Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 18 sur 101

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Gastronomie

Chapitre V: J’ai Recours à L’art Dramatique

CHAPITRE V

 

 

J’AI RECOURS À L’ART DRAMATIQUE

 

Une pièce qu’on pourrait appeler une pièce montée. – Rien n’y

manque : figuration nombreuse, premiers sujets, étoiles. – Rôles

comiques. – Un incendie au dénoûment. – Tous ! tous ! – On

compte sur un nombre infini de représentations.

 

MON ESTOMAC

 

FÉERIE EN PLUSIEURS TABLEAUX, AVEC PROLOGUE ET

ÉPILOGUE

 

PROLOGUE

 

Le théâtre représente un gastronome, vu intérieurement.

 

UN VERRE DE MADÈRE. – Holà ! quelqu’un ! la maison ! N’y a-t-il personne ?

 

L’ESTOMAC. – Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi me réveiller en sursaut ? il n’est encore que deux heures de

 

– 50 – l’après-midi ; laissez-moi tranquille un moment. (Il bâille). Aouââh !

 

LE MADÈRE. – Debout ! Paresseux ! Je suis envoyé comme ambassadeur, pour te prévenir qu’il y aura branlebas ce soir. – Un dîner épique ! Il faudra te montrer.

 

L’ESTOMAC. – Encore ! Je n’aurai donc jamais un jour de repos ! Quel maître exigeant ! – C’est que je ne suis pas tout à fait remis…

 

LE MADÈRE. – Bah ! bah ! tu en verras bien d’autres. D’ailleurs, on va t’envoyer quelques apéritifs, pour te préparer. Oh ! l’on ne veut pas te prendre en traître (On entend du bruit à la cantonade du larynx.) Tiens ! justement, voilà que ça commence.

 

L’ESTOMAC. – Déjà !

 

UN BITTER À LA HAVRAISE. – Bâbord et tribord ! Cric, crac ! Sabot et cuiller à pot !

 

L’ESTOMAC. – Pouah ! Quelle est cette nouvelle invention ? Ça pue l’acajou.

 

LE BITTER. – Serais-je par hasard dans l’estomac d’un bourgeois ? Mille sabords ! si je le croyais !…

 

L’ESTOMAC – As-tu fini, marin d’estaminet !

 

UN VERRE DE VERMOUTH. – Tu me reconnaîtras mieux sans doute, moi, car ma réputation est basée sur des mérites réels.

 

L’ESTOMAC, avec amertume. – Encore un joli farceur !

 

L’ABSINTHE. – Voyons, tout est-il en ordre ici ? L’heure avance. A-t-on apprêté les appartements ? A-t-on lavé, ciré,

 

– 51 – frotté, épousseté ? Comment ! le ménage n’est pas encore fait ! À quoi pensez-vous donc ? Hâtez-vous, vous dis-je. Un coup de balai par ici, un coup de plumeau par là. Que tout soit net et resplendissant !