Gastronomie
Chapitre X: Un Mariage par Gourmandise
CHAPITRE X
UN MARIAGE PAR GOURMANDISE
Vestris, le diou de la danse, bien qu’il s’exagérât sa valeur, avait une originalité incontestable.
Ses contemporains ne lui ont accordé que des jambes. Il avait aussi un cœur.
Ce cœur était des plus inflammables ; il battit surtout, vers la quarantième année, pour une jeune Hollandaise appelée mademoiselle Heinel.
Mademoiselle Heinel était l’élève favorite de Vestris, qui lui avait dévoilé tous les secrets de son art.
En revanche, il briguait d’elle une récompense, qui lui semblait toute naturelle, et qu’elle se refusait obstinément à lui accorder. D’abord, avec sa suffisance italienne, doublée d’impertinence française, il avait voulu être son amant. Repoussé avec un grand déploiement d’indignation, il se proposa comme mari.
Nouveau refus de mademoiselle Heinel.
Le divin Vestris en demeura plusieurs semaines atterré, – sur une jambe.
Jamais pareille résistance n’était venue le surprendre dans sa carrière triomphale. Aussi son dépit en fut-il réel. Il
– 211 – n’imita pas ces généraux qui jurent de vaincre ou de mourir : il jura de vaincre, – c’est-à-dire d’épouser mademoiselle Heinel.
Et il tint parole.
L’histoire de ce mariage est des plus extravagantes, et l’on pourrait en faire un proverbe à la Carmontelle, qui serait intitulé : Un Mariage par gourmandise.
Un jour, un laquais, s’annonçant de la part de madame la maréchale de M…, remit à mademoiselle Heinel le billet suivant :
« MA CHÈRE ENFANT,
« Vous êtes ravissante, et encore ravissante ! Je ne cesse de le dire à tout le monde, et je veux le dire à vous-même. J’ai prié Vestris de vous amener demain à ma petite maison de Bagnolet, où je donne une fête. C’est dire que vous en serez le premier ornement.
« À demain donc, chère belle.
« LA MARÉCHALE DE M. »
Ce billet flatta infiniment l’amour-propre de mademoiselle Heinel, qui, comme toutes les personnes de théâtre, était fort sensible aux avances des gens de cour.
Elle le relisait pour la quatrième ou cinquième fois, lorsque Vestris se présenta chez elle.
– 212 –
– Vous arrivez à merveille, mon cher maître, lui dit-elle ; voici ce que je viens de recevoir.
– Je sais, dit Vestris.
– La maréchale me fait beaucoup d’honneur ; on n’est pas plus aimable qu’elle, en vérité.
– Ajoutez qu’elle a un grand crédit auprès des directeurs de l’Opéra, et que sa protection peut vous être extrêmement utile. Avez-vous répondu à sa lettre ?
– Pas encore.
– Pourquoi ? demanda Vestris.
– Je suis un peu embarrassée… Est-il bien convenable que j’aille seule avec vous à cette fête ?
– Une élève avec son maître, rien de plus convenable.
– Si nous emmenions ma mère ? interrogea mademoiselle Heinel.
– Ce serait me faire injure… et puis, votre mère n’est pas sur le programme.
– Eh bien, Vestris, je me fie à votre chevalerie.
– C’est ce que vous avez de mieux à faire, ma déesse.
– Vous avez plus que moi l’habitude de ces parties du grand monde. Faites dire à madame la maréchale que je me rendrai à son invitation.
– Très-bien, Soyez prête à midi. Je viendrai vous chercher. Surtout, ne mangez pas trop auparavant ! La maréchale a un cuisinier incomparable.
– 213 –
– Que vous êtes étrange, Vestris ! dit mademoiselle Heinel avec un haussement d’épaules.
– Mignonne, on connaît votre péché mignon.
En effet, mademoiselle Heinel était connue pour sa gourmandise, défaut rare chez une danseuse ! Elle mangeait comme Louis XIV et donnait dans les viandes solides.
Cela expliquait l’air malicieux de Vestris, et pourquoi, avant de franchir le seuil de la chambre, il se retourna une seconde fois pour répéter sa recommandation :
– Ne mangez pas trop !
Le lendemain, à l’heure convenue, une voiture les emportait tous deux sur la route de Bagnolet. Une toilette de bon goût rehaussait les charmes de la belle Hollandaise. Vestris ne pouvait se lasser d’admirer son écolière. Il essaya, pendant le trajet, de remettre son amour sur le tapis, ainsi que ses propositions de mariage ; mais ce fut inutilement. On l’éludait, on le plaisantait, on ramenait la conversation sur la fête à laquelle on se rendait.
La voiture s’arrêta, au bout de trois quarts d’heure, devant une habitation isolée, d’apparence gentille, mais ne répondant pas à l’idée que mademoiselle Heinel s’était faite de la maison de plaisance d’une maréchale.
Un domestique vint ouvrir la grille.
– J’ai vu ce domestique quelque part, murmura mademoiselle Heinel.
– Vous ne vous trompez pas, dit Vestris ; il a été pendant quelque temps à mon service… Je l’ai cédé à la maréchale.
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Ils montèrent un petit perron, et ils se trouvèrent dans une antichambre déserte. Mademoiselle Heinel s’étonna qu’il n’y eût personne pour les recevoir.
– Suivez-moi, dit Vestris en s’engageant dans un corridor ; je connais la maison par cœur.
– Informons-nous plutôt auprès du domestique, répliqua mademoiselle Heinel.
Mais le domestique avait disparu.
– Par ici, continua Vestris, par ici… nous allons trouver du monde.
– Voilà qui est singulier ! pensa la danseuse.
Vestris poussa une porte qui donnait sur une pièce décorée dans un style tout à fait galant : glaces partout, ottomanes faisant face à toutes les glaces, panneaux ornés de peintures mythologiques.
– Personne encore ! dit mademoiselle Heinel.
– Tous les invités ne sont peut-être pas arrivés, objecta Vestris ; il est de bonne heure.
– Soit, mais la maréchale…
– La maréchale est sans doute dans le parc.
– Allons l’y rejoindre.
– Ne sera-ce pas indiscret ?… Mieux vaut l’attendre ici.
– Ici ?
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Et le regard de mademoiselle Heinel, se promenant autour d’elle, ne put s’empêcher de remarquer le goût érotique qui avait présidé à l’ameublement.
– Asseyons-nous un instant, ma reine, dit Vestris.
La reine se laissa prendre par la main et conduire vers un sofa jonquille.
– Ce silence… un jour de fête… murmura-t-elle, peu rassurée.
– Ce silence est complice de mon amour. Le bruit viendra trop tôt, hélas !
Il n’avait pas quitté la main de son élève.
– Causons de notre mariage, lui dit-il en s’asseyant à côté d’elle.
– Encore ?
– Toujours !
– D’un peu moins près alors, dit-elle en tournant la tête de tous les côtés.
– Que craignez-vous ?
– Je ne sais…
– Quand aurai-je le bonheur de vous conduire à l’autel ?
Mademoiselle Heinel se leva.
– Tenez, Vestris, dit-elle, conduisez-moi vers madame la maréchale.
– Nous avons le temps, répondit-il en essayant de la retenir.
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– Non, tout de suite !
– Un instant, de grâce.
– Je le veux, reprit-elle en frappant du pied, l’œil étincelant et le bras étendu vers la porte.
– Bravo ! la pose est admirable ! s’écria Vestris ; on jurerait que je vous fais répéter. Belle comme Junon en courroux !
– Vous osez sourire ?
– Je l’ose.
Elle se dirigea vers la porte, et la trouva fermée.
– Qu’est-ce que cela signifie ? dit mademoiselle Heinel en s’adressant à Vestris, qui était resté immobile sur le sofa jonquille.
– Vous avez trop d’esprit pour ne pas vous répondre à vous-même, lui dit-il en souriant toujours.
– Un guet-apens !
– Oh ! non… un piège, tout au plus, un stratagème innocent.
– Innocent !
– Sans doute. Nous agissons ainsi dans l’Italie, qui est le pays de l’imagination par excellence.
– Où suis-je donc ?
– Hier, j’aurais pu dire : chez moi… Aujourd’hui je réponds : chez vous.
– Chez vous ! répéta mademoiselle Heinel en fureur.
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– La, la… calmez-vous, mon ange !
– Et la maréchale ?
– Elle ne saura jamais que j’ai abusé de son nom.
Ainsi cette prétendue fête… ?
– Peut en devenir une réelle pour moi, répondit Vestris.
– N’approchez pas !
– Ai-je l’air de bouger ?
– Savez-vous que vous êtes un monstre, Vestris ?
– On me le disait en Italie, j’ai fini par le croire en France.
– Qu’espérez-vous de cette détestable plaisanterie ?
– Tout simplement vous amener à signer une promesse de mariage que j’ai préparée.
– C’est parfait, dit mademoiselle Heinel d’un ton ironique ; rien ne manque à votre scénario. Pourtant, je crois que vous serez obligé de changer le dénoûment.
– C’est justement au dénoûment que je tiens le plus, dit Vestris.
– Tant pis !
– Mais enfin, pourquoi ne voulez-vous pas devenir ma femme ?
– Parce que je veux rester ma maîtresse.
Vestris soupira.
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– Je vous donne une heure de réflexion, dit-il ; dans une heure je reviendrai.
– Comment ! vous allez me laisser seule ici ! s’écria mademoiselle Heinel.
– N’y est-on pas aussi bien que possible ? dit Vestris.
– Je vous avertis que je vais crier…
– On ne vous entendra pas.
– Appeler à l’aide…
– On ne viendra pas.
– C’est une indignité !
– Non, répliqua Vestris ; c’est une nécessité. Consentez à signer le chiffon que voici, et je vous rends immédiatement votre liberté.
Il lui mettait sous les yeux la promesse de mariage.
– Jamais ! dit impérieusement mademoiselle Heinel.
– Alors, dans une heure, dit froidement Vestris.
Et après avoir salué, comme lui seul savait saluer au monde, il sortit par une porte secrète, avant que mademoiselle Heinel, stupéfaite, eût le temps de faire un pas.
– Qu’est-ce que cela veut dire ? se demanda-t-elle ; est-il sérieux ou badin ? dans tous les cas, il se trompe étrangement s’il croit m’obtenir par la contrainte.
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Il y avait quelques livres épars dans le boudoir. Elle se mit à les parcourir en feignant une tranquillité qui était loin de son esprit.
Tout à coup une odeur délicieuse arriva jusqu’à elle.
– Ah ! le dîner qu’on prépare ! dit-elle avec un accent de satisfaction. Il était temps !
Elle ne se trompait pas. Au même instant, un léger bruit se fit entendre : un guichet s’ouvrit dans la boiserie, assez large pour laisser pénétrer le regard dans tous les détails de la pièce voisine, qui était une jolie salle à manger.
La table était servie.
Deux couverts y figuraient.
Sur des réchauds, entretenus à une température modérée, fumaient discrètement les plats qui avaient enchanté l’odorat de mademoiselle Heinel. Le vin rafraîchissait dans un seau d’argent.
Un de ces meubles nommés servantes, sur lequel s’étageaient une douzaine d’assiettes, indiquait qu’aucun domestique n’était appelé à troubler ce fin repas.
Ce spectacle exerça une vive impression sur les sens de mademoiselle Heinel, dont nous avons fait connaître les aptitudes gastronomiques.
– Allons ! pensa-t-elle, Vestris est décidément un homme entendu en toutes choses.
Sur ces entrefaites, l’illustrissime danseur apparut dans la salle à manger.
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Il s’approcha du guichet, où ses yeux rencontrèrent ceux de mademoiselle Heinel.
– Êtes-vous décidée à signer ? demanda-t-il.
– Non.
Alors il revint à la table et enleva un couvert.
– Que faites-vous ? dit-elle anxieuse.
– Vous le voyez, je m’apprête à déjeuner.
– Seul ?
– Seul, dit Vestris.
– Vous n’y pensez pas !
– Voyez plutôt.
Il s’assit méthodiquement, de manière à lui faire face. Méthodiquement aussi il attira à lui un poulet à la dauphine, dont il enleva l’aile droite avec dextérité.
La danseuse n’en revenait pas.
– Exquis ! dit Vestris après la première bouchée.
La danseuse suffoquait.
Vestris s’était versé du vin. Il leva son verre pour en admirer la riche robe de pourpre.
– Ceci, dit-il, me vient directement du maréchal de Richelieu : c’est une bouteille de son excellent cru de Saint-Émilion, dans le Bordelais… À votre santé, mon adorable !
Les regards de mademoiselle Heinel flambaient de colère et d’envie.
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– Ce jeu va cesser, n’est-il pas vrai ? dit-elle.
– Quand vous voudrez.
– Vestris… mon cher Vestris… vous que j’ai connu si complaisant, si aimable…
– Ô le merveilleux pâté ! dit Vestris sans paraître l’entendre.
– Ouvrez-moi.
– Avez-vous signé ?
La danseuse ne répondit pas.
– La promesse de mariage est sur le guéridon, continua Vestris ; vous trouverez de l’encre et une plume dans le secrétaire en bois de rose, à votre droite.
La danseuse lui lança un regard foudroyant, et elle retourna s’asseoir sur le sofa, le plus loin possible du guichet.
Elle ne voulait plus voir.
Mais elle ne pouvait empêcher que les parfums de la table se répandissent autour d’elle et l’enveloppassent d’une vapeur séductrice.
Elle ne pouvait empêcher non plus les exclamations de ravissement que son bourreau ne lui épargnait pas.
– Ces petits pois sont la suavité même !
– Que cette pêche est fondante !
– Je n’ai jamais rien goûté de comparable à ces croque-en-bouches !
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Puis il faisait claquer sa langue, et l’on devinait mille contorsions de béatitude.
– Sablerai-je le champagne ? se demanda-t-il ensuite.
Le vin de Champagne était la folie de mademoiselle Heinel.
– Oui, se répondit Vestris.
Et bientôt après, le bruit joyeux d’un bouchon sautant au plafond alla porter à son comble l’exaspération de la danseuse.
Son supplice dura jusqu’à la fin du dîner de Vestris, que celui-ci prolongea avec une barbarie raffinée. Il ne lui fit même pas grâce du refrain qu’amènent invariablement avec eux les pétillements du sillery.
Après quoi il sortit pour aller respirer l’air pur du jardin.
Mademoiselle Heinel demeura seule une deuxième fois.
Sa perplexité était grande. Que devait-elle faire ? À quel parti devait-elle se résoudre ?
L’après-dînée s’écoula ainsi.
D’heure en heure, la figure du cruel Italien se montrait au guichet.
– Eh bien ? disait-il.
– Eh bien, quoi ? répliquait mademoiselle Heinel.
– Avez-vous signé ?
– Non.
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L’obstination de la danseuse croissait en raison de sa faim, – et ce n’était pas peu dire.
En plusieurs heures, mademoiselle Heinel passa par tous les degrés de la rage, du désespoir, de l’abattement.
À l’une des apparitions de Vestris, elle essaya de transiger.
– Eh bien, lui dit-elle… ouvrez… nous verrons… je ne dis pas non.
– Avez-vous signé ? articula l’implacable danseur.
Mademoiselle Heinel haussa les épaules et lui tourna le dos.
Le soir vint, et avec le soir l’heure du souper.
Mademoiselle Heinel en vit tous les préparatifs, comme elle avait vu tous les préparatifs du dîner.
– Oh ! murmura-t-elle, je ne pourrai jamais subir cette nouvelle torture !
Lui, Vestris, était calme et rayonnant.
Au moment où il allait recommencer la scène du matin, – aux bougies cette fois, – il entendit une voix dolente qui l’appelait :
– Vestris !
– Que voulez-vous, ma chère amie ?
– Vestris, je sens que je vais mourir… Mes forces m’abandonnent… je me meurs, Vestris !
– Rassurez-vous, répondit Vestris, la bouche pleine.
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– N’aurez-vous pas pitié de moi ?
– Il n’y a que vous d’impitoyable, ma divine.
Mademoiselle Heinel était étendue sur l’ottomane, dans une attitude propre à exciter la pitié de tout autre que Vestris.
Elle se redressa subitement.
– Ah çà ! c’est donc vrai ? s’écria-t-elle d’une voix qui avait recouvré toute sa sonorité ; votre intention est donc réellement de me prendre par la famine ? Vous êtes donc tout à fait décidé à me laisser périr d’inanition ? Ce n’était pas assez d’un enlèvement, d’un rapt ! Ignorez-vous, Vestris, que la loi peut s’armer de toute sa rigueur contre vous ?
– J’ai tout prévu, dit-il tranquillement, tout calculé.
– Savez-vous que vous pouvez être pendu ?
– Je le sais.
– Rompu, écartelé, brûlé ?…
– Je le sais.
– Et cela ne vous fait pas hésiter ?
– Que voulez-vous ! je ne tiens pas à la vie.
– Et vous êtes disposé à pousser jusqu’au bout votre exécrable dessein ?
– À mon grand regret, soupira Vestris.
– C’est qu’il le ferait comme il le dit ! dit mademoiselle Heinel confondue par ce sang-froid.
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Il avait cessé de l’écouter ; sa fourchette plongeait déjà dans un plat.
– Arrêtez ! s’écria-t-elle.
La fourchette s’immobilisa.
– Qu’est-ce que vous vous disposez à manger là ? demanda mademoiselle Heinel.
– Un chaud-froid de vanneaux… Ma cuisinière réussit particulièrement ce mets.
– Un chaud-froid de vanneaux !… répéta la danseuse, les yeux fermés, les narines dilatées ; c’en est trop !
Puis brusquement, d’un seul bond, elle s’élança vers le guéridon, et saisissant la plume, elle traça sa signature au bas de la promesse de mariage.
La porte de la salle à manger s’ouvrit presque aussitôt, et Vestris parut sur le seuil.
– Le souper est servi ! dit-il joyeusement en lui tendant la main.
– Vous me payerez cela, Vestris ! murmura-t-elle entre ses dents.
– Qui sait ?
Un mois après, Vestris conduisait « à l’autel » sa belle écolière.
Quelques mots de post-scriptum.
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Le fond de cette anecdote est tout à fait historique. Le général Lasalle en parle dans son ouvrage intitulé : l’Anneau de Salomon.
Quant au mariage, voici en quels termes il fut annoncé dans la Chronique scandaleuse, rédigée par Champcenetz : « Vestris, si justement appelé, quoi qu’on en dise, le diou de la danse, a fait véritablement ce que nos roués appellent une fin : il s’est marié. Mademoiselle Heinel lui tenait au cœur depuis longtemps. Était-ce parce qu’il l’avait souffletée en plein théâtre, il y a quelques années ? était-ce parce qu’il s’en était vu dédaigné ?… »
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