Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 69 sur 101

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Gastronomie

Chapitre XVI

 

 

Le petit pâtissier. – Bourgogne et Bordeaux. – Petit restaurant.

Les petits pois. – Le dîner que je veux faire.

 

LE PETIT PÂTISSIER

 

Le petit garçon pâtissier est habillé de blanc de haut en bas ; il a un pantalon blanc, une veste blanche et une toque blanche.

 

Sur sa belle toque blanche, son patron a posé une large corbeille où s’étale un glorieux vol-au-vent, flanqué de plusieurs douzaines de petits-fours. Le vol-au-vent fume, les petits-fours fument. C’est un plaisir.

 

Le patron a dit au petit garçon pâtissier :

 

« Hâte-toi ; la famille Dubroca a commandé ce vol-au-vent pour six heures ; il en est six et demie ; tu n’as pas un instant à perdre ! La facture est sous la serviette. »

 

Le petit garçon pâtissier part comme une flèche ; mais, au détour de la rue, son pas se ralentit, et, après s’être assuré qu’il n’est point suivi, il se plante en contemplation à la devanture d’un marchand d’estampes. Le vol-au-vent fume toujours : les petits-fours fument toujours !

 

– 284 –

Ce n’est qu’au bout d’un quart d’heure que le petit garçon pâtissier se décide à continuer sa route, lentement, le nez aux aguets. – Un cheval de voiture s’abat sur le macadam ; les sergents de ville accourent pour dresser procès-verbal ; la foule s’amasse. Le petit garçon pâtissier est au premier rang, avec sa corbeille sur sa toque blanche.

 

Il va ainsi, s’arrêtant à propos de tout : pour une affiche qu’on pose, pour une partie de billes entre gamins, pour un homme qu’on transporte chez un pharmacien, pour un régiment qui rentre à la caserne.

 

Heurté par tout le monde, c’est miracle si son fardeau conserve l’équilibre. – Le vol-au-vent ne fume plus, les petits-fours ne fument plus.

 

Cependant la famille Dubroca est dans l’anxiété. Elle a envoyé trois fois chez le pâtissier. On se penche toutes les cinq minutes sur la rampe de l’escalier ; rien n’arrive. La famille Dubroca maugrée justement.

 

Sept heures et demie sonnent. Aux premiers jets de becs de gaz, le petit garçon pâtissier s’aperçoit qu’il n’est plus dans son chemin. Il s’informe : il veut regagner le temps perdu ; le voilà qui court.

 

– Oh ! L’imprudent !

 

Comme il passe par une rue déserte, un chien aboie après lui et saute sur sa veste, qu’il tire à belles dents. Le petit garçon pâtissier veut se débattre. Dans ce débat, la corbeille se renverse et roule à terre avec son contenu.

 

Les passants rient, le petit garçon pâtissier pleure. Il ne rentrera pas, ce soir, chez son patron ; il sait qu’il serait battu

 

– 285 – et renvoyé. Sa mère a la main moins lourde, il rentrera chez sa mère, c’est un bon fils.