Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 22 sur 101

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Gastronomie

Quatrième Tableau

Et quand même j’aurais conservé une secrète affection

pour le hareng saur, quand même je ne serais pas encore

insensible aux rudesses de l’argenteuil, – hélas ! il me serait

impossible d’en obtenir de mon maître. Réputation oblige.

 

Mon maître est un des notables d’Obésopolis, la cité de

l’embonpoint. Il a quotidiennement son couvert mis à toutes les

riches tables.

 

Ah ! je suis un estomac bien malheureux ! Je regrette

quelquefois le temps où je ne mangeais pas mon content. J’ai la

nostalgie de Dinochau. – Comme tout change !

 

QUATRIÈME TABLEAU

 

Même décor. – Minuit. – Apparition de quelques flammes.

 

L’ESTOMAC. – Au feu ! au feu ! à l’aide !

 

UN VERRE DE PUNCH. – Tais-toi donc : tu ne vois pas que c’est une plaisanterie.

 

L’ESTOMAC. – Une plaisanterie, de l’alcool enflammé !

 

LE PUNCH. – Eh oui ! un pari… Ne dirait-on point que tu n’as jamais assisté à pareille fête ?

 

L’ESTOMAC, se tordant. – Éteignez ! éteignez !

 

LE PUNCH. – Sens-tu l’odeur de cette poignée de noisettes qu’ils ont jetées dans mes flots !

 

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L’ESTOMAC. – Bourreau !

 

LE PUNCH, riant. – Ah ! ah ! ils ont soufflé toutes les bougies ; ils ressemblent à des romantiques attardés dans un cadre de Louis Boulanger. – Ah ! ah !

 

L’ESTOMAC. – Je me ressentirai longtemps de cette secousse. Par l’ombre du sage magistrat Brillat-Savarin ! je me croyais à l’abri de ces folies d’adolescent. – Respirons.

 

UN VERRE DE BISCHOF. Glou, glou, glou.

 

L’ESTOMAC. – Qu’est-ce que cela encore ?

 

LE BISCHOF. – Ne t’occupe de rien, je viens t’assurer contre l’incendie.

 

L’ESTOMAC. – Dis-tu vrai ? Entre alors, et sois le bien reçu. Oui, tu apportes avec toi la fraîcheur et le bien-être. (Avec éclat.) Mais tu es le vin blanc !

 

LE BISCHOF, nonchalamment. – Oh ! avec un mélange d’ananas et de sucre… tout ce qu’il y a de plus inoffensif.

 

L’ESTOMAC. – Voilà leur éternel refrain ! (Abattu.) Faites de moi ce que vous voudrez à présent. Torturez votre victime. Je suis résigné.

 

CHŒUR DES CANETTES, dans le lointain. – Est-il devenu plus raisonnable ?

 

LE BISCHOF. – Je crois que oui.

 

UNE CHOPE D’ALE se hasardant. – Allons-y, dans ce cas.

 

L’ESTOMAC, révolté. – De la bière, jamais !

 

LA CHOPE. – Cependant…

 

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