Précipice
Chapitre 22
– 22 –
On l’a saccagé, lui, avec son foutu cœur
plein d’amour pour elle
La nuit semblait s’étirer sans fin dans le silence de la maisonnée ensommeillée. Assis dans le vieux canapé du sous-sol aménagé, Alexandre Schäffer jetait régulièrement un œil impatient à son portable posé sur la table basse. Sur le grand écran télé face à lui défilait un reportage sur les animaux vivant dans les grands fonds marins, des êtres plus laids les uns que les autres, et dont la survie tenait à des stratégies improbables faites d’attente, de déguisement et d’opportunisme. Du moins le déduisait-il des images, puisqu’il avait coupé le sifflet au commentateur dont la voix soporifique constituait une réelle menace d’endormissement. Malgré sa fatigue, Alexandre s’obligeait à réfléchir. Magyd avait été assassiné, bordel ! Depuis le texto de son frère qu’il avait reçu la veille, il ressassait inlassablement l’année fatidique qui avait marqué un virage définitif dans sa vie, vingt ans plus tôt. Il fouillait dans ses souvenirs, tentant de remettre les noms et les visages d’une période qu’il s’était astreint à effacer de toutes ses forces, jusqu’à déménager à l’autre bout du monde. Il devait remonter le fil du temps, pas le choix. Parce que quelqu’un se prenait aujourd’hui pour un justicier de l’ombre, quelqu’un qui était forcément lié à leur passé à tous. Et si Alexandre parvenait à l’identifier, il s’arrangerait, d’une manière ou d’une autre, pour orienter les flics vers ce type et le faire arrêter avant qu’il ne commette d’autres meurtres… avant qu’il ne tue ton propre frère jumeau, ajouta une voix grinçante surgie d’un recoin de son esprit.
Du magma indistinct qui lui servait de mémoire sur cette période, Alexandre était parvenu à extraire quelqu’un. Aucun nom. Aucun visage. Mais une silhouette obèse dont il se souvenait parfaitement. Le meilleur ami de Clara. L’amoureux transi et profondément humilié. Celui-là même qui était venu le trouver à la sortie d’un entraînement et lui avait craché sa haine au visage. Étrange, l’esprit humain, non ? Alex ne se souvenait de rien concernant ce pauvre gars, mais les mots que ce dernier lui avait balancés ce jour-là, eux, étaient remontés à la surface en quelques secondes : « Je ne sais pas comment vous vous y êtes pris, mais je suis sûr que toi et ta bande êtes derrière tout ça ! »
Alexandre se rappelait avoir levé un sourcil aussi narquois que désinvolte. Sa manière à lui de paraître indifférent, alors même que la honte de ce qu’ils avaient fait subir à ce gars le submergeait. Puis d’une voix qu’il voulait railleuse, il avait rétorqué : « À supposer que tu aies raison, prouve-le donc ! »
Le gros avait secoué la tête avec dégoût. « Tu te prends pour le roi du monde parce que tu m’as volé Clara ? Bullshit ! En réalité, tu es une merde ! Et retiens bien ceci, sale connard : j’attendrai le temps qu’il faudra, mais je me vengerai de vous tous ! »
Mot pour mot. Puis le gros avait reculé et craché à ses pieds en affichant un mépris absolu. Un mépris qu’Alexandre n’avait jamais essuyé. Un mépris légitime et qui lui était pourtant insupportable. Alors, avant que le gros ne s’éloigne trop, il s’était empressé de le moucher d’un ton fielleux : « Pour ta gouverne, ce n’est pas moi qui t’ai volé ta si précieuse Clara ! Elle est bien trop occupée à se faire tringler par Chaban pour s’intéresser à qui que ce soit d’autre ! »
À en croire l’expression de haine pure sur le visage du gros, cette révélation avait fini d’anéantir toutes ses illusions : avec ou sans Alexandre, Clara préférait aimer ailleurs.
Qu’était devenu ce gars, avec son gros cul, son gros bide, son double menton, et sa tronche de premier de la classe ? Était-il le tueur ? Le taré qui signait ses crimes « MPC » ? Clara avait-elle pu lui confier quelque chose sur leur groupe ? Avait-elle évoqué MPC avec lui avant le coup horrible qu’ils lui avaient fait et qui avait mis un terme définitif à leur relation ?
Alexandre en était là de ses réflexions quand un flash surgit dans son esprit : Clara, isolée dans un coin de la cafétéria, en train d’écrire. De s’épandre sur son foutu cahier intime qu’elle traînait quasiment partout ! Qu’écrivait-elle là-dedans, hein ? Et, surtout, entre quelles mains se trouvait ce cahier aujourd’hui ?
La vibration du téléphone portable sur le verre de la table le surprit, coupant court à ses pensées. D’un geste empressé, Alexandre décrocha.
– Enfin ! J’ai cru que tu n’appellerais jamais !
– Je n’étais pas seul ! se défendit David, d’une voix extrêmement nerveuse. Je ne pouvais pas prendre le risque de te parler avec Denise et Clotilde dans les parages !
– Elles sont sorties, là ?
– Oui. Elles sont allées se promener.
Un silence lourd de tension s’insinua. Puis la voix paniquée de David résonna d’un coup dans l’appareil :
– Alexandre, putain, on fait quoi maintenant ? Je suis en train de devenir dingue ! Et si… et si ce type… et si j’étais le suivant sur la liste, hein ?!
– Calme-toi, David.
– Que je me calme ?! cria-t-il. Que je me calme ?! Mais je ne suis pas à l’abri à Wellington, moi !
– Justement, David ! Si tu paniques, je ne pourrai pas t’aider, tu comprends ça ? rétorqua-t-il d’une voix inflexible. J’ai une piste, frérot, O.K. ? reprit-il avec douceur. Alors, tu te calmes et tu respires. Allez, fais ce que je te dis, maintenant.
Il entendit que son jumeau prenait plusieurs grandes inspirations et laissa filer le temps nécessaire. David avait toujours été vulnérable. Dès leur enfance, il s’était reposé sur lui, c’était ainsi. Et Alexandre en était même arrivé à se demander ce que deviendrait David s’il se décidait à faire le grand saut vers la Nouvelle-Zélande, pays d’origine de Kate. Finalement, il l’avait fait, ce foutu grand saut. Et, étrangement, David était parvenu à trouver un certain équilibre. Mais le revers qu’ils essuyaient aujourd’hui redistribuait les cartes, une nouvelle fois. Comme si les résurgences du passé les assignaient à ceux qu’ils étaient avant. Avant ce jour maudit.
– Ça va mieux ?
– Oui.
– Bien. Écoute-moi, David. Nous devons absolument identifier le tueur et le livrer sur un plateau aux flics. C’est le seul moyen de nous sortir sains et saufs de tout ça.
– Mais j’ai demandé à Valériane, elle n’a pas la moindre idée de l’identité de ce type, bordel !
– Peut-être, mais moi, j’ai une idée. Une idée qui tient la route.
– C’est vrai ? fit David, plein d’espoir.
– Tu te souviens du gros ? L’ami d’enfance de Clara ?
Il y eut un court silence, puis David percuta :
– … Oui, ça y est ! Oui, oui, je m’en souviens, forcément. On lui en a fait baver, ajouta-t-il d’une voix chargée de remords.
– Mmm… Des conneries de jeunes, on ne se rendait pas compte.
– Oh, merde ! Tu crois que c’est lui ? Mais ça n’a… ça n’a aucun sens… je veux dire, vingt ans après ?
– David, il y a une chose que je ne vous ai jamais racontée, soupira Alexandre, parce que, au fond, je n’étais pas très fier.
– Quoi donc ?
– Ce gars, après le truc qu’on lui a fait, il est venu me trouver. Il m’a fixé dans les yeux et il a promis de se venger de nous tous.
David partit d’un petit ricanement nerveux, avant de lancer d’un ton incrédule :
– Putain, mec, tu t’entends ? On était ados ! Ce gars était encore plus jeune que nous ! C’étaient des paroles en l’air, Alex ! Le baroud d’honneur d’un gamin qui venait de subir la honte de sa vie ! Tu ne peux pas prendre au sérieux des menaces qui remontent à vingt ans et…
– MPC, David ! l’interrompit Alexandre. Ça remonte à vingt ans, oui ou non ?
Un silence interdit lui répondit.
– Ce gamin, comme tu dis, on l’a humilié en public. On l’a piétiné. On lui a volé Clara. On l’a saccagé, lui, avec son foutu cœur plein d’amour pour elle. Et, pour couronner le tout, il a juré de se venger. Il te faut quoi, sérieux ?
– Et comment aurait-il su pour MPC ?
– Ce cahier intime à la con que tenait Clara, tu t’en souviens ?
– Oui, souffla David.
– Valériane nous a dit qu’elle ne l’avait pas retrouvé.
David émit une sorte de gémissement indéchiffrable qui alerta Alexandre.
– David ! Ça va ?
– Oui… enfin non… je ne sais pas, bordel ! Tu viens de me dire que ce type détient le cahier, putain ! Tu te rends compte ?!
Son frère lui faisait l’effet d’un récipient bourré de nitroglycérine susceptible d’exploser au moindre mouvement trop vif.
– Calme-toi, David… Respire, O.K. ? Respire, allez, j’attends.
David finit par obéir, et l’écho de son souffle résonna dans l’appareil. Alexandre laissa donc filer de longues secondes, attentif aux respirations de son frère. Quand il le sentit apaisé, il reprit :
– C’est bien, frérot. Et maintenant, écoute-moi attentivement : même si le gros a le cahier, il ne peut pas savoir ce qui s’est passé le dernier jour. Est-ce que tu comprends ? fit-il d’une voix lente, en détachant chaque mot.
– Oui, je comprends parfaitement.
– Donc, rien ne sert de paniquer, O.K. ?
– D’accord.
– Ce mec se venge de ce qu’on lui a fait subir. Il signe « MPC » pour nous ramener à cette époque et nous signifier qu’il n’a rien oublié.
– Oui, et, au passage, il nous dit aussi que les rôles sont inversés, commenta David.
– Tu as probablement raison… Quoi qu’il en soit, on doit remonter jusqu’à lui. C’est le seul moyen de nous en sortir.
– Tu ne peux pas hacker le serveur du lycée et trouver la liste des anciens élèves de l’époque ?
– Je l’ai déjà fait, David, figure-toi ! Sauf que 2001, c’était l’époque des dinosaures. J’espérais qu’ils aient scanné leurs archives papier, mais ce n’est pas le cas. Du coup, il faut opérer autrement.
– Je vais en parler à Valériane, d’accord ? Elle doit savoir des choses sur lui. Clara lui en a forcément parlé.
– Si seulement elle se souvenait de son nom, ce serait un bon début ! Je pourrais faire des recherches sur la Toile et récupérer des infos.
– Et si ce type est vraiment un foutu psychopathe de mes deux, hein ? On fait comment pour le dénoncer à la police sans se griller ?
– Chaque chose en son temps, David. D’abord, retrouve-moi l’identité de ce mec.
*
* *
David Schäffer attendit que la respiration de Denise atteste de son profond sommeil pour s’extirper précautionneusement du lit. Il traversa la chambre sur la pointe des pieds, puis se figea sur le seuil et tendit l’oreille. Le souffle de son épouse demeurait constant. Parfait. Il descendit les escaliers à pas de loup et se rendit dans le bureau où l’attendait son téléphone prépayé. L’horloge digitale affichait 23 h 12, mais, dans son texto, Valériane lui avait répondu qu’il pouvait l’appeler quand il voulait. Schäffer quitta la pièce, son mobile à la main, et se rendit au garage. Un froid de canard l’y cueillit, mais il préférait de loin cet inconfort au risque que Denise l’entende. Il prit tout de même le temps d’enfiler une vieille parka suspendue à une patère avant d’appuyer sur la touche d’appel. Valériane décrocha à la première sonnerie
– C’est moi, fit-il, en se trouvant un peu idiot de dire ça.
– Oui. Pourquoi tenais-tu tant à me joindre ?
– J’ai eu Alexandre au téléphone, cet après-midi.
David se lança alors dans le récit de son échange avec son frère. Durant tout le temps où il parla, Valériane ne l’interrompit pas. Quand il eut terminé, un long silence lui fit écho.
– Valériane, tu es toujours là ?
– Oui… Je réfléchis, c’est tout, fit-elle nerveusement. Alexandre pense vraiment que ce gars pourrait être le coupable ?
– Qui d’autre, sinon ? lui retourna David, en essayant de paraître convaincu.
– Mais cette théorie est complètement délirante ! Tu imagines quelqu’un attendre vingt ans pour se venger d’une humiliation remontant au lycée ?
David sentit un énorme poids lui dégringoler sur les épaules. Alexandre l’avait facile ! Planqué à Wellington, il avait beau jeu de tenir des raisonnements ! Mais ce n’était pas lui qui se coltinait la réalité.
– Écoute, Val, si tu trouves ça absurde, tu n’as qu’à le lui dire en direct ! Je t’ai envoyé son numéro de portable, après tout !
Il entendit un soupir de lassitude résonner dans le haut-parleur. Puis il y eut un long silence, et finalement Valériane chuchota :
– Thibault. Il s’appelait Thibault.
– Et son nom de famille ?
– Mais je ne sais pas ! s’énerva-t-elle. Comment veux-tu que je m’en souvienne ?! Je ne suis même pas sûre de l’avoir jamais su !
– Pas la peine de m’agresser, merde !
Pendant qu’il répondait, il entendit un jappement dans l’appareil. Apparemment, Valériane avait un chien.
– Chuuut… tout va bien, Balto, excuse-moi d’avoir crié… Il était en seconde classique, il ne suivait pas une SAS, ajouta-t-elle à l’attention de David, d’une voix qui trahissait sa tension.
– Il ne risquait pas d’être en SAS, il était obèse, Val !
– Je te disais ça pour te signifier qu’il n’était pas en classe avec Clara et moi, ce qui explique que je n’aie absolument pas son nom en tête, déroula-t-elle avec agacement. Et puis je crois qu’on l’a suffisamment fait morfler à l’époque pour pouvoir s’abstenir de se moquer de lui aujourd’hui !
Un silence glacial rompit l’échange, et David dut prendre sur lui pour ne pas raccrocher.
– Écoute, Valériane, je sais que tu es à cran. Moi aussi, d’accord ? Mais si on perd notre temps à s’agresser mutuellement, on n’y arrivera pas.
Il entendit un sanglot étouffé à l’autre bout du fil, puis le couinement de l’animal.
– Val, s’il te plaît… Je t’en conjure, garde ton calme.
– Je suis totalement dépassée, fit-elle, la voix tremblante. Je vis la peur au ventre. Je n’ai pas dormi plus de deux heures d’affilée depuis que ce taré a cherché à me tuer. Et encore, j’ai enfin obtenu une protection policière !
David serra les dents pour étouffer un gémissement. L’attaque que Valériane avait subie était traumatisante. Mais Alexandre avait raison : s’il laissait ses émotions le dominer, il ne pourrait pas aider Val. Et le seul moyen de lui venir en aide et d’éviter un nouveau crime était d’identifier ce taré au plus vite.
– Je n’ai pas les mots, Val, pour te dire combien je suis désolé de ce que ce fou furieux t’a fait subir… Mais maintenant je suis là, d’accord ? Je ne vais pas te lâcher, tu m’entends ? Toi et moi, on est dans le même bateau.
– Oui, murmura-t-elle, je sais bien.
– Et Alexandre a raison : le meilleur moyen de nous protéger est d’identifier ce Thibault. Parce que, si c’est lui, on s’arrangera pour le balancer aux flics.
– J’ai bien compris, oui. Mais comment faire pour obtenir son nom ? On est coincés, David. Aucun de nous ne peut se rendre à Notre-Dame-de-la-Piété en invoquant je ne sais quel prétexte ! Avec la mort de Magyd, les gendarmes sont en train d’investiguer là-bas !
David soupira. Valériane n’avait pas tort. La moindre démarche auprès du lycée les exposerait et attirerait sur eux l’attention des enquêteurs.
– Tu n’as gardé aucun lien avec des anciens du lycée ?
– J’ai quitté Notre-Dame à l’issue de la seconde.
Il prit conscience que le groupe qu’ils formaient avait volé en éclats en fin d’année et qu’aucun d’eux ne s’était enquis du sort de Valériane.
– Je l’ignorais, admit-il.
– Mmm… je ne pouvais pas envisager de rester là-bas après ce qu’il s’était passé. Je suis retournée à Pau.
– Et tu as perdu tous les autres de vue ?
– Oui. Et puis, quels autres ? demanda-t-elle avec cynisme. Pour moi, il n’y avait que Clara… Clara et vous, ajouta-t-elle, un instant plus tard.
– O.K., et tu n’as pas le moindre souvenir qui pourrait nous aider à remonter jusqu’à lui ? Je ne sais pas, moi, où il habitait, par exemple ?
– Attends voir ! s’exclama-t-elle. Clara m’avait dit que Thibault et elle se connaissaient depuis l’enfance, qu’ils étaient voisins et qu’ils avaient fait toute leur scolarité dans les mêmes établissements.
– Et Clara, elle venait d’où ?
– Un petit bled, à côté de Bagnères-de-Bigorre… Perzat ? Non, attends… Pou… Pouzac ! C’est ça, Pouzac… Peut-être qu’on pourrait engager un privé ? enchaîna-t-elle. Un pro qui remonterait la piste du prénommé Thibault, en toute discrétion.
David sentit une vague de soulagement couler en lui. Un détective privé ! Comment n’y avait-il pas pensé ?
– Tu crois qu’un détective peut retrouver la trace de quelqu’un à partir d’un prénom ?
– On n’a pas que le prénom. On a l’année scolaire au lycée Notre-Dame en 2001-2002, ainsi que son lieu de résidence à cette période. Oui, un bon privé y parviendra.
– Tu en connais un ?
– Je… je pense à quelqu’un. Un Bordelais. Je l’appellerai dès demain. C’est un type pugnace et fiable. Je l’ai rencontré dans le cadre d’une affaire de disparition qui datait de dix ans, il travaillait pour la famille. Il a remonté la trace du disparu : l’homme avait été assassiné.
À ces mots, David réalisa de nouveau qu’il ne savait absolument rien de Valériane. Sa vie. Son métier. Interloqué, il demanda :
– Une affaire de meurtre ? Mais tu es policière ?
– Non, David. Je suis médecin légiste, souffla-t-elle avec lassitude. Enfin, j’étais… J’ai arrêté.
– Ah… Et tu fais quoi, maintenant ?
– J’essaie de me réparer.
Un instant fila, puis Valériane ajouta :
– David… est-ce que toi aussi, tu les entends encore ?
Il sentit son ventre se nouer.
– Les hurlements ?
– Quoi d’autre ? murmura-t-elle.
– Oui… oui, je les entends… Je les entendrai jusqu’à ma mort, confessa-t-il dans un filet de voix.
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