Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 54 sur 101

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Gastronomie

Chapitre VIII

 

Dans tous les environs la vendange était faite.

Du bourg de Valeyrac, ce soir, c’était la fête ;

Les vendangeurs partaient, on fêtait leur départ.

Adieu paniers ; – dansons et chantons sans retard !

 

On arrivait déjà d’une lieue à la ronde.

Les hommes avaient mis leur belle veste ronde,

Les femmes avaient mis leur plus rouge jupon ;

Et, gravement pimpants et la mine essoufflée,

Ils couraient, car déjà derrière la vallée

On entendait le bruit rauque d’un violon.

 

Je ne vous dirai pas, – à la façon flamande, –

L’enseigne de l’auberge et la folle guirlande

Que l’on avait ce soir appendue au brandon ;

Je ne vous dirai pas les rondes, les quadrilles,

Les buveurs accoudés et les joueurs de quilles ;

Je ne vous ferai pas le tour du rigaudon.

 

Ah ! parlez-moi plutôt des temps mythologiques

Où le ciel se peuplait de héros et de dieux,

Où le monde passait dans des splendeurs magiques,

Où l’Olympe entr’ouvrait son cycle radieux ! –

C’était sur quelque mont solitaire et sauvage,

À l’heure où le soleil déserte le rivage ;

On voyait accourir, partis dès le matin,

Les bergers empressés de maint vallon lointain ;

Sous l’odorant fardeau des roses d’Idalie

La façade du temple était ensevelie ;

Un satyre cornu sculpté sur le fronton,

Aux lèvres un hautbois, riait sous le feston ;

Et les nymphes, autour du satyre pressées,

Ployaient sous les raisins leurs têtes renversées.

 

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Est-ce une vision, poëte, où sommes-nous ?

Ardente, l’œil pourpré, la bacchanale antique

Se dresse devant moi sous le sacré portique.

Voici le sanctuaire et le peuple à genoux !

 

Évohé ! Évohé ! quel feu divin m’embrase !

Je sens bouillir mon front sous l’éclair qui le rase ;

Dans le fond de mon cœur je sens gronder ma voix :

Le voile de mes yeux se déchire, et je vois !

 

En marche ! Promenez devant nous les corbeilles !

Que le son des tambours disperse les abeilles !

Et que l’oiseau qui vient picorer le pépin

S’enfuie au vent bruyant de nos branches de pin !

Mêlons à nos cheveux de douces violettes ;

Musiciens, prenez votre casque d’aigrettes,

Et d’une voix unie au mode lydien

Dites-nous les exploits de Bacchus l’Indien !

Allez, versez le miel de la muse lyrique ;

Ceignons nos ceinturons et dansons la pyrrhique !

Venez, les Égipans, les Faunes des jardins,

Les Satyres barbus avec vos peaux de daims ;

Venez, les chèvre-pieds ; accourez, les Bacchides ;

Ajustez vos bandeaux, rattachez vos chlamydes ;

Et dansons ! – Ébranlons sous nos pieds la forêt !

Comme déjà le sol tournoie et disparaît !

L’arbre semble alourdi comme un autre Silène ;

Brandissons nos roseaux, dansons à perdre haleine !

De notre cercle immense ardent à fendre l’air

Embrassons la forêt dans nos anneaux de chair !

Tout fuit autour de nous, mon front vibre et ruisselle.

Dansons ! – Hécate luit sur les pâles marais,

Le vent du soir se lève impétueux et frais ;

Je vois, je vois là-bas le temple qui chancelle.

Dansons ! – Et vous Cinthie, Euphrosine, Aglaé,

Versez-nous à pleins flots vos brûlantes rasades ;

Notre patère est vide ; encore, mes Thyades !

 

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