Gastronomie
Cadeaux de Circonstance
– Bah ! dit-il en haussant les épaules.
Il prépara un feu de charbon, bien modeste, comme tous les feux de ce temps-là, et sur ce feu il plaça un gril.
Ensuite, se rappelant comment il avait vu faire par les tonneliers de Bordeaux, il prit sa victime ; avec un couteau il la… dépouilla, et la fendit en deux.
Ces deux parties furent déposées sur le gril.
Une assiette, où étaient disposées des herbages, du sel et une forte pincée de poivre, attendait auprès.
Bientôt une odeur délicieuse se répandit dans l’appartement.
– D’honneur, on dirait un rat musqué ! prononça l’homme de lettres.
Ce fut la seule épitaphe du pauvre animal.
CADEAUX DE CIRCONSTANCE
J’ai reçu la lettre que voici :
« Monsieur,
« Est-il vrai qu’ils soient de vous, ces vers que je copie sur l’album de madame F…, et qui portent la date de janvier 1871 ?
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« Où pouviez-vous vous procurer d’aussi bonnes choses, alors que Paris manquait littéralement de pain ?
« UNE DE VOS LECTRICES,
« Qui désire garder l’anonyme. »
Suivaient ces huit petites strophes.
À MADAME F…
Dans cet écrin, je vous envoie
Un fragment de pâté de foie,
Merveilleusement conservé
Et retrouvé.
Un pâté, conquête suprême !
À peine y croirez-vous vous-même.
Rare trésor que Corcelet
Encor celait !
Puis, sous un fin papier de soie,
Quatre pommes de terre, ô joie !
Mieux qu’oranges de Portugal,
Friand régal !
Item, une mince rondelle
D’une attrayante mortadelle,
Qu’à l’étalage de Chevet
Mon œil couvait.
Hélas ! hélas ! le poisson manque :
Avec tout l’argent de la Banque
On ne trouverait chez Chabot
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Pas un turbot.
Pourtant j’ai, ce matin, aux halles,
(Sonnez, trompettes triomphales !)
Mis sur un morceau de Mondor
Un monceau d’or.
Voilà votre menu, mignonne,
Peu digne de votre personne ;
Plaignez-vous, fille de Boucher,
À mon boucher.
Je pourrais y joindre autre chose ;
Mais à votre air, je le suppose,
Vous n’aimez qu’en poudre le riz,
Charmante Iris !
Ces vers sont bien de moi, madame ma lectrice.
Maintenant, vous me faites l’honneur de me demander où je pouvais me procurer tant de bonnes choses, alors que Paris manquait littéralement de pain.
D’abord, parmi ces bonnes choses, vous aurez remarqué que le pain ne figurait pas.
Le pain était, en effet, la rareté par excellence. Je n’en mangeais pas plus que les autres, – non plus que de la brioche.
Mais j’avoue qu’il m’est échu quelques bonnes fortunes gastronomiques. D’aimables gens, adoptant sans contrôle la légende de mon appétit, étaient heureux de m’inviter à des expertises culinaires. Y avait-il quelque part un jaguar à accommoder, un quartier d’antilope à faire rôtir, vite j’étais
– 252 – assuré de recevoir mon service, comme pour une première représentation.
C’est ainsi que mon estomac a servi de tombeau à des bêtes étranges, dont j’eusse toujours ignoré le goût sans les horribles événements d’alors.
J’ai contribué dans une forte mesure à la dépopulation des hôtes du Jardin d’acclimatation. – Ô mes bonnes petites chèvres du Thibet, si jolies, si douces, pardonnez-moi de vous avoir arrachées à vos gracieux bonds sur l’herbe !
C’est à ce moment que le perfide Cham essaya de faire courir le bruit que j’avais mangé la trompe de l’éléphant.
Cela pouvait me porter un tort considérable dans le public, car l’éléphant est un animal très-sympathique chez nous ; mais l’admirable bon sens de la population parisienne fit aisément justice de cette grossière invention.
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