Précipice

Céline Denjean · Chapitre 44 sur 79

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Précipice

Chapitre 44

– 44 –

 

Même cirque : silence total

 

Il était 18 h 22. Dehors, les ombres avalaient les contours de la caserne, et les réverbères et plafonniers des bureaux faisaient, çà et là, des taches de lumière sur le fond d’encre d’un ciel sans lune. La gendarme sursauta quand retentit le signal de réception d’un mail. Elle s’écarta de la fenêtre et alla jeter un œil à l’ordinateur. Le FAI Bouygues Telecom venait de répondre à leur réquisition et leur indiquait qu’il disposait bien d’un abonnement pour la ligne téléphonique fixe du 05.62.18.24.65, 32, chemin Brauhauban, 65420 Ibos.

Louise laissa échapper un petit cri triomphant. Ils tenaient peut-être un élément majeur expliquant comment Thibault Broca avait pu surfer sur Internet sans laisser de traces sur son ordinateur personnel. Seule la saisie du matériel informatique de la maison d’Ibos pourrait valider cette hypothèse. Pas une minute à perdre : la gendarme fila droit vers la salle d’audition où Léa et Julien continuaient d’interroger leur suspect depuis plus de trois heures.

*

* *

Deux heures plus tard, après un travail fourmillant d’une énergie nouvelle, les gendarmes se mirent au diapason.

– Laure et Bertrand Broca, respectivement âgés de soixante-neuf et soixante-dix ans, résidant à Seignosse. Je viens de les informer que leur fils était placé en garde à vue. Ils ont accusé le coup, évidemment. Ils m’ont indiqué qu’ils seraient bien présents demain pour la perquisition de leur maison d’Ibos, déroula Keller.

– De mon côté, j’ai eu la brigade de Tarbes. Un homme va être envoyé sur place pour monter la garde, afin d’éviter toute subtilisation de preuves durant la nuit. Je vois mal les Broca mandater quelqu’un cette nuit ou se déplacer eux-mêmes pour vider la maison, mais bon, on n’est jamais trop prudents.

– Bien. La scientifique sera sur les lieux à midi, demain, informa Léa. On n’a plus qu’à espérer avoir mis dans le mille.

La mine songeuse, Louise vida le fond de sa tasse. Le café était froid, elle grimaça.

– Je souhaiterais poursuivre l’interrogatoire de Broca, reprit Badenco. Tu te sens d’attaque, Julien ?

– Tu veux qu’on l’informe de notre planning de demain, c’est ça ?

– Oui. Tant qu’à l’avoir dans les murs, autant en profiter. Si la piste d’Ibos est bonne, Broca pourrait craquer et, enfin, se mettre à table.

– J’en déduis qu’il a continué à conserver le silence ? demanda Louise.

– Pas tout à fait. Quand on l’a confronté aux empreintes de pneus et à la bombe de peinture, il a subitement retrouvé toute sa véhémence. Avec son petit air narquois, il nous a tranquillement répondu que ces deux éléments ne constituaient absolument pas des preuves de sa culpabilité. Que d’autres pneus neufs de cette marque et de ce modèle étaient en circulation, et qu’il n’était pas le seul à posséder une bombe de peinture Tollens couleur noire.

– On a chargé un maximum, faisant valoir qu’on possédait un faisceau d’indices suffisant, mais il nous a ri au nez, enchaîna Keller. Ensuite, quand on est revenus sur son passé à Notre-Dame-de-la-Piété et sur sa relation avec Clara, même cirque : silence total.

– Je ne parviens pas à comprendre ces changements d’attitude, commenta Louise.

– Sauf à considérer que nos questions concernant Clara Joubert l’embarrassent profondément, rétorqua Léa, parce qu’elles nous rapprochent de son mobile.

– Donc l’affaire Joubert n’est pas si périphérique que ça ! réagit Louise, en se remémorant leur différend.

– C’est une question de méthode de travail, Louise. Je maintiens ce que je t’ai dit : ne nous éparpillons pas, nous enquêtons sur le meurtre d’Ayed ! Les indices désignent Broca, et nous devons concentrer nos forces sur ce type, l’acculer et le faire parler !

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