Gastronomie

Charles Monselet · Chapitre 21 sur 101

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Gastronomie

Troisième Tableau

 

Même décor. – Neuf heures.

 

L’ESTOMAC. – Excellent café ! arome pénétrant ! Ma foi, encore une tasse.

 

LE COGNAC. – À la bonne heure !

 

L’ESTOMAC. – Oh ! doucement, doucement ! Pas de bain de pied.

 

Le RHUM. – Tu as raison ; le bain de pied est absurde et incommode.

 

L’ESTOMAC. – Mais qui t’appelle, toi ?

 

LE RHUM. – Je viens pousser le cognac.

 

LE CURAÇAO. – Je viens pousser le rhum.

 

L’ANISETTE. – Je viens pousser le curaçao.

 

L’ESTOMAC. – Grâce !

 

LE KIRSCH. – Ranchez-fus, fus audres ; ne me regonnaisez-fus boint ?

 

L’ESTOMAC. – C’est le kirsch de la forêt Noire ! Je suis joli !

 

LE KIRSCH. – Ezze-gue che fus vais bir ?

 

L’ESTOMAC. – Qu’est-ce qu’il dit ?

 

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LE MARASQUIN. – Il demande s’il te fait peur.

 

L’ESTOMAC – Je le crois bien, parbleu !

 

LE KIRSCH. – Tarteiffle !

 

L’ESTOMAC, au kirsch. – Allons, mon brave, ne vous fâchez point. On ne fait point d’esclandre ici. Pourquoi diable venez-vous si tard ? On ne comptait plus sur vous.

 

LE KIRSCH. – Ch’aggzebde fos exguices.

 

L’ESTOMAC. – Qu’est-ce qu’il dit ?

 

LA CRÈME DE MENTHE. – Il dit qu’il accepte vos excuses.

 

L’ESTOMAC. – On croirait qu’ils s’apaisent là-haut. Je n’entends presque plus rien. C’est généreux à eux de me laisser un instant de répit.

 

BARCAROLLE

 

Comme tout change ! Il y a quatorze ou quinze ans, je

m’estimais heureux d’avoir un hareng saur à mon repas du

matin, – et à mon repas du soir ;

 

Un hareng saur arrosé d’un claret, qui aurait pu passer

facilement pour le Markowski des chèvres. C’était le bon temps,

– si l’on veut.

 

Aujourd’hui, il me faut des chères bien autrement

précieuses, des vins bien autrement opulents. Comme tout

change !

 

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