soupière !
Et par couche aussi mettons
Notre vieux gruyère.
Quel ineffable fumet
Lance à notre nez gourmet
La soupe au fromage !
Quels superbes filets blancs
La soupière grise
Fait rayonner de ses flancs
Sitôt qu’on y puise !
J’ai soif à n’y plus tenir,
Mais il faut d’abord finir
La soupe au fromage !
Les paroles de ce petit poëme sont de M. Max Buchon ; la musique de M. Alex. Schanne.
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