Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 65 sur 101

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Gastronomie

L’étuvée20f

L’ÉTUVÉE21

 

Fi de la matelote !… honneur à l’étuvée !

Je vais la chanter dans mes vers.

Je les dédie à vous, qui l’avez conservée,

Braves mariniers de Nevers.

 

Puisqu’on écrit encor, dans le siècle où nous sommes,

Sur l’art de nous faire mourir,

Je crois qu’il est très-bon de révéler aux hommes

Les secrets de se bien nourrir.

 

Déjà, petit garçon, j’aimais les cuisinières.

L’utile, pour moi, c’est le beau.

Approchez, cordons bleus, alertes ménagères ;

Venez entourer mon fourneau.

 

Vous avez, je suppose, une carpe dorée,

Une tanche aux beaux reflets verts, Une anguille d’eau vive à la robe cendrée ;

Trois beaux poissons de goûts divers.

 

21 C'est M. Charles Jobey qui a bien voulu rimer pour moi la recette de l'Étuvée.

 

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Écaillez et videz, ménagez la laitance,

Coupez le reste par tronçons.

Vous avez sous la main, j’en suis certain d’avance,

Le plus brillant de vos chaudrons.

 

Mettez-y vos poissons, sel, poivre, ail une gousse,

Avec un sentiment profond ;

Baignez le tout de vin, pas de celui qui mousse ;

Du rouge, mais surtout du bon.

 

Suspendez le chaudron au moyen de chaînettes,

Ou bien sur un trépied de fer ;

Préparez du bois sec comme des allumettes,

Faites dessous un feu d’enfer.

 

Entretenez ce feu comme une autre vestale,

Sans quoi, le tout serait perdu.

Chauffez, chauffez toujours… Ah ! l’on sonne à la salle !

Madame attendra… c’est connu.

 

Partout la flamme mord et vient baiser, la folle,

Le vase en ébullition !

Voyez-vous au-dessus cette rouge auréole,

Comme du cuivre en fusion.

 

L’esprit s’est dégagé, vite saisissons l’heure,

Procédons aux derniers apprêts.

Doucement… du sang-froid… allons, mettez le beurre,

Un bon morceau, surtout très-frais.

 

Dix minutes encor, votre sauce se lie,

Chauffez un peu, mais à feu lent.

Posez votre chaudron sur la cendre rougie,

 

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