Précipice
Chapitre 7
– 7 –
La peur augmenta encore
Magyd Ayed sortit de l’ascenseur, du pas pressé et déterminé qui le caractérisait, adressa un léger signe de tête à l’hôtesse d’accueil et se dirigea droit vers le bureau de Lise, sa secrétaire. La jeune femme avait exceptionnellement posé son après-midi et était en train de ranger ses affaires. Elle leva la tête en l’apercevant.
– Ah, monsieur Ayed ! J’espérais justement vous voir avant de partir.
– Vos espoirs sont comblés, alors ! lui retourna le chef d’entreprise, en se fendant d’un clin d’œil.
Lise ignora l’expression charmeuse de son patron et débita d’un ton professionnel :
– Maître Vaquier a téléphoné, elle confirme votre rendez-vous de 16 heures. Elle a demandé que tous les éléments du dossier de vente soient finalisés. Ils sont ici, ajouta-t-elle en lui tendant une pochette. Votre père a laissé un message, la réunion de famille de ce week-end aura finalement lieu chez votre cousin Ali, et non chez vos parents.
– Il a dit pourquoi ?
Lise haussa légèrement les épaules.
– Non, désolée. Souhaitez-vous que je le rappelle demain ?
– Bah, laissez tomber, merci, je verrai ça avec lui. Quoi d’autre ?
– Ici, votre parapheur. Les trois premiers contrats doivent être signés sous quarante-huit heures. Pour finir, le courrier arrivé ce matin classé par ordre de priorité, ceci en plus, poursuivit-elle en lui tendant une enveloppe manuscrite.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Aucune idée, monsieur Ayed, l’enveloppe est tamponnée « confidentiel », je ne l’ai donc pas ouverte.
– Entendu, fit-il, perplexe.
– Bien. Je file, je suis en retard !
En retard pour quoi ? Ou pour qui ? se demanda Magyd Ayed, en observant à la dérobée la jeune femme qui enfilait son manteau. Lise était vraiment superbe, mais d’une nature farouchement secrète. Depuis quatre ans qu’elle travaillait pour lui, il n’avait rien appris qui puisse l’éclairer sur la vie qu’elle menait. Pire, elle demeurait totalement insensible à son charme. À tous les coups, elle est homo.
– Bonne fin de journée, monsieur Ayed ! À demain.
L’homme détailla la silhouette parfaite de la jeune femme qui marchait vers l’ascenseur, puis se rendit à son bureau. Il disposait de deux heures avant son rendez-vous avec Vaquier, un temps bien suffisant pour régler les affaires courantes et parcourir le dossier de vente. Il s’asseyait quand son portable émit un bip qu’il connaissait bien. Il récupéra immédiatement son téléphone au fond de sa poche, cliqua sur une application et découvrit avec satisfaction que Tatiana, la superbe escort russe qu’il avait contactée, venait de confirmer sa demande de rendez-vous. Un sourire carnassier éclaira son visage, et il s’empressa de valider la rencontre. La soirée s’annonçait excitante ! Il reporta alors son attention sur la pile d’éléments organisés par sa secrétaire. L’enveloppe manuscrite était posée en haut de la pile du courrier du jour. Intrigué, il l’ouvrit. Son visage blêmit à la lecture des quelques mots griffonnés en capitales sur la feuille blanche. Il relut pour être bien sûr. La peur augmenta encore. Et Magyd Ayed laissa échapper un juron rageur entre ses dents serrées.
*
* *
David Schäffer stoppa sa berline dans la cour, et les gravillons crissèrent sous le coup de frein abrupt. Il coupa le moteur, prit alors conscience du silence qui régnait dans l’habitacle et jeta un œil dans le rétroviseur. Sa fille s’était endormie. La poisse, songea-t-il, je vais devoir la réveiller et elle va être d’une humeur massacrante pendant toute la soirée. Depuis deux mois, Clotilde se réveillait la nuit en hurlant, et malgré tous leurs efforts pour la rassurer, Denise et lui finissaient par céder en lui ouvrant leur intimité – chose qu’ils s’étaient promis de ne jamais faire, parce que le lit conjugal n’était pas un lit familial ! Mais les terreurs nocturnes de leur petit bout de chou avaient rapidement émoussé leur détermination : accueillir Clotilde dans leur chambre constituait l’unique moyen de l’apaiser. Malgré tout, la petite manquait de sommeil et s’endormait dans les moments les plus inopportuns. Le trajet, pourtant court, entre la crèche et la maison constituait l’une de ses plages favorites ! Schäffer laissa échapper un soupir exaspéré. Comme tous les mardis soir, Denise ne rentrerait pas avant 21 heures, il serait seul avec Clotilde. La soirée s’annonçait coton.
Il décida de s’octroyer quelques minutes de répit avant le grand branle-bas de combat du soir. Il sortit silencieusement de la voiture et se rendit à la boîte aux lettres. Il n’y avait que des factures, mais cela lui rappela la lettre marquée « confidentiel » que lui avait remise sa secrétaire juste avant qu’il n’entre en réunion. Il l’avait fourrée dans sa mallette et l’avait totalement oubliée ! Il retourna à la voiture, ouvrit le coffre et, intrigué, récupéra le courrier. Qui écrivait encore à l’heure du mail ? Et pourquoi cette mention « confidentiel » ? Il décacheta l’enveloppe. En découvrant son contenu, il eut le souffle coupé. Les yeux écarquillés, il relut la courte missive en lettres capitales, peinant à y croire. Puis, en proie à l’agitation, Schäffer fit quelques pas désordonnés dans la cour, tentant d’organiser ses idées. L’évidence s’imposa bientôt. Il attrapa son téléphone portable et appela son frère. Les sonneries s’enchaînèrent, il tomba sur le répondeur. Un rapide calcul lui permit de comprendre : il était à peine 6 heures du matin à Wellington. D’une voix paniquée, il laissa un message :
– Alexandre, c’est moi ! C’est super urgent, rappelle-moi dès que possible !
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